" La plus grande star du Club Bruges a toujours été plus rapide que moi. En 1985, Raoul Lambert (66 ans) m'a piqué sous le nez un buteur de Valenciennes auquel je m'intéressais : Jean-Pierre Papin. Coach de Lille, j'avais cerné les atouts de cet attaquant. Mais je n'étais pas seul sur la balle. Bien renseigné, Lambert avait deviné en lui des qualités intéressantes : vitesse, audace, sens de la profondeur, frappe et placement gagnant dans le rectangle. Lambert avait bien accompli son tra...

" La plus grande star du Club Bruges a toujours été plus rapide que moi. En 1985, Raoul Lambert (66 ans) m'a piqué sous le nez un buteur de Valenciennes auquel je m'intéressais : Jean-Pierre Papin. Coach de Lille, j'avais cerné les atouts de cet attaquant. Mais je n'étais pas seul sur la balle. Bien renseigné, Lambert avait deviné en lui des qualités intéressantes : vitesse, audace, sens de la profondeur, frappe et placement gagnant dans le rectangle. Lambert avait bien accompli son travail de scout du Club Bruges. Un an plus tard, Papin fut transféré à Marseille et rapporta une fortune au Club. Mais si quelqu'un a offert tout l'or du monde au Club, c'est bien Lambert. Son histoire est extraordinaire et, quelque part, si Bruges est devenu une des places fortes du foot belge, c'est surtout grâce à celui qu'on surnomme Lotte. Originaire de Steenbrugge, ce fils d'une famille de 11 enfants (son frère Eric s'illustra à Gand et à Waregem) a joué en équipe première brugeoise de 1962 à 1980. C'est désormais inimaginable et cette fidélité a rapporté gros à son club : cinq titres (1973, 76, 77, 78, 80), trois Coupes de Belgique (1968, 70, 77), les palmes de meilleur buteur de D1 en 1972 avec 17 goals, etc. Raoul était redoutable et Pierre Carteus avait l'art de le lancer au c£ur des défenses adverses. Et quand il était sur orbite, on ne le revoyait plus. Au bout de son effort, il armait un tir à brûler les gants des meilleurs gardiens de but du monde. Lotte était avec nous au Mexique en 1970 où l'ambiance ne fut pas à la joie entre les Diables Rouges. Timide, Lambert a toujours estimé que ce fut quand même un des grands moments de sa carrière. Il y marqua deux buts, le premier contre le Salvador et l'autre face à l'URSS. Le Brugeois aurait été digne d'un Soulier d'Or et méritait bien plus que 33 caps en équipe nationale. Il a souvent été blessé. Lambert était régulièrement torpillé par les défenseurs adverses et sa musculature de sprinter était fragile comme le cristal. Les staffs médicaux n'étaient alors pas aussi performants qu'aujourd'hui. En 1978, Lotte força contre la Juventus en demi-finales de la C1. Il déclara hélas forfait pour la finale perdue 1-0 contre Liverpool à Londres où un inconnu, Laszlo Kü, prit sa place. Le 24 mai 1975, lors d'un match de gala entre Bruges et une sélection des meilleurs joueurs belges de D1 (4-3), Lotte marqua le dernier but de l'histoire au Klokke avant le déménagement au stade Jan Breydel. Lambert doit tenir à ce souvenir comme à la prunelle de ses yeux. Cet immense attaquant entraîna longtemps les jeunes de son club et travailla dans une banque. " PIERRE BILIC