Ralf Rangnick, 62 ans, a vu le jour, footballistiquement parlant, durant l'hiver 1985. Il avait 26 ans et était joueur-entraîneur d'une modeste formation amateure allemande, le Viktoria Backnang, le club de son village, situé à trente kilomètres de Stuttgart. Il disputait un match amical contre le grand Dynamo Kiev de Valeri Lobanovskyi, qui effectuait un stage dans les environs.
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Ralf Rangnick, 62 ans, a vu le jour, footballistiquement parlant, durant l'hiver 1985. Il avait 26 ans et était joueur-entraîneur d'une modeste formation amateure allemande, le Viktoria Backnang, le club de son village, situé à trente kilomètres de Stuttgart. Il disputait un match amical contre le grand Dynamo Kiev de Valeri Lobanovskyi, qui effectuait un stage dans les environs. À un moment donné, Rangnick s'est figé et a compté les adversaires. " J'avais l'impression qu'ils n'étaient pas onze, mais treize ou quatorze. Ils surgissaient de toutes parts. " Rangnick, un ancien médian défensif qui a obtenu son diplôme d'entraîneur à 22 ans, suggère alors à son libéro de se poster à hauteur des attaquants adverses, au lieu de rester derrière sa défense. Plus tard, dans les années 90, Stuttgart l'envoie au Brésil visionner un jeune attaquant auquel il croit fermement. Mais son club exige plus d'argent que le VfB ne peut offrir et Ronaldo, car c'est de lui qu'il s'agit, rejoint finalement le PSV. Mais l'exploit qui fait sa renommée en Allemagne, c'est la double promotion d'un club inconnu, Hoffenheim, qui accède à la Bundesliga. Par la suite, il soulève encore la Coupe avec Schalke 04 et attire l'attention d'Anderlecht et des Diables rouges. En 2012, il reçoit un coup de fil qui change tout. RALF RANGNICK : Dietrich Mateschitz, le fondateur de Red Bull, m'a téléphoné et m'a proposé d'entraîner Salzbourg. Il a vraiment insisté, au point de venir en hélicoptère chez moi, à Backnang. Il m'a demandé comment il pourrait rencontrer le même succès en football qu'en Formule 1 avec Vettel. J'ai répondu : " Repérez des jeunes footballeurs qui ont signé leur premier, voire leur deuxième contrat professionnel, pas des joueurs qui entament leur dernier bail. " Je lui ai également conseillé de faire jouer tous ses clubs et toutes ses équipes de la même manière et de travailler avec les mêmes scouts. Il m'a convaincu de devenir directeur technique de ses deux clubs. Nous avons repris Leipzig, qui évoluait en D4 sous un autre nom, et nous avons gravi les échelons avec des joueurs que tout le monde connaît désormais : Demme, Werner, Halstenberg, Poulsen, Klostermann. Leipzig n'a jamais connu de crise ni de passage à vide. Le club vaut actuellement 800 millions d'euros. J'ai fait une promesse à Mateschitz : " Je vais gérer votre argent comme si c'était le mien. " J'ai investi dans de jeunes joueurs comme Haaland, que j'avais vu à l'oeuvre à Molde il y a trois ans. La valeur marchande des inconnus que j'ai transférés à Hoffenheim, Leipzig et Salzbourg s'est multipliée par dix : de 120 millions à 1,2 milliard d'euros. Quelle est la clé de votre succès ? RANGNICK : Le club qui veut connaître le succès doit d'abord se demander quelles sont ses valeurs. Red Bull a toujours voulu jouer vite en exerçant un pressing élevé. En Amérique, on appelle ça " Ralfbal ", maintenant. Tous les jeunes joueurs sont formés selon cette philosophie. Quel poste vous plaît le plus : celui d'entraîneur ou de directeur technique ? RANGNICK : Ça dépend du projet. Durant ces 36 ans, j'ai récolté plus de succès quand je pouvais être davantage qu'un entraîneur, une sorte de trainager : entraîneur et manager sportif. Je veux être le rouage qui fait fonctionner tout le reste. Je veux m'entourer des meilleurs dans chaque domaine, du staff technique au nutritionniste, du psychologue aux scouts, en passant par l'analyste vidéo. Votre système est-il une garantie de succès dans toutes les compétitions ou seulement dans certaines ? RANGNICK : Il peut fonctionner partout, à condition qu'il fasse l'objet d'un consensus général et soit soutenu. Jürgen Klopp n'enrôle pas de joueur dont la mentalité ne convient pas à son style de jeu. Pas plus que Guardiola. Ils ne veulent pas de gars qui ne pensent qu'à leur salaire. Ils recrutent ceux qui cherchent un entraîneur qui leur explique précisément ce qu'il attend d'eux. Quels sont vos modèles ? RANGNICK : Outre Lobanovskyi, des entraîneurs italiens. En 1991, alors que j'étais en vacances dans les Dolomites, j'ai appris que Zdenek Zeman s'entraînait dans les environs avec Foggia. J'ai assisté à ses séances tous les jours. ( Zeman prônait le 4-3-3, ndlr). Mais c'est Arrigo Sacchi qui m'a le plus inspiré, à la tête de l'AC Milan. Vous avez failli être le patron du Milan de Sacchi, mais tout le monde n'en avait pas envie. Il y a un mois, vous avez donc déclaré que vous n'iriez pas à Milan et que vous ne resteriez pas non plus à Leipzig. RANGNICK : Milan m'a contacté en octobre, quand il était juste au-delà des sièges éjectables. Nous avons discuté quelques fois, sans rien signer. J'étais lié à Red Bull jusqu'à la fin du mois de juillet. Milan a finalement préféré reconduire le contrat de son entraîneur, Stefano Pioli. À court terme, c'était un choix logique, l'homme ayant fait de l'excellent travail. Si on observe le classement italien après la parenthèse corona, Milan est tout en haut. Reste à voir si c'était le meilleur choix à moyen ou long terme. Les directeurs sportifs de Milan, Zvonimir Boban et Paolo Maldini, qui ne sont pas les premiers venus, ne vous couvraient pas d'éloges. RANGNICK : Mes principes m'interdisent de parler des gens que je ne connais pas personnellement. Je m'y suis tenu. De l'extérieur, on peut juste se demander si les propriétaires de Milan sont satisfaits du rendement de leur investissement ces dernières années. Finalement, on peut aussi se demander pourquoi Milan s'est tourné vers moi. Que voulait-il que je fasse ? Il était probablement en quête de quelque chose qu'il n'avait pas. Vous n'auriez pas conservé Zlatan Ibrahimovic, alors qu'il a réinsufflé de la vie à Milan à son arrivée, après le Nouvel An. RANGNICK : Mon objectif est de faire progresser les joueurs et ils y parviennent plus vite quand ils sont jeunes. Je ne cours pas après des footballeurs de 38 ans, même s'ils sont encore en pleine possession de leurs moyens, comme Zlatan. Je veux aider les joueurs à se développer, leur offrir un plus. Donc, non, je ne vise pas des Zlatan. Est-ce bien ou pas ? En tout cas, c'est ma vision des choses. Quand on a parlé de moi à Zlatan, il a répondu qu'il ne me connaissait pas. Il avait raison. Je ne le connais pas non plus. Qu'est-ce qui vous procure le plus de satisfaction ? RANGNICK : Le fait que huit des 18 entraîneurs actuels de Bundesliga ont travaillé avec moi, de même qu'une flopée d'autres qui connaissent désormais le succès à l'étranger.