Le match amical disputé contre le Costa Rica juste avant le début du Mondial continue à poursuivre le trésorier Germain Landsheere. Tous les dossiers concernant le Mondial 2002 sont rangés dans les archives, à l'exception de cette farde.
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Le match amical disputé contre le Costa Rica juste avant le début du Mondial continue à poursuivre le trésorier Germain Landsheere. Tous les dossiers concernant le Mondial 2002 sont rangés dans les archives, à l'exception de cette farde. "Parce que ce n'est pas très clair", affirme le trésorier de l'UB. "Je vais examiner l'affaire en profondeur et ceux qui ont magouillé le paieront cher". Il ne s'agit pas du coût, très élevé, qu'a dû verser l'UB pour affronter une équipe sud-américaine (400.000 dollars, soit à peu près autant d'euros). "Il y a autre chose. Je n'ai pas l'impression que l'argent est arrivé où il le devait".En décembre, deux journalistes costaricains ont eu vent d'une magouille. Harold Leandro et Ricardo Quiros n'en ont pas cru leurs yeux en découvrant, dans Sport/Foot Magazine, sur Internet, que l'UB avait payé pareille somme pour ce match amical. Ils ont estimé que 400.000 dollars, ça représentait un montant inhabituel pour ce genre de match et ils ont interpellé le président de leur fédération, Hermes Navarro. Celui-ci est tombé des nues. "Nous n'avons pas reçu 400.000 dollars des Belgesmais 91.000 dollars de dédommagement pour le match ainsi qu'une indemnité pour les frais de vol et de séjour à Kumamoto", a déclaré Navarro à Leandro. Alors, où est passé le reste de l'argent? "Aucune idée", affirme Navarro quand Sport/FootMagazine parvient à le joindre, après maintes tentatives. D'abord, sa secrétaire a pour mission de répéter qu'il est absent. A son domicile, sa fille et son épouse expliquent qu'il se promène. A la cinquième tentative, Navarro décroche son gsm. "Nous avons reçu ce qui était convenu", poursuit-il. "Je suis satisfait. Le reste ne me concerne pas. Adressez-vous à la fédération belge". Durant le workshop réservé aux entraîneurs, aux attachés de presse et aux dirigeants des nations qualifiées pour le Mondial, la délégation belge avait fait la connaissance de l'Argentin Guillermo Toffoni, de l'agence World Eleven. Il était à même d'arranger un match amical contre une formation sud-américaine, comme le souhaitait Robert Waseige. La délégation belge est restée en contact avec lui. Quand les matches face à l'Argentine ou au Brésil avaient capoté, Toffoni a proposé le Costa Rica à la Belgique. Pressés par le temps, Jan Peeters et Jean-PaulHouben, respectivement président et secrétaire général de l'UB, ont mordu à l'hameçon. Le 15 avril 2002, à Yokohama, les deux parties ont signé un accord pour ce match amical, le dimanche 26 mai à 14 heures. Peeters et Houben ont paraphé le contrat au nom de l'UB, Toffoni a signé pour le Costa Rica. Guillermo Toffoni n'était qu'un intermédiaire, disposant de la licence FIFA pour organiser des matches. Le 15 avril, à Yokohama, il a montré aux Belges une lettre signée par Edwin Mora, membre du Comité Exécutif de la Costa Rican Football Federation et chef de délégation au Japon. Mora y confirmait son accord pour la tenue du match et le fait que Toffoni pouvait signer le contrat au nom de sa fédération mais aussi encaisser les montants convenus entre les deux fédérations. Plus de nouvelles de la presse costaricaineGermain Landsheere le confirme: "C'est pratique courante. Les fédérations font régulièrement appel à des intermédiaires qui ont procuration pour signer en leur nom".Ce n'est pas dépourvu de risques si cette personne n'est pas fiable. Aucun membre de la fédération, en l'occurrence celle du Costa Rica, ne connaît alors le montant exact qui a été convenu entre les deux parties. Est-il possible que ce soit le cas ici? Landsheere : "C'est possible, je n'en sais rien".L'accord passé entre l'UB et Toffoni prévoit que la somme due -400.000 dollars- doit être payée en deux tranches. Landsheere : "Nous devions verser immédiatement la première et le second virement devait être effectué juste avant la rencontre". L'UB a respecté cette convention. Le 24 avril 2002, elle a versé 225.352,11 euros sur un compte de World Eleven à la Dresdner Bank AG de New York. (Cette somme équivaut à 200.000 dollars, d'après le taux de change d'alors). Le 22 mai, quatre jours avant le match, Landsheere a donné ordre de virer 217.391,30 euros (toujours l'équivalent de 200.000 dollars) au même compte new-yorkais. "Pour moi, c'est ici que se termine l'histoire".Voire... En décembre, les journalistes du Costa Rica demandent à Landsheere s'il n'y a pas eu un problème... "J'étais prêt à leur envoyer une copie du contrat", précise le trésorier. "Mais ils ne l'ont pas demandé. Depuis lors, je n'ai plus eu de nouvelles".Si l'UB a versé 400.000 dollars alors que son homologue costaricaine affirme n'avoir reçu que 97.000 dollars, où est passé le reste de l'argent?Guillermo Toffoni doit connaître la réponse mais il semble avoir disparu de la surface de la terre. Son gsm ne répond pas et il est introuvable à son bureau. La secrétaire prend note des messages, assure que son patron retéléphonera mais il ne s'exécute jamais.Harold Leandro, du journal La Nacion, a réussi à joindre Toffoni. Le manager lui a d'abord raconté que l'UB n'avait versé qu'une "garantie" de 150.000 dollars "et non 200.000 dollars". Par la suite, il a fait le mort quand Leandro a voulu le recontacter, après avoir pris des renseignements en Belgique. Durant le premier entretien téléphonique, Toffoni n'a pas voulu approfondir le sujet. Il a déclaré à La Nacion: "J'ai un contrat avec Fedefut et je n'étale pas mes affaires dans la presse. En outre, je n'ai pas négocié ce match seul. Côte belge, il y avait beaucoup d'intermédiaires. En tout cas, on ne m'a pas payé 400.000 dollars". Germain Landsheere : "Des intermédiaires? Lesquels, donc? Que Monsieur Toffoni cite des noms car nous n'en connaissons aucun. Nous avons bel et bien versé 200.000 dollars à deux reprises à World Eleven". Le problème de la Belgique?Toffoni estime que c'est le problème de la Belgique, pas du Costa Rica et encore moins le sien: "Les Belges ont artificiellement gonflé la somme pour échapper aux impôts. En plus, ils ont des problèmes internes qu'ils tentent de nous imputer. La fédération du Costa Rica n'a pas à se plaindre de ce dossier. Elle a reçu 91.000 dollars alors que sur le marché international, un match de ce niveau oscille entre 40.000 et 50.000 dollars. Ce n'est quand même pas mal, non? Et ma commission... Si je peux vendre un match de la Jamaïque pour 200.000 dollars mais que j'en obtiens deux millions, j'ai fait du bon travail. Qu'y a-t-il de mal à ça?"Germain Landsheere, qui n'avait déjà pas approuvé ce match à l'époque et avait eu une grosse discussion avec Jan Peeters et Jean-Paul Houben, sera ravi de l'apprendre.Daniel Devos, Peter T'Kint et Roel van den Broeck"Les Belges ont artificiellement gonflé la somme" (Toffoni)