Veille de match face au Brésil. Romelu Lukaku débarque en conférence de presse, casquette noire vissée sur la tête. L'endroit fait salle comble pour la venue de l'attaquant des Diables. Vers la fin de l'exercice médiatique, un journaliste brésilien lui pose une question. Rom' lui répond en portugais. Les journalistes du monde entier, présents sur place, sont interloqués. Ils le savaient parfait trilingue (français-néerlandais-anglais), le voilà qu'il ajoute une nouvelle corde à son arc.
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Veille de match face au Brésil. Romelu Lukaku débarque en conférence de presse, casquette noire vissée sur la tête. L'endroit fait salle comble pour la venue de l'attaquant des Diables. Vers la fin de l'exercice médiatique, un journaliste brésilien lui pose une question. Rom' lui répond en portugais. Les journalistes du monde entier, présents sur place, sont interloqués. Ils le savaient parfait trilingue (français-néerlandais-anglais), le voilà qu'il ajoute une nouvelle corde à son arc. À l'image d'un Vincent Kompany qui, un jour plus tôt, s'était exprimé en allemand, Romelu Lukaku brille devant les médias. Parfait polyglotte, son propos est clair et précis. Un an plus tôt, à Sport/Foot Magazine, l'attaquant des Diables Rouges avait confié connaître 6 langues (le français, le néerlandais, le lingala, l'anglais, le portugais et l'espagnol). " Après l'école, j'avais des cours de portugais et d'espagnol. Au cas où je partais à l'étranger. Mais le portugais, c'est surtout avec José Bosingwa ( arrière latéral portugais, ndlr) que je l'ai appris. À Chelsea, je dormais chez lui tout le temps et je lui disais de me parler portugais. " C'est ce qu'on appelle avoir un don pour les langues. Sur un terrain par contre, l'attaquant des Diables n'a jamais été un surdoué, même si son gabarit et sa puissance ont toujours été hors-normes. Au-delà d'une génétique avantageuse, il y a d'autres explications. Sa mère, Adolphine, nous avait expliqué il y a quelques mois, que Romelu pouvait avaler deux Big Mac dès l'âge de deux ans ( ! ). Quant à feu Junior Malanda, grand ami de Jordan, il racontait qu'ado, quand il se rendait chez les Lukaku, il les envoyait enfiler les cuisses poulet. Lui était incapable de suivre la cadence. Mais sur le terrain, Big Rom a souvent été moqué. Aujourd'hui, encore, quelques détracteurs tentent désespérément de s'accrocher à leurs jugements de toujours. " Romelu, dans dix ans, on critiquera encore sa technique ", assure Eden Hazard avant le match face au Brésil. " Mais ça peut devenir un des plus grands attaquants. Je le dis, s'il reste en Angleterre, il va devenir le plus grand attaquant de l'histoire de la Premier League, il va dépasser les Alan Shearer et autres. Non pas sur ses qualités intrinsèques, quelqu'un comme Thierry Henry est plus beau à voir que Romelu mais lui, il s'en fout. Il est trop fort. Il s'en fout de rater des contrôles. Le mec, devant le but, c'est une machine. Romelu, tu lui donnes trois occasions, il va peut-être t'en rater une mais les deux autres, elles vont au fond. Là où il peut encore être critiqué c'est dans les gros matches. Contre le Panama, je savais qu'il allait marquer. Avec Diego Costa, à Chelsea, il arrivait qu'on fasse un match tout pourri mais le 1-0, c'est lui qu'il le marquait. Pour moi, c'est ça les grands attaquants. Peu importe que tu marques du genou ou de l'oreille. Et, à mes yeux, Romelu fait partie de cette caste. " Il y a deux ans, alors qu'il évoluait encore pour Everton, Lukaku nous avait confié : " Moi, avec le peu de talent que j'ai et le travail que je fais tous les jours, je sais que si je ne termine pas au Real ou à Barcelone, j'en serai tout proche. Je sais qu'avec mes qualités et ma confiance en moi, je ne peux que m'améliorer. " L'homme est un stakhanoviste, un véritable bourreau de travail. Les gardiens d'Anderlecht, d'Everton ou des Diables peuvent en témoigner : Rom leur demandait de rester dans les cages une demi-heure supplémentaire après l'entraînement collectif. Il réglait alors la mire pied droit-pied gauche. " Romelu est né professionnel. Il avait un but : jouer au foot et réussir. Je n'ai jamais vu une telle détermination chez quelqu'un. Il avait une telle faim de marquer ! ", se rappelle ArnoldRijzenburg qui fut son entraîneur chez les U17 à Anderlecht alors qu'il n'avait que 14 ans. " Si tu veux une image, les enfants ils n'aiment pas les brocolis, ils aiment la glace. Eh bien moi, ma glace, c'est l'entraînement. J'aime ça. " Chez lui, posé dans son canapé XXL, il ouvre son Mac et observe ses mouvements. Sur son logiciel, il y a plus de 180 montages de ses matches. " Ça montre chaque moment où je touche le ballon. Je regarde tout ça plusieurs fois pour voir comment j'ai progressé ou ce que j'aurais pu faire. " Au coeur d'un de ses salons, on retrouve une imposante machine qui a pour but d'aider la récupération musculaire. Dans sa cuisine, jamais d'alcool, mais des bouteilles d'eau qu'il descend à la pelle. Après avoir brillé face à Liverpool avec Manchester United, le 10 mars dernier, il regarde, chez lui, le PSG de son pote Thomas Meunier dérouler face à Metz. Un peu plus tard dans la soirée, il suit l'évolution du test-match pour l'accès à l'élite entre le Cercle Bruges et le Beerschot alors que Marc Coucke, nouveau capitaine du navire mauve et blanc, lui envoie un message de félicitations pour son match de l'après-midi face aux Reds. Rom ne s'arrête jamais, évoque la marge de progression de son protégé, Youri Tielemans, ou l'avenir de l'équipe nationale. Avec Thierry Henry, il a trouvé son double. Ils se challengent, parlent d'une rencontre d'Arsenal en 2005, voire d'un match de championnat de deuxième Bundesliga. Les deux hommes se ressemblent dans l'attitude, l'expression, même si Romelu lâche bien plus facilement un sourire sur et en dehors des terrains que le Titi parisien. " Nul n'est prophète en son pays ", tous deux ont pris la pleine mesure de l'expression. Il a fallu un but face au Brésil sur service de Zinédine Zidane en 2006 pour faire taire de nombreux critiques français, avant que la Coupe du Monde en Afrique du Sud, quatre ans plus tard, ne ternisse à nouveau son image. Romelu, lui, a longtemps connu les sifflets du stade Roi Baudoin ou les critiques de consultants, anciens joueurs, en manque de notoriété. Quelques jours, avant l'envol pour la Coupe du Monde en Russie, le groupe ultra des Diables Rouges a voulu s'expliquer avec l'attaquant numéro un des Diables. Lui faire part de tout son soutien. Lukaku est passé devant eux, sans un regard. L'homme a la dent dure. " Il n'oublie pas, même s'il ne le montre pas ", confie l'un de ses amis. S'il ne l'avouera pas publiquement, Romelu Lukaku a été marqué par les critiques. " C'est impossible de vivre dans une bulle totalement, car il y a toujours un membre de ta famille ou un ami pour te raconter ce qu'on dit de toi. " En Belgique, son jeu mais aussi sa personnalité ont été régulièrement pointés du doigt. Être bourré d'ambition, avoir la volonté de réussir, ne pas hésiter à la clamer, ça ne passe pas à l'assemblée des éternels aigris. " Quand Romelu évoque ses ambitions, tu as des gars comme Wesley Sonck qui lui répondent : revois tes ambitions, ne te prends pas pour un autre. Mais t'es qui toi ? " nous racontait l'été dernier son frère, Jordan. " Pourquoi tu ne veux pas laisser un gamin rêver ? Les gens critiquent sa première touche de balle, sa technique, etc. Mais si vous voulez voir du beau football, je vous invite à aller au Parc du Cinquantenaire ou dans n'importe quel agora à Bruxelles, et vous allez voir de grands techniciens, même Eden ( Hazard, ndlr) prendrait 1000 petits ponts. Mais ici, le foot c'est autre chose. Romelu, son but c'est de marquer des goals. Et il les marque. Mais, malgré tout, il continue à se faire critiquer ". Aujourd'hui, Big Rom dit avoir tiré un trait sur tout ça. Enfin pas sur tout. " Lukaku, c'est un plot. Il ne sert à rien ! On a eu son frère en plus... Heureusement que ce ne sont pas des triplés ". Les paroles du trublion, Stéphane Pauwels, après l'élimination des Belges face au Pays de Galles, restent bien gravées dans sa mémoire. Car là, on touche sa famille, et à la personne qui compte le plus dans sa vie : sa maman, Adolphine. " Je ne veux plus réalimenter ce débat, je réponds sur le terrain. Beaucoup de gens cherchent à faire du buzz avec leur blabla. Moi, je tire mon inspiration de sportifs comme LeBronJames ou Kobe Bryant, des grands champions qui ont été critiqués mais qui ont su installer au final le respect. Ce sont des sportifs que je respecte, des mal-aimés mais sur le terrain ils sont là. Je fais partie de ces gens-là : un mal-aimé mais sur le terrain je suis là. " Romelu Lukaku avait un rêve en sélection : battre le record de " Monsieur Van Himst ", un homme pour lequel il a toujours eu énormément de respect et d'affection. Impossible pour autant de s'arrêter en si bon chemin. Durant la campagne russe, le retournage de veste a été impressionnant. Et de nombreuses bouches se sont gentiment refermées. Celle de Romelu Lukaku n'a jamais été aussi en verve. Quelques instants avant chaque match, on le retrouve dans le cercle pour haranguer les troupes. " Parfois, il faut le calmer, il se prend pour le coach ", sourit Thomas Meunier. Il manque un parquet, quelques pompom girls, et d'autres physiques que ceux de Hazard ou de Mertens pour être téléporté dans un match de NBA. " C'est un Belge avec la mentalité d'un américain ", pointe le capitaine des Diables, Eden Hazard. Romelu ne s'en est jamais caché. La culture US, à travers le sport ou la musique, l'a construit durant son adolescence. Encore aujourd'hui, dites-lui que vous trouvez StephenCurry meilleur que Russell Westbrook et il vous affiche sous les yeux le record de triples-doubles sur une saison du meneur d'Oklahoma City. " Moi, mes trois références absolues dans le monde su sport, c'est Kobe Bryant, Michael Jordan et LeBron James. Je regarde tout le temps des docus sur Kobe, je regrette de pas l'avoir vu jouer en live son dernier match. Il a commencé à 17 ans en NBA, il a joué pour l'équipe de son coeur, les Lakers, ça je connais bien. Il a connu des difficultés, il est devenu un grand à 23 ans, c'est là où je me dis... Jordan, la même chose. " Désormais, tout s'est américanisé chez Romelu Lukaku, même son entourage. Il a tourné la page avec de célèbres agents peu scrupuleux. Le dernier en date, Mino Raiola, qui s'était occupé de son passage l'été dernier à Manchester United, a préféré garder une importante partie du gâteau financier qui était pourtant prévu pour la famille. Romelu n'est plus à une trahison près. Désormais, il est pris en charge au niveau management sportif et publicitaire par Roc Nation, agence US de la légende du rap, Jay-Z.Quelques heures avant le match épique face au Brésil, Romelu Lukaku est en discussion avec le New-Yorkais Michael R. Yormak, directeur stratégique de Roc Nation, et Thierry Henry, dont la fin de carrière est passée par Big Apple. La marque Lukaku a pris une dimension extraordinaire ces derniers mois. Pas seulement pour Romelu. Son frère, Jordan, dont la saison fut plus compliquée du côté de la Lazio, garde la cote aussi puisqu'il vient de signer chez le célèbre agent, Pini Zahavi. Ce 14 juin, Big Rom annonce surs ses réseaux avoir signé avec l'équipementier Puma après avoir fait monter les enchères en portant aux pieds lors des trois matches de préparation (Portugal, Égypte et Costa Rica) une fois des Nike, l'autre fois des Adidas, et enfin des Puma. Nike et Adidas n'ont jamais semblé prêts à l'inviter à la table de leurs principaux porte-drapeaux. Puma, dont Jay-Z est devenu récemment le directeur créatif de la divison basket, n'a pas hésité et s'est montré particulièrement généreux. Aux côtés d' Antoine Griezmann, l'attaquant des Red Devils doit permettre à l'équipementier allemand de se faire une vraie place dans le monde du foot aux côtés des mastodontes, Nike et Adidas. Une reconnaissance de plus pour le plus grand attaquant de l'histoire du football belge. Ou plutôt une reconnaissance qui a mis du temps à se dessiner. Et qu'il attendait depuis longtemps. Aujourd'hui, il dit avoir tiré un trait sur le passé et ses propres démons. Comme dans ce fameux témoignage publié par Player's tribune (dont sont actionnaires notamment Kobe Bryant et Dani Alves), façon American Dream. " Je me rappelle qu'en 2002, j'avais des trous dans mes chaussures, de grands trous. Douze ans plus tard, je disputais ma première Coupe du Monde. Je vais en jouer une deuxième maintenant. Et je ne vais pas oublier d'en profiter cette fois. La vie est trop courte pour le stress et les drames. "