Nous retrouvons Christophe Henrotay à quelques pas du Casino de Monaco. Au restaurant Bagatelle, dont le nouveau propriétaire n'est autre que Vadim Vasilyev, l'homme fort du club monégasque. Le quadra liégeois a le sourire, il s'apprête à conclure un transfert avec son partenaire, Ahmet Bulut, sorte de grand manitou des agents turcs, qui s'occupe notamment de la destinée de Arda Turan (Barcelone). Un peu plus tard, Dieumerci Mbokani se joint, en compagnie de son épouse, à la table où l'on retrouve également son agent, Fabio Baglio. Il y est évidemment question de son passage à l'Olympiacos.
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Nous retrouvons Christophe Henrotay à quelques pas du Casino de Monaco. Au restaurant Bagatelle, dont le nouveau propriétaire n'est autre que Vadim Vasilyev, l'homme fort du club monégasque. Le quadra liégeois a le sourire, il s'apprête à conclure un transfert avec son partenaire, Ahmet Bulut, sorte de grand manitou des agents turcs, qui s'occupe notamment de la destinée de Arda Turan (Barcelone). Un peu plus tard, Dieumerci Mbokani se joint, en compagnie de son épouse, à la table où l'on retrouve également son agent, Fabio Baglio. Il y est évidemment question de son passage à l'Olympiacos. Le lendemain, vers midi, Christophe Henrotay reçoit Ioannis Vrentzos, le directeur général du club athénien avec qui il a régulièrement fait affaire. Nous sommes alors au sein du luxueux et imposant Monte Carlo Bay Hotel, et le deal semble en bonne voie. Dimanche 18 juin, dès l'aube, " Dieu ", sa femme, Fabio Baglio et Christophe Henrotay s'envolent vers Athènes pour y parapher un contrat. La visite médicale, plutôt alarmante, en décidera autrement. L'agent belge le plus puissant dans le foot international a bien d'autres fers sur le feu. Et pas des moindres. Rencontre. CHRISTOPHE HENROTAY : Non, pas vraiment. Le seul moment, c'est à Noël car le monde du foot tourne quelque peu au ralenti. Il y a deux ans, je n'avais plus de vie. Désormais, je me donne plus le temps. Je travaillais beaucoup avec la Chine, je m'y suis rendu à plusieurs reprises. Le décalage horaire faisait en sorte que je travaillais beaucoup et que je dormais très peu. HENROTAY : (rires) Non pas du tout. C'est un ami mais je ne veux pas de sa vie. D'ailleurs, il n'a pas de vie. Si tu te rends au restaurant avec lui, il n'en profite pas, il est tout le temps occupé avec son téléphone. Mais il a choisi cette vie, et ceci ne l'empêche pas d'être extrêmement compétent et consciencieux. HENROTAY : Ça fait 17 ans que je fais ce métier et je commence tout doucement à profiter de la vie. Sinon, ça sert à quoi tout ça ? On court après quoi ? Mais c'est un métier excessivement passionnant. J'ai des amis que je n'aurais jamais connu si je n'avais pas été dans le foot. Je pense à Herman (Van Holsbeeck), Miguel (Angel Gil Marin, président de l'Atlético Madrid), Bill Kenwright (CEO d'Everton), Ioannis (Vrentzos, directeur général de l'Olympiacos), Vangelis (Marinakis, propriétaire de l'Olympiacos). Je peux également citer Roman Abramovich, Alicher Ousmanov (deuxième plus gros actionnaire d'Arsenal), Marina (Granovskaia, directrice générale de Chelsea), ou Vadim (Vasilyev, vice-président de Monaco) HENROTAY : Dans le foot, je connais beaucoup de monde. Mais je préfère évidemment qu'un de mes joueurs se retrouve, s'il le souhaite, dans un club où j'ai une relation privilégiée. D'autant que les personnes que je viens de citer travaillent dans de très bons clubs et se retrouvent à des postes-clés. HENROTAY : J'en ai, mais je mets ça uniquement sur le dos de la jalousie. Pendant tout un temps, je ne comprenais pas pourquoi. Jusqu'à ce que Herman me dise un jour : " Ce n'est que de la jalousie, il faut arrêter de te prendre la tête avec ça. " À notre niveau, hormis quelques exceptions, on n'a pas d'ennemis. Si demain un de mes joueurs veut signer chez Jorge (Mendes), il va m'appeler et on va trouver un arrangement. Au final, ça ne change rien. Et sans aucune prétention, qui va aller me prendre un joueur en Belgique ? Ça n'a pas de sens. Au fil des ans, j'ai appris comment un joueur doit faire pour construire une carrière et je sais aussi quel type de joueur va faire carrière. HENROTAY : Concernant Leander Dendoncker ou Youri Tielemans, je n'ai aucun doute. Ils ont les qualités mais aussi la tête. Un jour, je me suis dit que j'allais écrire un bouquin : agent pour les nuls. Si les joueurs, les familles, l'entourage, suivaient les quelques règles de base, ils se donneraient peut-être 60 % de chances en plus de réussir leur carrière. Pourquoi Daniel Van Buyten a-t-il réussi alors qu'à la base, il avait moins de talent que les autres ? Car c'est un mec qui a une volonté incroyable de réussir, et c'est le mec le plus méfiant que je connaisse. Si les joueurs comprenaient qu'ils doivent davantage se méfier des personnes qui rôdent autour d'eux, leur vie serait beaucoup plus simple. D'ailleurs, j'ai toujours une crainte quand un joueur, après une heure de discussion, me dit : on signe où ? Les joueurs qui s'engagent vite se désengagent vite aussi. Malheureusement, beaucoup de joueurs sont crédules. HENROTAY : Oui, on peut gagner beaucoup d'argent en très peu de temps. Le monde du foot est un secteur économique tout à fait à part, où le rationnel cède souvent la place à l'émotionnel. Mais pour arriver là où je suis, j'ai derrière moi 17 ans de dur labeur et d'investissement. Quand je vais manger avec un dirigeant de club et que la soirée se poursuit jusqu'à 2-3 heures du matin, où l'on rigole, où l'on boit un verre, au final, ça fait partie du job puisqu'on créée un tissu social. Au début, je faisais le chauffeur, j'allais chercher les personnes à l'aéroport, je les emmenais voir des matches et je les ramenais à l'aéroport. Quand, plus jeune, mes copains organisaient un barbecue, moi je me rendais à Lokeren ou à Saint-Trond avec un dirigeant qui débarquait d'Angleterre ou d'ailleurs. Et je me tapais 400 km sur la journée. HENROTAY : Oui, à trois ou quatre reprises dans ma vie. HENROTAY : Des menaces de mort. Par des gens qui aboient. Ils finissent par t'envoyer quelqu'un et ils te menacent. Mais je ne me suis jamais senti réellement en danger. Je ne suis pas un voyou, ce n'est pas mon monde. Et puis aujourd'hui, je connais suffisamment de personnes pour que ça ne m'arrive plus. HENROTAY : Bien sûr que non, c'est de l'histoire ancienne. On s'est retrouvé à table plusieurs fois depuis. Je n'ai aucun problème avec Lucien. HENROTAY : Il est de l'ancienne génération mais il a de grandes qualités, c'est quelqu'un qui connaît le football. Ce qu'il a fait au Standard, il faut lui laisser. Il s'est trompé comme tout le monde au début, en achetant beaucoup de joueurs, mais il a su corriger le tir. Lucien a le costume d'un dirigeant mais surtout l'expérience, ce qui parfois manque à Bruno (Venanzi). Mais c'est logique. Lucien n'a jamais disparu de la circulation, je le croisais encore dans beaucoup de deals. Il a besoin d'être présent encore et toujours, sinon il s'ennuie. HENROTAY : Oui, ça fait un an que le dossier se met en place. Aux alentours du mois de mars, Youri connaissait sa future destination. Mais on avait décidé de ne communiquer sur son futur qu'en fin de championnat. Youri a bien sûr son mot à dire, je ne décide pas pour lui. Mais moi, mon objectif, c'est de construire la carrière de mon joueur. Tout est donc planifié. Youri ne pouvait pas se retrouver dans 50 clubs car il fallait être capable de payer l'indemnité de transfert et de lui offrir un salaire en conséquence alors qu'il avait un contrat important à Anderlecht. Il ne pouvait pas être transféré n'importe où. Monaco était un des rares clubs à pouvoir le faire. En accord avec le joueur, évidemment. J'étais aussi content que Vadim puisse bénéficier d'un très bon renfort. Et pour Youri, c'est un excellent choix sportif. HENROTAY : Bien sûr. Pourquoi je les lui cacherais ? HENROTAY : Je fais toujours attention à la psychologie du joueur et j'adapte mon discours en fonction. Il y a parfois des informations qu'il est nécessaire de traiter avec précaution et de distiller avec attention aux joueurs, car ça risquerait de ne pas les aider. Je ne peux pas imposer ma vision à mon joueur, mais je le conseille. HENROTAY : Romelu m'a dit : " Je n'ai qu'un rêve, c'est d'aller à Chelsea. " J'ai donc bossé pour le mettre à Chelsea. Est-ce que c'était trop tôt ? Ça me fait penser au transfert de Martin Ödegaard au Real Madrid. En Norvège, on devait penser que c'était un super transfert. Mais il n'avait aucune chance de s'y imposer. HENROTAY : J'ai suffisamment de contacts pour être mis au courant des jeunes talents en Belgique. Et quand je parle aux parents du joueur, je pense qu'ils se rendent compte que je connais mon métier. Par contre, il y a beaucoup d'agents qui racontent n'importe quoi ou qui proposent de l'argent aux parents. Moi, je ne fais pas ça, sinon la relation est biaisée. Mon job, ce n'est pas de filer de l'argent aux parents mais de guider leur enfant dans sa carrière. Et s'ils ne croient pas en moi, on ne travaillera pas ensemble. Ce n'est pas un souci, ni pour moi ni pour eux. Je me concentre alors sur d'autres joueurs. Les clubs savent comment je fonctionne, ils savent que je vais pouvoir placer leur joueur dans tel et tel endroit, j'ai déjà un plan. La direction d'Anderlecht, par exemple, a confiance en moi. Elle sait que j'arriverai à vendre leurs joueurs pour un montant intéressant. Elle sera donc, également, plus encline à proposer des contrats importants à mes joueurs. HENROTAY : Je trouve ça très bien. Ça veut dire qu'ils l'estiment énormément, mais ça ne veut pas pour autant dire que c'est sa vraie valeur sur le marché. Anderlecht a demandé bien plus que 25 millions pour Youri, et Monaco a proposé beaucoup moins. Mon rôle, c'est d'arriver à ce que les deux clubs tombent d'accord sur le juste prix. Leander est moins un joueur de coups d'éclat, ses frappes ne se retrouvent pas sur YouTube comme pour Youri. Mais les deux rencontres face à Manchester lui ont fait prendre une autre valeur. Ça a été son buzz a lui. C'est vraiment une machine, qui pourrait être utile partout et à différentes positions. HENROTAY : Je défends en priorité mon joueur mais les joueurs doivent se rendre compte que leur attitude donne le tempo de leur carrière. Si t'es un garçon difficile, le Real Madrid ne va pas te prendre. Si Benzema avait connu ses problèmes avant d'arriver au Real, il n'y aurait jamais signé. Jamais. Est-ce que c'est mieux de quitter Anderlecht pour un club qui va peut-être jouer le fond de classement dans un championnat majeur ou d'attendre encore un an et signer pour Tottenham ? Je crois que c'est assez clair. Mon rôle est donc de guider le joueur. L'an dernier, Youri aurait pu déjà partir, on avait reçu des offres concrètes pour lui. Il m'a demandé ce qu'Anderlecht souhaitait. Je lui ai dit que le club voulait le garder encore un an. Et c'est lui qui a pris la décision de rester. Une bonne décision. En lisant un CV, tu peux connaître la mentalité d'un joueur. HENROTAY : Évidemment que Thibaut intéresse les plus grands clubs, et donc le dernier champion d'Europe en titre. C'est quelqu'un qui vous fait gagner des matches, des titres. Je rencontre régulièrement les dirigeants du Real et le cas de Thibaut a été évoqué. Mon rôle, c'est de le tenir au courant de la situation. PAR THOMAS BRICMONT À MONACO - PHOTOS BELGAIMAGE-REBECCA MARSHALL" Anderlecht a demandé bien plus que 25 millions pour Youri et Monaco a proposé beaucoup moins. Mon rôle, c'est d'arriver à ce que les deux clubs tombent d'accord sur le juste prix. " Christophe Henrotay " Les deux matches contre Manchester ont fait prendre une autre valeur à Dendoncker. C'est son buzz à lui. " Christophe Henrotay