Les paroles s'envolent, les écrits restent comme le prouvent les 100.000 livres vendus par René Taelman. Etonnant, unique dans le monde des entraîneurs belges. Son éditeur se frotte les mains.
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Les paroles s'envolent, les écrits restent comme le prouvent les 100.000 livres vendus par René Taelman. Etonnant, unique dans le monde des entraîneurs belges. Son éditeur se frotte les mains. Au fil de sa carrière qui le mena à Alost, à Seraing, à Kalamu (RD Congo), au Cercle Bruges, au Racing Tournai, à l'Olympique Casablanca, à Africa Sport National (Côte-d'Ivoire), au FC Sion, à West Riffa (Bahreïn), au CIK Kamsar (Guinée), à la tête de l'équipe nationale du Burkina Faso, à Al Ittihad d'Alexandrie, en équipe nationale du Bénin et à l'Olympique Zawiya, en Libye, René Taelman (58 ans) a obtenu quelques résultats intéressants qui n'ont pas eu assez de retentissement en Belgique. On pourrait citer, au hasard, une Coupe Arabe des Vainqueurs de Coupe (1991, avec l'Olympique Casablanca), une qualification pour la CAN 2004 avec le Bénin ou le titre de champion de Libye 2003-2004 avec son club actuel, l'Olympique Zawiya. Féru d'histoire et de géopolitique, il s'intéresse vivement à la culture des pays où le mène le football. Mais sa plus grande fierté, ce sont ses huit ouvrages pédagogiques consacrés au football. En une vingtaine d'années, Amphora en a écoulé 100.000 exemplaires, dont 80.000 en France. " Chez nos voisins du sud, ces livres sont d'abord achetés par des entraîneurs ", dit-il. " Je sais qu'ils figurent en bonne place à Clairefontaine. Et comme la France est le pays de la formation par excellence, c'est un sujet de fierté ". René Taelman : Des livres, évidemment. Si je devais en choisir un, ce serait un dictionnaire. Un gros avec 100.000 pages. Comme cela, il n'y aurait jamais de fin à l'acquisition ou à l'entretien du savoir. Le dico est un outil extraordinaire. Souvent, je l'ouvre au hasard et je tombe, si c'est la partie réservée aux noms propres, sur, par exemple, Byzance, Galilée, Louis XIV, Ambroise Paré, Léon Trotski, etc. N'oubliez pas, Monsieur, que trois milliards de gens, la moitié de l'humanité, ne gagnent pas plus de deux dollars par jour ! Je vous en prie, aidez-les ! Il est partagé entre la déception, d'une part, et l'engouement pour de nouveaux projets, d'autre part. L'Olympique Zawiya, champion en titre, occupe à nouveau le haut du tableau mais cela ne peut occulter les problèmes financiers que le président Abdessalam Hacine s'évertue à régler. Mes joueurs s'entraînent néanmoins deux fois par jour et cela quatre fois par semaine. Nous sommes passés, en un an, d'un seul à sept internationaux qui forment l'épine dorsale de l'équipe libyenne. Fin janvier, mon club prendra part aux éliminatoires de la Ligue des Champions d'Afrique. Encore de belles aventures en vue. Cela dit, je n'envisage pas la vie sans projets. J'en ai quelques-uns en tête. Deux concernent l'Afrique et le troisième l'Amérique du Sud. Sur le plan des certitudes, je dirai que mon frère Henri - brillant médecin et humaniste - m'a transféré des gènes formidables comme l'ambition (mais pas vénale), le volontarisme, le goût du travail, la tolérance. Mais, ce qui me sépare de lui, c'est mon sens du pragmatisme. Mon frère était un chercheur vivant dans un milieu scientifique, purement intellectuel. Le monde du business ou du football professionnel n'a rien à voir avec cela. Même si mon frère a pu se rendre compte, plutôt sur le tard, que dans ce monde de gens lettrés, surtout des médecins, les valeurs étaient parfois loin de valoir ce qu'elles étaient supposées incarner. Par ailleurs, je n'admets pas l'hypocrisie, les faux-fuyants, la malhonnêteté intellectuelle. Dans tous les pays où j'ai été amené à travailler (13) et en écartant le côté véritablement professionnel des choses, c'est mon esprit de franchise et mon langage direct qui ont souvent plu. La Libye, par exemple, constitue mon cinquième pays arabe et forcément musulman. Je n'ai aucun problème pour me faire respecter car je connais les grands principes du Coran. " Garder sa ligne de conduite ". Avec la volonté et l'ambition, beaucoup de choses sont possibles dans la vie. La Kenyane Wangari Maathai ne doit qu'à sa volonté et à son jusqu'au-boutisme le fait d'avoir obtenu méritoirement le Prix Nobel de la Paix. Et cela, pour avoir planté des millions d'arbres afin d'arrêter l'érosion et, par conséquent, d'éviter des conflits latents. Mais, avant d'obtenir cette distinction, elle avait perdu son emploi, à cause d'une certaine idéologie machiste qui règne encore dans beaucoup trop de pays à travers le monde. Elle n'en a cependant pas eu cure et, aujourd'hui, on lui déroule un beau tapis. Je n'aime pas le mot faiblesse. Mon père est décédé lorsque j'avais à peine deux ans. Ma mère travaillait dur pour améliorer le quotidien de ses deux fils. Elle ne s'est jamais remariée. J'ai beaucoup d'admiration pour elle dont la volonté m'a préparé à affronter des situations délicates. Heureusement, car ma vie a été jalonnée, jusqu'à ce jour, de disparitions aussi douloureuses qu'imprévisibles, injustes ou cruelles. L'excès de confiance me joue parfois de vilains tours dans un monde trop matérialiste où le struggle for life s'érige de plus en plus en valeur humaine, ce qui s'avère très inquiétant. La lecture. Dès l'âge de 12 ans, je me suis mis à fréquenter la bibliothèque communale. Depuis lors, j'ai dû lire un nombre incalculable d'ouvrages sur les sujets les plus divers les uns que les autres. Mais je lis aussi des magazines de référence, comme Le Monde Diplomatique, car je suis fort passionné par la géopolitique. Lors de mon dernier séjour en Belgique, j'ai acheté les livres suivants : De Gaulle, mon père, Le dossier Arafat, Made in USA, Coupable innocence, La ligne noire, Légumes et céréales qui nous guérissent, plus un ouvrage sur les grands fleuves du monde et quelques magazines internationaux dont Jeune Afrique. Cela me suffit pour deux mois. Tout ce qui touche à la géographie, à la nature et aux voyages m'intéresse beaucoup. A ce jour j'ai dû visiter près de 75 pays, via le football ou à titre touristique. Le vert, synonyme de nature. Sans elle, pas de vie. Régulièrement, après un match, j'effectue une promenade de près de deux heures, à une vingtaine de kilomètres de mon domicile, dans le désert. Ce n'est certainement pas pour la beauté du paysage qui ne change jamais mais, plutôt, pour y retrouver la quiétude et évacuer le stress. Quand je quitte ces terres ingrates où la couleur est uniforme, quel plaisir de retrouver mon jardin. J'y retrouve la couleur verte du gazon et les tons de l'arc-en-ciel, représentés par les bougainvilliers, les ibiscus et autres frangipaniers que j'ai plantés. L'ibiscus offre de nouvelles fleurs tous les jours : magnifique... L'ambition. Une femme a, autant qu'un homme, le droit de se réaliser dans la vie. La femme au foyer, c'est d'un autre âge. Sans le moindre doute l'éléphant, le roi des animaux. Je suis collectionneur et j'en possède près de deux cents... dans toutes les matières sauf en ivoire. J'adore le cinéma. Je retiens quelques grands succès : Les sept mercenaires, une aventure chevaleresque, La liste de Chindler, qui montre que tous les Allemands ne pensaient pas comme Hitler, Philadelphia, une histoire bouleversante illustrant le terrible drame du sida, Un pont trop loin, ou l'aveuglement d'un général, Out of Africa, une belle histoire d'amour, Mickaël Collins, héros de la résistance pour l'indépendance de l'Irlande, Seven, un super thriller, Mission, ou les croisades sanglantes de l'église catholique en Amérique du Sud, L'Aveu, Z, Amen, trois films de Costa Gavras édifiants sur l'arbitraire et la mauvaise foi, etc. A propos de la musique anglo-saxonne, je retiens Sting, Peter Gabriel, Bruce Springsteen. Concernant la musique latine, mes préférences vont vers Tito Puente (le roi de la salsa), Miguel Bosé, Juan Gabriel, Cesaria Evora (fado), Juan Luis Guerra (merengue) ou des groupes comme Illapu ou Las Jaivas (Chili). Des Africains, je retiens surtout Touré Kounda, Salif Keita, Alpha Blondi (le roi du reggae africain), Nayanka Bell, Youssou N'Dour, Franco et Tabu Lei qui sont des musiciens qu'il me plaît d'écouter à tout moment. On n'imagine pas l'Afrique sans rythme. Je me souviens des Secrets de l'espadon ou du Mystère de la grande pyramide avec Black et Mortimer, d'Edgar Jacobs. Olrik n'était-il pas déjà une espèce de terroriste international ? Un Ben Laden de l'époque ! Comment ne pas citer Tintin ? Hergé n'était pas seulement un connaisseur en géopolitique mais aussi un véritable visionnaire. Hannibal Lecter dans Le Silence des Agneaux, Jacques Reverdi dans La Ligne Noire ou le tueur psychopathe dans Scream. Abraham Lincoln a mis fin à l'esclavagisme aux Etats-Unis au prix de sa vie. Charles de Gaulle a été à la base de la sécurité sociale en France et a tourné la page du colonialisme. J'admire aussi les grands navigateurs et explorateurs comme Marco Polo, Christophe Colomb, Vasco de Gama, Amerigo Vespucci sans oublier Charles Darwin et sa théorie sur l'origine des espèces. Il y en a tellement, hélas. L'histoire a jugé Francisco Pizzaro, ce conquistador perfide, qui en assassinant lâchement le roi Atahualpa, a littéralement tué la remarquable civilisation inca. En Afrique, on peut, sans se tromper, citer Idi Amin Dada. Son règne ne fut pas très long mais ce fut la terreur totale : sang, cendres, ruine... Le syndicaliste fermier José Bové, qui a tendance à se mêler de tout en se préoccupant très peu de connaître ses dossiers. Edouard Balladur, un vrai lettré mais qui, comme d'autres compatriotes, nie le soutien de la France aux extrémistes hutus dans le cadre du génocide au Rwanda. J'ai une profonde admiration pour Guy Verhofstadt qui a eu le courage de présenter des excuses officielles au nom de notre pays. Ça, c'est de l'humanisme. Je suis en admiration devant cette nouvelle Europe en formation. Nous assistons à un événement phénoménal, porteur de paix, de démocratie et de prospérité. Même si je ne suis pas un partisan de George Bush, je retiens qu'il a confié le poste de ministre des Affaires étrangères - des Etats-Unis, ne l'oublions quand même pas - à une femme, et noire de surcroît. C'est bien... Vincent, Frédéric, Carine. Vincent et Frédéric sont mes deux fils. Vincent perpétue la tradition familiale. C'est un scientifique comme mon frère Henri, bardé de diplômes de médecine, trop tôt disparu, en Afrique, et qui avait consacré sa vie, son énergie à la lutte contre le sida. Vincent termine son doctorat de biologie moléculaire dans les laboratoires de l'ULB à Gosselies. Son équipe a déjà publié quatre articles dans de grandes revues scientifiques internationales. Il fera son post-doctorat en France, aux Etats-Unis ou à Cambridge, en Angleterre. Frédéric me ressemble et voyage beaucoup. Il y a des Taelman partout dans le monde. La valise de Frédéric est toujours prête. Carine, c'est ma jeune épouse africaine. Elle étudie la diététique. Je l'ai rencontrée au Bénin. Son père est un grand chef de village. Elle fait partie d'une famille de 17 enfants qui ont tous reçu une bonne éducation. Elle est l'équilibre de ma vie. Cette diversité constitue une richesse quotidienne. Sans aucun doute la subjectivité du journal télévisé Euronews que je regarde chaque jour en Libye. Je crois qu'il vaudrait mieux appeler ce journal Francenews, car la ligne philosophique de cette chaîne respire la France à outrance et n'est pas représentative de l'Europe. Il ne me déplairait pas de détenir un Breughel. Côté africain, il y a parfois de belles choses aussi. Je viens de commander une copie d'une toile très originale peinte à l'école des beaux arts de Poto Poto, à Brazzaville. Je suis né à Auderghem : c'est le domaine du peintre Hugo Van der Goes qui a vécu au Rouge Cloître. Les anguilles au vert. Lorsque je suis en Belgique, je les déguste, en général, chez Victoria à Hoeilaart. Le bon vin. J'en ai dégusté de superbes lors de mon dernier voyage au Chili. Avec des fruits de mer du Pacifique, c'est le pied. En pleine nature, lors d'une de mes promenades quotidiennes ou, alors, en compagnie de mes enfants et de mon épouse en levant, peu avant mon dernier soupir, un verre de champagne. J'ai découvert les Seychelles, le lac Nakuru au Kenya, les Bahamas, le Costa Rica, le Brésil, etc. J'adore le Chili, un pays magnifique où vivent 2.000 Belges et un de mes deux fils, Frédéric, qui parle remarquablement espagnol. Un jour, j'achèterai une petite maison là-bas, au bord de la mer. Et je regarderai les jeunes jouer au football sur la plage. Voyager, explorer, découvrir. Pierre Bilic" Fin janvier, mon club prendra part aux éliminatoires de la LIGUE DES CHAMPIONS D'AFRIQUE "