P ete Sampras a remporté 14 titres du Grand Chelem, record absolu. Quand, donc, Roger Federer va-t-il le surpasser ? Il y a trois ans, tout le monde convenait que ce n'était qu'une question de temps. Depuis un an, les avis sont plus partagés car le grand Roger montrait déjà la saison dernière des signes de lassitude. Depuis janvier, le doute s'est installé de manière plus précise dans la tête des observateurs et dans celle du premier joueur mondial. On commence sérieusement se poser des questions sur sa capacité à encore triompher souvent.
...

P ete Sampras a remporté 14 titres du Grand Chelem, record absolu. Quand, donc, Roger Federer va-t-il le surpasser ? Il y a trois ans, tout le monde convenait que ce n'était qu'une question de temps. Depuis un an, les avis sont plus partagés car le grand Roger montrait déjà la saison dernière des signes de lassitude. Depuis janvier, le doute s'est installé de manière plus précise dans la tête des observateurs et dans celle du premier joueur mondial. On commence sérieusement se poser des questions sur sa capacité à encore triompher souvent. Il y a une érosion bien légitime de sa motivation. A 27 ans, il commence logiquement à se lasser et peine à donner sans cesse le meilleur de lui-même. Et comme il a été battu par plusieurs joueurs, tous savent qu'ils n'ont plus face à eux l'invincible Suisse. Et puis, Rafael Nadal et, dans une moindre mesure, Novak Djokovic, sont quasiment arrivés au même niveau et le battent de plus en plus souvent. Le Serbe l'a d'ailleurs éliminé en demi-finales de l'Australian Open et l'Espagnol lui a infligé une sévère défaite à Roland Garros. Les deux fois, Federer a été battu en trois petits sets. Heureusement, le gazon gomme certains ennuis. Sur herbe, le jeu va plus vite et, même quand on est un peu émoussé, le service donne l'occasion de recouvrer ses sensations. Quintuple lauréat de la plus prestigieuse épreuve de l'année, Federer est dans son jardin à Church Road. Cela étant, il sait qu'il doit drôlement se méfier de Nadal. Car si l'Espagnol venait à rejoindre Borg dans l'histoire des doublés Roland Garros-Wimbledon, il pourrait par la même occasion mettre fin aux rêves les plus fous du Suisse. Or, Nadal ne cesse de progresser sur gazon, comme en témoignent sa récente victoire au tournoi du Queen's (face à Djokovic) et son extraordinaire résistance face à... Federer en finale de Wimbledon l'an dernier. Pour mémoire, le Suisse s'était imposé dans la douleur 7-6 4-6 7-6 2-6 6-2. A tort, on présente Wimbledon et les tournois sur gazon comme étant l'unique domaine des gros serveurs. Si ceux-ci sont évidemment avantagés, on oublie que les retourneurs exceptionnels s'y sentent, eux aussi, comme des poissons dans l'eau. Borg, Agassi ou Nadal disposent tous les trois d'une acuité visuelle remarquable et peuvent retourner les premières balles de service adverse avec précision de manière à prendre l'ascendant sur leur rival. Qui plus est, Nadal est un parfait élève. En quelques saisons, il a réussi à emmagasiner tous les conseils et, contrairement à beaucoup de ses compatriotes, il n'a pas zappé les saisons sur gazon. Il a aussi gagné 11 des 17 duels qu'ils ont déjà disputés et, cette année, Federer ne l'a pas encore battu, ne lui prenant même qu'un petit set en trois confrontations et ne lui ravissant que quatre jeux en finale de Roland Garros. Voilà des statistiques qui ont de quoi miner. Et il y a Djokovic. Le Serbe souffle le chaud et le froid et manque d'un jusqu'au-boutisme bien nécessaire en Grand Chelem, mais son talent peut, sur un match, prendre la mesure tant de Nadal que de Federer. Si on ne le voit pas encore s'imposer à Londres, il peut faire quelques dégâts. Par contre, outre ce trio de tête, le tennis masculin manque un peu de génies. Les Américains sont inexistants - on se demande même comment Andy Roddick (ATP 6) et James Blake (ATP 8) sont encore dans le Top 10 - alors que le Russe Nicolay Davydenko (ATP 4) et autre Argentin David Nalbandian (ATP 7) ne devraient pas se montrer très dangereux. Et les deux Français Jo-Wilfried Tsonga (ATP 13) - finaliste à Melbourne - et Gaël Monfils (ATP 26) - demi-finaliste à Paris ? Blessé, le premier ne sera pas de la fête et si le deuxième dispose d'atouts sérieux, il est encore un peu tendre pour se hisser en demi. Non, plus on y regarde, plus on doit reconnaître que le tennis masculin est archi-dominé par les trois premiers mondiaux qui ne laissent que peu de chances aux autres. Federer ne battra pas le record de Sampras. Il devrait sans doute encore gagner une fois Wimbledon mais risque d'être barré définitivement sur les autres surfaces. Il peut raisonnablement espérer faire la passe de six à Wimbledon et entrer définitivement dans l'histoire de la troisième levée du Grand Chelem. Quant à Nadal, il a toutes les chances de rejoindre Agassi et Borg en réalisant le doublé terre-gazon. Mais qu'il se dépêche car, avec le jeu qu'il développe, sa carrière ne devrait pas durer aussi longtemps que celle de Federer. Il ne serait pas surprenant que l'Ibère disparaisse du circuit dans deux ou trois ans. Sans doute le sait-il et sans doute est-ce pour cela qu'il se montre aussi assoiffé de victoires ? Et tant qu'à parler de victoires, il serait peut-être temps qu'il se mette à exceller aussi à l'Australian Open et l'US Open. par patrick haumont -photo: reporters