Santé passe richesse, dit le proverbe. Sa récente et trop brève aventure à la tête de l'équipe nationale d'Algérie n'a pas altéré son enthousiasme, sa curiosité pour les choses de la vie, son intérêt pour la culture dans toutes ses diversités, le destin des hommes, le football. A 65 ans, Robert Waseige se porte comme un charme. Il a l'art de transformer les quelques soucis de sa carrière en expériences positives. Et que pèsent finalement ces moments plus délicats par rapport aux nombreuses séquences à succès du long film de ses 33 ans de présence dans la corporation des entraîneurs ? Le Liégeois préfère dès lors û et n'est-ce pas logique ?û, parler de bonheur, de sérénité, d'avenir tout en sachant que l'homme peut aussi être un loup pour l'homme. Pour en arriver là, il y a les mille pas du vécu, du quotidien, de l'existence...
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Santé passe richesse, dit le proverbe. Sa récente et trop brève aventure à la tête de l'équipe nationale d'Algérie n'a pas altéré son enthousiasme, sa curiosité pour les choses de la vie, son intérêt pour la culture dans toutes ses diversités, le destin des hommes, le football. A 65 ans, Robert Waseige se porte comme un charme. Il a l'art de transformer les quelques soucis de sa carrière en expériences positives. Et que pèsent finalement ces moments plus délicats par rapport aux nombreuses séquences à succès du long film de ses 33 ans de présence dans la corporation des entraîneurs ? Le Liégeois préfère dès lors û et n'est-ce pas logique ?û, parler de bonheur, de sérénité, d'avenir tout en sachant que l'homme peut aussi être un loup pour l'homme. Pour en arriver là, il y a les mille pas du vécu, du quotidien, de l'existence... Très positif, détendu. Je suis rentré d'Alger en sifflotant, conscient d'avoir bien travaillé là-bas, malgré une fin précipitée, et heureux de m'y être forgé des amitiés sincères. L'état d'esprit de mon fils cadet, William, était différent. Cette expérience à mes côtés était un levier éventuel pour se lancer dans le métier d'entraîneur. En tant qu'adjoint, il collaborait à la vie d'une équipe nationale au moins aussi bien organisée que les Diables Rouges. Il aurait préféré, c'est évident, que notre séjour en Algérie soit plus long. J'ai dirigé l'équipe nationale d'Algérie à six reprises, soit lors de deux joutes amicales et, surtout, à l'occasion de quatre rencontres officielles. Trois de ces matches à enjeu ont donné satisfaction au milieu du football malgré nos problèmes de percussion. Le quatrième, hélas, a tourné à notre totale confusion. Il s'est déroulé à Annaba où l'ambiance est toujours hyper chaleureuse mais fluctuante en fonction des résultats. La sélection nationale y est adulée. Hélas, l'équipe s'est effondrée après l'exclusion de notre meilleur attaquant, Abdelmalek Cherrad, dès la 37e minute de jeu et l'ouverture de la marque par notre adversaire. La colère des supporters a été proportionnelle à leur engouement d'avant match. Le public avait raison car nous n'avons pas joué comme une équipe nationale doit le faire. Je ne m'explique pas cet écroulement et cette absence de fierté que les trois premiers matches de qualification n'annonçaient pas. Nous avons foiré face au Gabon (0-3) avec, à la clef, l'éloignement de la qualification pour la Coupe du Monde. Notre départ ne m'a pas choqué. Si une fin abrupte après trois ou quatre semaines à la tête d'un club me semble ridicule, c'est différent dans le cadre d'une équipe nationale. Le résultat immédiat y prime, surtout dans l'ambiance enfiévrée de l'Afrique. Sur un plan plus personnel, j'ai découvert un pays jeune, souriant, optimiste, positif, joyeux, accueillant malgré ses soucis. Je ne m'attendais pas à cela car je n'avais jusqu'alors qu'une image tronquée de l'Algérie : celle diffusée par les médias. Plus de 70 % de la population a moins de 30 ans. Mon fils a été, encore plus que moi, en raison de sa jeunesse, à la rencontre des Algériens qui ne marchent pas la tête baissée ou en ruminant leur mal-être comme c'est parfois le cas ici. Nous sommes invités à y retourner en décembre afin de découvrir le Sahara, le Hoggar et les Touaregs, les locataires de ces lieux magiques. Avec mon c£ur, je suis moins téméraire mais mon fils brûle d'envie d'y aller. Je songe à la faculté d'enthousiasme, à l'esprit de persévérance, à la confraternité et certainement à la fidélité. Je n'oublie pas non plus une forme de rigueur qui, selon les uns ou les autres, peut être considérée comme excessive ou excellente. J'ai une devise depuis de nombreuses années : Bien faire et laisser dire. Lors de mon premier passage au Standard, sous la tutelle ou le joug, c'est selon, de Roger Petit, je m'étais retrouvé avec une équipe décapitée par la vente d'Harald Nickel et l'opération au genou d'Alfred Riedl. Le football était déjà du business même si ce n'était pas encore aussi choquant et interpellant qu'aujourd'hui. Pour rester au top, Roger Petit était obligé de vendre ses perles. Il ne s'en était pas privé. J'étais déçu, surtout quand le patron du club en rajouta une couche après notre élimination en Coupe de l'UEFA face à Manchester City, et à la fin de mon contrat de trois ans, j'ai reçu une lettre d'un supporter avec cette maxime gravée sur un ruban d'étain : " Bien faire et laisser dire ". Mon excès de sensibilité, de vulnérabilité. Mon humour au second degré. Je n'ai pas eu la lucidité de constater qu'une partie de la presse ne connaît pas l'humour. Je note donc cela parmi mes faiblesses. Il n'y pas un paradis terrestre. Je me sens bien chez moi, parmi les miens, c'est évident. Chacun a plus d'un endroit où il aime se retrouver. Tout est d'abord une question d'atmosphère qui peut être agréable au boulot, à Liège, à Middelkerke ou ailleurs sous le soleil. Le bonheur est hélas de plus en plus menacé par une forme d'insécurité par l'évolution de l'économie mondiale. La globalisation m'interpelle. J'ai quatre petits-enfants. Je m'inquiète pour eux. Les plus jeunes et les plus âgés sont désarmés par rapport à l'évolution de notre planète. Il faut penser à eux afin qu'ils aient aussi leur paradis sur terre. Mais qui peut demander au délégué américain de signer l'accord de Kyoto et réduire les émissions de gaz nocifs pour la couche d'ozone ? Les autres peuvent prononcer des efforts pour autant que son pays ait la liberté de faire ce qui est rentable pour son économie ! C'est assassin d'une manière lente. Je suis américanophile pour beaucoup de choses. Deux de mes petits-enfants ont la double nationalité belge et américaine. Mais qu'ils soient américains, russes, chinois ou dominicains, les gens qui calculent leurs avoirs en tas d'euros ou de dollars sont milliardaires mais rien d'autre. Le passage en Algérie me l'a rappelé si c'était nécessaire : la famille occupe une place énorme dans ma vie. Le travail dans le monde du football a fait de moi un privilégié. Je suis un passionné de basket et de NBA. J'ai de la chance, je n'ai pas envie de me plaindre. La lecture occupe une bonne plage du temps qui me reste. C'est une évasion. Je me fie au hasard, au goût de mes fils qui préfèrent m'offrir un livre qu'une cravate. Je lis, je découvre, je m'échappe du quotidien. Pour l'instant, je lis Plan d'attaque de Bob Woodward. Ce journaliste du WashingtonPost, qui révéla le Watergate, décortique les deux années qui ont précédé la guerre en Irak. J'ai aussi sous la main Enquête sur les tueurs en série de Stéphane Bourgoin, un livre sur le management sportif, un autre sur le football et la zone en 2003 écrit par Herman Vermeulen avec la participation de Trond Sollied. Je vais au théâtre aussi grâce à mon fils Thierry qui joue actuellement à Bruxelles dans Mort d'un parfaitbilingue. Le bleu dans toutes ses nuances. C'est une couleur douce ou rassurante. Quand j'étais jeune, mes maillots préférés étaient ceux du FC Liégeois et du Barça. Sang et Marine, bleu et rouge : j'adorais le mariage de ces deux couleurs. Je ne ronronne pas, je ne suis pas très félin. Mon regard est attiré par les grands félins, les tigres, les lions, les panthères, mais je m'intéresse à trois animaux domestiques : le chien, le chat et le cheval. J'aime la quiétude du chat, la fidélité, la présence et la tendresse du chien, la beauté du cheval. Je suis épaté par la beauté de l'aigle ou du condor. Ils planent, ils sont libres entre les cimes. Mais je peux être séduit et intrigué par la bonne humeur, la fragilité, du moineau qui vit à nos côtés. Pendant des années, la Colline de l'adieu avec William Holden, a été mon film référence. L'histoire se déroule au Japon et m'avait ému aux larmes. Il y a aussi Voyageau bout de l'enfer, Le Parrain, Il était une fois en Amérique, Le Silence desAgneaux. Cette dernière £uvre m'a glacé et passionné. J'ai été emballé par la prestation d'Antony Hopkins et de Jodie Foster. Robert De Niro est cependant mon acteur préféré. J'aime bien Al Pacino et Gérard Depardieu aussi. J'appréciais Marlon Brando mais, à la fin de sa carrière, il était prisonnier de son personnage. Jean-Michel Jarre : sa musique semble venir des profondeurs de la terre. La musique classique me plaît mais je ne la déguste qu'au volant. C'est le seul moment où je n'ai pas un livre, un magazine, ma serviette ou le téléphone à portée de la main. Pour moi, la musique classique, c'est équivalent à une thérapie. Plus jeune, j'étais un fan de Bob Marley et de reggae. Tintin a progressivement cessé d'être un de mes héros de fiction. Le temps passe. Astérix et Obélix me font automatiquement sourire. C'est probablement dû à leur côté rustique, parfois un peu ringard d'Obélix, à ce village, à cette minorité qui s'oppose sans vergogne, avec humour, à la puissance dominante, au colonisateur romain. C'est le fait militaire de l'histoire des hommes que j'admire le plus. Mister Magoo. Il m'horripile avec sa mauvaise humeur, son nez comme une pomme de terre. Mais, en réalité, je suis plus branché sur les vrais héros de la vie comme ceux qui consacrent leur énergie afin de soulager la douleur de leurs semblables. Je pense notamment aux chirurgiens, à Médecins sans frontières. Ce sont des justes du monde. Il y en a un qui émerge sans problème : Gandhi. Le Mahatma a jugulé la violence parmi sa masse de partisans réunis derrière son projet. Puis, sans répandre de sang, il a obtenu le dernier mot, l'indépendance de l'Inde, face à une nation aussi inaccessible que l'Angleterre. Je ne peux pas être original : impossible d'oublier Hitler, Staline, Mao, etc. L'avenir nous dira s'il faudra ajouter un jour George W. Bush à cette série. Le dire maintenant, c'est peut-être faire preuve de courte vue mais l'histoire tranchera. Le problème est que ce genre de personnages a engendré des disciples. J'en connais personnellement quelques-uns. A Sclessin, à Charleroi... Avez-vous noté que je l'ai dit avec un clin d'£il ? Ben Laden. Voilà un lâche qui se cache et envoie des kamikazes vers la mort. Il y en a d'autres mais je n'aime pas trop ce sujet de conversation. L'égalité de la femme et de l'homme. La femme est notre avenir. Je retiens aussi la sécurité sociale propre à la Belgique. Ici, même si ce n'est pas parfait, tout le monde a droit aux soins, à la protection. Il y a des abus mais c'est une réalisation dont nous devons être fiers. Je songe plus à un danger : celui de la possible explosion de la Belgique. Je suis attaché à l'unité de ce pays. S'il y a des dangers au nord, il y en a aussi au sud et la percée de forces inquiétantes à Charleroi doit interpeller toutes les familles politiques francophones. Le virus était la volonté d'indépendance des uns par rapport aux autres. C'est aussi triste qu'absurde dans un pays aussi petit qu'un mouchoir de poche. Or, rien ne ressemble plus à un francophone qu'un Flamand et vice-versa. Cela dit, je ne suis pas un mordu de politique intérieure. Les interviews de grands hypocrites. Tout ce qui me paraît stupide, idiot, bête, inutile. J'aurais aimé avoir l'allure physique de Tarzan, l'intelligence et la personnalité de Gandhi. C'est déjà pas mal, non ? Dans mes jeunes années, j'ai rêvé d'être journaliste sportif. La vie m'a appris que ç'aurait été un choix malheureux. J'ai bien fait d'opter pour le métier que je continue d'exercer avec joie : entraîneur de football. Je veux rester comme je suis maintenant, continuer à être en paix avec ma conscience. Je suis peut-être susceptible. Si on dit cela parce que je refuse la connerie et l'intox, alors, je suis fier d'être susceptible. " Merci de m'accueillir mais il est urgent que vous retourniez en bas car il y a de plus en plus de malheureux ". Je suis croyant à ma façon, pas pratiquant. Dans les moments difficiles, on se retrouve seul à un moment. Je n'ai pas encore rencontré Dieu, c'est sûr, mais je ne défendrai jamais avec virulence sa non-existence. Je n'ai pas de certitudes mais qu'est-ce qui est à la base de tout cela ? Le big-bang ? C'est encore plus compliqué. J'ai lu des passages de la Bible. Cela m'intéresse de comprendre. Je regrette de ne pas avoir acheté à Alger une version en français du Coran pour comprendre les différences entre diverses religions. Ma croyance, c'est un petit coin de mon âme où je peux m'isoler quand je suis en difficulté. Pour moi, dans son style très typé, Dalí est un virtuose. J'adore les grands maîtres flamands. Pierre-Paul Rubens et les autres sont des génies. Quand je vois la richesse de leurs palettes, la beauté des costumes, des décors, des personnages, je suis ébahi. Il y en a un qui n'est pas peintre mais caricaturiste : Pierre Krol. C'est un doué. A sa façon, c'est un Rubens de 2004. J'ai un de ses albums : magnifique. Le chicon au gratin et le poulet au riz curry. Je préfère un verre de Bourgogne que trois de Bordeaux. Cela explique que je fume le cigare, jamais la cigarette. Je préfère les goûts plus amples, plus prononcés. En paix avec moi-même, rassuré sur la suite pour les miens. Pierre Bilic" J'ai une devise depuis de nombreuses années : -BIEN FAIRE ET LAISSER DIRE "