Qui sera champion?

Philippe Clement: Celui qui terminera premier, j'en suis sûr.
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Philippe Clement: Celui qui terminera premier, j'en suis sûr. Jan Moons: Ou celui qui précédera le deuxième. Clement: Quiconque termine en tête du classement après 34 journées ne manque pas de mérite. A défaut d'être le plus fort, l'heureux élu pourra se vanter d'avoir été le plus régulier. Dans une épreuve de longue haleine, cette constance prime tout. Moons: La saison dernière, on parlait d'un championnat haletant dans la mesure où la lutte fut indécise jusqu'au bout entre deux équipes: Anderlecht et Bruges. Il suffit que le RSCA ne soit plus impliqué de la même façon pour que certaines personnes évoquent une compétition de valeur nettement moindre. Comme si Genk ne valait pas tripette. Clement: En plus de sa remontée sur nous, le Sporting avait eu la chance de se distinguer en Ligue des Champions. Du coup, l'appréciation finale fut sans doute plus flatteuse. En ce qui nous concerne, j'ai observé que la critique était positive jusqu'à notre élimination malencontreuse contre Lyon. Par la suite, plus rien n'était bon... Moons: Il faut savoir ce que l'on veut. Il y a tout juste un an, la plupart des observateurs déploraient le manque de suspense parmi l'élite, vu que tôt dans la saison, deux formations à peine étaient concernées par le titre. A présent que la lutte pour le championnat et pour les places européennes est des plus indécises, ce n'est pas bon non plus. Que faut-il, finalement, pour que tout le monde soit content? Clement: On n'a pas mis suffisamment en exergue la manière déployée aussi bien par le Club que par le Racing pour se situer aux toutes premières loges, aujourd'hui. Car cette présence commune au sommet de la hiérarchie, c'est ni plus ni moins le triomphe du jeu offensif. Moons: Contrairement à ce qui s'est parfois vu ailleurs, il n'a jamais été question de calcul, ni du côté brugeois, ni chez nous. A cet égard, ce n'est sûrement pas un hasard si le plus beau match de la saison a opposé ces deux équipes au deuxième tour. N'en déplaise à Anderlecht (il sourit). Un système immuableClement: S'ils avaient pu disposer cette année encore du duo composé de Jan Koller et Tomasz Radzinski, ils auraient sans doute fait les mêmes dégâts que Wesley Sonck et Moumouni Dagano, à Genk, ou que Rune Lange et Gert Verheyen chez nous. Quoiqu'un Ivica Mornar ou un Gilles De Bilde ne soient pas dépourvus de qualités non plus. Moons: Tout élément demeure tributaire, malgré tout, du contexte dans lequel il doit s'exprimer. Et il était probablement plus clair à Bruges et à Genk cette saison. D'un bout à l'autre de cette campagne, ces clubs ont pu tabler sur un même système et sur un 11 de base immuable. A Anderlecht, on était loin du compte. Clement: C'est le genre de remarque que l'on entend après une défaite mais jamais après une victoire. C'est vrai que pour un candidat au titre comme nous, sept revers sur 30 rencontres, c'est très lourd. Mais que dire alors de nos 21 victoires sur le même ensemble de matches? J'y vois la preuve que dans 70% des cas, nous sommes réellement dans le bon. Tout le monde ne peut en dire autant. Moons: Dans le même temps, nous n'avons subi que deux échecs. En revanche, les dix partages concédés pèsent lourd. A l'encontre du Club, nos statistiques sont nettement meilleures chez nous qu'en déplacement. Mais ce n'est pas anormal dans le chef d'une équipe très jeune comme la nôtre. Clement: Des trois équipes concernées par le titre, je constate quand même que c'est la plus chevronnée, à savoir Anderlecht, qui a décroché la première face à St-Trond... Ce critère-là ne me semble dès lors pas fondamental. Moons: Nous n'avons pas l'expérience du Club, mais nous avons l'insouciance liée à notre jeune âge. Jusqu'ici, je n'ai jamais eu l'impression que l'importance de l'enjeu pesait sur nous. Avant ce derby limbourgeois contre St-Trond, nous n'avons livré qu'une seule contre-performance: à l'Eendracht Alost. Mais ce jour-là, nous avions plus été victimes de l'état abominable du terrain que de notre adversaire du jour. Clement: La pelouse brugeoise nous aura coûté quelques points aussi, cette saison. A diverses reprises, nous avons été même doublement handicapés: non seulement il nous fallait jouer le dimanche dans nos installations, après que le Cercle eut livré sa partie la veille et endommagé l'aire de jeu mais, en outre, nous devions alors livrer bataille aussi, le plus souvent, après nos rivaux Genk et Anderlecht. A choisir, je préfère quand même jouer en premier lieu, comme ce fut le cas au Standard. Car quel que soit le résultat obtenu, la pression est quand même sur les épaules de notre adversaire direct le lendemain. En cas de victoire de notre part, il sait qu'il n'a pas droit à l'erreur et en cas de défaite, il doit tenter de profiter au maximum de ce faux-pas... Un grand bonheurClement: Il n'y a jamais de bon ou de mauvais moment quand on joue pour l'équipe nationale, car c'est avant tout un grand honneur et un grand bonheur. Gert Verheyen avait mis l'accent sur le plaisir avant la rencontre à Patras parce qu'il venait à l'une ou l'autre reprise d'être substitué en cours de match avec le Club. Ce break, dans un autre entourage, était le bienvenu pour lui. Il est simplement dommage que l'affaire fut gonflée et qu'on subodora subitement un problème entre notre capitaine et l'entraîneur, Trond Sollied. Il n'y avait manifestement pas de quoi en faire un plat. Moons: Chez nous aussi, quelques-uns se sont plu à chercher des problèmes alors qu'il n'y en avait pas. Je songe à l'irascibilité de Wesley Sonck lors du déplacement au RWDM notamment. Wes avait à coeur de livrer un tout grand match face à ses anciennes couleurs et on peut comprendre sa déception sur certains services approximatifs. Mais après le match, tout est immédiatement oublié. En ce qui concerne les Diables Rouges, je partage entièrement l'avis de Philippe: une convocation est toujours la plus belle récompense qui soit, quelle que soit la période où elle se situe. Moons: Que répondre, sinon que je mettrai tout en oeuvre au cours des quelques matches qui restent pour tenter vaille que vaille d'inverser la tendance. J'ai 31 ans. C'est sans doute ma dernière chance à ce niveau. Et je veux tout faire pour la saisir. Moons: Si on m'avait dit, l'été passé, que Genk serait européen à la fin de cette saison, j'aurais signé des deux mains. Mais à présent qu'il y a moyen de faire mieux, je serais triste de louper une qualification en Ligue des Champions. Et il en est de même pour ce qui est du Japon. Quand on a goûté aux Diables Rouges, on veut faire durer le plaisir. Clement: Quelques-uns disent qu'à défaut de terminer premiers, la Coupe de Belgique serait une belle consolation. Moi, je ne suis pas du tout de cet avis. Même si la deuxième place en championnat prend une autre dimension, cette saison, il faut toujours viser le maximum. Et celui-ci, pour moi, c'est à la fois le doublé et la Coupe du Monde. Bruno Govers,"Ce n'est pas parce qu'Anderlecht a décroché qu'on vit un championnat de moindre valeur" (Jan Moons)"On n'a pas mis suffisamment l'accent sur le jeu déployé par Bruges et Genk" (Philippe Clement)