Le week-end prochain, Liège accueille Charleroi. Ensuite, les Principautaires se rendront à Louvain. Ce sont précisément les deux derniers clubs de JulienMarnegrave et d' EricCleymans. Le coach liégeois et l'ancien international ont souvent transité par les mêmes clubs. Ils ne sont jamais restés très longtemps ensemble, se sont parfois loupés mais se retrouvent aujourd'hui sur les hauteurs de la Cité Ardente. Tout avait commencé à Pepinster, à la fin des années 80.
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Le week-end prochain, Liège accueille Charleroi. Ensuite, les Principautaires se rendront à Louvain. Ce sont précisément les deux derniers clubs de JulienMarnegrave et d' EricCleymans. Le coach liégeois et l'ancien international ont souvent transité par les mêmes clubs. Ils ne sont jamais restés très longtemps ensemble, se sont parfois loupés mais se retrouvent aujourd'hui sur les hauteurs de la Cité Ardente. Tout avait commencé à Pepinster, à la fin des années 80. Pepinster: des talents s'éveillentMarnegrave: "J'étais l'assistant de GiovanniBozzi. Eric avait été découvert une année plus tôt, à l'occasion d'un match de Coupe de Belgique que nous avions disputé à Aerschot. Il évoluait au n°4 là-bas, car il avait une taille respectable pour la D2. Il m'avait tapé dans l'oeil et j'avais soufflé à Giovanni qu'il faudrait essayer d'attirer ce jeune-là à Pepinster. Il n'est resté qu'une saison sur les bords de la Hoëgne. Il est ensuite parti à Ostende, où un contrat pro l'attendait. Ce qui le caractérisait à l'époque, c'était déjà son caractère fort. Depuis, il est passé entre les mains de différents coaches qui l'ont façonné au niveau basket". Cleymans: "J'avais 19 ans et je débutais en D1. Julien, lui, débutait comme assistant parmi un club de l'élite. Lui aussi avait un sacré caractère. Mais c'était surtout un bosseur et sa façon de travailler me plaisait. Des liens d'amitié se sont tissés entre nous au fil des ans. Sur le terrain, je n'apprécie pas que l'on m'adresse des remarques. Lorsque je joue mal, je m'en rends compte moi-même. Point n'est besoin d'en rajouter. Mais je conçois que le boulot d'un coach consiste précisément à adresser des remarques à ses joueurs. Il y a parfois eu des heurts entre nous. Mais ce n'est jamais sorti du vestiaire. Sitôt le match terminé, on se réconciliait et on se remettait au travail". Charleroi: des sentiments mitigésMarnegrave: "Je sortais d'une bonne période de cinq saisons à Quaregnon, qui est devenu Mons-Hainaut, et lorsque Giovanni Bozzi m'a proposé de devenir son adjoint à Charleroi en 1999-2000, j'ai accepté. Cette association n'a jamais fonctionné alors que, pourtant, nous sommes très amis dans la vie. Giovanni avait déjà en tête ce qu'il réalise aujourd'hui: à savoir, prendre un peu de recul. Son idée était que je puisse prendre le relais lorsqu'il s'absentait quelques jours pour vaquer à d'autres occupations, liées ou non au basket. De mon côté, je pensais pouvoir apprendre beaucoup sur la gestion d'un groupe au quotidien au sein d'un club ultra-professionnel, et ce fut le cas. Mais, lorsqu'on a connu certains succès comme coach principal, on a du mal à se remettre dans la peau d'un adjoint. On sait qu'on peut donner des conseils, mais que la décision finale, c'est toujours le coach principal qui la prendra. Avec le recul, je me dis que j'ai commis une erreur de parcours". Cleymans: "Charleroi, ce fut une belle histoire qui s'est mal terminée. J'ai passé dix années là-bas, soit pratiquement un tiers de ma vie. J'étais arrivé d'Ostende. Les Spirous évoluaient encore à la Garenne et n'avaient pas encore leur statut actuel. C'était un bon club qui essayait de devenir un grand. J'ai contribué à son ascension. J'ai remporté tous les titres. Ils furent tous aussi beaux les uns que les autres. Mais je retiens également d'autres moments, comme un succès à Gravelines en Coupe d'Europe lors de la première année, et la fête qui s'en est suivi. L'ambiance était forcément plus familiale qu'aujourd'hui. En fait, elle a commencé à changer après l'arrêt Bosman. Dans tous les clubs, je pense. C'est difficile de tisser des liens solides avec des joueurs venus d'ailleurs, qui ne restent parfois qu'une saison. Aujourd'hui, chacun voit d'abord son propre intérêt. Et la notion de clubman a disparu. On fait semblant d'être copain avec tout le monde, mais le jour où on peut tuer l'autre, on le fera. J'ai compris, désormais, qu'il n'y avait plus de place pour les sentiments". Louvain: ils se loupentMarnegrave: "En fin de saison 1999-2000, j'ai abandonné ma fonction d'assistant-coach à Charleroi pour coacher les six derniers matches de Louvain, où PaulRowe venait d'être destitué. Cela ne s'est pas trop mal passé. La saison suivante fut assez bonne également. Je disposais d'un groupe de qualité. Mais, en 2001-2002, la direction a voulu recommencer avec des jeunes. On ne m'a pas laissé le temps de reconstruire: j'ai été limogé après quatre matches, à la suite d'une défaite à domicile contre Hasselt. Ce fut le premier limogeage de ma carrière, et la façon dont il s'est produit m'a fait mal. Je suis quelqu'un d'entier et j'ai tendance à tout reporter sur moi-même. Je ne pense pas que l'un ou l'autre joueur aient joué au tir au flanc, et si c'était le cas, je ne veux plus le savoir. Je dois considérer l'expérience louvaniste comme un échec". Cleymans: "Lorsque Charleroi m'a prié d'aller voir ailleurs en juin 2001, j'avais bien l'intention de rejoindre Julien à Louvain. Parce qu'il était là, mais aussi parce que Louvain dispose d'une petite salle très chaude où j'ai toujours adoré évoluer. Tout était réglé entre nous. Visiblement, j'étais un peu trop cher pour le club et les dirigeants n'ont pas voulu prendre de risques sur le plan financier. Après six mois difficiles à Evreux, loin de mon épouse qui attendait famille, j'ai finalement rejoint Louvain en janvier 2002: Julien n'était plus là. L'équipe occupait la dernière place du classement. J'étais attendu comme le messie. Comme si, à moi seul, je pouvais tout changer. J'ai terminé la saison en souffrant d'une pneumonie. J'ai joué malgré tout, parce que je voulais aider un club en mauvaise posture, mais cela ne reste forcément pas un bon souvenir". Liège: pour le meilleur et pour le pireMarnegrave: "J'ai bâti une équipe articulée autour du collectif, car c'est ma philosophie. Une équipe formée de joueurs issus d'horizons divers, comme beaucoup d'autres, mais dont les éléments acceptent de se mettre au service du groupe. Eric évoquait tout à l'heure la notion de clubman, qui a tendance à disparaître. Ce n'est pas uniquement la faute des joueurs. Les clubs offrent de plus en plus des contrats d'un an avec option, parce qu'ils connaissent mal les sportifs sur lesquels ils misent. Ceux-ci, forcément, participent moins à la vie du club que s'ils étaient liés pour cinq ans. Faudrait-il en revenir à une formule à huit Belges et deux Américains, comme autrefois? Je pense que c'est impossible. Il y a trop d'intérêts en jeu et il faut des résultats tout de suite. A Liège, actuellement, certains sont contents de voir évoluer le jeune KevinJonniaux, parce qu'il est Liégeois. D'autres, en revanche, me disent: - C'estbienbeaud'alignerunjeune, maisonperdbeaucoupdematches! Il faut trouver un juste milieu entre l'obligation de résultats et l'identification du public à ses joueurs. Pour l'instant, je ne peux que prêcher la patience et le travail. Et je rappellerai que, lors de ma première saison à Quaregnon, l'équipe était dernière du classement en décembre. Nous avons remporté 10 matches sur 13 au deuxième tour et avons terminé 6e, en loupant les playoffs de très peu". Cleymans: "Liège est-elle la dernière étape de ma carrière? Peut-être. J'ai signé pour trois ans. J'avais besoin de stabilité. Après tous les aléas que j'ai connus la saison dernière, j'ai beaucoup réfléchi. Et lorsque Julien m'a proposé de le rejoindre, j'ai directement accepté. Je ne jouerai plus 40 minutes par match: je ne suis plus un jeune premier. Et, le jour où je n'aurai pas la main chaude, je me mettrai au service du groupe". Daniel Devos