Frédéric Herpoel (30 ans), c'est... des débuts à Havré, une formation à Anderlecht, une éclosion à La Gantoise et un rôle frustrant de troisième roue de la bicyclette chez les Diables Rouges (37 sélections mais seulement 7 matches joués). C'est aussi un titre de Gardien de l'Année en 2004. De la régularité. De la sobriété. Un amour immodéré pour le foot mais une allergie à tous ses à-côtés. Une façon bien à lui de percevoir les aspects négatifs du professionnalisme.
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Frédéric Herpoel (30 ans), c'est... des débuts à Havré, une formation à Anderlecht, une éclosion à La Gantoise et un rôle frustrant de troisième roue de la bicyclette chez les Diables Rouges (37 sélections mais seulement 7 matches joués). C'est aussi un titre de Gardien de l'Année en 2004. De la régularité. De la sobriété. Un amour immodéré pour le foot mais une allergie à tous ses à-côtés. Une façon bien à lui de percevoir les aspects négatifs du professionnalisme. Frédéric Herpoel : Sans aucun doute la simplicité. Je ne me suis jamais pris la tête. Je fais un métier formidable mais je refuse que mes amis de longue date me considèrent comme un joueur connu de D1 : je reste Fred. Sur le terrain aussi, je tiens à cette façon d'être : vous ne me verrez jamais faire un saut de carpe si je peux prendre la balle très simplement. Le show pour le show, ce n'est pas mon truc. Faire parler de moi, encore moins. Cette simplicité s'explique par l'éducation que j'ai reçue. Mes parents sont enseignants et ils ont toujours su les valeurs qu'ils devaient enseigner à leurs deux enfants. Comme moi, mon père et ma mère ont su prendre leurs distances par rapport au milieu dans lequel ils bossent. Les mentalités dans les écoles ont fort évolué depuis quelques années : les enfants ont sans arrêt l'impression qu'on les fait crouler sous le travail et leurs parents les défendent toujours quand ils sont en conflit avec un professeur. Il faut savoir faire abstraction de ce nivellement par le bas de la mentalité estudiantine, continuer à enseigner les meilleures valeurs. Carpe diem. Profiter à fond la caisse du moment présent. Quand je suis sur le terrain, je me défonce. Parce que je suis payé pour cela. Mais en dehors du foot, je sais m'amuser. Je sais que je peux mourir demain. Je peux me retrouver coincé dans un embouteillage en allant à Gand, et un gros camion peut venir m'emboutir. J'ai déjà eu un gros crash, en revenant de l'entraînement. Sur l'autoroute, j'ai glissé sur une plaque de verglas, j'ai tapé la berme centrale et traversé les trois bandes en faisant des tonneaux, pour m'immobiliser dans un champ. Si ma voiture s'était arrêtée sur une des bandes, on serait venu me percuter et je ne serais plus là pour le raconter. Ma chance a aussi été de conduire un 4x4 ce jour-là. Il n'en restait plus rien. Avec un véhicule moins costaud, je n'aurais eu aucune chance. Pendant des années, j'ai été incapable de dire non. Dès qu'on m'invitait quelque part, j'y allais, parce que j'avais peur de décevoir. Mais j'ai mis un frein entre-temps : si je joue le week-end, il ne faut plus rien me demander à partir du jeudi soir. Je veux qu'on me laisse entrer progressivement dans mon match, j'ai besoin de beaucoup me concentrer. Je reste disponible tous les autres jours de la semaine : les gens n'ont qu'à s'arranger... J'aurais peut-être dû chercher davantage à me mettre en avant. Cela m'aurait sans doute valu une autre carrière. Quand je vois des joueurs moyens qui réussissent un parcours inespéré parce qu'ils ont su utiliser les médias... Il y en a qui ont l'art de l'ouvrir aux bons moments, de forcer la main pour se retrouver en première page des journaux, pour passer à la télé ou pour devenir des Bekende Vlamingen alors qu'ils ne le méritent vraiment pas. Passer du temps dans le club de Havré, que j'ai relancé avec des copains, il y a quatre ans. Si nous n'avions pas pris le taureau par les cornes, 150 jeunes auraient dû chercher autre chose, du jour au lendemain : certains auraient signé dans un autre club, mais d'autres se seraient peut-être retrouvés dans la rue pour y faire des conneries. J'ai été désigné président d'honneur et j'essaye d'y passer un maximum de temps. Je donne parfois des entraînements aux gamins, et quand ils m'offrent un simple sourire, je me dis que j'ai eu 1.000 fois raison de m'investir dans ce projet. Notre équipe Première joue les premiers rôles en 4e Provinciale, avec tous des joueurs de 16-17 ans : c'est extra. Celui que mes parents m'ont donné : il faut avoir la fierté de le porter. Et, pour les filles, tous des prénoms qui se terminent par la lettre a : Laura, Chiara, etc. Le bleu. Peut-être parce que j'ai les yeux bleus, je n'en sais rien. La rose. C'est la fleur que l'on offre aux personnes qu'on aime. Mais toujours un nombre impair : c'est ce qu'on m'a appris quand j'étais petit (il rit). Le chien parce qu'il est fidèle et ne te plantera jamais un couteau dans le dos. Et le tigre parce qu'il est magnifique. Aussi parce que c'est mon signe dans l'astrologie chinoise. De l'humour avant tout : les grands classiques de Louis de Funès et Bourvil, comme La grande vadrouille, Les Gendarmes ou Le Corniaud. Nos grands-parents et nos parents les ont regardés, on se les repasse aujourd'hui et mes enfants les verront aussi. Sur le même thème, je ne me lasse pas des Bronzés. Les romans d'Agatha Christie. Aujourd'hui, je ne lis plus que des magazines. Pas ceux traitant du foot : ça me casse les c-- ! La liste est trop longue ! Je pense ici à tous les gens qui pensent avoir fait quelque chose de très bien mais qui ne sont rien du tout, à ceux qui ne se prennent pas pour de la m-- alors qu'ils ne sont peut-être rien de plus ! La jalousie et les lèche-cul. Pas de chance pour moi : dans le foot, on est servi... Ces deux tares y sont omniprésentes. Vous me direz que ce sport n'est finalement qu'un miroir de la société et qu'il faut savoir vivre aussi avec ce qui est moins bon, mais c'est parfois difficile. Entre les footballeurs, il y a de terribles accès de jalousie. Tout le monde est un peu envieux par rapport à tout le monde. Je ne comprends pas : si ton coéquipier possède un truc très chouette, tant mieux pour lui, et qu'on lui foute la paix ! Et les lèche-cul m'énervent autant que les jaloux. Il y a plein de joueurs qui sont prêts à tout pour percer : ça magouille, on emploie des méthodes parallèles pour y arriver. La gentillesse, la simplicité, le charme et l'élégance. La franchise et la correction. Tout ce qui me manque dans le monde du football, comme par hasard. Heureusement que je vieillis, ça me permet de mieux gérer ces trucs-là. A mes débuts dans le professionnalisme, je ne parvenais pas à m'y faire. Aujourd'hui, je passe au-dessus. Je m'entraîne, je joue mes matches, et tout le reste ricoche sur la carapace que je me suis construite. Je vois les gens que j'ai envie de voir et j'ignore les autres. J'ai gardé des contacts avec quelques anciens coéquipiers, mais ils sont rares : Gunther Schepens, Laurent Wuillot (nous n'avons jamais joué ensemble en D1 mais bien en sélections provinciales et nationales), Cédric Roussel. J'ai aussi conservé de bons rapports avec Trond Sollied et surtout Johan Boskamp. S'il ne m'avait pas pris avec lui quand il est venu à La Gantoise, j'aurais peut-être arrêté le foot, tellement j'étais dégoûté qu'on ne me donne pas ma chance à Anderlecht. Qu'ils me considèrent comme je suis, et pas comme un footballeur professionnel. Les erreurs, quand on les reconnaît. Tout le monde fait des fautes, des conneries parfois énormes, mais qui l'admet ensuite ? C'est rare, et pourtant, je trouve ça si beau. Je créerais un grand complexe multisports où les cotisations n'existeraient pas. Cela permettrait aux gens de toutes les classes sociales de pratiquer leur sport favori sans devoir tenir compte de l'aspect financier. Tous les clubs sont obligés de réclamer une cotisation à leurs membres. A Havré, nous demandons 150 euros par an. Pour cette somme-là, les gosses reçoivent un ballon, des bas, un training, un k-way et un sac. Ils ne sont donc pas volés. Mais nous avons du mal à rentrer dans nos frais car il reste pas mal de factures à payer : l'eau des douches, l'éclairage du terrain, les entraîneurs, etc. Nous sommes logés à la même enseigne que les dirigeants de n'importe quel club, dans n'importe quel sport. Le problème, c'est que des chances de belle carrière s'envolent à cause de l'aspect financier. Il y a peut-être des surdoués pour le tennis en Belgique, mais ils ne pourront jamais exploiter leur talent s'ils ne proviennent pas d'une famille relativement aisée. C'est pour cela que je rêve d'un grand centre où les qualités sportives pures pourraient s'exprimer sans distinction de classe. Je ne vais pas être très original : une maladie ou la mort. De moi ou d'un proche. Où est l'ascenseur pour redescendre tout de suite ? (Il se marre). Quelque part, l'idée de la mort m'angoisse. J'ai beau essayer de me dire qu'on ne peut rien y faire, je ne parviens pas à assimiler cette fatalité. Je n'accepte pas que des gens qui n'ont rien demandé disparaissent du jour au lendemain. A côté de cela, il y en a qui souffrent et agonisent sur des lits d'hôpitaux. Ils ne demandent qu'à partir mais on ne peut pas les aider parce que la loi l'interdit. La vie et les lois sont parfois très injustes. Mon père pour l'éducation qu'il m'a donnée. Ma mère pour tous les sacrifices qu'elle a faits. Elle a parcouru des milliers de kilomètres pour ma s£ur et moi. J'ai quitté Havré pour Anderlecht à l'âge de 13 ans. Mes parents ne voulaient pas que je sois interne à Bruxelles, ils ne tenaient pas à me déraciner. Mon père ne conduisait pas. Ou plutôt : il ne conduisait plus. Il a eu un accident quand il était tout jeune, cela l'a fort marqué et il n'a jamais repris le volant. C'est connu : après un crash, il faut reconduire le plus vite possible. Il ne l'a pas fait, il a continué à traîner ces images, puis il était trop tard pour qu'il s'y remette. Donc, c'est ma mère qui a dû assumer tous les déplacements. Je terminais les cours à 16 heures. Je l'attendais devant la gare de Mons et on filait sur Bruxelles. Entraînement à 17 h 30 jusqu'à 19 h 30, puis la douche et le retour à la maison sur le coup de 21 h. Je devais encore manger et étudier. Parfois, je parcourais mes cours dans la voiture. Ce rythme infernal a duré jusqu'à la fin de mes humanités. Mes parents exigeaient que j'aille au bout. J'ai ramé comme un fou mais ils n'auraient pas pu prendre une décision plus sage. Aujourd'hui, chaque fois que je discute avec un jeune qui rêve de faire carrière dans le football, je lui dis qu'il doit aussi terminer ses humanités. Il y en a beaucoup qui se plaignent, qui disent que ce n'est pas conciliable. Je l'ai fait malgré les distances, donc c'est possible. Le rôle des parents est essentiel face à ce problème. C'est plus facile de dire au gamin qu'il peut se concentrer à fond sur son sport. Mais bonjour les dégâts si ça ne marche pas dans le foot. Je n'ai pas eu une vie d'adolescent normale, je dormais quand mes copains s'amusaient, mais au moins, j'ai fait ce que je voulais faire en ayant une sécurité derrière. Mon autre héroïne dans la vie réelle, c'est ma petite amie... parce qu'elle me supporte. Je reconnais que j'ai un caractère un peu spécial. Je suis buté, obstiné. Je sais ce que je veux. A partir du moment où je me mets quelque chose en tête, ça ne sert à rien d'essayer de me faire changer d'avis. Le vin. Je commence à m'y connaître un peu et je participe à des dégustations. Un beau plateau de fruits de mer... sans huîtres. Je ne sais pas avaler ces trucs-là. Ce n'est pas une question d'aspects, puisque je mange des moules. C'est simplement une question de goût. L'aigle. Il domine les événements et peut visualiser tout ce qui se passe en bas. Il a aussi un côté majestueux, comme le tigre. Certainement pas un fait de guerre car je suis un vrai pacifiste. Je ne dis pas qu'il faut se laisser faire, se laisser marcher sur les pieds, mais de là à empoigner une arme ou à monter dans un char, non ! Cela ne m'empêche pas d'admirer les militaires quand ils partent en mission humanitaire. Passer un mois en Asie pour secourir les victimes du tsunami, je trouve ça très chouette. Sans m'en rendre compte. Se voir partir, je pense que c'est la crainte de tout le monde. Se rendre compte qu'on meurt, ça doit être mortel (il se marre). Pierre Danvoye" LES PERSONNAGES VIVANTS QUI M'AGACENT ? La liste est trop longue " " Dieu, où est L'ASCENSEUR POUR REDESCENDRE tout de suite ?" " Je sais que JE PEUX MOURIR DEMAIN "