Il n'y a pas eu de match, dimanche soir, à Sclessin. Autant le duel de la première journée entre les deux équipes fut équilibré (0-0), autant celui du week-end passé a laissé les amateurs de suspense sur leur faim.
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Il n'y a pas eu de match, dimanche soir, à Sclessin. Autant le duel de la première journée entre les deux équipes fut équilibré (0-0), autant celui du week-end passé a laissé les amateurs de suspense sur leur faim.Le défenseur dont l'équipe encaisse six buts a rarement le sourire. En quittant le vestiaire, Frank Defays avait le masque. Il ne comprenait pas la pauvreté de la réplique de Charleroi. "Nous nous retrouvions exactement dans la même situation qu'avant la première journée: le Standard était archi-favori", analysait-il. "Mais, en août, cela ne s'était pas vu sur le terrain et Charleroi n'avait pas volé son point. Ce soir, ce fut complètement différent: nous n'avons pas existé. Notre équipe avait la rage dans le vestiaire seulement. Une fois sur le terrain, on n'a plus rien retrouvé de toutes nos bonnes dispositions. Nous avions prévu de compliquer au maximum la tâche du Standard dans la première demi-heure, de le faire douter. Au lieu de cela, c'était 2-0 après 25 minutes et le match était plié. A la mi-temps, nous avons pris la décision de fermer la porte. On a vu le résultat... Il n'y a eu aucune réaction de notre part: c'est le plus difficile à accepter". Le capitaine regrettait aussi la nervosité des Zèbres. "Dès le début du match, plusieurs joueurs se sont systématiquement précipités sur l'arbitre après chaque décision contestable. C'était la meilleure façon de se le mettre à dos. Il s'est alors mis à sortir ses cartes: tout cela va nous coûter très cher dans les prochaines semaines". Le Sporting commence donc le deuxième tour de la plus mauvaise manière alors qu'il avait repris des couleurs lors du dernier match de l'année 2001. Entre ces deux rendez-vous, il y eut pas mal d'animation du côté du Mambourg. Defays commente tout ce qui a fait l'actualité à Charleroi depuis un mois."La victoire contre le GBA a sauvé nos vacances"Le 19 décembre, les Zèbres renouaient enfin avec la victoire. Leur premier succès à domicile depuis deux mois. Champagne pour tous dans le vestiaire!Frank Defays: "J'ai lu une joie incroyable sur tous les visages. Les titulaires, les réservistes, les entraîneurs et les dirigeants étaient aux anges. Nous étions en congé dès le lendemain. Je n'ose pas imaginer l'état d'esprit dans lequel nous aurions passé nos vacances si nous avions de nouveau perdu contre le GBA. Les dégâts psychologiques auraient été énormes. Nous étions dans une spirale de défaites depuis plusieurs semaines et le moral de tout le monde était atteint. Le grand public a sous-estimé les dégâts psychologiques sur les joueurs: on nous a beaucoup critiqués au lieu d'essayer de comprendre nos problèmes. Dans ce match, j'ai été frappé par notre envie de gagner collective. Nous avons joué à dix pendant une demi-heure mais nous avons quand même su faire la différence en nous serrant les coudes. Lors des matches précédents, j'avais vu des joueurs qui se posaient énormément de questions. La volonté était là, mais nous étions trop dispersés sur le terrain. Chacun regardait ses coéquipiers en se demandant qui était responsable des mauvais résultats et qui allait savoir réagir. Quand on se pose autant de questions, on ne parvient plus à se concentrer sur son football. Je n'ai pas d'explication à la mauvaise passe que le Sporting traverse presque systématiquement en novembre et décembre. Tout a changé depuis que je suis arrivé dans ce club: les joueurs, les entraîneurs, les dirigeants. Mais le phénomène se reproduit chaque année. C'est peut-être une question de mentalité, typiquement wallonne: dès que ça marche bien pendant quelques semaines, on se croit arrivé et on lève le pied. C'était déjà la même chose quand je jouais à Namur"."Stage ou pas? On fera le point dans un mois"Les Carolos furent les premiers à reprendre le collier, le 29 décembre. Notre météo les a obligés à travailler dans des conditions délicates alors que plusieurs clubs profitaient du soleil du sud de l'Europe ou du nord de l'Afrique. Defays: "Je suis sceptique quant à l'utilité d'un stage à l'étranger. Il y a un an, nous étions prêts à renverser des montagnes en rentrant de notre semaine en Turquie. Nous imaginions un deuxième tour aussi bon que le premier, qui nous aurait permis de décrocher quelque chose en fin de saison. Mais nous avons connu un mois de janvier catastrophique. Nous nous étions entraînés sur des billards en plein soleil, puis nous avons dû directement jouer sur un terrain verglacé à Harelbeke. Est-ce une bonne chose? Cette année, les joueurs qui ont passé quelques jours à l'étranger ont dû se replonger sans transition dans des températures négatives. On fera le point, club par club, dans un mois. Nous nous sommes entraînés plusieurs fois en salle et cela a aussi du bon. Il n'y a rien de tel pour travailler la circulation de balle et la technique. Nous avons tous été sidérés par Branko Milovanovic: il a une aisance incroyable en indoor. Et je suis sûr que plusieurs joueurs auront élevé leur niveau technique durant cette période". "De la clémence pour Rojas et Eduardo"Il manquait six joueurs à la reprise. Kanfory était toujours en Guinée, Martine en Guyane, Eduardo au Brésil, Rojas en Argentine, Yazdani en Iran. Et Pivaljevic, qui avait réservé ses vacances en fonction du calendrier des joueurs de Cologne, se trouvait toujours à l'Ile Maurice. Defays: "Ce n'est pas facile à gérer pour un entraîneur. Mais il faut aussi se mettre à la place des étrangers, qui apprécient de passer les fêtes dans leur environnement et avec leur famille. Etre loin des siens, ce n'est pas la meilleure façon de préparer une saison. Le football n'est finalement pas grand-chose à côté de la famille. Si je me retrouve un jour à l'étranger, je ne suis pas sûr d'être toujours ponctuel à la reprise des entraînements... Eduardo et Rojas sont rentrés très tard: Edu a été bloqué par de graves inondations au Brésil, et Sergio a été victime des problèmes économiques de l'Argentine; les avions ne décollaient plus. Le club a parlé d'une sanction exemplaire. Mais le groupe était totalement solidaire avec les joueurs. Au lieu de les enfoncer, il fallait les soutenir. Par quelques réflexions bien placées, nous avons fait comprendre au club et au coach qu'il ne fallait pas les punir. Nous sommes des hommes, pas des justiciers"."Tokéné, c'est notre Vandenbroucke!"Après le départ de Christian Negouai et la blessure de Miklos Lendvai qui le privera de tout le deuxième tour, Tony Herreman se démolit le genou à l'entraînement et est lui aussi sur la touche jusqu'en été. C'étaient trois des meilleurs Zèbres du premier tour. Si Grégory Dufer, en contact avec des clubs anglais, part à son tour, presque tout l'entrejeu sera décapité. Defays: "C'est ça, le foot d'aujourd'hui. Même si vous êtes très bien dans votre club, une proposition peut arriver à tout moment et vous donner envie d'aller voir ailleurs. Des équipes de plusieurs championnats sont capables de sortir subitement des centaines de millions, et un club comme Charleroi n'a plus qu'à s'incliner. Si des Anglais veulent Dufer, ils ne chipoteront pas. La perte serait énorme pour le Sporting, mais nous souhaitons tous un bon transfert à Dufer. J'ai des relations privilégiées avec Negouai: nous avons joué dans la même équipe à Namur et nous faisions la route jusqu'à Charleroi ensemble. Il m'a confié beaucoup de secrets que seule sa famille proche connaît. Quand il parle de ce qu'il vit à Manchester, ça donne envie. Je ne suis pas catastrophé par les absences de Negouai, Lendvai et Herreman. Evidemment, Lendvai et Negouai formaient un tout bon duo. En prenant une grosse partie du jeu aérien et offensif à son compte, Christian permettait à Miklos de se concentrer sur le jeu au sol et défensif. Mais leurs départs vont donner une chance à d'autres joueurs. Daniel Camus a déjà prouvé son utilité en fin de premier tour. C'est ce que j'appelle un transfert sans risque: on connaît ses qualités et sa mentalité. Il n'avait plus joué depuis sept mois mais ça ne se voit pas. L'homme du deuxième tour pour Charleroi, ce sera Badou Kéré. J'en mets ma main à couper. En décembre, déjà, il a rayonné comme jamais. Ce n'est pas un véritable soutien d'attaque, mais son jeu offensif et créatif est très précieux. Si Dufer s'en va, Alexandre Di Gregorio peut éventuellement prendre sa place. Celui-là, je ne parviens pas à comprendre comment Genk l'a laissé filer. Que ce soit comme titulaire ou joker, il nous apportera énormément. Devant, nous pourrons aussi compter sur Darko Pivaljevic. C'est un homme des rectangles, il le prouve chaque jour à l'entraînement. Mais il a besoin que l'équipe tourne. Or, depuis son arrivée, nous avons joué beaucoup plus souvent dans notre propre rectangle que dans celui de l'adversaire. On a dit qu'il était difficile à gérer. C'était peut-être le cas quand il était à l'Antwerp, mais alors, il a fameusement changé entre-temps. On voit qu'il est très content d'être chez nous. Notre quatrième transfert risque fort d'être le plus porteur: le retour de Bertin Tokéné est un magnifique cadeau. En Belgique, il n'y a pas photo à son poste dès le moment où il est motivé. Depuis son retour, il montre d'excellentes dispositions. Ce n'est plus le Tokéné que j'ai connu avant son séjour dans le noyau B. Il semble beaucoup plus calme et concerné. Ce n'est pas un mauvais garçon mais il a son caractère. Il faut savoir le prendre. Bertin, c'est un peu notre Frank Vandenbroucke... Il a eu plusieurs accrochages avec des coéquipiers dans le passé: les joueurs en question ne supportaient pas qu'il gaspille son talent, qu'il ne le mette pas au service du groupe. Quand on n'a pas de respect ou d'intérêt pour un coéquipier, on le laisse dans son coin. Et de toute façon, il est inévitable d'avoir de temps en temps des coups de gueule quand on est tous les jours ensemble. C'est la preuve que le noyau respire, vit. Je constate que toutes les absences pourront être comblées: Camus pour Lendvai, Tokéné pour Herreman, Kéré pour Negouai. Si tout le monde est conscient de ses possibilités, nous pourrons faire un tout bon deuxième tour. A condition, aussi, de pratiquer l'autocritique. Ce qui ne fut pas vraiment le cas depuis le début de la saison"."Le club peut nous interdire de parler à la presse"Les joueurs du Sporting boycottent toujours La Nouvelle Gazette. Rien n'indique que le conflit entre le club et le quotidien pourra être solutionné prochainement. Defays: "Je préfère ne pas faire trop de commentaires car j'ai l'impression que cette guerre dépasse l'aspect sportif. Il y a des rivalités de personnes. Nous sommes tenus au silence. C'est embêtant parce que j'avais d'excellents rapports avec les journalistes de La Nouvelle Gazette, mais je suis un employé du club et j'estime que le Sporting a le droit de nous interdire de parler à ce journal. La solution de tous les conflits passe par un tour de table et une bonne discussion entre hommes. Il faudra bien que quelqu'un prenne l'initiative tôt ou tard". Pierre Danvoye