Le stade de Bielmont s'apprête à attirer du monde, ce dimanche. Lisez quelques centaines de spectateurs, tout au plus. Car le RCS Verviers n'attire pas la foule. Ou plutôt n'attire plus. Un constat amer depuis plusieurs saisons, suite à différentes tempêtes qu'a traversé le club lainier (adjectif en référence au glorieux passé de la Ville, grand centre européen de l'industrie lainière au 19e siècle).
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Le stade de Bielmont s'apprête à attirer du monde, ce dimanche. Lisez quelques centaines de spectateurs, tout au plus. Car le RCS Verviers n'attire pas la foule. Ou plutôt n'attire plus. Un constat amer depuis plusieurs saisons, suite à différentes tempêtes qu'a traversé le club lainier (adjectif en référence au glorieux passé de la Ville, grand centre européen de l'industrie lainière au 19e siècle). Pourtant, les Vert et Blanc, deuxièmes de leur série (D3B), n'ont plus connu pareille saison sportive depuis un moment. Soit en 2005, lors de la remontée en D3, avec un certain BenoîtThans qui avait repris les rênes de l'équipe. Ensuite, d'autres ont pris le relais, comme EtienneDelangre, SundayOliseh, DidierErnst, FrankNeumann, RaphaëlQuaranta... Mais la foule ne se déplace toujours pas au stade de Bielmont. Pour un derby (contre La Calamine ou Sprimont cette saison) la moyenne varie entre 500 et 800 spectateurs. Sinon, ils ne sont que quelques dizaines, au mieux une petite centaine à supporter l'équipe première. En cause ? " Le climat morose du foot amateur, beaucoup de frustration au cours des vingt dernières années dont la fusion dans les années 90 avec Dison Sport formant la Royale Entente Dison Verviers qui s'est terminée par la liquidation de cette entité, mais aussi le public vieillissant ", pointe le vice-président du club, PhilippeCollette. Sans oublier le déménagement au stade de Bielmont en mars 2002, dont la piste d'athlétisme fait toujours frémir les plus fidèles, nostalgiques du stade du Panorama " qui avait une âme ", à quelques centaines de mètres de là. Mars 2002, une date qui correspond aussi à la mise en place d'une nouvelle équipe dirigeante, qui reprend le matricule et voit la Ville garantir des emprunts nécessaires pour payer les dettes du passé. Mais revenons au sportif. Ce week-end, les Béliers (leur surnom) n'ont d'autre choix que de s'imposer face au leader, Woluwé-Zaventem, s'ils ne veulent pas voir ce dernier fêter le titre sur leur pelouse. La défaite de ce week-end encourue à Grimbergen (3-2) relègue les Verviétois à sept unités des Aviateurs et réduit à néant le rêve d'un titre, honorifique vu l'improbabilité de monter en D2 à cause des soucis financiers du club. Pourtant, ils en rêvaient de ce sacre, synonyme de formidable exploit pour les Vert et Blanc de DrazenBrncic, le coach belgo-croate à la tête de l'équipe depuis fin octobre 2012. Surtout au vu des grosses difficultés financières du Matricule 8 (l'un des plus anciens de Belgique, dont la création remonte à 1896), traînant des dettes comme un véritable boulet. Celles-ci avoisinent les 300 000 à 400 000 euros, dont 100 000 euros de dettes fédérales, 130 000 de dettes commerciales. Sans oublier les 125 000 de dettes civiles, pour un crédit à rembourser à la Ville, d'ici 2019. L'équation est simple : sans apport d'argent au cours des prochains mois, voire semaines, l'ASBL qui gère le club pourrait être mise en liquidation fin de saison. Les joueurs ne sont plus payés depuis... octobre dernier. Avec tous ces soucis, inutile de rêver de D2. D'ailleurs, sauf miracle, le club n'a aucune chance d'obtenir sa licence. Sans compter que les dirigeants verviétois ont envoyé, voici quelques semaines, leur dossier de licence (D2)... à la mauvaise adresse. Une erreur, qui prête à sourire, du correspondant qualifié verviétois, même s'il pourra défendre son cas le 12 avril prochain. Sans réel espoir toutefois... D'autant que le temps presse pour la survie du club. Et les pistes pour y parvenir se referment les unes après les autres. Dont la plus concrète, celle déposée par le FC Seraing, racheté par le FC Metz de BernardSerin, désireux de ne pas végéter en P1 et d'amener le club le plus haut possible, le plus vite possible. Mais cette solution aurait été synonyme de départ du club verviétois vers la région liégeoise. Un choix difficile à avaler pour l'équipe dirigeante actuelle, soucieuse de maintenir le Matricule 8 à Verviers, ville de 55 000 habitants. Seraing s'est finalement tourné vers une concrétisation de son projet avec Boussu Dour, déjà en D2. D'autres pistes, étrangères cette fois, ont aussi été évoquées, mais sans aboutir. Pas plus tard qu'en milieu de semaine dernière, une réunion regroupant dirigeants du club, représentants de la Ville ainsi que différents acteurs économiques locaux (ils n'étaient qu'une dizaine...), misait sur un retour économique d'entreprises de la région. " Nous attendons les séquelles, positives ou négatives, de cette entrevue ", commente le vice-président du RCS Verviers. " Cela fait partie des pistes pour boucler le budget de cette saison ", poursuit-il. Mais, jusqu'à présent, à part la promesse de deux, trois nouveaux sponsors, rien de tangible... En " otages " de cette triste réalité, les joueurs et le staff tentent de porter haut les couleurs du club, le vert et le blanc. Par fierté. Et emmenés par un entraîneur, Drazen Brncic, qui fait l'unanimité à Verviers en relevant le défi, un brin surréaliste, de transcender ses troupes malgré un contexte ultra négatif. Les secrets de sa méthode ? Sa connaissance tactique, son vécu de joueur, mais aussi son exigence, parfois exacerbée diront certains. Succédant à Raphaël Quaranta en octobre 2012 à la tête d'une équipe moribonde, Drazen Brncic (42 ans) réussit son premier pari : éviter la relégation qui semblait inéluctable. L'ex-joueur, qui a revêtu le maillot de l'ACHE, aujourd'hui disparu, en 1994, avant de rejoindre durant trois saisons le SC Charleroi en D1 (1995 à 1998) est parti en Italie pour défendre les couleurs de l'Inter de Milan, Cremonese, Monza, l'AC Milan pour la saison 2000-2001 (1 sélection), Vincenza, Ancona et Venise. Il revient ensuite dans les contrées du Nord et dispute quatre saisons comme titulaire indiscutable au MVV Maastricht alors en division 1 (2003 à 2007), avant de reprendre le chemin de la Belgique sous les couleurs de Visé, Seraing, Sprimont et Richelle. Titulaire du diplôme UEFA A, Drazen Brncic connaît sa première expérience de coach dans l'ancienne cité lainière. " J'avais failli devenir l'adjoint de WolfgangFrank (l'ex-entraîneur allemand de l'AS Eupen en 2011-2012, décédé fin 2013) quand son nom avait été cité au Brussels. Finalement, l'opportunité de devenir T1 à Verviers s'est présentée. Je ne voulais pas coacher plus bas et les conditions de travail (terrain synthétique, etc.) étaient réunies. " Le club verviétois vient de dénicher la perle rare. " Les gens pensent que je n'ai pas d'expérience, mais déjà quand je jouais, je voyais le jeu avec les yeux d'un entraîneur ", assure- t-il. " J'ai connu quatre types de football, à différents niveaux, vingt-neuf entraîneurs et je n'en retiens que le positif pour construire ma propre méthode : le foot hollandais pour la mentalité et la possession du ballon ; l'italien pour l'aspect tactique ; le belge pour le caractère et enfin, le croate pour l'audace et cet amour voué au ballon rond. " Invaincus à domicile cette saison, les Vert et Blanc sont craints et respectés depuis cette griffe Brncic. Un fameux changement de statut par rapport aux saisons précédentes, quand Verviers végétait en bas de classement, ne devant parfois son maintien qu'à l'excellent travail du CQ local, prêt à dénicher la moindre faille administrative pour empocher l'un ou l'autre point sur tapis vert. Désormais, le matricule 8 force le respect, du moins sur le terrain. Avec son système de jeu à cinq défenseurs (dont les deux latéraux parcourent tout leur flanc en reconversion offensive), le tacticien croate sait parfaitement tirer le maximum de son groupe, qui forme un vrai bloc. Tout en faisant fi de la situation du club. " Je n'ai aucun regret d'être venu à Verviers. Comme expérience, c'est encore meilleur de réussir dans la difficulté ", rétorque Drazen Brncic, à qui un bel avenir semble promis dans la profession. " J'ai des contacts en D2 et en D3, mais rien de plus... ", assure-t-il. Un avenir plus rose que son actuel employeur, qui restera tout de même le premier club à lui avoir donné sa chance. Mais dont le futur s'assombrit. " La meilleure solution, c'est de trouver un partenariat avec un club pro (NDLR : une approche a été tentée avec les voisins de l'AS Eupen (D2), racheté par des Qataris, mais en vain), car continuer en D3 en autarcie n'est plus possible. Sinon, il faudra tout revoir à la baisse. L'objectif est de trouver une solution pour le budget 2013-2014. Après, on verra ", commente Philippe Collette. En d'autres termes, si aucune solution n'est trouvée, l'ASBL qui gère le RCS Verviers risque la mise en liquidation. Si une nouvelle entité se manifeste (et reprend les dettes fédérales), le club sera alors rétrogradé d'une division en démarrant le prochain championnat avec neuf unités de retard. Mais si personne ne reprend le flambeau, ce sera direction la P4, en repartant de zéro. Du côté des joueurs et du staff, l'objectif est de terminer la saison avec cette même envie affichée depuis le début sur le terrain. Tout en conservant leur brevet d'invincibilité à domicile et sans trop penser où ils évolueront la saison prochaine. Quant aux dirigeants, ils sont toujours en quête de l'oiseau rare pour sauver le club. Et ça, c'est une autre paire de manches... GIL BIDOUL, JOURNALISTE À L'AVENIR - PHOTOS: BELGAIMAGELes joueurs verviétois ne sont plus payés depuis le mois d'octobre.