Questionnaire de ProustLa bonne ville d'Oreye travaille sans relever le nez. Là, entre St-Trond et Liège, où Jean-François de Sart gère une agence de banque, personne n'a de temps à perdre. La récolte de la chicorée, qui remplace la betterave dans les champs de la région, se terminera à la fin décembre.
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Questionnaire de ProustLa bonne ville d'Oreye travaille sans relever le nez. Là, entre St-Trond et Liège, où Jean-François de Sart gère une agence de banque, personne n'a de temps à perdre. La récolte de la chicorée, qui remplace la betterave dans les champs de la région, se terminera à la fin décembre. Des nuages de fumée blanche s'élèvent au-dessus de la Raffinerie Notre-Dame, de l'Oreye raffinerie tirlemontoise, qui donne du travail à 350 personnes durant la saison. Depuis une bonne dizaine d'années, cette usine est devenue le leader mondial de l'inuline de chicorée, une molécule qui se transforme, après hydrolyse, en oligofructose ou en fructose, très utilisés dans de nombreux produits alimentaires allégés. C'est extrêmement important. L'inuline et l'oligofructose génèrent une augmentation des bifidobactéries qui luttent, entre autres, contre les attaques du cancer du côlon. Oreye a aussi été frappé par la crise qui secoue le monde agricole mais regarde l'avenir dans le blanc des yeux. Non moins de 1.500 planteurs cultivent 12.600 hectares de chicorée dans la région. Les Belges ont toujours été capables d'innover, de se remettre en question et de gagner. Jean-François de Sart (43 ans le 18 décembre) est un fils de cette terre limoneuse. Il la quitta pour faire carrière à Liège et à Anderlecht de 1983 à 1995 avant de rejoindre la fédération en 1995. Il y coacha d'abord les û 14 ans puis les Espoirs depuis 1999. Ce licencié en sciences commerciales de l'Université de Liège travaille donc les champs du football de demain qui, tôt ou tard, permettront d'enfin sourire et d'oublier le temps du pessimisme. Comme avec les betteraves d'Oreye en somme... - Où est saint Thomas ? J'ai eu droit à une éducation catholique. Je ne m'en plains pas du tout car cela a forgé ma personnalité, mon caractère. Avec le temps, cependant, ma foi est devenue plus floue. Je ne suis d'ailleurs plus pratiquant. Si Dieu existe, tant mieux, je serais très heureux de le rencontrer. Mais je cerne de moins en moins son existence. Derrière les guerres, il y a souvent un socle religieux et certains l'utilisent, exploitent la foi des croyants à leurs propres fins. Cela m'a aussi éloigné des religions. Le principal dans la vie, c'est d'être juste, bon, attentif aux autres. Ce sont des valeurs qui m'ont été inculquées à l'école mais je ne vois pas pourquoi il doit y avoir, en plus, un message religieux. Ma femme. Il faut bien que quelqu'un fasse à manger. Non, c'est pour rire, évidemment. Nous allons bientôt fêter nos 20 ans de mariage. Quand je revois les photos de cette cérémonie, je me rends compte que le temps a passé. J'avais 23 ans, j'ai quand même pas mal changé. Nous avons tout partagé ensemble, beaucoup de bons moments mais des douleurs aussi. Une île, c'est le ciel, le soleil, la mer, les plages de sable blanc. Tout ce que mon épouse adore et ce serait super de partager cela avec elle. Tout va bien. Je parviens à bien gérer mon temps entre ma famille, le boulot à la banque et le football. Durant ma carrière, je m'occupais d'une petite agence du Crédit Agricole lancée par mon frère à Crisnée. Nous l'ouvrions quelques heures par semaine. Plus tard, quand j'ai mis un terme à ma carrière de joueur, mon frère s'est dirigé vers les assurances et je me suis totalement investi dans le monde bancaire. En 1999, il me fut possible de reprendre une agence ING à Oreye. Cette banque avait été notamment gérée par Guy Baré, le frère d'Yves Baré, l'ancien joueur de Liège et ex-entraîneur de Seraing. Mes parents étaient clients de cette agence durant ma jeunesse. Je revenais à Oreye, l'endroit où j'ai grandi, et l'aspect sentimental joua un rôle dans mon choix. Même si j'habite à Fexhe-le-Haut Clocher, pas loin d'ici, c'est un retour aux sources. Je connais et j'apprécie la mentalité des gens de ce terroir. L'usine est importante et donne beaucoup de travail. Les Hesbignons sont des privilégiés. Leurs terres sont riches. La chicorée leur offre de nouveaux débouchés mais ils se tournent aussi vers le lin, les petits pois, les haricots, les carottes, etc. Les problèmes ne manquent pas. Le prix de la terre est impayable pour les jeunes agriculteurs (25.000 euros l'hectare) qui doivent investir dans le matériel, tenir compte des quotas et avoir des champs en jachère. C'est trop. Les petites exploitations éprouvent de grosses difficultés. Les agriculteurs doivent souvent exercer deux métiers et leur nombre ne cesse hélas de diminuer. Je suis diplomate et positif. Il est important de prendre de la distance par rapport aux événements qu'on vit sur les terrains de football mais aussi dans la vie en général. A Liège, par exemple, nous avons vécu des moments grisants mais j'ai gardé les pieds sur terre. J'ai tout apprécié avec calme car rien n'est jamais acquis en sport. Plus tard, j'ai fait des choix que je n'ai jamais regrettés, comme mon passage à Anderlecht. Là, j'ai évidemment croisé un entraîneur qui se nourrissait de situations conflictuelles. Aad de Mos adorait monter les joueurs les uns contre les autres. Avant un match contre Gand, il m'a dit un jour : -Si Marc Vanderlinden marque, je te tue. A l'entraînement, quand une balle sortait du terrain, la rentrée en jeu revenait au premier qui s'en emparait. Son credo, c'était hebben, hebben (avoir, avoir) alors que j'aurais préféré qu'il dise : -S amen, samen (ensemble, ensemble). Un coach doit savoir expliquer, étayer, partager, écouter, communiquer et quand tout le monde admet et comprend le message, une équipe va plus loin. Ce souci d'expliquer ne m'empêche pas de trancher. Ce fut le cas lors du dernier match des Espoirs. J'ai installé Benjamin De Ceulaer et Faris Haroun sur le banc. J'ai notamment expliqué le comment et pourquoi de ma décision à Benjamin qui avait été excellent en Espagne. J'avais opté pour Tom De Mul, cité avec les A avant de revenir vers nous. Benjamin De Ceulaer a compris, est monté au jeu et a marqué un but. C'était à moi de trancher. Le contraire de mes qualités, évidemment. Ne suis-je pas parfois trop conciliant ? Peut-être. Encore que cela ne m'empêche pas de trancher. En Suisse, la saison passée, je me suis décidé à renvoyer Sven Vandenbroeck qui ne cessait d'être négatif car il ne jouait pas. L'espoir fait vivre, le bonheur permet d'avancer ". Il y a le mot espoir dans cette formule et j'y tiens beaucoup. Il faut toujours avancer. Pour cela, l'être humain doit être bien dans sa tête et son corps. Espoir est aussi synonyme de jeunesse. C'est l'avenir mais il ne faut pas croire que les Espoirs forment le réservoir direct de l'équipe nationale A. Nos jeunes ont été formidables face à la Serbie & Monténégro plus douée sur le plan de la technique individuelle. Nos Espoirs ont fait appel à des qualités traditionnellement belges : enthousiasme, travail, respect des consignes, engagement et collectif. Ils ont secoué leurs adversaires avec un solide 4-0 en fin de match. Une équipe peut réaliser des miracles si ses éléments sont solidaires. Du temps de Robert Waseige. Liège avait de bons joueurs mais pas de stars. A force de volonté, ils ont gagné la Coupe de Belgique, décroché des tickets européens, éliminé Benfica et résisté à la Juve. On peut aussi faire la différence par la sueur. Les Espoirs doivent acquérir du vécu en D1 avant d'être de taille pour d'autres missions. A leur niveau, seul Silvio Proto était capable de faire le grand bond vers les Diables Rouges comme il l'a fait contre la Serbie & Monténégro. A 21 ans, il est titulaire à La Louvière, progresse, sera à 100 matches de D1 à la fin du premier tour de la saison en cours. Kevin Vandenbergh a emprunté le même chemin de l'affirmation. C'est le cas aussi de Nicolas Lombaerts, de Benjamin De Ceulaer, d'Anthony Vanden Borre, etc. Le problème de nos jeunes se pose au moment de la post-formation. Ils arrivent dans le noyau A de leur club où, dirait-on, personne ne s'occupe spécifiquement d'eux. Or, ils ont souvent des problèmes, doivent se redéfinir face à plus de pression et l'obligation de gagner. Une idée revient régulièrement à la une de l'actualité : les Espoirs pourraient avoir une double affiliation et jouer occasionnellement en D3 quand leur club d'origine n'a pas besoin d'eux. Ce serait une bonne chose car cela leur donnerait du temps de jeu dans des compétitions engagées. Je dirai tout simplement Oreye, Fexhe-le-Haut-Clocher, la Belgique. Notre pays, dont je suis fier, cache tellement de facettes intéressantes. Même si le Belge est bougon, il se distingue aussi par son sens du compromis. J'apprécie la France mais, à l'étranger, j'accorde ma préférence à l'Italie. Là, tout est cool, tout est beau et, surtout, tout est bon. J'apprécie particulièrement les saveurs de la cuisine italienne. Le bleu, en souvenir des Sang et Marine. C'est le ciel, l'espoir, la vie. Puis, je citerai un mariage de couleurs : noir, jaune, rouge. Oui, comme la Belgique que tous désirent unie mais que des politiciens espèrent diviser afin de se rendre importants. J'adore ce petit pays. Fédéralisé et multiculturel, il peut être un exemple pour l'Europe entière. A 18 ans, à la fin de mes humanités, je m'exprimais bien en néerlandais. Et j'ai progressé lors de mon passage à Anderlecht. Tiens, en tant que banquier, j'aimerai pouvoir lire l'avenir. Cela m'aiderait pour les placements en Bourse... Julien (10 ans) et Alexis (8 ans), ceux de mes enfants, avec un J comme Jean-François et un A comme Arielle, le prénom de mon épouse. Ce sont nos soleils. Nous avons dû attendre dix ans avant que le premier vienne au monde. Dès que j'ai du temps, je le leur consacre. Ils jouent au football à Waremme. Je ne suis pas du tout un lecteur de romans. J'en ai soupé au cours de mes humanités. Il y a quelques années, ma femme m'a offert le livre qui retraçait la montée aux cieux de Bernard Tapie : Gagner. J'ai lu quinze pages avant d'arrêter. Pour le moment, je me penche sur un livre de Didier Pleux : Le manuel d'éducation à l'intention des parents d'enfants. J'ai vu Podium. Cela m'a rappelé mes jeunes années. J'aimais bien Claude François car ses tubes mettaient pas mal d'ambiance. Puis, Podium, c'est Benoît Poelvoorde qui est très fort et mérite son succès. Mais, en fait, je ne suis pas un passionné de cinéma et je préfère aller au spectacle, apprécier des comédiens, des comiques, Pierre Theunis, Didier Boclainville, Albert Cougnié, Alain Leempoel, Jean-Louis Leclercq qui faisait de l'impro, etc. J'ai découvert ce milieu quand je vivais à Bruxelles. Les comédiens et les sportifs partagent le même stress, l'obligation de briller devant le public. L'orchidée, depuis toujours. Belle, noble : quand j'offre des fleurs à mon épouse, mon choix se porte toujours vers les orchidées. Notre chien, Bisou, un yorkshire qui nous avait été offert par un supporter d'Anderlecht. J'ai eu deux pinschers dont un a été tué par une voiture. Ce jour-là, ma femme et moi avons pleuré. Je n'avais jamais imaginé cela. Les animaux donnent beaucoup aux hommes. Or, ces derniers sont parfois très cruels à leur égard, ce que je ne supporte pas du tout. Il faut en revenir à la notion de respect à l'école, sur les terrains, dans la vie en général. J'ai vu Simple Minds et Pascal Obispo à Forest National. C'était excellent. J'apprécie aussi Cool & the Gang. J'aime un peu tous les genres. Tintin. J'ai lu toutes ses aventures et j'adorais suivre ce reporter sur les chemins du monde. Je ne sais plus si je rêvais de devenir journaliste. Certainement un très bon, si c'était le cas. Martin Luther King, Anouar El Sadate, Yitzhak Rabin, Gandhi : ils ont donné leur vie pour la paix. Cela suffit, il ne faut pas en dire plus pour souligner leur grandeur. La chute du Mur de Berlin a libéré des tas de peuples. Pour certains, ce n'est pas facile car la transition vers la liberté a été brutale. Mais ils avancent vers le progrès et une vie plus intéressante. Le charme, l'élégance et l'humour. L'enthousiasme, la motivation, la disponibilité, la volonté d'adaptation. Leur présence dans les moments importants de la vie. Cela peut être dans la joie ou quand la peine frappe à votre porte. Rien d'autre. J'ai choisi la vie que je mène parce que cela me convenait. Je suis heureux ainsi avec les miens. Le bonheur ne s'achète pas ou ne se mesure pas à l'importance d'un compte en banque. C'est le c£ur qui doit choisir, ce que j'ai fait, pas le portefeuille. Je passerais un peu plus de temps avec mes enfants mais, pour le reste, il y aurait la banque et le football. Je mène une vie équilibrée. Je n'ai pas du tout envie de rompre cette harmonie. Je suis très heureux de travailler à la fédération. Et quand un jeune justifie les attentes placées en lui, c'est fantastique. Cela vaut tout l'or du monde. Je m'occupe de ma quatrième levée d'Espoirs. Cela me suffit. Il y a du jeune talent en Belgique. Nous l'avons encore prouvé face à la Serbie & Monténégro. L'argent par rapport à de telles joies ? Ce n'est rien... Pierre Bilic" Liège avait de bons joueurs, pas des stars. à FORCE DE VOLONTé, ils ont éliminé Benfica, résisté à la Juve "