Tout ça pour ça! En rompant unilatéralement, fin mai, le contrat qui le liait à La Louvière jusqu'en 2006, Silvio Proto a fait trembler le football belge sur ses bases. Pensez donc: un joueur de notre championnat décidait enfin d'avoir recours à la fameuse loi de 78, qui permet de casser un contrat de travail à durée déterminée en versant une indemnité limitée à son employeur.
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Tout ça pour ça! En rompant unilatéralement, fin mai, le contrat qui le liait à La Louvière jusqu'en 2006, Silvio Proto a fait trembler le football belge sur ses bases. Pensez donc: un joueur de notre championnat décidait enfin d'avoir recours à la fameuse loi de 78, qui permet de casser un contrat de travail à durée déterminée en versant une indemnité limitée à son employeur.Deux mois plus tard, le prometteur gardien, international -19, faisait son retour au Tivoli. La queue entre les pattes...Proto, qui était menacé de ne plus pouvoir mettre un pied sur une pelouse de notre championnat ( gentlemen'sagreement oblige), est à nouveau appelé à faire des miracles entre les perches du club qui en pensait encore pis que pendre il y a quelques jours. Comprenne qui pourra... Le joueur et le club tiennent aujourd'hui un discours commun, qui se veut avant tout pacificateur: "On oublie tout". Il n'en reste pas moins que cette affaire donne lieu à plusieurs questions intéressantes.Question à Maître MissonMaître Luc Misson (avocat de Silvio Proto): C'est la vie...Il est fréquent qu'on ait recours à la loi de 78 pour relancer des négociations entre un joueur et un club. Bien souvent, cette loi a le mérite de remettre autour de la table des parties qui semblent incapables de trouver un arrangement à l'amiable. Les clubs sont en position de force vis-à-vis des joueurs qui sont sous contrat chez eux, en ce sens qu'ils réclament l'indemnité de transfert qu'ils veulent dès qu'un footballeur émet le souhait d'aller voir ailleurs. Dès le départ, je me doutais que le fait de rompre le contrat de Silvio Proto en vertu de la loi de 78 pourrait servir à relancer des négociations avec La Louvière. Des négociations portant sur une somme de transfert ou sur un contrat revu à la hausse. Suite à cette rupture, le club se retrouvait en position de faiblesse. Question à Ariel JacobsAriel Jacobs(entraîneur de La Louvière): Quand j'ai appris qu'il était question de son retour à La Louvière, j'ai eu des doutes. Je me demandais dans quel état physique je risquais de le récupérer, mais surtout dans quel état psychologique. Je craignais aussi des répercussions sur l'ambiance dans le groupe et je me posais des questions sur les réactions du public et de la presse. Des réactions négatives auraient pu avoir des conséquences sur le comportement de Silvio. Aujourd'hui, je suis rassuré: je n'ai pas relevé le moindre symptôme négatif chez lui, que ce soit à l'entraînement ou pendant les matches. Mais ce n'est évidemment pas une garantie à long terme. Tout peut très bien se passer pendant trois ou quatre mois, puis foirer du jour au lendemain. Le danger continuera de guetter à tout moment. Que se passera-t-il lorsque Silvio commettra une grosse erreur dans un match officiel? Comment réagira-t-il? Comment réagiront les autres joueurs et les supporters? Je n'en sais rien. Mon rôle est de le protéger face à un contrecoup éventuel, mais je fais aussi appel à sa personnalité. Heureusement qu'il a pas mal de maturité, malgré son jeune âge. Je ne dis pas qu'il est totalement logique que Silvio redevienne directement titulaire. Mais j'étais confronté à une situation précise quand il est revenu: nous cherchions encore un numéro 1, et Silvio l'était la saison dernière. J'en ai donc directement refait mon premier gardien. Mais cela ne m'empêche pas de me poser encore énormément de questions quand je pense à cette affaire. Pour tout dire, je suis dans le flou. Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé, ce qui a motivé les uns et les autres. Il me faudra du temps pour comprendre exactement toute la trame et le déroulement chronologique des événements. Mais bon, ce flou me dérange déjà moins si tout rentre très vite dans l'ordre sur le terrain.Question à Pietro AllattaPietro Allatta (manager de Silvio Proto): Le problème, c'est que les Italiens ont été trop gentlemen dans cette histoire. Ils n'ont pas voulu signer le contrat de Silvio aussi longtemps qu'ils n'avaient pas trouvé un arrangement financier avec La Louvière. Pour eux, la première étape consistait à s'entendre sur le prix de son transfert. Selon la loi, Silvio était libre, puisqu'il avait officiellement cassé son contrat en Belgique. Mais les gens de Vicenza n'ont pas voulu se mettre la FIFA à dos. Ils ont d'ailleurs avoué que, si un de leurs joueurs leur faisait ce que Silvio a fait à La Louvière, ils ne seraient pas contents du tout. L'affaire Proto n'a en tout cas pas servi à rien: Maître Misson a réussi à démonter tout un système. Question à Silvio ProtoSilvio Proto: J'essayerais de trouver calmement un arrangement avec le président Gaone. Finalement, nous nous étions séparés sur un malentendu. Je ne tiens pas à m'attarder là-dessus ( NDLA: l'origine du conflit remonterait à une franchise d'assurance que, ni le joueur, ni le club n'aurait voulu payer suite à un accident impliquant la voiture prêtée par la RAAL à Proto). Tout le monde fait des erreurs. En cassant mon contrat du jour au lendemain, j'en ai commis une grosse. Heureusement, tout a fini par rentrer dans l'ordre et je pense que cette affaire n'aura pas de répercussion sur la suite de ma carrière. Question à Andrea FabbrisAndrea Fabbris (avocat de Vicenza): Silvio Proto s'était présenté comme libre, et c'est pour cela que sa candidature avait été retenue par les dirigeants de Vicenza. A La Louvière, on leur a dit que ce joueur n'était pas libre. Vicenza a fait une proposition pour l'acheter mais n'était certainement pas prêt à débourser une grosse somme d'argent pour Proto. Question à Roland LoufRoland Louf(manager de La Louvière): Ma principale conclusion, c'est que la loi de 78 n'a pas fonctionné. Et c'est une grande victoire pour le football belge. Cette affaire aurait pu mettre à mal la stabilité économique du football belge, voire européen. Si je m'en tiens aux faits, je constate une chose: Silvio Proto nous a envoyé une lettre de rupture unilatérale de son contrat le 29 mai, et deux mois plus tard, sa situation n'avait toujours pas évolué d'un millimètre. In fine, il a été tout heureux de revenir chez nous aux mêmes conditions que la saison dernière. Proto a vu arriver avec anxiété la date-butoir du 31 août. Il était sans club et risquait de rester bloqué pendant une bonne partie de la saison. Pendant ce temps-là, il sentait que le championnat allait reprendre et que nous testions différents gardiens. Ce fut une partie de bras de fer, certainement pas une partie de plaisir. On peut même parler de partie de poker impliquant le joueur et notre club, mais c'est comme ça dans la majorité des négociations de transferts. La Louvière était le seul club belge prêt à encore accepter Proto. Il était toujours affilié chez nous, puisque nous n'avions jamais délivré le certificat de transfert international. Nous étions toujours reliés par une espèce de cordon ombilical. Qu'on ne me parle pas de Vicenza, de Misson ou d'autres intervenants: la loi de 78 a connu un cuisant échec! On ne peut pas reprocher aux clubs belges de s'entendre pour faire prévaloir un gentlemen's agreement par rapport à la loi. On veut appliquer la loi de 78? OK, mais alors, qu'on le fasse dans les deux sens: on doit permettre aux clubs de virer, avec une petite indemnité de préavis, tous les joueurs qu'ils traînent comme des boulets alors qu'ils ont encore un contrat de longue durée. Pierre Danvoye"Une grande victoire pour le foot belge" (Roland Louf)"Il faudra du temps pour comprendre exactement ce qui s'est passé" (Ariel Jacobs)