Geel

Vic Keersmaekers est amer. Il a injecté tellement d'argent en tant que président de Geel en D2 que deux de ses fils trouvent qu'il a suffisamment puisé dans le capital familial. Ils ont des fonctions importantes dans l'entreprise du père et aimeraient le voir quitter le monde du football. Ah ! si l'accord avec Zhe Yun Ye s'était matérialisé... En échange d'un sponsoring maillot d'un an et de son mot à dire au sein du club, le Chinois voulait investir 1 million d'euros dans le club campinois. Les finances du cercle anversois seraient passées d'un coup du négatif au positif et le président aurait pu quitter la scène sans perdre la face. " Nous avons peut-être raté cette chance ".
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Vic Keersmaekers est amer. Il a injecté tellement d'argent en tant que président de Geel en D2 que deux de ses fils trouvent qu'il a suffisamment puisé dans le capital familial. Ils ont des fonctions importantes dans l'entreprise du père et aimeraient le voir quitter le monde du football. Ah ! si l'accord avec Zhe Yun Ye s'était matérialisé... En échange d'un sponsoring maillot d'un an et de son mot à dire au sein du club, le Chinois voulait investir 1 million d'euros dans le club campinois. Les finances du cercle anversois seraient passées d'un coup du négatif au positif et le président aurait pu quitter la scène sans perdre la face. " Nous avons peut-être raté cette chance ". La tentation chinoise de Geel a commencé à la fin du championnat lorsque Pietro Allatta, le manager de Silvio Proto, a appelé Dirk Gijbels, le responsable de la cellule sportive à Geel. Après avoir rencontré Allatta et Zhe, Keersmaekers présenta la proposition au conseil d'administration de son club. " Là, ce fut difficile à faire passer mais étant donné qu'il s'agissait d'un apport d'un million d'euros sur un an, la proposition fut retenue ". Le samedi 14 mai, juste avant le début du tour final de D2, le contrat fut signé en présence de maître Marc Swinnen, le conseiller anversois de Zhe. Il était convenu, selon Keersmaekers, que le deal se ferait même si Geel ne montait pas en D1. Il avait également été convenu que l'équipe ne deviendrait pas un Beveren bis. " Tout au plus, en première instance débarqueraient en Campine deux joueurs chinois ayant participé au Championnat du Monde des -20 ans, aux Pays-Bas. Nous n'avons jamais eu l'impression qu'il s'agirait d'établir un négoce de joueurs chinois ". Zhe a raconté à Keersmaekers qu'il avait eu des contacts avec quatre clubs de D1 mais qu'il n'avait pas réussi à y obtenir des engagements concrets. Le président de Geel appela quelques-uns de ces clubs : " Mais ils ne m'ont pas dit grand-chose. Chez Dun & Bradstreet, fournisseur mondial d'informations sur les sociétés, je me suis renseigné sur l'entreprise textile parisienne de Zhe disait être le représentant. On m'a dit que je ne devais pas me faire de soucis. Mais c'était une étude très superficielle ". Les problèmes ont commencé le 1er juin dernier, la dernière journée avant la fin du tour final. Geel, déjà hors-course, devait se rendre à l'Antwerp. Après le dernier entraînement, Zhe s'est adressé aux joueurs au stade, de manière dictatoriale, selon certains. Les joueurs dont le contrat venait à terme ne seraient pas alignés au GreatOld ! Le staff technique et certains joueurs se révoltèrent. Keersmaekers fut informé : " Notre cellule sportive trouvait cela inacceptable. C'était insensé. J'ai tout de suite appelé son conseiller et le lendemain nous déchirions le contrat. Je suis content d'avoir pris cette décision. Je dois dire qu'Allatta était charmant. C'est le Chinois qui négociait mais son français n'était pas très bon et Allatta l'aidait. Pour moi il était clair que ces deux-là se connaissaient depuis longtemps ". Qui est ce mystérieux Zhe Yun Ye ? On raconte qu'il aurait d'abord voulu acheter un club en France et en Espagne. Trop cher pour lui et donc il se serait rabattu sur notre pays. Zhe dispose d'une carte de résident valable de 1996 à 2006. Il serait originaire de Shanghai, mais réside officiellement à Paris où, selon ses dires, est basée la firme qu'il représente : Cecilla Bilanci, spécialisée en vêtements dames. Toujours selon ses dires, il a comme mission de vérifier si l'entreprise pourrait établir une deuxième filiale (spécialisée en mode masculine) à Anvers, l'une des capitales internationales de la mode. Une des rumeurs est qu'il serait chargé de distribuer la marque Bikkembergs en Chine, mais dans la maison anversoise on n'a jamais entendu parler du Chinois, ni de Cecilla Bilanci. Même à la Febeltex, l'organisation patronale du secteur textile belge, Zhe est inconnu au bataillon. Par contre, le milieu footballistique de la Province d'Anvers semble le connaître. René Snelders confirme qu'il y a eu prise de contact unique avec le Germinal Beerschot fin 2004 si le vice-président se rappelle bien. Pas avec le Chinois mais des managers bien connus du club qui le présentèrent. Snelders : " C'était un peu une histoire à la RomanAbramovich. En janvier, de nouveaux joueurs débarqueraient, mais nous n'en sommes pas arrivés là et n'en avons plus entendu parler ". Mais le Germinal Beerschot était-il intéressé ? " Nous sommes toujours intéressés par un apport financier ". A l'Antwerp on court aussi après l'argent mais quand on dit que des Chinois se seraient présentés au Bosuil, le secrétaire Paul Bistiaux tombe des nues. Le seul Chinois qu'il ait vu de près est Dong Fangzhuo, le premier joueur pro chinois du championnat belge, qui avait été prêté par Manchester United à l'Antwerp. Pas loin d'Anvers se trouve Lierre, où l'on prétend depuis des mois que c'est grâce à des deniers asiatiques que le club a obtenu sa licence pour la saison à venir. En octobre, l'ex-président Gaston Vets reçoit un coup de fil d'un manager qui connaissait un Chinois susceptible d'acquérir le club dans sa totalité. " Je ne suis pas intéressé ", répondit Vets qui était alors proche d'un accord avec la ville pour la reprise du stade. Lorsque cet accord capote en novembre, le Lierse reprend contact avec le manager. Mi-janvier, le Lierse découvre que Zhe Yun Ye, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a désormais jeté son dévolu sur le GBA dont la structure en société anonyme permettrait d'acheter des actions jusqu'à prendre le contrôle total du pensionnaire du Kiel. Il avait déjà des plans avancés puisqu'il contacta même des joueurs du GBA et du Lierse qui informèrent la direction. " Il leur a promis des sommes folles ", dit Chris De Nijn, l'avocat du Lierse qui a depuis succédé à Vets à la présidence. Zhe changea une nouvelle fois son fusil d'épaule, affirmant que le Lierse l'intéressait plus parce que le club était propriétaire de son stade. Après Lierse-Westerlo du 22 janvier 2005, Zhe est présenté par De Nijn à quelques joueurs en tant que nouvel investisseur potentiel. Par après, les joueurs affirment l'avoir revu à plusieurs reprises au stade. Les discussions avec le Lierse avaient lieu dans un hôtel anversois. Zhe était souvent seul et parlait un français hésitant. Parfois il y avait un interprète mais la communication était toujours difficile, à cause des dialectes chinois si diversifiés. Zhe rencontrait aussi des joueurs comme Daniel Cruz et Mohammed Messoudi, qui confirme avoir vu le Chinois à quelques reprises. Le Lierse et Zhe aboutirent finalement à un accord en présence d'un avocat belge. Avec une clause de renon et un dédommagement si le Chinois ne respectait pas ses engagements. De Nijn s'était renseigné sur Zhe via son réseau d'avocats en Chine et ses informations confirmèrent que ses histoires n'étaient pas tout à fait correctes. Auparavant, le doute s'était installé très vite chez Vets aussi : " Il voulait investir tellement à court terme au Lierse pour en faire un club du top. Il parlait de joueurs de l'Inter Milan, de l'arrière-gauche de l'AS Rome... Incroyable, à tel point que j'ai pris peur ". En Belgique, Zhe appréciait surtout AliyuDatti, SergioConceiçao et OrlandoEngelaar. Paul Put aussi, qu'il rêvait d'emmener à Shanghai. " Il était très fier ", ajoute De Nijn. " Il prenait plaisir à montrer aux Européens qu'il possédait de l'argent. C'est sans doute le fils d'un Chinois très riche qui a été mis hors de chez lui et veut prouver qu'il sait mener sa barque seul. Un fou, selon moi ". Les aspects de gestion d'un club comme la sécurité, l'école des jeunes et le catering étaient étrangères à Zhe. Le contrat avec le Lierse prit l'eau du fait de manies dictatoriales. Et lorsqu'il fallut payer les fonds se firent attendre. Il mettait en cause ses partenaires chinois qui lui retiraient leur soutien car, selon lui, il s'agissait de sommes trop importantes. Le Lierse fit alors appel à la clause de renon. Le Chinois repartit, non sans laisser une somme d'argent importante à Lierre. " Mais pas les 500.000 euros qui ont parfois été cités ", précise Vets. " Dès lors, avons-nous vraiment mal travaillé ?", conclut De Nijn. " Nous étions désespérément en quête d'argent. Et les équipes dans le besoin sont les victimes idéales de tels hommes ". Même le Club Bruges reçut la visite d'un Chinois, mais pas le même. Le manager René Vijt présenta un certain Gao Qi à Filips Dhondt, le chef d'entreprise du Club : " Il s'agit d'un agent ayant le label FIFA, manager de Dong Fangzhuo, avec lequel nous avons eu une discussion positive et intensive mais nous n'avons rien concrétisé. Il ne s'agissait pas d'investir mais plutôt de la venue de joueurs. Il venait tâter le terrain, le marché européen. Alors que nous nous entrevoyons les opportunités du marché asiatique pour le Club. La piste n'est certainement pas abandonnée ". On entend partout que Zhe Yun Ye est entré dans le football belge via La Louvière mais le président Filippo Gaone infirme : " Je l'ai vu au Lierse, au GBA, à Ostende, etc. Ce n'était pas compliqué de le rencontrer. Et cela fait des années. Il est toujours aux matches. Même si les Chinois sont discrets. Ils sont partout mais vous ne les remarquez pas ". Qui le mit en contact avec Zhe ? Gaone reste vague. Pas Allatta, ni Stéphane Pauwels, l'ancien manager sportif licencié l'an dernier qui a repris du service à Mons peu après. " Je suis en procès avec l'un et j'évite soigneusement l'autre. Ne vous imaginez donc rien ". Et ce ne serait pas grâce à ses affaires (textiles au départ), même si Gaone û qui fait fabriquer partout dans le monde û se rend en Chine minimum une fois par an. Depuis quelques mois, il s'est lancé dans le cosmétique et les articles de jardin : " Le textile court à sa perte en Belgique. Les Chinois nous dévorent, mais je ne vous apprends rien de neuf ". L'intérêt chinois pour notre football cadre donc, selon Gaone, dans leur volonté de devenir un acteur mondial de premier plan dans tous les domaines : " Peut-être que quelqu'un comme Zhe veut investir dans un club belge pour repartir en Chine avec le know-how. Mais je ne comprenais rien à son histoire et je ne suis pas du genre à perdre mon temps. Je vais directement au c£ur du débat et si cela n'apporte rien de concret à mon club, j'évite. Surtout vu la manière peu catholique dont on me présentait les choses ". Gaone ne précisera pas. Mogi Bayat reste vague également. Le manager de Charleroi reçut un appel début avril : " Un intermédiaire m'a demandé un rendez-vous, mais je ne le lui ai pas accordé. Nous n'avons pas besoin d'investisseurs en ce moment. Je n'ai donc jamais vu ce Chinois. J'entends qu'il était proche du Lierse. Qu'il a acheté un ou deux joueurs pour eux. Mais, savez-vous, il y a tellement de rumeurs ". L'intermédiaire était quelqu'un de Bruxelles, qu'il affirme ne pas connaître. Zhe avait entre-temps infiltré la D2. Aux côtés de Pietro Allatta, il assista à plusieurs rencontres du tour final. Luc Devroe, manager de Roulers, a reçu des nouvelles d'Allatta dans la semaine du dernier match de compétition régulière : " Il m'a dit qu'il était le manager de Silvio Proto et qu'il avait un investisseur de 1 million d'euros. Il demanda une entrevue avec moi et le président. Il m'a rappelé quelques jours plus tard mais je ne suis pas du genre à croire des gens qui proposent comme ça un million car je vois comme il est difficile de décrocher un sponsor maillot à 200.000 euros. J'ai trouvé cette histoire bizarre, surtout après les rumeurs concernant le rôle de Jean-Pierre La Placa dans une corruption lors de Waasland-Geel au tour final. Allatta est aussi le manager de La Placa... Après notre 9 sur 9 au tour final, il m'a rappelé. Et après le 12 sur 12 à nouveau, cinq ou six fois, laissant des messages de le rappeler d'urgence. Je n'ai pas réagi ". Début juin, Pauwels téléphonait à un membre de la direction du FC Courtrai, Tony Coorevits, en lui faisant savoir qu'un Chinois allait arriver. " Nous sommes ouverts à tout ", répondit Coorevits qui dit très bien connaître Pauwels. " Nous cherchions encore un sponsor maillot. Mais lorsqu'il m'a dit que les investisseurs cherchaient une position de force dans le club, j'ai dit que je trouvais cela difficile. Deux semaines après le contact, j'attendais toujours ". Renaix, ville de l'industrie textile à la frontière du Hainaut et de la Flandre Occidentale, a reçu elle aussi la visite des Chinois. Selon le manager du club Yves Van Coppenolle cela date d'il y a deux mois. A la base du contact, se trouve Daniel Striani, ancien journaliste sportif à La DH/Les Sports, reconverti en agent de joueurs et associé à Nenad Petrovic, dont la copine est directrice commerciale du RAEC Mons. Van Coppenolle : " Il m'a appelé pour me dire qu'il connaissait quelqu'un prêt à investir dans un club ambitieux de D2. J'ai rencontré ce Chinois quelques fois. J'ai encore voulu le rappeler mais son numéro de GSM avait changé. Beaucoup de mots pour rien, finalement. Mais c'est la crise en football et tout le monde saute sur ce genre d'opportunités. Il s'agissait d'abord de 1 million d'euros puis de 500.000 pour finir par 300.000. Cela devenait risible. A Mons, ils ont analysé les propositions mais pour conclure que cela ne représentait rien. C'était une petite crevette qui se prenait pour un homard. Il n'était pas grand non plus, genre 1m40 (il rit). Mais des hommes comme Hitler et Napoléon étaient aussi des nabots, non ? Nous en avons discuté une demi-heure au conseil d'administration et décidé de ne rien faire ". Van Coppenolle est dans le business du textile et fait des affaires avec la Chine : " Le fait qu'ils se lancent dans le foot est un signe de plus qu'ils nous mangent tout cru. Au-delà de ça, qu'est-ce qui n'a pas déjà été dit ? Qu'il s'agissait de blanchiment d'argent et que c'était un parieur... Mais je suis droit dans mes pompes. Allatta ? Connais pas. J'en ai entendu parler mais je ne travaille pas avec des managers ". Pourtant, jusqu'il y a peu, Renaix comptait pas mal d'anciens joueurs de La Louvière et de Mons, clubs dans lesquels Allatta a plus qu'un pied dans la porte. Mais Van Coppenolle persiste : " Je ne le connais pas ! " Soudain, Zhe Yun Ye a débarqué en Finlande. Depuis le tour final en fait, dès que le contrat avec Geel fut anéanti. Il a atteint très rapidement un accord avec l'AC Allianssi, qu'il a transformé en une société dont Olivier Suray, fraîchement engagé comme directeur sportif, possède 90 % des parts. Selon le président Erkki Alaja, l'ancien club conserve 10 %. Une série de joueurs belges ont suivi Suray (ex-Mons et La Louvière), dont La Placa (ex-Mons et Waasland), Mustapha Douai et Hocine Chebaiki (tous deux ex-Mons et Renaix) et Sergei Omelianovitch (ex-Geel). Ensuite est venue la désignation de Thierry Pister comme entraîneur. Lui aussi ex-Mons et Renaix. La semaine dernière, Suray a déclaré à la TV finlandaise que le niveau du foot local était faible et qu'il était donc nécessaire de lui apporter du sang frais, un nouvel entraîneur et de nouveaux joueurs. AC Allianssi n'était pas le seul club finlandais où Zhe s'est présenté. Il a surgi avant à Tampere United en compagnie de Gaston Peeters. Peeters est avec Bob van Jole responsable de la gestion sportive au Lierse, d'où il connaissait Zhe. " Je l'ai mis en contact avec un agent suédois que je connais depuis des années : Marco Blazevski. C'est tout. Pourquoi la Finlande ? Je l'ignore. Je l'ai accompagné mais je suis directement reparti alors que Zhe est resté. Il semble qu'il ait abouti à un autre club par après. C'est ce que j'ai lu. Pour le reste, je n'ai pas grand-chose de plus à dire ". Le président d'Allianssi, Alaja, lâche que Peeters était impliqué comme consultant lors de la reprise de son ex-club. " Je le connais, oui ". Qui d'autre est derrière la construction ? Silence. " Beaucoup de monde, mais nous sommes entièrement satisfaits. Pensez-vous peut-être qu'il s'agit de quelque chose pas fair-play ?" Comme Alaja, Peeters affirme qu'il n'a jamais rencontré ou parlé à Pietro Allatta. " Je sais seulement qu'il est le manager de Silvio Proto ". Le responsable des transferts du Lierse ne peut pas non plus nous aider à obtenir les coordonnées de Zhe. " Non, je n'ai plus son numéro. Il avait un n° de GSM belge mais il semble ne plus l'avoir ". A Tampere United, le manager du club se tait lorsqu'on lui demande de nous expliquer pourquoi il a mis fin aux pourparlers avec Zhe et Peeters : " Je souhaite rester poli et correct. Nous sommes heureux que des nouvelles personnes veuillent investir dans le foot finlandais et qu'Allianssi ait trouvé une solution. Mais pour nous ce n'était pas une bonne proposition. J'ai voulu en rester là ". Jan Hauspie et Christian Vandenabeele" Je ne comprenais rien à l'histoire de Zhe et JE NE SUIS PAS DU GENRE à PERDRE MON TEMPS " (Filippo Gaone)