En 1997, alors que Georges Leekens venait d'être débauché par la fédération, l'Excelsior Mouscron voyait ses deux perles noires, Mbo et Emile Mpenza, lui filer entre les doigts. Un vide juridique, lié aux fameux ex-transferts C (valables un an, les joueurs en avaient signé respectivement trois et cinq d'affilée), fut exploité par le Standard qui s'offrit ces talentueux attaquants pour zéro franc, zéro centime, avant de les revendre quelques années plus tard au prix fort au Sporting du Portugal et à Schalke 04. Jean-Pierre Detremmerie et ses collaborateurs ne l'ont toujours pas digéré. Un procès a d'ailleurs été intenté.
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En 1997, alors que Georges Leekens venait d'être débauché par la fédération, l'Excelsior Mouscron voyait ses deux perles noires, Mbo et Emile Mpenza, lui filer entre les doigts. Un vide juridique, lié aux fameux ex-transferts C (valables un an, les joueurs en avaient signé respectivement trois et cinq d'affilée), fut exploité par le Standard qui s'offrit ces talentueux attaquants pour zéro franc, zéro centime, avant de les revendre quelques années plus tard au prix fort au Sporting du Portugal et à Schalke 04. Jean-Pierre Detremmerie et ses collaborateurs ne l'ont toujours pas digéré. Un procès a d'ailleurs été intenté. "L'affaire devrait être jugée en février", pense Jean-Pierre Detremmerie. "Nous avons bon espoir d'obtenir gain de cause. J'attends une première condamnation. Après, nous pourrons nous retourner contre le Standard, et aussi contre l'Union Belge, qui nous a mal conseillé. Courtrai n'avait pas été très net dans l'affaire non plus. Nous avions un accord définitif avec le club flandrien, celui-ci n'avait donc aucune raison de signer à la fois avec nous et avec un autre club". Depuis lors, la leçon a été retenue, et sous la houlette d' Hugo Broos, Mouscron s'est attaché à faire signer des contrats de longue durée à ses joueurs importants. Mais, parfois, ses dirigeants ne se montrent sans doute pas encore assez durs en affaires. Jestrovic : entre 70 et 90 millions.Et alors qu'Anderlecht se plaint d'avoir acheté un joueur blessé, Nenad Jestrovic n'a-t-il pas été bradé? A la fin mars, Jean-Pierre Detremmerie déclarait textuellement dans un quotidien bruxellois: "J'estime la valeur marchande de Jestrovic à 300 millions de francs... minimum. Il est certain que, s'il devait trouver refuge en Belgique, nous pourrions être plus gourmands. Je ne renforce jamais un concurrent direct de gaîté de coeur". Pour quelle somme l'attaquant yougoslave a-t-il été cédé à Anderlecht... un club belge, jusqu'à preuve du contraire? 70, 80, peut-être 90 millions, mais certainement pas 300, la somme qu'Anderlecht a pourtant demandée à Everton pour Tomasz Radzinski. Jestrovic est-il trois fois inférieur au Canadien? Sans doute pas, puisque Jean-Pierre Detremmerie déclarait encore, à la fin mars: "Il est plus fort que Jan Koller" -NDLA: vendu, lui, pour 500 millions de FB à Dortmund. Comment expliquer cette mansuétude mouscronnoise? Par plusieurs facteurs. D'abord, il y avait certainement une volonté de ne pas nuire à la carrière du joueur. Ensuite, la blessure dont a été victime Nenad Jestrovic à Genk (et qui n'était pas guérie en fin de saison) a aussi obligé Mouscron à revoir son prix à la baisse. D'autant que l'Excelsior n'avait pas vraiment les moyens de conserver l'attaquant yougoslave. Son salaire était trop lourd pour les finances du club. L'arrivée d'autres renforts était également liée au départ de Nenad Jestrovic. Il fallait donc le vendre. Mouscron a essayé d'en obtenir un bon prix, tout en sachant qu'il ne pourrait pas demander autant qu'il l'aurait souhaité. Vanderhaeghe : 60-80 millions.Un an plus tôt, Mouscron avait déjà fait une fleur à Yves Vanderhaeghe également. Au coeur de l'hiver, alors que le demi défensif faisait déjà l'objet de sollicitations, Hugo Broos l'avait prié de demeurer au bercail jusqu'en fin de saison et avait juré ses grands dieux que le candidat-acquéreur devrait débourser une centaine de millions au minimum. Là encore, on fut loin du compte: les prix énoncés oscillent entre 60 et 80 millions, mais jamais 100. On peut le comprendre. Il y avait une volonté de faire un geste envers le joueur, qui avait rendu tellement de services et qui se voyait offrir, aux alentours de la trentaine, une opportunité unique de donner une nouvelle dimension à sa carrière. Son âge, aussi, a influencé le prix puisque le club acquéreur ne pouvait plus espérer réaliser une plus-valeur à la revente. L'an passé, la vente d'Yves Vanderhaeghe (conjuguée à celle de Stefaan Tanghe) a permis au club d'éponger les dernières petites dettes et même d'enregistrer un solde positif lors du bilan de fin de saison, mais quel vide le Diable Rouge n'a-t-il pas laissé au Canonnier sur le plan sportif? Dans le cas d'Yves Vanderhaeghe comme dans celui de Nenad Jestrovic, il y a sans doute aussi la volonté de conserver de bonnes relations avec Anderlecht. Pour cette raison, l'Excelsior est d'ailleurs très embêté par la blessure de l'attaquant yougoslave.Vandooren : 50 millions.Il y a d'autres cas où Mouscron a laissé filer ses joueurs pour une somme dérisoire. On est sidéré de lire que le Standard a acquis Gonzague Vandooren au Lierse pour 50 millions. L'international Espoir n'a pourtant pas livré une saison tonitruante à la chaussée de Lisp. Or, un an plus tôt, il était parti pour un peu plus de 10 millions. Sa valeur a-t-elle quintuplé en douze mois? Est-ce le Standard qui jette l'argent par les fenêtres ou l'Excelsior qui est trop gentil? Dans le cas de Gonzague Vandooren, il faut replacer le départ du joueur dans son contexte. En cours de saison, parce qu'il tardait à apposer sa signature au bas d'une prolongation de contrat, Gonzague Vandooren avait été placé -très temporairement- dans le noyau B. A cet instant, un ressort s'est brisé et le citoyen de Dottignies n'avait plus vraiment ses esprits du côté du Clos des Saules. Le joueur souhaitait changer d'air et le club n'avait pas envie de le retenir. L'Excelsior n'était donc pas réellement en position de force dans la transaction. Dans le cas de Stefaan Tanghe, Mouscron s'est trouvé lié par un contrat que le club avait lui-même rédigé. Le joueur a pu partir à Utrecht pour 40 millions. C'était écrit noir sur blanc, dans une clause qui avait été insérée à l'époque où le blond Courtraisien n'avait pas encore conquis ses galons de Diable Rouge. Hugo Broos s'est souvenu juste à temps que les frères Zewlakow, en vertu d'une clause du même style, pouvaient partir pour 50 millions. Le FC Cologne a failli en profiter pour rafler Michal. Les jumeaux ont entre-temps prolongé jusqu'en 2006, et si l'entraîneur lui-même ne se fait guère d'illusions sur ses chances d'encore pouvoir disposer des Polonais pendant cinq ans, il sait que leur vente rapportera gros. Des bonnes affaires quand même?Il n'empêche : Vanderhaeghe-Tanghe-Jestrovic-Vandooren, le tout pour une somme avoisinnant les 200 millions, c'est une bonne affaire pour l'acquéreur. A titre de comparaison, et tout en sachant que comparaison n'est pas raison, Marseille a déboursé le double pour s'assurer les services du seul Daniel Van Buyten. Ceci étant, Mouscron a également réalisé de très bonnes affaires dans l'autre sens. Et notamment dans le cas de ces mêmes frères Zewlakow. Après huit mois passés à Beveren qui n'avait pas les moyens de les acquérir définitivement, ils ont été achetés au Polonia Varsovie pour 22 millions... la paire. Une véritable aubaine. Dans le même ordre d'idées, Alost doit encore se mordre les doigts d'avoir relégué Yves Vanderhaeghe sur le banc et de l'avoir ensuite laissé partir à Mouscron pour une bouchée de pain. Et Metz a quasiment offert Nenad Jestrovic en cadeau, à tel point qu'une partie de la somme récoltée par le transfert du Yougoslave à Anderlecht a été ristournée au club lorrain. Bref, ces dernières saisons, la balance des transferts de l'Excelsior Mouscron est certainement positive, mais pas dans la mesure où l'on pouvait l'espérer.Daniel Devos