Vivra-t-on un Clásico en finale de la Ligue des Champions ? Le Bayern Munich, qui rêve de disputer la finale à domicile, ira-t-il jusqu'au bout ? Chelsea, le club anglais qu'on attendait le moins à ce stade de la compétition, parviendra-t-il à brouiller les pistes ?
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Vivra-t-on un Clásico en finale de la Ligue des Champions ? Le Bayern Munich, qui rêve de disputer la finale à domicile, ira-t-il jusqu'au bout ? Chelsea, le club anglais qu'on attendait le moins à ce stade de la compétition, parviendra-t-il à brouiller les pistes ? Vaste débat entre les rédactions de RTL, représentée par Serge Vermeiren, Georges Grün et Stéphane Pauwels, et de Sport/Foot Magazine représentée par Stéphane Vande Velde, Bruno Govers et Daniel Devos, qui ont analysé les forces en présence en demi-finale. Pauwels : Cette équipe est vraiment impressionnante. Je ne suis pas un fan du football allemand, mais je la trouve solide, bien en place, sans véritable point faible. Je n'ai jamais vu le Bayern aussi fort que cette année. C'est aussi l'avis de Philippe Vande Walle, grand admirateur du club allemand. Vermeiren : Le trio d'attaque Mario Gomez-Arjen Robben-Franck Ribéry est impressionnant. Sa puissance de feu n'est pas loin de rappeler celle du trio madrilène, composé de Cristiano Ronaldo-Karim Benzema-Gonzalo Higuaín. Gomez, en particulier, pourrait éclater complètement dans le sprint final. C'est le " Monsieur But ", un renard des surfaces toujours à la bonne place pour reprendre un ballon qui traîne : une race de joueurs en voie de disparition. Pauwels : Par rapport au trio d'attaquants du Real, qui s'appuie sur de grosses individualités, celui du Bayern me semble même plus collectif. Vermeiren : Les Bavarois peuvent aussi s'appuyer sur un banc très talentueux. Contre Marseille, Gomez et Robben avaient été laissés au repos et c'est Ivica Olic qui s'est illustré. Pauwels : Il y a tout de même un joueur indispensable : Bastian Schweinsteiger. Il ne paie pas de mine mais il effectue un boulot considérable dans l'entrejeu. Si, par malheur, les Bavarois devaient le perdre, ils pourraient se retrouver en difficulté. Grün : Les Bavarois sont des Kampfschwein, comme on dit là-bas. Des bêtes de combat. Même Ribéry est devenu allemand dans son jeu. On en vient à se demander pourquoi il ne parvient pas à briller de la même manière avec l'équipe de France. Peut-être parce qu'il se sent apprécié en Bavière et beaucoup moins dans son pays. On sent aussi une véritable ambiance dans cette équipe. Lorsqu'ils sont plusieurs à vouloir tirer un coup franc, il n'y a jamais de dispute comme cela a été le cas à Manchester City avec Mario Balotelli : à Munich, on a joué cela au " pierre-papier-ciseaux ". J'ai trouvé cela génial. Le Bayern a connu beaucoup de blessés durant la saison et monte en puissance au meilleur moment. Govers : Cette équipe a la faculté de se retrouver dans les grands rendez-vous. C'est historique : je me souviens de périodes où le Bayern était sens dessus-dessous, mais se retrouvait complètement au jour J. VandeVelde : Je suis tout de même curieux de voir le Bayern face à une opposition réellement costaude. Bâle et Marseille, aux tours précédents, ne peuvent faire office de baromètres. La défense, hormis Philip Lahm, ne compte aucun joueur de classe mondiale. Pauwels : Personnellement, j'adore Holger Badstuber. Grün : Et, en cas d'erreur, le Bayern peut toujours compter sur un grand gardien : Manuel Neuer. Vermeiren : Par rapport à Barcelone, le Real joue par à-coups, se montre plus attentiste, là où les Catalans provoquent l'adversaire. Devos : Le style de jeu des deux équipes espagnoles se situe exactement à l'opposé : là où le Barça monopolise le ballon, le Real préfère le laisser à l'adversaire. Mais quelle efficacité en zone de conclusion ! Le trio Ronaldo-Benzema-Higuaín a dépassé les 100 buts, toutes compétitions confondues. Vermeiren : Sans oublier Kaká pour les approvisionner. On ne voulait plus du Brésilien en début de saison, mais il est revenu au premier plan et démontre toute son utilité. Devos : Et derrière, il y a l'organisation défensive de Mourinho et un Iker Casillas considéré comme le meilleur gardien du monde. Il n'y a pas de véritable point faible. Pauwels : Le point faible du Real, ce sont ses arrières latéraux. S'il faut trouver une faille dans le dispositif madrilène, c'est dans cette zone-là qu'il faut chercher. Grün : L'arrogance de José Mourinho pourrait aussi jouer de mauvais tours à son équipe. Govers : Elle se répercute sur les joueurs, qui ont tendance à péter les plombs lorsque les événements leur sont contraires. Ils perdent alors leur football. Vermeiren : Comme le Bayern, le Real n'a pas encore été confronté à un véritable test : le CSKA Moscou, puis l'APOEL Nicosie, c'était à chaque fois un tirage favorable. Grün : C'est l'année du football espagnol. Cinq clubs en demi-finales des deux coupes européennes, c'est impressionnant. Il y a aussi l'équipe nationale, qui est toujours championne d'Europe et du Monde en titre. On découvre, en Espagne, toute une philosophie du football qui trouve son origine dans les centres de formation. Pauwels : C'est bien de vanter le Real et Barcelone, mais lorsque Michel Platini appliquera réellement son fair-play financier et ne permettra plus à ces équipes d'acheter des joueurs à crédit pour des dizaines de millions, on verra une autre Ligue des Champions. Pauwels : Il faut être courageux pour être supporter de Chelsea. Cette équipe ne propose rien, hormis des longs ballons. Aucun jeu élaboré. Il y a pourtant quelques bons joueurs comme Frank Lampard, le gardien Petr Cech et l'arrière droit Branislav Ivanovic, qui m'a beaucoup plu. Mais dans l'ensemble, ce sont des guerriers qui s'imposent au physique. Hélas, le quart de finale contre Benfica a démontré que ce ne sont pas toujours les meilleurs qui émergent. Grün : Chelsea a traversé toutes les mailles du filet. Avec un jeu qui n'a enthousiasmé personne, les Blues ont réussi à franchir tous les écueils qui se sont présentés sur leur route. Souvent dans la souffrance, mais ils sont passés. VandeVelde : Ce qui est paradoxal, c'est que Chelsea est capable de bien jouer au football : il l'a démontré contre Naples. Les joueurs, pourtant âgés, s'étaient alors lâchés. Pauwels : C'était l'effet du nouveau coach, Di Matteo, qui est allé repêcher des joueurs écartés par André Villas-Boas et donc revanchards. Govers : L'effet Di Matteo s'est prolongé en championnat : Chelsea est revenu dans la course. Et, en Ligue des Champions, la motivation vient d'elle-même. Devos : En plus, les affrontements entre Chelsea et Barcelone ont connu des antécédents durant lesquels les Blues se sont sentis floués. Personne, du côté de Stamford Bridge, n'a oublié un certain arbitre norvégien tenu pour responsable de l'élimination. Le sentiment de revanche sera bien présent. Je crois Chelsea capable d'ennuyer Barcelone, avec ce jeu sans fioritures mais diablement efficace. VandeVelde : Chelsea revient en forme au bon moment. L'équipe est peut-être vieillissante, et sans doute moins talentueuse qu'en 2009, mais elle est toujours capable d'accélérer lorsqu'il le faut. Et la Ligue des Champions est le trophée derrière lequel Roman Abramovitch court désespérément. Vermeiren : Ces joueurs expérimentés n'avaient peut-être pas besoin d'un coach qui soit fin tacticien, mais simplement d'un entraîneur qui les laisse jouer. Ce qui semble être le cas avec Di Matteo. Ce qui me frappe aussi, c'est que Chelsea n'est pas du tout populaire auprès du grand public. C'est le vilain petit canard du top anglais. VandeVelde : Il y a plusieurs explications à cela. D'une part, Chelsea a été construit à coups de transferts réalisés par un milliardaire. D'autre part, l'équipe s'est mise à tutoyer les sommets sous la houlette de Mourinho, un entraîneur qui n'est pas réputé pour son football léché - celui qui plaît généralement au public - mais qui aime jouer au plus rusé. Troisièmement, c'est un club établi dans un quartier bourgeois de Londres. Grün : C'est une équipe qui joue en bloc, tant en zone défensive qu'en zone offensive, et qui présente peu de faiblesses. Le seul moyen de mettre le Barça en difficulté, c'est de balader les défenseurs catalans de gauche à droite. Sinon, que peut-on faire contre ce football de toque ? Vermeiren : Le plus étonnant, c'est qu'aucune équipe n'a encore réussi à trouver la parade au jeu du FC Barcelone, qui est pourtant reconnaissable entre tous et, donc, en principe prévisible. Mais les artistes catalans parviennent toujours à trouver une solution. Devos : Le talent exceptionnel de Lionel Messi fait toujours la différence. Malgré tout, le Barça vit une saison plus difficile que les précédentes. Les blessés ont été plus nombreux que de coutume et certains défenseurs prennent tout doucement de l'âge. VandeVelde : Ce n'est pas une question d'âge, mais de pression. Ces joueurs sont soumis à une pression intense depuis quatre ans. Ils ont assuré une cadence infernale, en comptant les tournois internationaux durant l'été. Et des blessures, 27 pour être précis, en ont forcément résulté. Pauwels : Les chiffres démontrent qu'il y a une Messi-dépendance au Barça. Là où, jadis, Xavi Hernandez et Andrés Iniesta parvenaient eux aussi à trouver la faille, le bloc s'est un peu fissuré. Certes, on voit apparaître des jeunes : Isaac Cuenca, Cristian Tello, Thiago Alcantara. Ils sont prometteurs, mais ont-ils déjà l'étoffe d'un vainqueur de la Ligue des Champions ? La machine de guerre est toujours performante, mais moins dévastatrice. J'aurais voulu voir comment le Barça s'en serait sorti contre l'AC Milan s'il n'avait pas bénéficié d'un deuxième penalty, certes sifflable, mais pas obligatoire. Défensivement, le Barça est prenable. Carles Puyol joue encore sur son expérience mais n'a plus le même dynamisme. Le Barça arrive peut-être en fin de cycle. Grün : Fin de cycle ou pas, le Barça demeure l'équipe qui pratique le plus beau football. En matière de possession du ballon, je ne constate aucune baisse de régime. Govers : Et, à partir de là, je trouve logique que le Barça bénéficie de plus de coups francs ou de penalties que d'autres équipes, plus attentistes. Les Catalans prennent l'initiative, se retrouvent souvent dans le rectangle adverse et, avec leurs joueurs déroutants, provoquent forcément des coups de sifflet. Le Barça n'a pas été favorisé. PROPOS RECUEILLIS PAR DANIEL DEVOS, BRUNO GOVERS ET STEPHANE VANDE VELDE " Il faut être courageux pour supporter Chelsea ! Aucun fond de jeu... " (Pauwels) " Au Bayern on joue le tirer de coup franc à pierre-papier-ciseaux. Génial ! " (Grün)