Je sais, exemplatif est un belgicisme et je dois faire gaffe, car j'ai râlé récemment sur le maniement du français par nos hérauts du commentaire/foot ! Il n'empêche, Real-Bayern fut plus exemplatif qu'exemplaire : il fut une énième illustration de ce qu'est, hélas, la victoire aléatoire de l'un lors d'un duel entre caïds équivalents. Et il ne fut pas preuve exemplaire d'une qualité esthétique, au surplus suintante de probité !
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Je sais, exemplatif est un belgicisme et je dois faire gaffe, car j'ai râlé récemment sur le maniement du français par nos hérauts du commentaire/foot ! Il n'empêche, Real-Bayern fut plus exemplatif qu'exemplaire : il fut une énième illustration de ce qu'est, hélas, la victoire aléatoire de l'un lors d'un duel entre caïds équivalents. Et il ne fut pas preuve exemplaire d'une qualité esthétique, au surplus suintante de probité ! Car, d'un côté, le vainqueur et ses supporters se félicitent d'une qualification méritée : Cristiano Ronaldo est un extraterrestre dont ne disposait pas le camp d'en face, et les approximations arbitrales font partie du jeu, depuis toujours et pour longtemps... ...Tandis qu'en face le vaincu et ses supporters hurlent à l'injustice : Karl-Heinz Rummenigge déclare même qu'il s'est fait baiser (sic) pour la première fois de sa déjà longue existence ! Ronaldo aurait été en position hors-jeu lors de deux de ses buts, le tacle d'Arturo Vidal ne méritait pas l'exclusion, le Real a presté à domicile 30' de plus que le Bayern, bref : le foot est, hélas, un sport où le vaincu est un entubé aigri quasi récurrent... Rummenigge a oublié le péno raté par Vidal à l'aller, il n'a pas vu le péno gentil accordé à Arjen Robben au retour ; et il doit encore apprendre que les sliding-tacleurs impulsifs de type/Vidal peuvent foutre en l'air un bon résultat si l'on n'arrive pas à les cadrer. Parce que Rummenigge est un supporter comme les autres, parce que la versatilité arbitrale n'épargne personne, nous étions une fois encore au coeur même de l'immense popularité de ce foot foldingue. Vous allez rire mais, par rapport à l'arbitrage, pour le neutre que je reste, la décision la plus grotesque a résulté de cette frappe croisée de Daniel Carvajal à la 25' : Manuel Neuer détourne en corner en se détendant sur sa droite, et le ref donne coup de pied de but, ...aucun des CINQ arbitres n'était à l'affût et suffisamment proche ! Alors, je réaffirme que le boulot dévolu à l'assistant derrière le but est de glander bêtement et du mauvais côté : à la gauche du gardien, il doublonne avec l'assistant de touche proche ... alors que c'est le désert à la droite du gardien, puisque l'autre linesman reste coincé à mi-terrain ! Je conclus encore tout ébloui par la prestation de Marcelo, pour moi homme du match davantage que CR7, et je passe à trois blablas concernant Juve et Barça. Primo, le replacement de Mario Mandzukic par Massimiliano Allegri m'épate comme rarement : demander à un gars de pareil gabarit de bosser sur un flanc comme une fourmi, fallait oser, fallait avoir du flair. Et ça ébranle bien des convictions sur ce qu'on croit être la spécificité des pivots. Secundo, petite pensée émue pour Javier Mascherano : peut-être vient-on d'assister au crépuscule d'un très grand talent défensif : replacé devant la défense à l'aller pour laisser Samuel Umtiti derrière, l'Argentin s'est fait bouffer par Paulo Dybala dans ses parages, puis par Giorgio Chiellini dans les airs sur le 3-0 ... avant de cirer au retour un banc du Barça qu'il a rarement fréquenté : comme quoi même les cerveaux vieillissent, surtout leurs guibolles ! Tertio but not least, comment parler de jeu défensif sans être épaté par la Juve ? Le lendemain, j'ai entendu Marc Delire tutoyer les grandes métaphores en considérant le jeu turinois comme l'Everest de l'art défensif ! C'est joli et assez exact, à condition d'y inclure cette précision : si la défense de la Juve est une montagne à franchir, c'est parce qu'elle a l'intelligence de savoir que défendre, c'est d'abord DÉTRUIRE ! J'ai rarement vu autant de ballons qui, dès arrachage, étaient pétés bien loin, devant ou en touche, sans espoir ni tentative d'atteindre un partenaire. Leonardo Bonucci et sa bande ont beau avoir autant de capacités de relance propre que les autres défenses du top, quand il faut vider, à Turin, on vide sans états d'âme ! C'est le risque zéro à puissance maximale. Et surtout, au moment même où l'un vide avec ses pieds, tous les autres ont déjà intégré dans leur ciboulot que le ballon va être perdu et qu'il faudra, encore, le récupérer. C'est l'art de la destruction. C'est par lui que la montagne n'accouche pas d'une souris. PAR BERNARD JEUNEJEAN