Les fleurs du printemps ont enfin trouvé leur place dans les arbres. Léger, le vent souffle les moins résistantes sur l'agora de la rue des ménages. Un spectacle nostalgique et inspirant qui n'émeut pourtant guère les trois gamins qui se disputent un match dans l'arène du quartier. Une rencontre complètement déséquilibrée vu l'écart entre les âges des protagonistes, mais qui flaire bon la convivialité.
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Les fleurs du printemps ont enfin trouvé leur place dans les arbres. Léger, le vent souffle les moins résistantes sur l'agora de la rue des ménages. Un spectacle nostalgique et inspirant qui n'émeut pourtant guère les trois gamins qui se disputent un match dans l'arène du quartier. Une rencontre complètement déséquilibrée vu l'écart entre les âges des protagonistes, mais qui flaire bon la convivialité. Assis sur un banc qui fait face au terrain, deux jeunes discutent le coup. Ce siège en bois fait désormais partie de l'histoire du quartier : c'est sur celui-ci que le FC Marolles a été créé il y a un peu plus d'un an. " Le soir, on se rejoint ici entre potes. Parfois on joue au foot, parfois on discute. En mai 2017, on a enfin réalisé un rêve qu'on avait depuis longtemps mais qu'on ne pouvait pas mettre en oeuvre vu qu'on était mineurs. " Youssouf Aubertin était là le jour de la création du FC Marolles. Rappeur assez célèbre à Bruxelles - il se fait appeler Le Marollien et a déjà atteint les 130.000 vues sur certains clips - Youssouf n'avait plus joué au foot en club depuis son enfance. " Notre particularité, c'est qu'on a tous été footballeurs, mais qu'aucun de nous n'a réussi à percer ", poursuit Mohamed Echakrouny, le fondateur du club, avant de citer l'exemple de Lanciné Camara, qui avait signé un contrat de trois ans au Standard il y a quelques années avant d'être limogé suite à quelques problèmes d'ordre privé. L'éclectisme de la team ne s'arrête pas là puisque de nombreux joueurs sont également des adeptes du futsal. " On vient même de transférer un gars qui a joué une Coupe du Monde de futsal avec l'équipe nationale belge ", reprend Mohamed Echakrouny. Un casting de rêve. " Chaque fois qu'on est sur le terrain, on sent qu'on représente le quartier ", assure Youssouf Aubertin. " Personnellement, c'est ici que je suis né, je connais tout le monde : c'est comme un village au milieu de Bruxelles où tout le monde se fait signe. " Les fondateurs en sont persuadés : ils sont les premiers Marolliens à avoir créé un club dans le plus vieux quartier de Bruxelles, " qui existait déjà au XIIIe siècle, bien avant l'État belge ", précise Mohamed Echakrouny. Touché par la gentrification, le district des Marolles est de plus en plus à la mode et attire les badauds désireux de boire un verre en terrasse ou de se promener dans les petites boutiques à " brols " et " bruxebeers " des ruelles proches de la place du Jeu de Balle. " Mais le quartier a une autre face ", note Mohamed. " Les Marolles sont aussi un coin difficile où la délinquance est au top. Le jour-même de la création du club, il y avait une fusillade à quelques centaines de mètres de nous. On en a marre de voir les jeunes voler dans la rue, donc on leur propose de jouer au foot. C'est ça qui va permettre de changer les mentalités et la réputation du coin. " Majoritairement constitué de jeunes issus d'un milieu défavorisé - " Il y a des ex-taulards dans l'équipe ", place Mohamed - le FC Marolles veut prouver que tous ses membres tirent dans le même sens pour atteindre un projet d'amis. Élément particulièrement marquant : ce sont les joueurs qui ont financièrement créé le club grâce à leurs uniques cotisations. " La recherche de sponsors n'a pas été évidente : certains nous ont raccroché au nez, d'autres ont refusé de nous rencontrer ", regrette HammadiAbderrahmane, capitaine et joueur le plus âgé de l'équipe à seulement 26 ans. Du coup, chaque membre du FC Marolles a déposé 400 euros sur la table pour payer l'affiliation du club, l'équipement, les factures et les éventuelles amendes. Un cas rare dans un football amateur où de plus en plus de joueurs choisissent leur club en fonction du salaire qu'ils y toucheront. " On peut aussi compter sur le soutien de deux comités de quartier pour régler les questions administratives ", ajoute Mohamed. " Ils pourraient même nous trouver un local pour y installer une buvette. Ce serait un chouette lieu de rencontre où on diffuserait nos matchs en direct via les réseaux sociaux. " Le FCM ne joue en effet pas sur le territoire des Marolles et doit se déplacer tous les quinze jours en dehors du centre-ville. La commune a trouvé de la place en alternance sur les terrains de Neder-over-Heembeek et de Haren. Malheureusement il n'y avait pas d'autre créneau libre, l'équipe première n'a donc pas organisé un seul entraînement de l'année. " Chacun a fait comme il le voulait, mais à part un boxeur et un autre qui allait à la salle, personne ne faisait d'exercices. Du coup, on était pratiquement tous crevés à la mi-temps des matchs ", se souvient le capitaine Hammadi. " Même si on a acquis des automatismes au fur et à mesure de la saison, ils nous faudrait un préparateur physique et surtout un coach à l'avenir parce que celui qui s'occupait de nous cette année avait d'autres occupations, il ne pouvait pas se consacrer uniquement au FCM. " Un an après la création du FC Marolles, le bilan est plutôt positif. Notamment dans les tribunes, où les gens du quartier se rendent régulièrement. " Paradoxalement, c'est plus facile pour eux de venir aux matchs à l'extérieur ", sourit Mohamed. " Pour notre premier match de championnat, à Schaerbeek, il y avait tellement d'ambiance que l'équipe adverse nous a confié qu'elle avait l'impression qu'on évoluait à domicile. " En P4C, l'équipe première a terminé 12e sur 16 même si les deux derniers classés ont fait un forfait général. " D'après moi, on a été la meilleure équipe au niveau du jeu, tous les autres le reconnaissent. Cette place est donc un regret parce qu'on aurait pu finir champion si on avait eu un meilleur physique ", lance Hammadi. Le prochain défi est celui de l'espace que Mohamed et les siens vont devoir trouver pour accueillir les nombreux jeunes qui veulent intégrer le club. " J'ai fait les démarches pour obtenir de nouvelles autorisations d'occupation de terrain, parce que j'ai déjà dû refuser 200 demandes. " Le banc de la rue des ménages n'en a pas fini avec les réunions...