Depuis son arrivée à Charleroi, on avait vu Darko Pivaljevic plus souvent tête basse qu'avec un large sourire aux lèvres. Samedi soir, c'est un autre homme qui est allé saluer les supporters après la victoire contre le RWDM: le buteur retrouvé, le footballeur bien dans sa peau. Juste après son premier but pour les Zèbres, à la demi-heure, sa joie faisait plaisir à voir: il fit un grand signe de la main à son épouse, qui était au bord des larmes dans la tribune.
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Depuis son arrivée à Charleroi, on avait vu Darko Pivaljevic plus souvent tête basse qu'avec un large sourire aux lèvres. Samedi soir, c'est un autre homme qui est allé saluer les supporters après la victoire contre le RWDM: le buteur retrouvé, le footballeur bien dans sa peau. Juste après son premier but pour les Zèbres, à la demi-heure, sa joie faisait plaisir à voir: il fit un grand signe de la main à son épouse, qui était au bord des larmes dans la tribune. C'était le Pivaljevic de l'Antwerp: capable, en un éclair, d'éliminer plusieurs défenseurs pour aller crucifier le gardien. Le joueur monte en puissance, il n'est plus lourd et emprunté comme lors de ses premières apparitions avec le Sporting. A ses côtés, on a revu un Eduardo libéré, puissant, souvent à la bonne place. Auteur de deux buts et un assist, le Brésilien a joué son meilleur match de la saison. En neuf minutes contre le RWDM, il a marqué autant de goals qu'au cours des 13 mois précédents! On croyait qu'il se libèrerait après avoir planté le but de la victoire dans les arrêts de jeu contre La Louvière, en octobre. Mais ce ne fut pas le cas et il retomba vite dans ses travers: peu de présence, pas de confiance. Cette fois, Enzo Scifo y croit: "J'espère qu'il va enfin prendre conscience de son potentiel. Il vient déjà de faire le premier pas en répondant aux critiques qui s'abattaient sur lui. On le faisait continuellement passer pour un Brésilien qui ne savait pas dribbler. Il a prouvé le contraire face au RWDM". Biakolo se prend au sérieuxS'il se confirme au cours des prochaines semaines, le retour en forme de ces deux joueurs sera d'une importance capitale pour le Sporting. Ce duo pourrait permettre aux Zèbres d'augmenter une pitoyable moyenne de buts marqués par match. Une moyenne qui s'explique par le fait que, parmi les attaquants, seul Sergio Rojas ait répondu à l'attente depuis le début de la saison. On attendait énormément de Stéphane Biakolo, mais il a échoué pour plusieurs raisons. Lorsqu'il a débarqué chez nous en provenance de l'Inter, il était persuadé qu'il s'imposerait sans aucun problème dans un championnat beaucoup moins fort que le Calcio. Il sous-estimait la rigueur des défenses belges. Par ailleurs, il eut des conflits avec l'entraîneur et des coéquipiers, péta les plombs, brossa des entraînements et une entrevue avec Scifo, rêva de la Coupe d'Afrique des Nations avec le Cameroun avant de rester finalement sur le carreau, etc. Mais la principale explication de son échec est sans doute son transfert plus ou moins forcé à Charleroi: il a été loué au Sporting parce que ce club et l'Inter ont un accord de collaboration, mais il n'avait guère envie, dès le départ, de quitter le soleil de Milan pour le triste climat belge. Dans le cas de Stéphane Martine, on ne peut pas parler d'un flop, puisque ce joueur arrivait directement de D3. Il s'est vite rendu compte qu'il était cent fois plus facile de jouer avec Virton qu'avec Charleroi et n'a guère été employé durant le premier tour. Aujourd'hui, la concurrence en attaque semble autrement plus forte qu'il y a quelques semaines. Sergio Rojas a purgé sa suspension et pourra rejouer dès le week-end prochain, Eduardo et Pivaljevic ont la pêche, et Alexandre Di Gregorio, arrivé de Genk en fin de premier tour, a montré de très bonnes choses chaque fois qu'il est monté au jeu. Cette nouvelle donne offensive est porteuse d'espoirs pour les Zèbres. "Quand les attaquants se mettent à concrétiser leurs occasions, toute l'équipe prend confiance", analyse Dante Brogno. "Au premier tour, nous avons perdu beaucoup de matches contre des équipes qui ne nous étaient pas supérieures dans le jeu. La seule différence, c'est qu'elles transformaient leurs occasions alors que nous n'y parvenions pas". C'était toute la différence entre Charleroi et des clubs d'un niveau et d'un budget théoriquement comparables comme St-Trond, Lokeren, le GBA ou Westerlo. Ceux-ci pouvaient compter respectivement sur Mbonabucya, Bangoura, Huysmans ou Vandenbergh, alors que les Zèbres n'avaient pas un vrai voleur de buts. Dufer et Yazdani, les armes de la deuxième ligneLa victoire facile contre le RWDM s'explique aussi par d'autres retours au premier plan. En premier lieu celui de Grégory Dufer, qui a peut-être enterré pour quelque temps ses espoirs d'un transfert en Angleterre. Dufer fut la révélation de la saison dernière mais n'a pas vraiment confirmé lors du premier tour. On ne l'a que rarement vu débloquer un match par l'une ou l'autre astuce technique. Samedi dernier, il fut à nouveau dans pas mal de bons coups sur le flanc droit. Scifo avait prévenu en début de saison: "Dufer peut être un joueur décisif mais il faut pour cela qu'il garde les pieds sur terre et se concentre sur son football". En apprenant que des clubs étrangers étaient prêts à débourser 5 ou 6 millions d'euros pour lui, en étant convié à des tests à Sunderland, en entendant l'intérêt de Nantes, il a sans doute oublié l'essentiel. Il semble aujourd'hui qu'il restera à Charleroi au moins jusqu'à la fin de la saison, et on pourrait dès lors retrouver le meilleur Dufer. Sur le flanc gauche, Daryush Yazdani fut plus d'une fois insaisissable. Quand il est en forme, ce joueur peut être dangereux de la première à la dernière minute. Mais au premier tour, ses bons ballons furent rarement exploités par les attaquants. S'il peut maintenant compter sur un duo performant pour négocier ses caviars, le Sporting décollera vite de la 10e place. Le passage à vide qu'a connu le Sporting en novembre et décembre découlait de la baisse de niveau progressive d'une bonne partie de l'équipe. Le 11 de base avec lequel Scifo avait entamé la saison s'est effrité petit à petit. Istvan Dudas a fait de bonnes choses dans le but mais il joue rarement un match parfait. Il s'est montré fébrile contre le GBA en décembre et au Standard il y a dix jours. En prenant deux cartes rouges lors de ces matches, il s'est mis provisoirement hors-jeu et Scifo l'a relégué sur le banc dès la venue du RWDM. Miklos Lendvai et Tony Herreman, deux joueurs essentiels, se sont blessés et on ne les reverra plus sur le terrain cette saison. Christian Negouai, qui abattait un travail de titan dans l'entrejeu, est parti. Daniel Calvo, qui avait été la révélation de la campagne de préparation, a éprouvé du mal à confirmer lorsque sont arrivés les matches à enjeu. Ernest Etchi avait vite trouvé ses marques mais il est devenu de plus en plus nerveux, au point de prendre trois cartes rouges sur l'ensemble du premier tour! Biakolo faisait lui aussi partie de l'équipe-type en début de saison mais il n'est plus là que physiquement, attendant impatiemment la fin du championnat et son retour à Milan. Reste l'énigme Branko Milovanovic. Il est monté six fois au jeu depuis le début de saison, mais dans la plupart des cas, le match était plié et il avait peu de chances de se mettre en évidence, de convaincre un Scifo qui semble ne plus croire du tout en lui. Un bon mercatoPour compenser les absences de ceux qu'il considérait comme titulaires en début de championnat, l'entraîneur a dû intégrer de nouveaux joueurs au compte-gouttes, et cela ne se fait pas sans mal. Le premier bilan des nouveaux arrivés n'est toutefois pas mauvais du tout. Di Gregorio n'a eu besoin que de quatre minutes lors de son tout premier match, fin décembre contre le GBA, pour offrir la victoire au Sporting. Pivaljevic est enfin là. Wilfried Godart n'a pas eu beaucoup de travail face au RWDM, mais il a dégagé de la confiance et de la sûreté -sauf sur les relances au pied. En raison de la suspension de Dudas, il est assuré de rester durant quelques semaines dans le but. Bertin Tokéné a raté son match au Standard et a de nouveau fait peur à toute l'équipe lors de sa première intervention contre le RWDM, mais il s'est bien repris par la suite. Ronald Foguenne, que l'on peut considérer comme un nouveau renfort vu qu'il est seulement opérationnel aujourd'hui, a joué un match courageux et sans déchets face à Molenbeek. Aziz Rabbah a rejoué en Réserve et pourrait entrer prochainement en ligne de compte pour la Première. Sebastian Rassart est lui aussi débarrassé de ses pépins physiques. Enfin, Daniel Camus peut d'ores et déjà être considéré comme un transfert réussi. Dans son rôle de médian défensif, il met le pied et commande ses coéquipiers de la première à la dernière minute. Globalement, on peut dire que Charleroi a mieux réussi sa deuxième que sa première campagne de transferts. Pierre Danvoye