Après le Lierse et St-Trond, c'est Beveren qui vient de passer à la moulinette louviéroise. Les Ivoiriens n'ont pas existé, samedi soir, au Tivoli. L'équipe de Gilbert Bodart présente le bulletin parfait : 9 points sur 9, 6 buts marqués, 1 encaissé. On pourra toujours dire qu'elle n'a pas affronté des foudres de guerre, que ces trois adversaires rament dans le dernier tiers du classement. Il n'empêche que les Loups se sont fameusement donné de l'air avant de se mesurer à des clubs plus costauds.
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Après le Lierse et St-Trond, c'est Beveren qui vient de passer à la moulinette louviéroise. Les Ivoiriens n'ont pas existé, samedi soir, au Tivoli. L'équipe de Gilbert Bodart présente le bulletin parfait : 9 points sur 9, 6 buts marqués, 1 encaissé. On pourra toujours dire qu'elle n'a pas affronté des foudres de guerre, que ces trois adversaires rament dans le dernier tiers du classement. Il n'empêche que les Loups se sont fameusement donné de l'air avant de se mesurer à des clubs plus costauds. Comment ce revirement a-t-il pu se produire aussi rapidement ? Y a-t-il une griffe Bodart ? L'équipe aurait-elle pu s'en sortir en continuant à travailler avec EmilioFerrera ? Le noyau actuel est-il suffisant pour viser une suite de saison tranquille ? Tentative de réponses. Depuis trois matches, il y a quelques Louviérois qu'on ne reconnaît plus. Des hommes qui cherchaient vainement leurs marques sous Ferrera et montrent aujourd'hui tout ce qu'ils ont dans le ventre. Le gardien Michael Cordier semble enfin sorti de l'ombre de Silvio Proto. Olivier Guilmot est redevenu le défenseur intransigeant qu'il était la saison dernière. Jaroslaw Mazurkiewicz en impose aussi au sein du bloc défensif. Alexandre Teklak et Egutu Oliseh font merveille dans leur rôle commun de pare-chocs devant la défense. Fadel Brahami est le moteur de l'entrejeu et montre à nouveau qu'il possède une technique et une lecture du jeu bien au-dessus de la moyenne. Nordin Jbari a recommencé à affoler les défenseurs adverses. Le benjamin Alexandre Potier, inconnu au bataillon durant les premiers matches de la saison, en est déjà à deux buts pour un temps de jeu extrêmement limité. Suffisait-il de changer d'entraîneur pour transformer tous ces joueurs ? " Le foot est impalpable ", lance mystérieusement Teklak. " Pourquoi sommes-nous bons aujourd'hui alors que nous étions mauvais hier ? Franchement, je n'ai pas de réponse toute faite. Ce serait facile de tirer sur Emilio Ferrera, de dire que rien n'allait avec lui et que tout va bien avec Gilbert Bodart. Je ne veux pas tomber dans ce piège-là. La personnalité plus extravertie de Bodart et son système en 3-5-2 conviennent sans doute mieux à ce groupe. Mais cela suffit-il à expliquer la différence de résultats ? Je n'en suis pas persuadé. Je pense surtout qu'il a manqué à Ferrera la chance indispensable à une première victoire, si importante. Si nous l'avions arrachée avec lui en début de saison, la situation ne se serait sans doute pas autant gâtée. Pas de victoire, cela veut dire pas de confiance. Nous avons directement gagné avec Bodart, plusieurs joueurs qui occupaient des postes clés se sont épanouis dans le rôle qu'il leur avait confié et nous avons poursuivi sur cette lancée. Aujourd'hui, c'est Ferrera qui paye, tout le monde va avoir l'impression que nous n'aurions eu aucune chance de remonter au classement avec lui. Je ne serais sûrement pas aussi catégorique ". C'est dans la nuit précédant son premier match à la tête des Loups que Gilbert Bodart a imaginé d'abandonner le quatuor défensif aligné depuis le début de la saison. C'est désormais un trio ( George Blay, Olivier Guilmot et Jaroslaw Mazurkiewicz) qui tient la baraque derrière. Juste devant, on trouve un duo de récupérateurs (Alex Teklak-Egutu Oliseh contre St-Trond et Beveren, Jules César Oulai-Egutu Oliseh contre le Lierse). Fritz Emeran et Rogerio De Oliveira (ou Julien Pinelli) balayent les flancs (respectivement droit et gauche). Et Fadel Brahami est à la baguette en retrait du duo d'attaquants (Nordin Jbari associé à Aco Stojcov ou Julien Pinelli, avec Alexandre Potier comme joker). " Le jour du match contre le Lierse, Gilbert Bodart a appelé Blay, Mazurkiewicz et moi dans son bureau ", raconte Guilmot. " Il nous a dit qu'il avait l'intention de jouer avec une défense à trois et nous a demandé si nous avions des réticences. J'ai été fort surpris, c'était un peu déstabilisant comme théorie. Mais nous avons tout de suite adhéré. Mettre un homme de plus dans l'entrejeu, c'était une façon de couper les contre-attaques adverses avant qu'elles n'arrivent au niveau de notre défense. Et c'est justement sur des contre-attaques que nous avions pris beaucoup de buts depuis le début de la saison. Notre entrejeu à cinq nous permet aussi de mieux exploiter les flancs ". Emilio Ferrera alignait toujours quatre défenseurs et le plus souvent quatre médians, disposés à plat ou en losange. " Je pense que le système actuel nous convient mieux à tous les niveaux ", poursuit Guilmot. " Avoir cinq milieux nous permet aussi de sortir plus rapidement pour nous porter dans la zone de vérité. Mais je suis sûr que Bodart ne s'accrochera pas coûte que coûte à ce système, même s'il nous réussit très bien depuis trois matches. J'imagine qu'il ne prendrait pas le risque de faire jouer une défense à trois face à une équipe qui alignerait trois attaquants spécifiques. Ce serait du suicide. Il saura s'adapter aux qualités adverses ". Alex Teklak : " Pendant toute la semaine qui a précédé le match contre Beveren, nous avons travaillé à contrer deux lignes de quatre hommes et un duo d'attaquants. Jouer avec deux vrais stoppeurs était sûrement le solution la plus simple et la plus logique. Avec Oliseh, j'avais pour mission de soulager au maximum leur boulot. Cela a bien fonctionné ". Les personnalités d'Emilio Ferrera et de Gilbert Bodart sont complètement opposées. Autant le Bruxellois est secret, autant le Liégeois est explosif. Nordin Jbari met l'accent sur une autre différence : " Ferrera connaît très bien le jeu, alors il mettait énormément de théorie et de tactique dans ses entraînements. Bodart a directement misé sur le contact, l'aspect humain. Il rigole beaucoup avec nous et les consignes tactiques sont assez limitées. C'est sans doute de cela que les nombreux jeunes du noyau avaient besoin. Il fallait leur aérer l'esprit, ne plus les encombrer avec des missions trop précises. Bodart applique finalement la méthode que Robert Waseige avait choisie en arrivant au Brussels. Les joueurs d'une équipe qui ne décolle pas du fond du classement sont systématiquement des gars malades dans leur tête, des types qui ne savent plus trop où ils en sont et ne croient peut-être plus en eux. Pour les guérir, il faut les replonger dans une ambiance décontractée et positive. Il fallait remettre de la bonne humeur sur le terrain d'entraînement, une vraie envie de repartir vers l'avant. Privilégier le jeu, l'amusement. Cela avait commencé avec Frédéric Tilmant et Bodart a poursuivi le travail. S'il avait recommencé avec plein de schémas, nous n'aurions pas pu nous en sortir. Ferrera aurait peut-être appliqué la même théorie s'il avait débarqué en cours de saison. Et Bodart s'y serait peut-être pris autrement s'il avait travaillé avec nous dès la préparation ". Jbari ajoute que Ferrera poussait les joueurs à croire en eux, même si le discours était peut-être moins enthousiaste que celui de Bodart : " Pendant ses trois dernières semaines de travail ici, il nous a souvent parlé des articles de presse qui nous démolissaient. Il nous disait par exemple : -Les gars, on vous casse dans les journaux mais je vous rappelle que vous avez fait douter le Standard et Genk jusque dans les dernières secondes. Ça veut quand même dire que vous avez des qualités ". Filippo Gaone a signalé que Ferrera était sans doute trop pro pour un club comme La Louvière. Jbari a des doutes : " Qu'est-ce que ça veut dire, être trop pro ? Cela signifie-t-il que La Louvière est un tout petit club ? Non, je n'y crois pas. Je dirais plutôt que Ferrera est plus taillé pour une très grande équipe. J'ai connu Anderlecht et Bruges, j'ai vu comment ça se passait là-bas. Dès la fin de l'entraînement, le coach file dans son bureau pour se concentrer sur la séance du lendemain. C'est que ce Ferrera faisait ici, alors qu'avec Bodart, tout le monde reste encore un peu sur la pelouse pour frapper au but et déconner. Passer des heures à parler de système et de positionnement, c'est également typique des grands clubs. Sur ce plan-là aussi, Ferrera est à la hauteur. Et il laissait par exemple son adjoint s'occuper de l'échauffement, comme dans les meilleurs clubs. Autre caractéristique : il nous disait que le groupe devait régler lui-même ses problèmes. Mais un noyau aussi jeune et déboussolé avait sans doute besoin d'une autre approche, plus humaine, plus conviviale. Bodart l'a directement compris ". Comme on l'a entendu samedi dernier, La Louvière est en tête de la Bodart League, ce championnat qui a démarré à la 11e journée. Les Loups poursuivront-ils sur leur lancée ? Après trois apéros très digestes, ils vont maintenant affronter de meilleurs calibres. Même si ce n'est qu'une équipe de D2, Mons - qui reçoit la RAAL ce samedi en Coupe de Belgique - vaut sans doute le Lierse, St-Trond ou Beveren. Et le week-end suivant, c'est chez le champion brugeois que les Louviérois se déplaceront. On aura, à ce moment-là, une meilleure idée de leur potentiel. " Nous n'allons pas bâcler notre match de Coupe mais il n'est certainement pas prioritaire ", signale Teklak. " Nous le jouerons avec tout le sérieux requis, d'autant que c'est un match très particulier pour notre président après les événements de la saison dernière quand on y avait lourdement perdu et qu'il avait été interrogé immédiatement par l'Union Belge. Mais la Coupe, on a l'occasion d'y participer chaque saison, alors que la D1, c'est à la vie, à la mort. Si nous basculons à la fin de ce cham- pionnat, certains joueurs de notre noyau évolueront au mieux en D2 d'ici un an. Il faut donc savoir cerner ses priorités ". Il y a quelques semaines, les avis étaient presque unanimes pour conclure que le noyau de La Louvière manquait de consistance pour la D1. Le vent a entre-temps tourné. Mais ce n'est pas pour autant que la direction restera inactive durant le mercato d'hiver. " J'ai eu des sueurs froides en voyant Oliseh grimacer de douleur dans le match contre Beveren ", lance Gilbert Bodart. " J'ai encore sué au moment où Jbari s'est fait exclure. Mon groupe n'est pas élastique et la moindre absence peut se payer au prix fort ". Tout indique que le nouvel entraîneur obtiendra prochainement des renforts. Trois joueurs furent d'ailleurs testés la semaine dernière. " Nous envisagerons en fonction des besoins sportifs et de nos finances ", affirme Chris Benoît, le manager. " Il est clair, en tout cas, que des renforts seraient bienvenus. Je ne veux pas dévaloriser les joueurs en place, mais l'effectif risque d'être un peu court en cas de blessures ou de suspensions. Les terrains lourds coûtent aussi toujours des hommes. Un transfert dans chaque ligne, ce serait parfait ". Un joueur comme Cédric Roussel recevra-t-il une chance de se relancer dans le club qui l'a formé ? On en parle... Si ça roule à nouveau sur le terrain, ça reste très instable dans les coulisses de la RAAL. Collaborer à long terme avec Filippo Gaone semble plus que jamais impossible. Jean-Claude Verbist avait été mis à l'écart et est rentré au bercail il y a quelques mois. Roland Louf était parti et on cite son possible retour. Stéphane Pauwels a été écarté... et celui-là, on doute qu'il revienne un jour. Tous des hommes censés gérer les plus hautes responsabilités, dans l'ombre d'un président le plus souvent absent. La semaine dernière, c'est le directeur général nommé en juin dernier qui a présenté sa démission : David Delferière. Et on repart une nouvelle fois à zéro... La RAAL est plus que jamais un bateau sans capitaine. Englué dans ses problèmes professionnels, le président n'a que très peu de temps à consacrer à son club. Verbist n'a que des responsabilités limitées (gestion des infrastructures, appartements et voitures des joueurs,...). Chris Benoît est en charge du sportif mais n'a qu'un contrat à mi-temps. Et Delferière, quoique directeur général, n'était pratiquement jamais au stade vu qu'il devait combiner cette fonction avec un boulot dans le secteur bancaire et un poste en vue à l'Union Belge. Il manque clairement un patron sur place, un homme censé prendre très vite les grandes décisions sans devoir multiplier les coups de fil au président. Roland Louf sera-t-il à nouveau celui-là ? Il avait été contacté par Gaone pour un retour en juin dernier (quand il ne pensait plus faire partie des plans à Mouscron), mais on raconte aujour- d'hui que Gaone a refusé son retour, proposé par Delferière. Allez vous y retrouver dans ce sac de n£uds... PIERRE DANVOYE" LA THÉORIE DE BODART ÉTAIT DÉSTABILISANTE AU DÉPART " (OLIVIER GUILMOT)