Un homme normal se lève avec un café et un petit-déjeuner, mais pour Manu Ferrera le réflexe matinal consiste à consulter via internet les dernières nouvelles du sport espagnol, par l'intermédiaire de sites comme ceux des journaux AS et Marca. La Primera División ne connaît donc pas de secrets pour le frère d' Emilio, qui devrait si tout va bien prochainement signer un contrat pour commenter sur Be-TV et sur Prime les matches du championnat espagnol, en tant qu'analyste.
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Un homme normal se lève avec un café et un petit-déjeuner, mais pour Manu Ferrera le réflexe matinal consiste à consulter via internet les dernières nouvelles du sport espagnol, par l'intermédiaire de sites comme ceux des journaux AS et Marca. La Primera División ne connaît donc pas de secrets pour le frère d' Emilio, qui devrait si tout va bien prochainement signer un contrat pour commenter sur Be-TV et sur Prime les matches du championnat espagnol, en tant qu'analyste. Qu'attend Manu Ferrera du nouveau championnat ? " Pour commencer par une note personnelle, j'espère que mon club favori, l'Atletico Madrid, connaîtra enfin des heures de gloire (il rit). Ce club peut être comparé au Standard : chaque saison de nouveaux espoirs, un autre coach et un paquet de nouveaux joueurs. L'entraîneur de l'Atletico cette année est JavierAguirre, qui a créé l'exploit la saison passée avec Osasuna Pampelune. Une dizaine de nouveaux joueurs ont rejoint le club, des bons cette fois (il grimace). De nombreux Portugais, une autre similitude avec Sclessin... Le club négociait encore la semaine dernière avec le Dinamo Moscou au sujet de Maniche, mais les arrivants certains sont Mariano Pernia (Getafe), FranciscoCostinha (Dinamo Moscou) et Miguel AngelMista (Valence). Ils sont toujours bons quand ils arrivent à l'Atletico, aussi bien les joueurs que l'entraîneur, mais il faudra attendre de voir si cela porte ses fruits. La comparaison avec le Standard est une boutade non dénuée de vérités. Les Colchoneros manquent eux aussi de stabilité, au niveau de la structure et de l'équipe. Ils engagent souvent des joueurs du sub-top, comme Mateja Kezman, qui n'ont pas réussi ailleurs et se retrouvent à Madrid. Le club compte entre 45 et 50.000 abonnés, c'est le public le plus fidèle d'Espagne. Mais après deux défaites, c'est la crise, le volcan explose. Pas de calme, pas de réalisme, chaque année la même histoire. Ce n'est pas comparable avec les rivaux du Real, qui disposent de davantage de moyens et d'une plus grande stabilité. L'Atletico me paraît surtout bien armé en attaque : SergioAgüero est un Argentin qu'Anderlecht aurait bien voulu enrôler mais était trop cher pour les Bruxellois. Il a beaucoup marqué en préparation. Mista était le meilleur buteur de la Liga voici deux ans. Francesco Torres et Kezman complètent cette attaque de rêve. Ils disposent du gardien titulaire de l'Argentine ainsi qu'une myriade d'internationaux en défense et peut-être bientôt aussi dans l'entrejeu. Selon moi, l'Atletico jouera son rôle d'outsider ". Pour le titre, on assistera sans doute à l'éternel duel entre Barcelone et le Real Madrid. L'an dernier les Catalans se sont adjugé le titre avec 12 points d'avance sur l'ennemi juré madrilène. Le champion en titre et détenteur de la dernière Ligue des Champions est-il à nouveau favori ? Manu Ferrera : " Oui, ils ont pratiquement conservé l'équipe de la saison passée en y ajoutant EidurGudjohnsen, LilianThuram et GianlucaZambrotta, à des postes où l'équipe était peut-être la plus vulnérable. Gudjohnsen apportera au moins autant qu' HenrikLarsson, alors que le Français et l'Italien comblent certaines lacunes défensives, si l'on ose dire. Barcelone est une équipe qui veut le ballon, de préférence dans le camp de l'adversaire. Leur circulation de balle est très bonne, ils font beaucoup courir l'adversaire. Et s'ils n'arrivent pas à trouver l'ouverture collectivement, ils disposent de suffisamment d'individualités qui peuvent faire la différence : Samuel Eto'o, Ronaldinho, Andres Iniesta, Lionel Messi... Leur point faible se situe en situation de perte de balle. Carles Puyol doit courir comme un fou de gauche à droite pour combler les trous. Thuram est plus âgé mais a disputé un tout beau Mondial. Il apportera indiscutablement de la stabilité et de la vista en défense, tout comme Zambrotta, ce qui devrait renforcer la ligne arrière du Barça ". Le Real s'est donné un nouveau look. Un autre président ( RamonCalderon), un nouvel entraîneur ( Fabio Capello) et trois transferts qui comptent : Fabio Cannavaro, FerreiraEmerson et RuudVan Nistelrooy. Ferrera : " Capello a déjà été champion avec le Real et revient. Alors, un entraîneur du top comme garantie ? (Il grimace) Peut-être avec la complicité des arbitres, mais bon. Il est respecté en tout cas. Capello sera le seul patron sportif tant au niveau des transferts que de la manière de jouer ". Justement, a-t-il remédié aux points faibles de l'équipe via les transferts ? Ferrera : " J'en doute. Cannavaro fut le meilleur joueur de la Coupe du Monde. Mais je ne pense pas que le problème madrilène se situe au centre de la défense. Ils encaissent beaucoup mais je ne pense pas qu'aller chercher les meilleurs défenseurs soit la solution. La preuve, il y a quelques années le Real était aller chercher Samuel, meilleur défenseur du Calcio avec l'AS Rome en son temps. Mais à Madrid, il n'avait pas réussi à pallier les lacunes. Pourquoi ? Le Real est une équipe qui attaque avec de nombreux joueurs en même temps. Y compris les arrières latéraux Michel Salgado et Roberto Carlos. Tant que ces derniers penseront comme des extérieurs, le meilleur défenseur central aura toutes les peines du monde et Cannavaro aussi. Un deuxième problème madrilène est la position de médian défensif. Emerson apportera certainement davantage que Thomas Gravesen, qui ne serait jamais venu sous Capello. J'entends aussi que les Merengue s'intéressent à MahamoudouDiarra de Lyon, qui veut partir. J'avais mes doutes sur les capacités d'Emerson en tant que pare-chocs, apparemment Capello les partage même s'il a apporté le Brésilien dans ses valises et qu'il a coûté beaucoup pour un joueur plus tout jeune. Devant, Van Nistelrooy, qui a vécu une mauvaise saison à Manchester, arrive. Je prévois beaucoup de buts de sa part, car l'équipe occupe souvent le rectangle de l'adversaire. La question est de savoir s'il sera aligné avec Ronaldo, car je ne les vois pas jouer ensemble. Je pense que Capello a déjà tranché en faveur du Néerlandais et que le Real souhaite se débarrasser de Ronaldo. A juste titre, si l'on en juge par son Mondial. Milan semble intéressé et si j'étais Calderon je vendrais bien vite le Brésilien avec un emballage cadeau et un beau n£ud autour ". Lorsque Calderon arriva à la présidence, il promit aux socios d'amener CescFabregas, ArjenRobben et Kaka. Les fans doivent-ils se sentir grugés ? Ferrera : " Mais non, c'est comme les hommes politiques, ils promettent souvent beaucoup, au moins une diminution d'impôts. Il a essayé mais si des clubs comme Milan, Chelsea ou Arsenal ne veulent pas laisser partir leurs stars, on est impuissant. Milan a aligné Kaka en préliminaires de la Ligue des Champions, c'est un signal fort. Arsenal ne l'a pas fait avec José Antonio Reyes, peut-être qu'il y aura une ouverture pour le Real mais il n'est pas titulaire chez les Gunners et en équipe nationale. Et soyons honnêtes, sans la tempête qu'a connu le Calcio, les joueurs de la Juve ne seraient jamais partis ". Quelles équipes peut-on attendre dans le sub-top ? Ferrera : " L'Atletico et Valence n'ont pas fait de gros transferts ou en tout cas je n'y crois pas. Asier Del Horno vient de Chelsea où il fut longtemps blessé. Fernando Morientes est un has been dont le transfert est comparable à celui de Patrick Kluivert, qui n'a rien apporté. Les championnats anglais ou espagnol sont trop exigeants pour ces joueurs. Hugo Viana n'était pas titulaire à Newcastle. Je pense qu'ils atteindront le top 5, guère plus, et seront contents s'ils décrochent un nouveau ticket pour la Ligue des Champions. Il y a aussi eu l'épisode Roberto Ayala qui s'est disputé avec le directeur technique et a été exclu de l'équipe mais n'a pas encore d'autre club. C'est un défenseur de top niveau qui va faire défaut. Pour moi, Valence sort affaibli de l'entre saison, faute de moyens. Ils parlent beaucoup d'un nouveau stade mais surtout de la... maquette (il rit). Cela rapportera de l'argent si le projet est mené à bien mais cela en coûte aussi et qui va investir ?" Il y a d'autres clubs qui évoquent leurs infrastructures. L'Espanyol entre autres. " Là, cela aurait du sens. Le deuxième club de Barcelone loue à présent le Stade Olympique de Montjuich qui n'est absolument pas adapté au football. Un temple énorme, tout ouvert, mais avec une piste d'athlétisme autour. Les 30.000 socios ont du mal à mettre l'ambiance et les business seats ou les loges, sources de revenus, y sont absents. L'Atletico aussi en parle depuis dix ans mais c'est surtout un discours commercial. Le club voudrait vendre au prix fort son terrain au centre-ville et construire une nouvelle enceinte dans les faubourgs ". Sportivement, Ferrera s'attend à quelque chose de la part du Deportivo La Corogne. Le club a flirté avec la faillite, a laissé partir ses grands noms, se rétablissant ainsi financièrement et a transféré de nombreux talents encore inconnus. Surtout des jeunes issus d'équipes nationales Espoirs. " Ils ont connu une bonne période de préparation. L'équipe de base sera jeune mais j'y crois. Osasuna est encore une énigme. L'équipe a beaucoup marqué hors de ses bases la saison dernière, y prenant pas mal de points, mais a perdu son coach Aguirre parti à l'Atletico. Il sera remplacé par son assistant de la saison passée et le club espère ainsi assurer la continuité et la confirmation. Ils ne sont pas arrivés là grâce à des grands noms mais grâce à un collectif de joueurs moyens dont on s'attendrait plutôt à ce qu'ils luttent pour le maintien au lieu d'une place en Ligue des Champions. Ce qui a fonctionné la saison passée pourra-t-il être réédité ? Je ne le pense pas. Pampelune est une ville qui n'est aux actualités qu'une fois par an, grâce aux taureaux. Ce n'est pas là qu'ils vont aller chercher l'argent ". Les équipes basques auront-elles voix au chapitre ? " Je n'attends rien de l'Athletic Bilbao. Aussi longtemps qu'ils garderont leur politique de n'aligner que des Basques, ils lutteront contre la relégation. La Real Sociedad a connu deux mauvaises saisons de rang et je ne m'attends pas à un prompt rétablissement ". Passons à présent plus au sud de la péninsule ibérique. Ferrera : " Le Betis constituera selon moi une mauvaise surprise. Une préparation négligée et une mauvaise dernière saison n'augurent rien de bon. Si on ne prend en compte que le dernier tour, le Betis était descendant. Les transferts, de second rang, n'arrangent rien. Le FC Séville, dernier vainqueur de la Coupe UEFA, a conservé le gros de son noyau mis à part Javier Saviola, retourné à Barcelone avec lequel il a disputé la préparation, sans doute pour être à nouveau prêté ailleurs. J'attends les Sévillans dans le peloton de tête en lutte pour un ticket UEFA. Le problème de l'Andalousie est qu'il y a peu d'activités économiques ou industrielles d'importance. Moins en tout cas que dans le nord ou le centre. Les villes y sont peuplées, l'atout du public est là mais les moyens financiers restent limités. La troisième équipe de la région est Huelva, ma ville natale. Un promu sans grande ambition, sans doute appelé à redescendre comme à chacune de ses expériences au plus haut niveau. Ils n'ont pas les moyens, une équipe du sud ne visera jamais le titre. Ce qui est vrai pour Huelva l'est aussi pour Nàstic, le petit frère catalan qui veut viser le maintien après être parvenu au plus haut niveau. Cela me paraît impossible, la preuve : ils ont engagé Javier Portillo(il rit) ". PETER T'KINT