Mai 2003. En battant Saint-Trond 3-1 au stade Roi Baudouin, La Louvière remporte la Coupe de Belgique. C'est le deuxième club hennuyer à inscrire son nom au palmarès après le RC Tournai en 1956 et le premier club wallon à réaliser l'exploit depuis le Standard en 1993. Il n'y en a plus eu d'autres depuis.
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Mai 2003. En battant Saint-Trond 3-1 au stade Roi Baudouin, La Louvière remporte la Coupe de Belgique. C'est le deuxième club hennuyer à inscrire son nom au palmarès après le RC Tournai en 1956 et le premier club wallon à réaliser l'exploit depuis le Standard en 1993. Il n'y en a plus eu d'autres depuis. Mai 2006. La Louvière termine à la dernière place du classement de D1. Comme, en outre, elle n'obtient pas sa licence pour le football rémunéré, elle est rétrogradée en D3. Mai 2007. La Louvière termine 14e du championnat de D3B. Elle doit disputer les barrages avec les clubs promotionnaires et se maintient in extremis en s'imposant à St.-Eloois-Winkel, puis à Rupel-Boom. Juin 2007. Une partie de la presse annonce la fin imminente des Loups : le repreneur, LaurentDellaLibera, s'est retiré. La situation apparaît à ce point critique que la Ville de La Louvière, de crainte de voir le stade du Tivoli inoccupé, contacte MuratTacal et autorise l'US Centre à disposer des installations dont la RAAL avait l'exclusivité. Juillet 2007. Les journaux publient certains noms de joueurs qui défendront les couleurs des Loups dans le prochain championnat de D3A, comme si de rien n'était. La Louvière ne serait donc pas morte ? Aujourd'hui, où en est-on ? Laurent Della Libera n'est pas un homme d'affaires : il est fonctionnaire à l'Etat, mais était à la tête d'un projet qui avait réuni des investisseurs potentiels. Il habite Mignault et est un grand supporter de l'AC Milan. Son bureau est orné de souvenirs à la gloire des Rossoneri et il possède même un maillot dédicacé de Kaka. Accessoirement, il est aussi le président du club de basket de Carnières, qui évolue en D3, et était prêt à reprendre la RAAL. Pourquoi s'est-il retiré au dernier moment ? " Dans la convention de reprise qui avait été signée avec Filippo Gaone, il était fait état de 966.000 euros de dettes et de 741.000 euros de rentrées possibles ", révèle-t-il. " Soit une différence de 250.000 euros environ. Mon projet était de répartir cette dette sur cinq ans, ce qui aurait représenté 50.000 euros par an. Sportivement, l'objectif était de faire remonter La Louvière en D1 en 2012, année du centenaire du club. Mais je me suis très vite rendu compte que le chiffre de 966.000 euros était largement inférieur à la réalité. Le club a, par exemple, été condamné par défaut dans un tas de jugements et ces créanciers ne figuraient pas sur la liste. Le chiffre de 741.000 euros d'entrées possibles ne correspondait pas non plus à la réalité : Gaone avait, par exemple, compté 250.000 euros pour AcoStojkov, mais la RAAL avait oublié de lever l'option à l'Inter Milan et le joueur appartenait donc toujours à l'Etoile Rouge Belgrade. On n'aurait donc rien touché. Gaone avait aussi compté 50.000 euros pour le gardien AsmirBegovic, qui est parti à Portsmouth, mais renseignements pris à l'UEFA, on n'avait droit qu'à 20.000 euros. Tout cela, en dehors des plus-values prévues pour ManasehIshiaku, MichaëlKlukowski, SilvioProto ou MichaëlCordier, pour lesquels La Louvière a droit à 20 % en cas de revente. Mais, même si on touchait ces montants, ils n'auraient pas permis de couvrir la dette ". Della Libera ne cite pas PeterOdemwingie : pour le joueur nigérian, la plus-value a déjà été encaissée bien qu'il n'ait pas encore quitté Lille. " La Louvière a touché 600.000 euros au début 2007, grâce à des négociations avec le LOSC. C'est bien, mais chacun espérait qu'Odemwingie soit vendu à Tottenham pour dix millions d'euros. Dans ce cas, la RAAL aurait perçu deux millions et aurait été quasiment sauvée. Mais, comme le LOSC a passé l'hiver en Ligue des Champions, il a préféré garder son joueur ". Si Della Libera s'était porté candidat à la reprise, c'était par sympathie pour le club. Mais il a reculé face aux chiffres. " Avec les saisies qui ont été effectuées, La Louvière n'a toujours pas payé... ManuKaragiannis ! ", constate-t-il. " On lui doit entre 70 et 80.000 euros. En attendant aussi longtemps, les intérêts sont devenus plus élevés que la dette elle-même ! ". Comme tout le monde, Della Libera voit l'avenir de la RAAL très sombre : au total, il a estimé la dette à 1,7 million. " Moins 400.000 euros qui doivent encore entrer, mais qui sont déjà saisis par huissier, ce qui fait 1,3 million. Comment un club pourrait-il survivre avec une telle dette ? A moins que Gaone, blessé dans son amour propre par certaines de mes déclarations, veuille à tout prix démontrer qu'il est capable de garder le navire à flot et y aille à nouveau de sa poche... " Murat Tacal est, depuis 12 ans, le président de l'US Centre : un club promotionnaire établi à Haine-Saint-Pierre, qui fait partie de l'entité de La Louvière. Il est le patron de TMC ( TacalMuratConstruction), dont le siège est à Manage, et nourrit de grandes ambitions sportives. " J'espère atteindre la D1 endéans les cinq ans ", clame-t-il. Le Tivoli, il a un £il dessus depuis un bon bout de temps. " Notre terrain, à Haine-Saint-Pierre, ne répond pas aux exigences de la D3. Vu les événements, je pourrai peut-être prendre possession du Tivoli un an plus tôt que prévu. Les jours de la RAAL sont comptés ". Fait curieux : Tacal a, un moment, combiné sa fonction de président de l'US Centre avec celle d'administrateur de la RAAL. Il a même connu la montée en D1 en 2000. " Mais je n'étais pas d'accord avec la décision de Gaone de licencier Jean- ClaudeVerbist et j'ai quitté à mon tour ". Entre Gaone et lui, c'est un peu une histoire d'amour-haine. " Nos relations n'ont jamais pris la forme d'un long fleuve tranquille ", reconnaît-il. Il essaie donc d'assouvir ses ambitions de son côté. Diverses tentatives de reprise de la RAAL ont échoué. Le projet de fusion avec l'US Centre était voué à l'échec dès le départ. Il fut aussi question d'un rachat de Couillet, qui aurait joué le championnat de D3 au Tivoli, tandis que l'US Centre aurait continué son chemin en Promotion, mais la Ville de La Louvière s'y est opposée. " Couillet - sous un autre nom qui avait déjà été choisi mais que je ne révélerai pas - aurait ambitionné la montée en D1 ", affirme Tacal. Aujourd'hui, le scénario le plus vraisemblable consiste à voir l'US Centre prendre la place de La Louvière au Tivoli. Avec, toujours, la D1 en pointe de mire. " Comme on est un peu pressé par le temps, je pense qu'on commencera la saison à Haine-Saint-Pierre, mais on pourrait déménager pour le deuxième tour. Le public est fantastique dans la région et je veux créer un club dans lequel tout le monde pourrait se reconnaître. L'appellation changera : Centre La Louvière, ou quelque chose dans ce style. Les couleurs devront aussi contenter tout le monde. Certains ont parlé du bleu et blanc, qui associeraient le bleu et rouge de l'US Centre et le vert et blanc de la RAAL, mais d'autres combinaisons sont possibles. Sportivement, le plus difficile est de sortir de Promotion. On a déjà disputé le tour final à plusieurs reprises, sans succès. Mais, une fois en D3, les deux dernières marches peuvent être franchies très vite ". Jean-Claude Verbist fut syndicaliste pendant 27 ans et est bien connu dans le monde du football hennuyer. A La Louvière, il se définit lui-même comme l'enfant de la maison, davantage encore que FrédéricTilmant " qui est originaire de Binche mais considère la RAAL comme son club de c£ur, ce que je peux comprendre ". La saison dernière, Verbist a géré le club en D3B jusqu'au terme des barrages. Il s'est retiré, " avec le sentiment du devoir accompli ", après la victoire à Rupel-Boom qui assurait le maintien. " Si j'avais accepté d'aider La Louvière une fois de plus, c'est parce que je suis Louviérois d'origine ", explique-t-il. " Je suis né à 500 mètres du Tivoli, je me suis affilié chez les Loups dès mon plus jeune âge en 1958 et j'ai joué en équipe Première à partir de 16 ans et demi. J'étais le manager du club lorsque La Louvière est remontée en D1 en 2000, après 25 ans de purgatoire ". Verbist l'a quitté en septembre 2001, après une divergence de vues avec Gaone. " Le 15 septembre 2001 très exactement ", se souvient-il. " Je suis alors parti à Mons, mais mon c£ur est toujours resté louviérois. Cet attachement m'a d'ailleurs coûté ma place chez les Dragons. Je m'étais rendu à Porto, pour assister au match de Coupe de l'UEFA des Loups contre Benfica, et DominiqueLeone a trouvé cela inadmissible. A mon retour, il m'attendait pour me signifier mon licenciement ". Verbist est revenu à La Louvière en août 2005. " A l'initiative non pas de Gaone mais de DavidDelferrière, qui venait d'entrer dans le club comme directeur général. Je voulais simplement apporter mes connaissances aux gens en place, qui n'avaient aucune expérience de la gestion d'un club de D1 : que ce soit le secrétaire-général JoséLambert ou le manager général ChrisBenoît. Par la force des choses, mes responsabilités se sont accrues en janvier 2006 : personne n'était capable de remplir les documents nécessaires pour la commission des licences ". La licence n'a pas été obtenue, mais Verbist a continué en D3. " On a géré le club à trois : José Lambert, Marie- GhislaineMaes, secrétaire administrative, et moi. A chaque fois que des repreneurs se présentaient, ils exigeaient que je reste. J'ai cédé à leurs exigences. Il y a d'abord eu AntoninoCastagna, mais le projet a échoué ; puis une première approche de Tacal, qui n'a pas été très loin ; après, le groupe Bayot, qui s'est désisté ; Tacal est revenu à la charge en décembre 2006 ou en janvier 2007, mais sa tentative a encore échoué. Moralement, j'ai été obligé de rester, car j'étais le seul interlocuteur des joueurs. Gaone ne s'est montré qu'une seule fois : le 2 janvier 2007, lorsque les joueurs avaient menacé de ne pas reprendre les entraînements et qu'il a dû leur garantir le paiement des salaires ". Aujourd'hui, Verbist a le c£ur qui saigne : " La situation des Loups est pire qu'il y a un an. On s'est lancé dans la saison 2006-2007 sans budget : aucun sponsor n'était disposé à investir le moindre euro tant que Gaone était président. On n'avait donc pas les moyens de payer les salaires, qui ont finalement pu être versés grâce à une petite avance de Gaone lui-même et à la bonne volonté de plusieurs personnes extérieures au club. Fin janvier, on a constaté qu'Odemwingie n'avait pas quitté Lille alors qu'on comptait sur cette manne financière. Le risque était grand de devoir mettre la clef sous le paillasson dès février. Je suis allé négocier le rachat de la convention avec le LOSC et une somme négligeable -NDLR : 600.000 euros, confirmée- a été obtenue, ce qui a permis de terminer sereinement la saison ". Et maintenant, que va-t-il se passer ? Selon Verbist, " Mais je ne suis pas devin " précise-t-il, il ne se passera rien dans les semaines à venir car les créanciers sont en vacances. Mais La Louvière restera à la merci du moindre créancier qui réclamerait son dû à la rentrée. On pourrait donc voir les Loups commencer le championnat et rendre les armes après quelques matches. " Il reste encore un peu d'argent dans les caisses, mais pas assez pour aller au bout de la saison 2007-2008 ", estime Verbist. Dernière (?) tentative désespérée de Gaone : il a réactivé la piste BenitoSita - un ancien syndicaliste également, qui a réussi dans les affaires en important des produits alimentaires italiens et en fabriquant son propre fromage en Belgique - mais Verbist n'y croit pas. Ce serait donc la fin des illusions. " Dans l'état actuel, je vois mal un quelconque investisseur reprendre la RAAL... avec l'ambition de jouer en D3 ou en Promotion. Car, pour viser la D2, il faut montrer patte blanche à la fédération. Or, si le club n'a pas de dette fédérale, il ne satisfait pas aux exigences en ce qui concerne la licence : arriérés de salaires, assurance-groupe, litiges avec les managers, ONSS, TVA, précompte... ". Avec 29 buts, Tilmant est le meilleur buteur de l'histoire de la RAAL en D1. Il le restera sans doute à jamais, même si pour lui, le football est terminé : il travaille à la Ville de Binche, comme échevin du... Folklore. " J'ai connu 13 années de bonheur à La Louvière. Malheureusement, j'ai terminé par six mois d'enfer, lorsque j'ai repris la direction sportive du club après le limogeage de GilbertBodart. Ce football-là n'était plus celui que j'aimais. J'ai alors pris la décision de me changer les idées en allant jouer en Promotion avec Houdeng. J'y suis resté jusqu'en janvier 2007 : l'échevinat commençait à me prendre trop de temps ". Pourtant, le mois passé et après le départ de Verbist, Tilmant était revenu au club pour y occuper la fonction de directeur sportif avec Jean- LouisD'Achille. " A la demande de Della Libera ", précise-t-il. " J'ai £uvré à la reconstruction de l'équipe. Il fallait d'abord reconstituer un staff, étant donné que Della Libera ne voulait plus de DominiqueCuvelier comme entraîneur. D'Achille a accepté de devenir T1, avec ToniAntellucci comme T2. JoachimDupont, de Soignies Sports, était pressenti pour officier à la fois comme entraîneur des gardiens et troisième gardien. De l'équipe de la saison dernière, il ne restait que quatre joueurs sous contrat. Des accords verbaux - mais seulement verbaux puisque la signature de Della Libera n'était pas reconnue par la fédération - ont été passés avec les autres pour qu'ils continuent. Comme renforts, on avait trouvé Michaël Descamps (un jeune gardien de Mouscron), Julien Crépin (un jeune flanc gauche, également de Mouscron), Selçuk Agaleyik (un défenseur central de Tournai) et Loïc Piolot (un flanc droit de Haine-Saint-Pierre) ". Cela n'ira pas plus loin : Tilmant n'est resté que trois semaines. " Lorsque Della Libera s'est retiré, j'en ai fait de même ". Comment la RAAL s'est-elle retrouvée dans une impasse ? " Verbist et Gaone se rejettent la responsabilité. Ils ont sans doute, tous les deux, commis des erreurs ", estime Tilmant. " Pour ma part, je pense que la RAAL a commencé sa descente aux enfers lors du départ d' ArielJacobs et de RolandLouf, qui avaient sans doute déjà découvert certaines choses. Ariel apportait beaucoup de sérénité dans le groupe et Roland savait gérer le club en bon père de famille. On n'a plus retrouvé cela par la suite ". par daniel devos