Bertrand Laquait n'a eu besoin que d'une saison et demie pour se faire une place dans la galerie des meilleurs gardiens de but de l'histoire centenaire du Sporting de Charleroi. Il y côtoie du beau linge : Daniel Mathy, Toni Tosini, Jacky Mathijssen, Ranko Stojic, Istvan Gulyas,... Si les Zèbres ont sauvé leur peau en D1 in extremis, lors des deux dernières saisons, le Français y est pour beaucoup. Les miracles en retrait d'une défense en forme de gruyère, c'est son affaire !
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Bertrand Laquait n'a eu besoin que d'une saison et demie pour se faire une place dans la galerie des meilleurs gardiens de but de l'histoire centenaire du Sporting de Charleroi. Il y côtoie du beau linge : Daniel Mathy, Toni Tosini, Jacky Mathijssen, Ranko Stojic, Istvan Gulyas,... Si les Zèbres ont sauvé leur peau en D1 in extremis, lors des deux dernières saisons, le Français y est pour beaucoup. Les miracles en retrait d'une défense en forme de gruyère, c'est son affaire ! Mieux encore, Laquait (27 ans) a su se fondre du jour au lendemain dans la mentalité carolo. Il est, dans l'effectif, le capitaine sans brassard. Le guide. Le gueulard qui prend du service dès que les circonstances l'exigent. Il affronte le questionnaire de Proust trois jours après la dégelée de la première journée de championnat, face à La Louvière (2-5). Un résultat qui conditionne forcément sa réponse à la première question. Bertrand Laquait : Il n'est forcément pas très bon. Logique, après une gifle pareille. C'était la première fois de ma carrière que j'encaissais cinq buts en match officiel. Et j'aime autant vous dire que ça fait très mal. Je prie pour que cela ne se reproduise plus jamais parce qu'on se sent tout petit quand les attaquants d'en face rencontrent aussi peu d'opposition. En plus, j'avais tellement envie de faire une grande saison avec Charleroi, et de montrer dès la première journée que nous en étions capables. L'occasion était idéale : un vrai temps d'été, un match dont tout le monde avait beaucoup parlé, du monde dans le stade. Je suis sorti du terrain avec une terrible soif de revanche. Je me suis directement focalisé sur le match au Standard : il fallait mettre les choses au point là-bas, dans un autre match très médiatisé. Ne me demandez pas pourquoi nous avons été aussi médiocres contre La Louvière. Je n'en sais rien. J'ai seulement constaté que, dans ce match-là, nous faisions tout l'inverse de ce que nous avions réussi pendant la campagne de préparation. Lors de la plupart de nos matches amicaux, nous étions parvenus à jouer en peu de touches de balle, le plus souvent vers l'avant, avec beaucoup de mouvement dans l'équipe. Charleroi jouait haut et gagnait des tonnes de duels, contre tous ses adversaires. Face à La Louvière, nous avons fait l'inverse de A à Z. C'est simple : le Sporting n'a pas joué. Nous n'avons pour ainsi dire jamais réussi à aligner plus de deux passes et nous avons constamment reculé. C'était grave. Bref, vous comprenez mon abattement actuel, non ? (Il sourit). Je ne vais quand même pas faire semblant que tout va bien et que je suis un gardien totalement heureux ! Franchise et gentillesse. La franchise peut éviter pas mal de conflits. Selon moi, cette qualité est très répandue dans le monde du foot professionnel, contrairement à ce que l'on affirme fréquemment. Oui, c'est un univers généralement très franc. Cela implique parfois de dire des choses vexantes, qui heurtent, qui dérangent, mais c'est souvent nécessaire. Evidemment, on ne peut pas dire tout et n'importe quoi. L'essentiel, c'est d'aller au fond des choses au bon moment, de bien étudier le timing. Après s'être exprimé franchement, on se sent mieux. A première vue, la franchise et la gentillesse peuvent sembler des vertus paradoxales car en étant direct, on peut parfois être méchant. Le tout, c'est de trouver le bon mélange, de ne pas aller trop loin. Je déteste faire du mal parce que je ne supporte pas qu'on m'en fasse. C'est sans doute pour cela que je n'ai pas d'ennemis dans l'univers du football. Il y a seulement des gens vis-à-vis desquels je serai éternellement rancunier : je pense directement aux dirigeants de Nancy qui m'ont laissé sur le carreau quand j'étais blessé, alors que nous avions vécu tant de bons moments ensemble. J'ai eu tellement mal que je ne pourrai jamais l'oublier. Une connerie de Jean-Marie Bigard : " C'est au pied du mur qu'on voit le mieux le mur "... J'en rigole souvent avec Sébastien Chabaud, que j'ai eu comme coéquipier à Nancy. Mon impatience. Avec moi, il faut que ça roule, et vite ! Je veux toujours tout réussir tout de suite. Pas le temps d'attendre. Et je ne supporte pas les gens en retard. Quand je n'arrive pas à concrétiser très rapidement mes objectifs, je me fâche, je pique des colères pas possibles. Je vous donne un bête exemple : s'il y a dix ballons dans le rond central et que je me décide à tirer au but, histoire de me rassurer, de contrôler si ma précision ne m'a pas lâché, je fais un coup de sang si je n'en ai pas mis un dedans après trois essais. Je sais que c'est stupide parce que je gaspille mon énergie pour des objectifs sans importance, mais c'est plus fort que moi. Etre un génie, que ce soit dans le foot ou dans la vie. Un génie comme Cristiano Ronaldo. Je sais depuis longtemps que, même en travaillant comme un fou, je n'y arriverai jamais. Je ne serai jamais le plus grand gardien de but de tous les temps. J'ai 27 ans et je sais que mon parcours ne passera pas par le Real. Tant pis, c'est comme ça : on s'accroche à la carrière qu'on peut faire. Un cliché : un monde avec plein d'animaux, sans guerres et sans maladies. La famille, Internet et la pêche. Internet me permet de garder le contact avec mes parents, qui vivent dans le centre de la France : grâce à la webcam que j'ai installée sur mon ordinateur, ils voient grandir leur petite-fille à défaut de l'avoir souvent près d'eux. Celui de ma fille : Clara, huit mois et demi. Je le trouve pur, simple, beau. Le vert. Ne me demandez pas pourquoi. Peut-être parce que c'est la couleur des pelouses. Quand je participe à un jeu de société, je prends toujours le vert si on a le choix des couleurs. Paradoxalement, je n'ai joué qu'un seul match avec une vareuse verte : à Bordeaux, avec Nancy. La rose parce qu'elle a des significations multiples : l'amour, l'amitié,... C'est souvent, aussi, celle que les femmes préfèrent. En plus, comme dirait l'autre, l'important c'est la rose ! Le chat. Les bronzés et Les sous-doués. Je les ai en cassette et en DVD. Je dois les avoir regardés une bonne vingtaine de fois. Je ne m'en lasserai jamais. Les personnages principaux de mes films cultes : Gérard Jugnot et Michel Blanc. Aussi loin que je me souvienne, je n'en ai lu qu'un seul : celui de Marcel Desailly. Je préfère me distraire en parcourant la presse sportive et people. Je n'ai aucune honte à avouer que je me délecte en feuilletant des magazines comme Entrevue, Voici, Gala,... Je suis très chanson française : Eddy Mitchell (le seul concert que je sois jamais allé voir parce que les organisateurs avaient invité tout le noyau de Nancy), Pascal Obispo, Jean-Jacques Goldman. Goldorak. C'est toute ma jeunesse. Dès que ça commençait, on aurait entendu une mouche voler à la maison. Mon frère et moi, nous n'avons pas raté un épisode. Tous les personnages violents, style Star Wars. Je n'ai jamais accroché. C'est nul. Nelson Mandela et Martin Luther King pour tout ce qu'ils ont fait dans le but de faire cohabiter harmonieusement les races. Adolphe Hitler et Benito Mussolini. Sans commentaire, évidemment. Ceux qui ont tout fait, tout vu, tout entendu, tout compris, tout inventé, etc. Il y a des gens avec lesquels vous pouvez parler de n'importe quoi : ils ont d'office réponse à tout et cherchent à vous en mettre plein la vue, comme s'ils étaient automatiquement compétents dans toutes ces matières. Un jour, vous abordez le football avec eux : ils sont sûrs de détenir la vérité. Le lendemain, vous leur parlez de chimie : là aussi, ils sont les meilleurs. Ça me rend fou, des gars pareils. La suppression de la peine de mort. Pour un gars qui a tué des petites filles, il ne peut pas y avoir de pitié. Je trouve incompréhensible que, dans beaucoup de pays, la peine de mort ait été abolie de façon inconditionnelle. Pourquoi n'a-t-on pas prévu d'exceptions pour les actes les plus graves ? Pas d'accord. Perdre un match de foot. Je suis très mauvais perdant. Désolé, je n'envie personne... Je me sens très bien dans la peau de Bertrand Laquait. Un papa formidable. Nous avons déjà Clara et j'espère que d'autres enfants suivront. Il y a plusieurs régions de France qui m'attirent. Aussi longtemps que je serai footballeur, je ne pourrai pas nécessairement choisir un port d'attache qui me fait rêver. Mais, après ma carrière, j'aurai cette latitude et je compte bien en profiter. Je me vois bien habiter une maison tranquille dans les Landes, au milieu des pins. La région de Bordeaux m'a toujours attiré. Mais il y en a d'autres : La Rochelle, par exemple. Il est possible, aussi, que je retourne près de ma famille, dans l'Allier. Une chose est sûre, en tout cas : je ne finirai pas mes jours à Nancy ou à Charleroi, même si ces villes m'ont permis de m'affirmer en tant que gardien de but de première division. Le respect, l'honnêteté, la sincérité. Elles peuvent donner la vie, ce qu'un homme ne fera jamais : c'est formidable. Le fait qu'ils parviennent à me supporter (il rit). Plus sérieusement, j'attache énormément d'importance à la fidélité. Il y a les amis des jours heureux et les autres, qui sont toujours là, quoi qu'il arrive. Je n'oublierai jamais les réactions de mes meilleurs potes au moment où la direction de Nancy m'a annoncé que je devais partir. J'étais blessé et je me retrouvais à la rue, avec des perspectives professionnelles fortement remises en question, alors que j'avais tout donné à ce club pendant des années. Mes amis ont pris de plein fouet ce qui m'arrivait. Aujourd'hui, nous sommes toujours en contact. Ceux qui ne s'intéressent plus à moi depuis que je ne suis plus titulaire en championnat de France, ce n'étaient pas de vrais amis et ils ne méritent même pas que je les regrette. D'abord, je mettrais toute ma famille à l'abri. Ensuite, je donnerais aux pauvres. C'est clair, j'aurais une grosse pensée pour eux. Connaître de gros soucis de santé ou voir un de mes proches gravement malade. Je ne sais pas comment je vivrais une épreuve pareille. Salut, tu m'offres une bière ? (Il se marre). Non, je lui dirais plutôt : " Et alors, Dieu, comment ça se passe chez toi ? Est-ce que c'est mieux en haut qu'en bas ? Tu sais, là où j'étais avant de monter, ce n'est pas toujours folichon ". Pierre Danvoye" Je ne supporte pas LES GENS QUI ONT TOUT FAIT, TOUT VU, TOUT COMPRIS, TOUT INVENTÉ "