A table, entre deux plats, Zlatko Runje commande un expresso bien serré et ajoute tout de suite : " Je peux en boire toute la soirée sans que cela m'empêche de passer une bonne nuit ".
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A table, entre deux plats, Zlatko Runje commande un expresso bien serré et ajoute tout de suite : " Je peux en boire toute la soirée sans que cela m'empêche de passer une bonne nuit ". Zlatko mange peu. Tout le contraire de son frère, Vedran, un ogre qui adore la gastronomie de tous les pays et les bonnes bouteilles dégustées avec des amis. Les deux frères sont différents. " Et c'est très bien ainsi ", résume le portier du Standard. " Je n'étais pas au courant de ses contacts avec Lokeren puis avec Gand où il a finalement signé un contrat. Je ne me fais pas de soucis pour lui. Avec son mètre 91, il est plus grand que moi. Je ne fais que 1m85. En Croatie, quand mon frère avait encore une longue chevelure, tout le monde l'appelait Rambo. Il déménage dans son rectangle ". Zlatko, 25 ans, est le plus jeune des trois fils de la famille Runje : Vedran a 29 ans et Dario (" Il ne s'intéresse pas au football ") compte 28 printemps. Le cadet a un parcours intéressant et passa même un test à La Louvière il y a quatre ans. On affirme pour le moment que le club du Tivoli songe à nouveau à Zlatko. Sera-t-il un des candidats à la succession de Silvio Proto chez les Loups ? " Quand j'y ai passé mes tests, on a estimé que j'étais encore un peu jeune ", se souvient-il. " C'est l'agent de joueurs Ranko Stojic qui m'avait présenté aux dirigeants de La Louvière. Je ne me suis pas offusqué de l'impression que j'avais laissée aux décideurs de ce club. Je suis rentré en Croatie où j'avais assez de contacts afin de prolonger ma carrière. J'aurais pu signer en Allemagne aussi mais il était plus sage d'être patient. Je suis donc simplement retourné dans mon pays ". Les Runje sont originaires d'une petite ville, Sinj, à une trentaine de kilomètres de Split, entre la mer et la montagne. Cette cité est connue pour sa fête folklorique célébrant une victoire contre l'envahisseur ottoman. " Comme Vedran, j'ai porté les couleurs du petit club de Sinj, Unak ", raconte Zlatko Runje. " Ce fut le premier club de Nikola Jerkan qui joua à Charleroi. D'autres joueurs connus ont entamé leur carrière à Sinj dont Goran Sablic du Dinamo Kiev et Mirko Hrgovic de Wolfsburg. Il y avait là un excellent entraîneur de jeunes gardiens qui remarqua directement les prédispositions de mon frère, puis les miennes, pour le poste de gardien de but. J'ai été international Cadet puis à 16 ans, j'ai passé une saison à Samobor. Après mon service militaire, je suis revenu à Sinj. Hajduk Split ne tarda pas à entrer en contact avec moi. Vedran était déjà parti au Standard et, au départ, j'étais troisième gardien. Pour moi, c'était un défi intéressant dans un grand club. En Dalmatie, tout le monde rêve de porter les couleurs de ce club. Ce fut un écolage formidable. Ce club a une formidable école de gardiens. Hajduk m'a prêté un an à Novalija. Puis, je suis revenu afin de remplacer StipePletikosa parti au Shakhtar Donetsk. En 2003-2004, nous avons remporté le titre et j'ai joué en Coupe d'Europe de l'UEFA. C'était bien parti ". Le terrible public du Stade Poljud, qui adore et brûle ses vedettes, fit des comparaisons entre Zlatko et Vedran : un jeu toujours délicat. Cela peut laisser des traces. Ce fut le cas au Standard qui vécut un terrible drame familial. Dans les années 50, Toussaint Nicolay fut le gardien lors de la conquête du premier écusson national des Rouches. Le 3 septembre 1958, Toussaint défendit les filets du Standard lors des débuts du club en Coupe des Champions contre les Ecossais de Hearts of Midlothian (5-1) mais au retour, le coach Geza Kalocsay le remplaça par son frère, Jean. Cela provoqua un véritable schisme dans la famille Nicolay. Il y eut les pro-Jean et les pro-Toussaint. Les deux frères s'évitèrent longtemps et se réconcilièrent des années plus tard. " Je ne crois pas que nous en arriverons jamais là ", affirme Zlatko. " Notre histoire est totalement différente. J'admire mon frère et je le félicite pour ses exploits à Split, au Standard et à Marseille. Mais je ne veux pas qu'on me compare à lui. J'ai mon style, ma carrière, ma vie. Je réussirai pour mes atouts et pas parce que je suis son frère. Ce sera grâce à moi, à personne d'autre. Et si je ne m'impose pas, ce sera mon problème aussi. D'ailleurs, j'ai toujours fait mes choix sans le consulter. Je n'ai même pas téléphoné à Vedran avant de passer, cette saison, des tests à Lokeren puis à Gand. Vedran ignorait que j'intéressais des clubs belges. C'est mieux ainsi. Quand Hajduk Split est venu me chercher à Sinj, c'est parce que je le méritais. A partir du mois de janvier 2004, les choses se sont détériorées entre la direction d'Hajduk Split et moi. Comme j'étais en fin de contrat, certains ont voulu me forcer la main. Il n'était pas question de céder à cette pression. Je ne suis pas du style à signer contre ma volonté. De plus, à Split, on promet des tas de choses avant de les oublier. Je ne voulais pas marcher dans leurs combines. Je n'ai pas signé de nouveau contrat, j'étais libre. J'ai été en contact avec Lucien D'Onofrio. La donne changea quand le Standard fit revenir Vedran de Marseille. Lucien D'Onofrio me conseilla de trouver un autre club et m'a certifié que le Standard me suivrait avec attention ". " En été, j'ai passé des tests à Lokeren ", continue-t-il. " A mon avis, ils furent positifs mais on me laissa sans nouvelles car, je suppose, il y eut un problème entre mon agent et le club. Ce n'était pas une catastrophe. En Croatie, Varteks Varazdin, un club bien géré et coaché par Ciro Blazevic, était prêt à me recevoir. L'entraîneur des gardiens de Varteks Varazdin n'est autre que MarjanMrmic qui joua à Charleroi. En novembre, j'ai préféré revenir en Belgique. Gand me proposa un contrat d'un an et demi. Mais on dressera déjà un premier bilan en été. Je ne savais pas que Frédéric Herpoel avait été gardien des Diables Rouges. C'est une légende à Gand. Pour la première fois de ma carrière, on me parlait clairement. Le discours direct et positif de Georges Leekens m'a tout de suite beaucoup plu. Quand une chose est promise, elle se réalise. Tout est droit, correct, bien organisé. Par rapport à Split, c'est le jour et la nuit. Le coach n'a jamais mis la pression sur mes épaules. Même pas quand Frédéric s'est blessé avant le déplacement à Charleroi ". Pour lui, ce ne furent pas des débuts faciles. Un gardien de but doit aussi trouver ses marques. Gand se rendra à Sclessin lors de la 33e journée de championnat. Qu'il joue ou soit sur le banc, ce sera une journée spéciale pour Zlatko. Pour Vedran aussi quand le speaker prononcera le nom des deux Runje. Même s'ils ne sont pas très liés l'un à l'autre, ce sont deux frères quand même. Du haut de la tribune, en les regardant, Jean Nicolay aura certainement une pensée pour son frère, feu Toussaint. Si tout était à refaire, Jean ne permettrait pas au football de les séparer... Pierre Bilic" Je ne veux pas qu'ON ME COMPARE À VEDRAN "