Tous millionnaires, les footballeurs professionnels ? Tous très riches, les agents de joueurs ? N'allons pas trop vite. Une balade entre les lignes des contrats que concluent joueurs, agents et clubs, n'est pas inutile pour mieux comprendre le quotidien financier des acteurs de notre D1.
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Tous millionnaires, les footballeurs professionnels ? Tous très riches, les agents de joueurs ? N'allons pas trop vite. Une balade entre les lignes des contrats que concluent joueurs, agents et clubs, n'est pas inutile pour mieux comprendre le quotidien financier des acteurs de notre D1. Tout dépend de sa nationalité. Pour résumer, les étrangers sont bien plus gâtés que les Belges. Le fixe mensuel brut minimum d'un joueur belge est de 1.250 euros. Hors primes et avantages en nature, donc. Sur un montant aussi peu élevé, le taux de taxation est évidemment minime. Dès que le contrat concerne un joueur étranger, les chiffres sont très différents : il est assuré d'un brut minimum de 5.083 euros par mois. Dans ce cas, tout est compris : le fixe, les primes et les avantages en nature. Chaque club est libre de répartir à sa façon le fixe et les primes, mais l'administration vérifie les comptes en fin de saison et il faut que le joueur étranger ait reçu 61.000 euros avant taxation. Si, en fin de saison, une équipe n'a pas pris assez de points pour que les primes, additionnées au fixe et aux avantages en nature, permettent d'atteindre 61.000 euros, le club devra verser la différence au joueur étranger. La régularisation (pour arriver à 5.083 euros mensuels) devrait théoriquement se faire au terme de chaque mois, mais cette obligation n'est pour ainsi dire jamais respectée. Autre avantage pour les footballeurs étrangers de notre championnat : un taux de taxation forfaitaire de 18 %, alors que ce pourcentage varie en fonction du salaire brut, pour les Belges. Les stars belges de notre D1 sont taxées à plus de 50 %. Les vedettes étrangères, elles, restent à 18 %. Un étranger qui joue pour le minimum de 61.000 euros bruts est donc assuré d'empocher un salaire annuel net de 50.020 euros (somme dont il faut seulement déduire les avantages en nature). Même si son équipe ne gagne pas un seul match ou si lui-même ne monte jamais au jeu. Le Belge au contrat minimum, lui, devra se contenter de 15.000 euros bruts annuels si aucune prime de match nul ou de victoire ne vient arrondir ses fins de mois. Le but initial du législateur était de mettre fin aux pratiques esclavagistes de certains clubs qui n'offraient qu'une croûte de pain à des joueurs importés du bout du monde. Aujourd'hui, un constat s'impose : les esclaves de notre football professionnel, ce sont les Belges ! Dans ce cas, aucun renouvellement de contrat n'est possible. Pour qu'il y ait contrat, il faut une affiliation fédérale. Cette dernière est soumise à la présentation d'un permis de travail (à renouveler chaque année), qui ne sera accordé que si l'employeur prouve le versement du salaire minimum au cours des derniers mois. Le minimum légal pour un footballeur non professionnel d'un noyau pro est de 50 % inférieur au salaire minimum d'un professionnel. Pour les éléments d'un noyau B, il n'y a pas de minimum imposé. Certains s'y entraînent pour rien. On distingue deux catégories de clubs : les 4 grands (Anderlecht, Club Bruges, Standard et Genk) et les autres. Parmi ces autres, il y en a qui ont su se montrer très généreux au cours des dernières années mais ont entre-temps resserré les cordons de la bourse : La Gantoise, le Lierse, le Germinal Beerschot, Lokeren et Mouscron ont offert des contrats plantureux à leurs meilleurs joueurs avant de comprendre que leur politique financière les menait droit dans le mur. Aujourd'hui, il n'y a donc plus que deux pelotons. Le salaire annuel brut moyen d'un joueur de D1 belge oscille entre 80.000 et 100.000 euros, primes et avantages en nature, compris. Après déductions fiscales, il leur reste entre 3.500 et 4.400 euros nets par mois. Pour les meilleurs footballeurs des quatre principaux clubs, les chiffres bruts annuels sont compris entre 500.000 et 750.000 euros (éventuelles primes européennes comprises), soit entre 21.000 et 32.000 euros nets mensuels. Des chiffres impressionnants, mais encore bien éloignés du salaire du joueur le mieux payé la saison dernière (parti entre-temps) : 83.000 euros par mois. Nets ! Un phénomène s'est généralisé au cours des dernières saisons : les primes sont devenues, dans de nombreux cas, plus conséquentes que les fixes (salaires de base). Chez les quatre géants financiers de notre D1, les primes pour les joueurs les mieux payés sont de l'ordre de 1.500 à 2.500 euros bruts pour un nul, et de 4.500 à 7.500 euros pour une victoire. Dans les autres équipes, les barèmes n'ont rien à voir : de 350 à 750 euros pour un nul, et de 1.000 à 2.500 euros pour une victoire. Dans certains clubs, on travaille autrement : il n'y a pas de primes de nuls ou de victoires mais des primes de classement : les joueurs touchent un montant prédéfini, dépendant de leur place dans la hiérarchie, après autant de journées. Dans certains pays voisins (comme en Allemagne), certains clubs pratiquent encore d'une autre manière : ils distribuent des primes de départ (primes à la titularisation) : les joueurs touchent une somme chaque fois qu'ils entament un match, quel qu'en soit le résultat final. Il n'y a pas de règle. Dans certains clubs, seuls les joueurs qui ont disputé la totalité ou la plus grande partie du match touchent 100 % de la prime, les autres devant se contenter de 50 ou 75 %. Dans d'autres, tout le noyau y a droit. Mais, dans la plupart des cas, c'est la solution intermédiaire qui prévaut : 100 % de la prime pour tous les joueurs inscrits sur la feuille de match, qu'ils aient été titularisés, qu'ils soient montés au jeu en cours de partie ou qu'ils soient restés une heure et demie sur le banc. En général, le deuxième gardien jouit d'un traitement particulier dans les clubs qui n'offrent la totalité de la prime qu'à ceux qui ont joué : vu qu'il a peu de chances de monter au jeu, il reçoit de toute façon la prime totale. En matière de générosité, Anderlecht sait faire très fort : Gilles De Bilde, qui a traîné son ennui au Lierse tout au long de la saison dernière, a continué à toucher les primes correspondant aux nuls et aux victoires du Sporting... Oui. Ce sont les footballeurs bénéficiant d'un salaire garanti. Ils savent dès le départ de la saison la somme qui atterrira dans leur portefeuille au cours des mois suivants. Quels que soient les résultats. C'est rare chez nous mais courant dans un pays comme l'Autriche. Ce système permet aux trésoriers de clubs d'éviter toute mauvaise surprise. Une règle non écrite de notre D1 stipule qu'un titulaire blessé continue à toucher les primes durant le premier mois de son indisponibilité. Passé ce délai, il n'encaisse plus que son fixe. Le club rétribue un blessé de longue durée pendant six mois, puis la mutualité prend le relais û avec des montants dégressifs, comme pour n'importe quel employé. Certains coaches ont un système de primes semblable à celui des joueurs : autant pour un nul, autant pour une victoire. Mais les montants sont généralement inférieurs à ceux des footballeurs. Dans d'autres clubs, ils touchent une prime unique en fin de saison, en fonction du classement obtenu. Par avantages en nature, on entend une voiture et un logement éventuels. Leur valeur est comptabilisée dans le calcul du salaire, mais le montant total de ces avantages en nature ne peut dépasser 2/5 du salaire brut. Pas question, donc, de déclarer un loyer farfelu afin de limiter le fixe et les primes d'un joueur. Dans la quasi-totalité des cas, les joueurs utilisant une voiture du club doivent prendre en charge tous les frais d'entretien et de carburant. A ces avantages s'ajoutent des abonnements pour les matches à domicile, et des tickets d'entrée pour les rencontres en déplacement. La plus connue est la clause libératoire : un joueur signe un contrat de plusieurs années mais sera autorisé à quitter son club lors d'une période de transferts, pour un montant défini à l'avance û un montant dégressif au fil des années. Cette clause est courante. Autre clause : celle qui prévoit une somme d'argent pour un joueur lors de son transfert. Mais, pour être appliquée, elle doit souvent s'accompagner d'une clause libératoire. En effet, si un joueur a droit à 30 ou 40 % de la somme de son transfert et si aucun prix de départ n'a été convenu à l'avance, il est vraisemblable que le club fera tout pour renégocier (diminuer) le pourcentage devant arriver dans la poche du joueur, ou empêcher son passage dans une autre équipe. C'est l'Angleterre qui paye le mieux. Viennent ensuite, dans l'ordre : l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne et la France. Le salaire moyen en Belgique est environ 10 fois moins élevé que le salaire moyen en Premier League. On affirme généralement que, dans un club bien géré, ce poste (primes comprises) ne peut pas représenter plus de 60 à 65 % du salaire. Nos clubs de D1 sont obligés de verser à la caisse d'assurance de groupe, pour chaque joueur, un pourcentage de son salaire brut (dépendant du salaire mais ne pouvant en excéder 40 %). Cet argent, qui va fructifier, servira de pension complémentaire aux footballeurs quand ils arrêteront de jouer ou atteindront l'âge de 35 ans. La somme à laquelle ils auront droit dépendra évidemment de l'importance des versements effectués. Les primes payées par les clubs servent aussi à constituer une assurance décès. Chaque club est tenu de remettre à ses joueurs, chaque trimestre, un relevé des versements opérés à la caisse d'assurance de groupe. Il arrive que des footballeurs étrangers parvenus à l'âge de 35 ans oublient la somme qui les attend. Le club ou la compagnie d'assurance essaye alors de le retrouver et, si ce n'est pas possible, cet argent reste dans les caisses de la compagnie. Oui, depuis une convention collective passée en 2002. La Belgique fut longtemps à la traîne dans ce domaine, mais l'oubli a été réparé. Autrefois, ils n'avaient pas droit à la moindre allocation de chômage, une fois qu'ils se retrouvaient sans contrat, pour la bonne et simple raison qu'on ne demandait pas aux clubs de cotiser à une caisse de chômage. Aujourd'hui, ils sont tenus de le faire. Mais, à l'inverse de l'employé d'un secteur d'activité traditionnel, le footballeur sans club ne touche pas une allocation de chômage calculée sur la base de son dernier salaire. On tient compte d'un salaire mensuel brut plafonné à 7.553 euros, et le chômeur touchera pendant sa première année d'inactivité entre 55 et 60 % de ce montant (allocation brute), selon sa situation familiale. L'allocation est dégressive d'année en année, et limitée dans le temps. Le contrat type fourni aux clubs par la Ligue Professionnelle est assez vague à ce sujet : Le joueur s'engage à répondre à toutes les convocations et à participer aux rencontres, entraînements, stages, camps de retraite, conférences, réunions, etc, organisés par le club. Si cet article fait partie du contrat passé entre le joueur et le club, celui-ci peut imposer à ses footballeurs de participer, par exemple, à des opérations commerciales. Le montant des amendes dépend du salaire. Extrait du contrat type de la Ligue Pro : L'importance des amendes et sanctions pécuniaires ne pourra jamais excéder le maximum légal fixé par la législation sur la protection des salaires. Mais il faut croire que tous les clubs n'inscrivent pas cet article dans le contrat qu'ils passent avec leurs joueurs. Les amendes infligées par Anderlecht à Nenad Jestrovic et Aruna Dindane le prouvent. Oui, mais elles sont de plus en plus rares. Normal, vu le nombre de footballeurs disponibles sur le marché. Le raisonnement des clubs, aujourd'hui, est : -Tu exiges une prime à la signature ? Pas question. On trouvera bien un autre joueur ayant le même profil que toi et qui ne demandera rien à la signature. Quand l'offre était plus limitée, un joueur libre obtenait deux avantages : une prime à la signature et un salaire plus important. Ce temps-là est révolu. Les clubs sont désormais en position de force. Selon la FIFA : L'agent de joueurs est une personne physique dont l'activité consiste à mettre en rapport, régulièrement et contre rémunération, un joueur et un club en vue de la conclusion d'un contrat de travail, ou deux clubs en vue de la conclusion d'un contrat de transfert. Autant la question est précise, autant la réponse est vague ! Un avocat ou un architecte travaille selon un barème prédéfini. Il est payé au forfait, à l'heure, au pourcentage, etc. Rien de tout cela pour un agent de joueurs. C'est encore le flou le plus complet. Normal à partir du moment où on attend toujours une législation contraignante qui s'appliquerait dans tous les pays du monde. Pour un transfert réglé sur le sol belge, ça peut partir dans tous les sens û mais rarement dans le sens d'une commission calculée directement sur le prix du transfert, alors que c'est l'idée qui circule dans le grand public. Si le joueur aboutit dans un club flamand, on applique généralement la procédure édictée par la Région flamande : l'agent touche 7 % sur le fixe brut annuel que percevra le joueur concerné durant sa première saison de contrat. Vu que nos clubs fonctionnent de plus en plus avec des salaires de base limités et d'importantes primes à la performance, ce système n'avantage pas les agents. Et pour les clubs non flamands ? La Région Bruxelles Capitale et la Région wallonne ont annoncé leur intention de rédiger leur réglementation propre, dans un avenir proche. Il y aurait alors trois réglementations pour le petit marché belge, et on peut û évidemment ! û s'attendre à ce qu'elles ne soient pas uniformes. En attendant, presque tous les clubs de notre D1 appliquent la législation de la Région flamande. Mais il y a un gros hic : cette réglementation est tout à fait contradictoire avec le règlement de la FIFA. Par exemple, l'organisme mondial propose des commissions variant entre 5 et 10 % du revenu du joueur (et non de son fixe). Son règlement fait aussi état de contrats agent/joueur (renouvelables) d'une durée d'un jour à deux ans. En cas de rupture de ce contrat par le joueur, il doit évidemment y avoir versement d'une indemnité. Mais la Région flamande raisonne différemment : un contrat entre agent et joueur est à durée indéterminée et peut être résilié à tout moment et avec effet immédiat (via un simple envoi recommandé), sans aucun versement d'indemnité. Il est fréquent que des footballeurs exploitent cette liberté (sur les conseils d'un club qui leur explique que l'intervention de leur argent serait inutile, et que le non-paiement d'une commission à un agent ferait gagner quelques euros au joueur), ou changent d'agent du jour au lendemain, permettant à leur nouvel homme de confiance d'empocher une commission alors que toutes les démarches préalables ont été effectuées par une autre personne. Une seule règle : un agent de joueurs ne peut pas être mandaté par deux parties (et donc pas encaisser deux fois). La commission sera versée par le joueur transféré, par le club cédant ou par le club acquéreur. C'est le mandant qui devra débourser. Extrait du règlement FIFA : Le contrat doit mentionner expressément la partie rémunérant l'agent de joueurs, le mode de rémunération ainsi que les conditions régissant son attribution. Dans la pratique, il est rare que les joueurs rétribuent eux-mêmes l'agent, pour une raison purement pratique : la commission versée par un club est une commission brute, alors que c'est du net pour le footballeur. Si le club verse 10.000 euros à un agent, il ne lui en coûtera peut-être que 5.000 euros au bout du compte. Si le joueur vire 10.000 euros sur le compte de son agent, sa perte nette sera effectivement de 10.000 euros. Mais en ce qui concerne le payeur aussi, les différences de législation sont déroutantes. Alors que la FIFA stipule que la commission doit être versée par le joueur, le club cédant ou le club acquéreur, la Région flamande dit que la somme en question doit obligatoirement sortir de la caisse du club acquéreur. Encore une contradiction. Autrefois, le simple versement d'une caution de 125.000 euros suffisait. Aujourd'hui, cette caution n'existe plus. L'obtention de la licence FIFA passe par la réussite d'un examen comportant 20 questions : 15 concernent la réglementation de la fédération mondiale, 5 sont relatives à la législation nationale du candidat agent concerné. Pour être reconnu par la Région flamande, il faut passer par une entrevue avec une dizaine de personnes guère au courant des us et coutumes du foot... Il arrive qu'un agent ne gagne pas un euro sur le transfert. Dans ce cas, il se met généralement d'accord avec le joueur et le club concernés pour toucher une commission sur la revente û si revente il y a. A l'occasion. Un club A (vendeur) met un joueur sur le marché pour 1 million. Le club B (acquéreur) n'a pas cette somme. Il ne peut payer que 500.000 euros et l'agent fait alors l'appoint. Si, plus tard, le joueur part pour rien, l'investissement du club et de l'agent est perdu. Par contre, s'il est vendu pour 2 millions à un club C, le bonus par rapport à l'investissement de départ est partagé entre le club B et l'agent. Ce sont les petites opérations boursières des agents de joueurs. Pierre DanvoyeSALAIRE NET MENSUEL MOYEN EN D1 : entre 3.500 et 4.400 euros LE TITULAIRE BLESSÉ touche les primes pendant le premier mois de son indisponibilité En Flandre, aucune indemnité n'est prévue pour L'AGENT QUI SE FAIT PLAQUER Les Belges sont les ESCLAVES DE NOTRE FOOTBALL