Il faut se méfier des eaux dormantes : samedi passé, François De Keersmaecker donnait un peu l'impression d'être un faon entre des loups ayant aiguisé depuis longtemps leurs dents afin de croquer des ambitions nationales ou internationales. A 48 ans, cet avocat malinois est au début de son ascension alors que ceux qui ont rendu hommage à son prédécesseur, Jan Peeters, sont couverts de médailles et de succès : Roger Vanden Stock, Jacques Rogge, président du CIO, Michel D'Hooghe, porteur d'une lettre adressée par Sepp Blatter, big boss de la FIFA, à l'attention du président sortant de l'Union Belge.
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Il faut se méfier des eaux dormantes : samedi passé, François De Keersmaecker donnait un peu l'impression d'être un faon entre des loups ayant aiguisé depuis longtemps leurs dents afin de croquer des ambitions nationales ou internationales. A 48 ans, cet avocat malinois est au début de son ascension alors que ceux qui ont rendu hommage à son prédécesseur, Jan Peeters, sont couverts de médailles et de succès : Roger Vanden Stock, Jacques Rogge, président du CIO, Michel D'Hooghe, porteur d'une lettre adressée par Sepp Blatter, big boss de la FIFA, à l'attention du président sortant de l'Union Belge. Le 24 juin restera à jamais une journée importante de l'histoire du football belge. Elle marque plus que probablement la fin d'une époque. L'assemblée générale statutaire de samedi passé a réuni beaucoup de personnalités, de dirigeants, de fidèles et anonymes serviteurs du football venus des quatre coins du pays. Ils représentent le limon du football belge. Sans ces champs, il ne peut y avoir de belles récoltes. Peeters l'a souligné lors de ses propos. Le football belge a été secoué ces derniers temps : élimination sur la route de la Coupe du Monde, attaques des maffias asiatiques, etc. A côté de cela, il y a de bonnes nouvelles : des équipes nationales de jeunes brillantes et la prochaine inauguration du centre national de Tubize. Un des plus gros problèmes réside dans les relations qui unissent les amateurs et les professionnels. Un représentant d'un club de D1 nous a dit avant l'AG : " Le schisme va se préciser petit à petit. Ce sera comme en Hollande : les professionnels d'un côté, les amateurs de l'autre ". Les heures précédant ces événements (AG puis réunion du comité exécutif) donnèrent lieu à pas mal de négociations et changements de cap. Ainsi, à la demande de la Ligue Pro, Michel Preud'homme fit acte de candidature à la présidence du comité exécutif, donc de l'UB. Quel était le but de cette man£uvre alors que le dirigeant liégeois n'avait aucune chance d'être élu face au représentant du monde amateur, De Keersmaecker. N'allait-il pas symboliser le désarroi et le manque de vision des clubs pros ces derniers mois ? Un camouflet ne coulerait-il pas ses ambitions et celle du Standard ? Avec lui, la Ligue Pro était au moins certaine de récolter 6 voix sur 22. Etrange satisfaction. Mais sans candidat, les clubs pros se seraient totalement ridiculisés. Preud'homme s'est-il volontairement sacrifié, a-t-il obtenu des garanties ou occupe-t-il le terrain pour hériter de la présidence ou de la direction de la Ligue Pro ? Le président actuel de la Ligue Pro, Jean-Marie Philips, a officiellement envoyé sa candidature pour le poste de directeur exécutif de l'UB. Dans ces conditions, cela signifie qu'il veut donner une autre orientation à sa carrière. Ses succès et son brio, notamment dans la négociation des droits télévisés, ont cristallisé des jalousies autour de lui. Ses ennemis affirment qu'il se nourrit de conflits alors que l'UB. a besoin de rassembleurs au poste de directeur exécutif. Philips est un fin négociateur, un homme qui a toujours un temps de réflexion d'avance. Il sera probablement l'homme d'Anderlecht pour ce poste. A son désavantage, comme c'est le cas de Preud'homme : de grosses exigences financières. Au sein du monde amateur, certains nous ont dit : " A leur poste, il est normal d'être bien payé mais on ne peut pas dépasser les bornes et engager la fédération dans une politique de salaires fous. Nous avons nos limites " A la Ligue Pro, Philips a obtenu un bonus financier après avoir décroché des contrats importants. Il occupe deux fonctions : président de la Ligue Pro (travail non rétribué) et directeur de cette même Ligue avec un salaire mensuel de 4.500 euros nets. Un bond vers l'UB serait pour lui une promotion et une amélioration de son salaire. Son passé de juriste est un plus aussi, décisif même pour le suivi au quotidien de dossiers de plus en plus compliqués. Même s'il ne plait pas trop aux Brugeois, ses atouts sont importants. Il occupe la pole position. Au Standard, le salaire de Preud'homme serait de l'ordre des 10.000 euros nets par mois. C'est impayable pour la Ligue Pro et l'UB où les émoluments du secrétaire général flirteraient avec les 7.500 euros nets par mois. Les amateurs préfèreraient qu'on parle d'abord de football. Le successeur de Jean-Paul Houben, actuel secrétaire général de l'UB (dont le poste sera appelé directeur exécutif ou CEO, chief executive officer), devrait être désigné en septembre. Samedi passé, Jean-Claude Olio, président de l'Entente du Sud, nous a dit : " Nous n'avons pas compris les clubs pros. Les amateurs estimaient que Vanden Stock était l'homme de la situation. Le fait qu'il préside aussi un club professionnel ne nous posait aucun problème. Un duo RVDS (président)- Preud'homme (directeur exécutif) était parfait. Vanden Stock a finalement retiré sa candidature et les luttes internes qui ont ravagé la Ligue Pro nous ont incités à faire bloc derrière De Keersmaecker. La Ligue Pro n'a qu'à s'en prendre à elle-même : elle a raté une grosse occasion de faire bloc, de prouver ses capacités. La candidature en dernière minute de Preud'homme est sympathique mais trop tardive. Et ce n'est pas à cause des amateurs ". Dans la matinée, la Ligue Pro demanda même le report de l'élection : refusé. L'U.B. ne pouvait pas se permettre une vacance du pouvoir et Peeters n'aurait pas accepté de prolonger son séjour avenue Houba de Strooper. Les clubs pros avaient eu assez de temps. Suite au retrait de Guy Lambeets, seuls De Keersmaecker et Preud'homme se présentèrent à l'élection pour la présidence. Résultat du scrutin : 14 voix pour De Keersmaecker, sept pour Preud'homme et une abstention. Pour beaucoup, ce résultat constituait une victoire sur toute la ligne pour... Michel D'Hooghe. Le président brugeois voulait certainement éviter à tout prix qu'Anderlecht et le Standard s'emparent de leviers de commande aussi importants. L'élection de De Keersmaecker écarte cette éventualité. Troublé par l'attitude des clubs pros à son égard (obligation d'abandonner ses responsabilités à Anderlecht et nécessité de donner plus d'autonomie à la Ligue Pro), RVDS n'a pas voulu être pris en otage par ses pairs. Ce pas en arrière posait probablement le premier jalon de la fine stratégie brugeoise. Il fallait diviser pour régner. C'est fait : Bruges a parfaitement appliqué cette tactique vieille comme le monde. Et ce n'est pas le seul succès des dirigeants de la Venise du Nord. Avant cette élection, il devint évident que Preud'homme abandonnerait la présidence de la commission technique. Le Liégeois y avait accompli un travail remarquable. A la base du choix de René Vandereycken en tant que coach fédéral, il dégagea aussi plus de moyens financiers. Il ne manque plus que l'engagement d'un entraîneur des gardiens de but. Mais c'était du travail non rémunéré et Preud'homme a préféré se consacrer à son club. Il consacrait de 30 à 40 % de son temps à la CT et à ses plans de modernisation de l'UB sans être payé. Cela devenait intenable financièrement car le Standard a besoin de lui à plein temps. A d'autres de travailler pour rien. Le DT est Antoine Van Hove de... Bruges. D'Hooghe l'avait écarté de fonctions identiques à Bruges où était apparu Marc Degryse. Evincé de son club, le voilà promu à Bruxelles. Le poste de DT national est très exposé médiatiquement. On a parfois eu l'impression que Preud'homme était le seul à travailler pour une équipe nationale qui coûtera tout de même deux millions d'euros à l'UB (donc à tous les clubs amateurs et professionnels) la saison prochaine. Van Hove a commencé fort : " Je veux une équipe nationale qui ressemble à Bruges ". Sa langue avait un peu fourché et Vanden Stock ne broncha pas en notant ces mots. Cela s'explique par un excès d'enthousiasme mais c'est quand même significatif. Vandereycken a bien connu Van Hove du temps où il jouait à Bruges. Mais son entente avec lui sera-t-elle aussi parfaite qu'avec Preud'homme ? La question mérite d'être posée alors que l'heure sera bientôt aux matches de qualification pour l'Euro 2008. Tactiquement, est-ce que ce n'est pas une lourde défaite pour le Standard ? Vanden Stock n'a-t-il pas été plus malin en ne se lançant pas dans cette guerre perdue d'avance ? " Il n'est pas question de bataille perdue ou pas dans tout cela ", a précisé Preud'homme. " Ne vous en faites pas pour le Standard. L'UB est une grande famille où tout le monde doit se respecter. Ces élections constituent la preuve que tout se fait démocratiquement. De plus, je suis un des quatre vice-présidents de l'UB. " Il y a gros à parier que le dirigeant liégeois ne se contentera pas de ce modeste strapontin. Sa tranquillité n'annonce-t-elle pas un plus grand éloignement entre professionnels et amateurs ? Vise-t-il la présidence de la Ligue Pro, ce qui lui permettrait de rester au Standard ? S'il lorgne le poste de directeur général (job à plein temps), Michel Preud'homme n'aura plus le temps de se consacrer au Standard. Entre-temps, De Keersmaecker a déjà étudié ses premiers dossiers de président. Qui a gagné, qui a perdu ? Les amateurs ou les professionnels ? Bruges, Anderlecht, le Standard ? Sous ses airs timides, un avocat malinois dirige désormais plus de 2.000 clubs, 450.000 affiliés et la plus importante fédération sportive belge qui au 30 juin 2005 présentait un exercice financier important (dépenses 19.715.632,22 euros, recettes 19.939.337,22 euros) : c'est lui le grand vainqueur, François De Keersmaecker. PIERRE BILIC