Si, au premier coup d'£il, les joueurs ivoiriens de Beveren donnent l'impression de tous se ressembler, il y en a un que l'on reconnaît directement : Romaric N'Dri (21 ans). Avec sa chevelure rousse et sa stature bien plus imposante que les autres, il ne passe pas inaperçu. Revenu de vacances avec une dizaine de kilos excédentaires, il a couru après la forme en début de saison pendant que ses partenaires, au jeu toujours aussi léché, éprouvaient des difficultés à trouver le chemin des filets.
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Si, au premier coup d'£il, les joueurs ivoiriens de Beveren donnent l'impression de tous se ressembler, il y en a un que l'on reconnaît directement : Romaric N'Dri (21 ans). Avec sa chevelure rousse et sa stature bien plus imposante que les autres, il ne passe pas inaperçu. Revenu de vacances avec une dizaine de kilos excédentaires, il a couru après la forme en début de saison pendant que ses partenaires, au jeu toujours aussi léché, éprouvaient des difficultés à trouver le chemin des filets. Entre-temps, il a retrouvé sa force de frappe et celle-ci a déjà fait des dégâts. Même Timo Hildebrand, l'excellent gardien du Vfb Stuttgart, a pu le constater. En Coupe de l'UEFA, au soir du 21 octobre, il a tout arrêté, sauf le coup franc de l'attaquant d'ébène. Trois jours plus tard, le Cercle Bruges encaissait cinq buts au Freethiel face à une formation qui, jusque-là, péchait par inefficacité. Une fois encore, Romaric N'Dri était passé par là. Beveren était lancé et s'imposait, la semaine suivante, au stade Edmond Machtens dans un match terni par la grave blessure du défenseur Diabis Abdoulaye Diawara. Romaric N'Dri : D'un côté, je suis heureux. En championnat, on a renoué avec la victoire et on a retrouvé le chemin du but. En Coupe de l'UEFA, on a pris un mauvais départ, avec cette défaite 1-5 face à Stuttgart, mais rien n'est encore perdu. Jouer ces poules, c'était un rêve pour la plupart d'entre nous. Il s'est réalisé. C'est formidable d'être là. L'appétit venant en mangeant, on espère tous aller encore plus loin. Ce sera difficile, mais pas impossible. Une compétition européenne constitue aussi une excellente vitrine, mais on ne s'illustrera pas en tablant sur des exploits individuels. C'est en jouant ensemble et en... gagnant ensemble qu'on attirera l'attention. Il faut croire en ses qualités et s'aider mutuellement. Avoir l'envie de travailler tous les jours, afin de progresser. Personnellement, je me sens bien pour l'instant. Je parviens de nouveau à livrer de bonnes prestations. D'un autre côté, je suis triste pour ce qui est arrivé à notre frère, Abdoulaye Diawara, alias Diabis. On jouera pour lui. Je suis certain que toutes les victoires que l'on va encore conquérir lui feront plaisir, et l'aideront dans sa lutte pour un complet rétablissement. J'espère qu'il nous reviendra le plus rapidement. Je suis très timide. Cela n'en a pas l'air, à première vue, car je cache cette timidité derrière un tempérament agressif. C'est bizarre, à la limite contradictoire. Sur le terrain, je suis très nerveux, et cela m'a déjà valu quelques cartons rouges dans le passé. J'essaie de me calmer et de dominer mon tempérament. Je n'aime pas perdre. Je veux que toute l'équipe se batte, et lorsque cela ne tourne pas comme je le souhaiterais, je m'énerve. L'union, la discipline et le travail. Le jeu de tête et la vivacité. Je dois encore beaucoup travailler ces aspects-là. Je l'aurai atteint lorsque je défendrai les couleurs du club de mes rêves : le Milan AC. Se sentir bien là où l'on est, bien gagner sa vie, se sentir apprécié pour son travail et pour ce que l'on apporte aux autres. Le bonheur, pour moi, c'est aussi le fait de connaître Dieu. Je suis chrétien et j'en suis très heureux. La misère, c'est la souffrance au plus profond du terme. Une condition très difficile à vivre. Personnellement, je suis issu d'une famille modeste, mais je ne peux pas dire que j'ai connu la misère. Sortir avec des amis... ou les inviter chez moi. Parfois, je sors en discothèque, mais sans exagérer. Je dois être sérieux et me concentrer sur mon travail. Surtout cette saison, car on jouera souvent deux matches par semaine, avec la Coupe de l'UEFA. Dans ces conditions, il est essentiel de se reposer. Ici, en Belgique, je ne parviens pas à me rendre au cinéma, ni à la piscine. A Anvers, la plupart des films projetés dans les salles obscures sont en anglais, et j'ai du mal à comprendre. Je pourrais me rendre à Bruxelles, mais cela ne me tente pas. Le cinéma, c'est un endroit où l'on se rend avec sa petite amie... et je n'en ai pas. Alors, je me contente de regarder des DVD à la maison. Christian. Ma famille et mes amis intimes m'appellent tous comme cela. Ils trouvent que Romaric est un prénom trop populaire, et je suis assez d'accord avec eux. Romaric est le prénom que mes parents m'ont attribué. Cela n'a rien à voir avec une adoration quelconque de Romario. Et je n'ai aucune ascendance yougoslave. Alors, je ne vois pas pourquoi, en Belgique, on s'évertue à m'appeler Romaritch. Lorsque je suis entré à l'académie, on m'a demandé si je voulais modifier mon prénom, mais j'ai préféré garder Romaric. Mon nom de famille, c'est N'Dri. J'en ai deux. D'abord, le foufou. C'est de la banane trempée dans de la sauce claire, à base d'aubergines : un plat typiquement ivoirien. Et aussi : du riz à la sauce arachide, un autre plat typiquement ivoirien. A Anvers, j'ai découvert un marché où l'on peut trouver les ingrédients pour préparer ces plats. Mais peu de restaurants, en Belgique, servent les mets que j'affectionne. Je me rends parfois à Matongé, le quartier congolais de Bruxelles. J'ai aussi essayé quelques restaurants chinois. A un moment donné, je me rendais régulièrement à la friture, mais j'y ai renoncé depuis quelque temps : cela ne me vaut rien. J'ai tiré la leçon des excès pondéraux dont j'ai souffert. Je connais désormais l'importance que je dois accorder au maintien de mon poids de forme. Le moindre kilo en plus produit un effet néfaste sur mon rendement. Aujourd'hui, je fais attention à tout. Jusqu'à récemment, c'était le coca. J'en buvais énormément, même au saut du lit. Mais ce breuvage me fait également prendre du poids. Alors, désormais, je me contente de boire de l'eau. J'en ai deux : le blanc et le bleu. Et, pour m'habiller, j'aime bien le noir. Je n'aime pas beaucoup les fleurs. En fait, je n'ai jamais eu l'occasion de les découvrir et de les apprécier. Je n'aime pas beaucoup les animaux non plus. Ici, en Europe, beaucoup de personnes ont un animal de compagnie. Ce n'est pas courant en Côte d'Ivoire. Je respecte les animaux comme des êtres vivants, mais je n'ai aucun lien affectif avec eux. Il y a un film qui m'a beaucoup touché, parce qu'il raconte la guerre au Nigeria, mais je ne me souviens plus du titre - NDLR : The Tears of the Sun, avec Bruce Willis. En français : Les Larmes du Soleil-. Dans les comédies classiques du cinéma français, j'ai beaucoup apprécié Le Dîner de Cons. Jean-Claude Van Damme est mon préféré. J'apprécie aussi Bruce Willis, John Travolta et... Cameron Diaz. Je lis très peu. A la limite, je dirais que l'ouvrage que je consulte le plus souvent est... le dictionnaire français/anglais ! Je veux absolument apprendre quelques mots d'anglais, car c'est la langue la plus répandue dans le monde, et si je veux un jour évoluer dans un autre championnat, il faudra que je maîtrise les rudiments de cette langue. A un moment donné, j'ai suivi des cours d'anglais, mais avec les matches qui se succèdent et les plages de repos que je tiens à m'octroyer, je n'étais pas très assidu et j'ai abandonné. Jean-Marie Adjafi. C'est un écrivain de chez moi, aujourd'hui décédé, qui a fait comprendre à mon peuple que l'Afrique avait un rôle à jouer et une identité propre à défendre. Il a cherché à découvrir des sources de progrès et à bannir toute forme de violence. Des musiciens de chez moi, dont les noms ne vous diront probablement rien, mais que j'apprécie énormément : Doug Sala, Petit Denis, Doum Bill et Petit Yodé. C'est leur musique que l'on écoute lorsqu'on fait la fête entre nous. C'est un rythme typiquement africain que l'on appelle le zouglou ou le coupé décalé. Dans un style plus classique, j'apprécie aussi le rap, mais pas autant que la musique africaine. Jacky et Benjamin. Ce sont des personnages de dessins animés africains. Jacky est un petit garçon dont le père, boxeur, est décédé pendant un combat. Il s'est mis en tête de le venger. Benjamin est un jeune footballeur qui n'avait pas confiance en lui et qui était la risée de ses coéquipiers. Grâce au travail, il a renversé toutes les barrières et vaincu toutes les difficultés, au détriment d'autres personnes plus prétentieuses. Il a fini par remporter des titres. Mahatma Gandhi, qui a fondé son action sur le principe de la non-violence. En règle générale, tous ceux qui ont £uvré pour la paix. Tous ceux qui ont déclenché une guerre. Il faut résoudre les problèmes par le dialogue. Beaucoup de pays africains, malheureusement, sont en guerre et c'est mauvais signe : les pays les plus développés, dans le monde, vivent aujourd'hui en paix. Si l'Afrique veut progresser, elle doit d'abord retrouver la paix. Mère Teresa, qui a consacré sa vie aux plus nécessiteux. Et... Dieu, qui fait comprendre à chacun la différence entre le bien et le mal. Je m'intéresse peu à la politique. Mais j'admire toutes les réformes qui visent à rétablir la paix. La monotonie. J'ai parfois l'impression que ma vie est trop bien réglée, et à la longue, c'est fatigant d'adopter tous les jours le même train-train : lever matinal, entraînement, douche et retour à la maison. J'aimerais plus de variété. Mais, d'un autre côté : un professionnel a besoin de mener une existence bien réglée. Alors, je m'y plie. Diego Maradona ou Pelé. Un homme de Dieu. Pourquoi pas un prêtre ou un pasteur ? Mais bon... Aussi longtemps que je serai footballeur : le plus près possible de Milan et du stade Giuseppe Meazza. Cela signifierait que j'aurais réalisé mon rêve. Après ma carrière : en Côte d'Ivoire, car on n'est nulle part aussi bien que chez soi. Malgré tous les problèmes, j'apprécie l'ambiance qui règne dans mon pays et la solidarité qui existe entre les Ivoiriens. On parvient toujours à rester soudés pour faire face aux difficultés. Ici à Beveren, on est très solidaires également, mais malgré tout, ma famille me manque. J'ai deux frères et trois s£urs, et j'ai consenti un gros sacrifice en les quittant, mais pour réussir dans le football professionnel, je devais obligatoirement passer par là. Pour l'instant, mon frère Charles est en visite en Belgique et il m'aide à organiser ma vie. Sa présence m'est très utile et ses conseils me sont très précieux. L'amour des autres. L'écoute, la compréhension et l'indulgence. Ce n'est pas facile de partager la vie d'un footballeur professionnel, et la femme qui partagera mon existence plus tard devra pouvoir accepter les contraintes : être à mes côtés dans les bons comme dans les mauvais moments. Ce n'est déjà pas facile de travailler à fond tous les jours sur le terrain, alors s'il y a en plus des problèmes dans le ménage, cela deviendrait vraiment très compliqué. La sympathie, la générosité, la correction. J'ai horreur de l'hypocrisie et de la mesquinerie. Même si la vérité n'est pas toujours bonne à entendre, il vaut mieux la dire en face. Qu'ils soient toujours prêts à m'aider, en espérant que ce soit réciproque. Je créerais d'autres centres de formation pour les jeunes footballeurs et je les aiderais, dans la mesure du possible, à réussir une carrière professionnelle. J'aiderais les misérables et je ferais en sorte qu'ils puissent tous subvenir à leurs besoins. Je me battrais pour installer une paix durable en Afrique. C'est un continent qui possède de grandes richesses, humaines et matérielles, mais qui a malheureusement tendance à les gaspiller. Etre dans l'incapacité de jouer au football. A cause d'une blessure, par exemple. Le football est toute ma vie et j'ignore ce que je deviendrais si je ne pouvais plus le pratiquer. Etre encore plus fort et plus doué. Franchement, je n'en ai aucune idée. Mais le plus tard possible, c'est sûr. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, et pour tout ce qui m'est arrivé sur terre. Daniel Devos" LE PARADIS TERRESTRE, c'est le Milan AC " " La femme qui partagera ma vie DEVRA ACCEPTER LES CONTRAINTES "