Le vernissage du championnat de D1 s'est achevé par un cortège de surprises et d'émotions.
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Le vernissage du championnat de D1 s'est achevé par un cortège de surprises et d'émotions. C'est le premier d'une collection de 34 romans. Conviendra-t-il d'attendre que la dernière ligne soit écrite, le 21 mai 2005, afin d'en comprendre la trame ? Après les grands débuts du Brussels face à Genk, Emilio Ferrera devra faire preuve de patience et de science tactique lors du voyage à Lokeren. Chaque rendez-vous révélera l'une ou l'autre facette de ses ambitions comme la plus anodine interrogation de Marcel Proust révèle des aspects inconnus de sa personnalité. Entre Du côté de chez Swann et A l'ombre des jeunes filles en fleurs, qui lui valut le Prix Goncourt en 1919, cet écrivain français aurait probablement proposé avec plaisir son questionnaire aux personnages en vue de notre football. Emilio Ferrera : Je suis concentré et irritable. Mon club a préparé son arrivée en D1 avec attention, en travaillant beaucoup et, comme tout le monde, le coach a le même objectif : réaliser la meilleure saison possible. Cela demande beaucoup de foi, d'abnégation collective, dans le chef de tous les acteurs de ce club, et il en sera ainsi lors de chaque journée de ce championnat. J'ai des responsabilités à la tête d'un groupe. Tout le monde doit être à la hauteur du défi de ce club qui passe par l'installation en D1, la révélation de jeunes talents, etc. C'est enthousiasmant et exigeant pour tous. D'où cette concentration et cette irritabilité, d'autant plus compréhensibles que le championnat vient de commencer. Je suis tenace et perfectionniste dans mon travail. Il convient que tout soit réglé jusqu'au moindre petit détail. Faire comprendre. Je ne suis pas du genre à adopter une maxime, une citation ou un proverbe, afin de cerner mes messages. Il faut que cela vienne de mes tripes. Je ne peux pas faire coller ma personnalité à des propos d'autrui. Expliquer, partager avec ses élèves ou des joueurs : j'ai cela en moi depuis toujours. Je ne l'explique pas. C'est ainsi, c'est ancré au c£ur de ma personnalité et c'est pour cela que je suis devenu enseignant avant de devenir entraîneur professionnel. Je n'aime pas travailler avec des gens qui, après explications, ne réagissent pas rapidement. Je veux de la motivation. Il faut que tout aille vite. On n'a jamais le temps dans ce métier. Les résultats priment. Un coach est jugé sur le moment présent. Le mot patience ne figure à aucune page de mon dictionnaire personnel. Je ne crois pas du tout qu'on puisse l'atteindre via le travail ou des succès professionnels. Ce sont certes des moments agréables. Un titre national, une Coupe de Belgique, une présence européenne : formidable mais du domaine de l'éphémère. Le goût du succès s'envole et, à mon avis, le paradis se définit par d'autres mots : famille, santé, enfants, épouse, parents. Mon paradis se situe là... Je suis évidemment heureux d'exercer mon métier qui dévore une grande partie de mon temps. Je consacre le restant de mon temps en priorité à ma famille et à mes amis. J'en ai deux : ceux de mes fils, Alexis et Luca. Le petit dernier est né durant la phase finale de l'EURO 2004. J'ai quitté le plateau de la RTBF afin d'assister à sa naissance. Luca, c'est un prénom qui a des racines slaves, italiennes, méditerranéennes. J'aime ce mélange d'influences, de courants, de traditions. La réflexion était la même pour Alexis qui, selon moi, fait référence au monde russe. Le noir. Pour beaucoup, c'est la couleur du deuil, certainement dans la civilisation judéo-chrétienne. Ailleurs, d'autres couleurs assument ce rôle. Mais le noir, c'est aussi synonyme de mode vestimentaire. Le noir est toujours à la page. Les couleurs jouent un rôle important dans la vie. La chromothérapie permet à des personnes de mieux se sentir dans des environnements d'une certaine couleur. Des tons peuvent détendre, calmer,... Comme je suis Bruxellois, j'opte pour l'iris. Cette plante est merveilleusement belle, élégante. C'est le symbole de la capitale de notre pays. L'iris est la fleur des marais. Ma ville est née et a grandi autour des marais ( Broek en néerlandais qui devint Bruxelles) de la région. Aucune fleur ne peut mieux représenter cette ville. C'est quand on s'en éloigne qu'on comprend à quel point elle vous manque. J'aime son sens de l'accueil qu'elle n'a jamais mesuré à personne. Je la trouve belle et généreuse. Beaucoup ne la connaissent pas bien, en ignorent les richesses encore nombreuses malgré des démolitions. J'aime m'y promener, apprécier un café place d'Helmet ou près du Parc Josaphat, écouter le savoureux patois bruxellois. Cet accent, j'en raffole. A ce propos, je suis servi au FC Brussels. Pour Bossemans et Coppenolle, c'est là que cela se passe une fois. Le cheval. J'admire son élégance. Il a longtemps assumé un rôle de première importance aux côtés de l'homme. Le cheval l'a aidé à se déplacer, à travailler, à se distraire. Mes parents sont originaires d'Andalousie où le cheval reste très important. Là, c'est le cheval de race arabe qui suscite l'admiration. Magnifique... On parle beaucoup, à juste titre, de Fahrenheit 9/11 ou de La vie est un miracle mais je préfère les films où je peux admirer Benoît Poelvoorde : Podium, AtomikCircus, Celas'est passé près de chez vous. Il revendique sa belgitude et la défend à Paris, notamment, où sa cote est au zénith dans tous les médias. Toutes les télés le veulent sur leurs plateaux. J'adore Benoît Poelvoorde. Il est tellement réel, ne se prend pas la tête, ne joue pas la comédie : c'est pour cela que c'est un grand acteur. Dans Podium, Benoît Poelvoorde est fantastique. Tout a l'air facile. C'est un signe de classe. Quand un footballeur joue facile, on parle aussi de talent. Jack Nicholson, Sean Connery et Pierce Brosnan. Je dévore les livres d'Amélie Nothomb. Elle a imposé son style et la sortie d'un de ses romans est toujours un événement. J'ai aimé Kafka et, pour le moment, j'apprécie les biographies de personnages historiques. Je n'ai pas de préférences bien précises. Et, même quand on n'apprécie pas une variété musicale, il y a souvent quelque chose à retenir. Je n'aime pas le hard rock. Mais il y a des moments d'un morceau que je peux apprécier comme c'est le cas pour ACDC. Il y a des tintinologues, je suis un fana du plus grand espion de tous les temps et je me régale quand 007 sort sa célèbre réplique : Je m'appelle Bond. James Bond. Malvira. Cette marionnette a un succès fou. Quand elle disparaît, c'est quasiment une affaire d'Etat. A chacun ses goûts, tant mieux pour elle mais je n'apprécie pas cette méchanceté gratuite. J'espère qu'elle ne m'en voudra pas trop. Jules César, Napoléon et surtout Christophe Colomb. Ce dernier a osé au XVe siècle s'embarquer dans une expédition difficile, affronter le dangereux océan Atlantique à bord de la Santa Maria, la Nina et la Pinta, trois caravelles quand même pas trop solides. Il n'a pas découvert une nouvelle route des Indes mais bien l'Amérique. Oser, y croire, prendre des risques : c'est important. Christophe Colomb ignorait que l'Amérique l'attendait mais il savait qu'il y avait quelque chose de l'autre côté de l'Atlantique. La face du monde changea du tout au tout après la découverte des Amériques. N'a-t-on pas fait des comparaisons avec son voyage quand Neil Armstrong a posé son pied sur la Lune le 21 juillet 1969 ? Tous les dictateurs. Les grands chercheurs, certes, qui font avancer la médecine, la civilisation, ceux qui se battent pour la liberté. Mais celui que j'admire le plus, c'est Bill Clinton. Il a dirigé le pays le plus puissant, les Etats-Unis, mais est resté un homme comme les autres avec ses forces et ses faiblesses. Il y en a beaucoup mais je ne leur laisse pas le temps de me pourrir la vie. Je zappe, je tourne la page. La vie est si courte. A mon avis, Mikhaïl Gorbatchev est un de grands hommes du siècle. Avec la perestroïka, il a ouvert les portes de l'ex-URSS, du monde communiste, offert la liberté à de millions d'hommes et de femmes. Avant lui, c'était le régime de la terreur, de goulags qu'Alexandre Soljenitsyne a décrit dans le Pavillon des cancéreux. Je n'oublie pas Jacques Delors, un des architectes de l'Europe. Je songe d'abord à celles qu'on n'a pas prises et qui ont permis à l'Histoire de servir une deuxième fois les mêmes plats. Il suffit de penser à certaines tendances des dernières élections. Sur la scène internationale, on voit poindre des dangers qui, durant les guerres mondiales, ont fauché l'humanité. Parler de football en détails, à des gens qui n'ont pas la même passion au quotidien du football. Il y a un langage propre à la planète foot fréquentée par les joueurs, le staff, les coaches, les dirigeants, la presse, les supporters, etc. Quand je sens que mon interlocuteur n'est pas dans la même galaxie, cela m'irrite. Cela m'est arrivé dans les clubs où j'ai travaillé. Tous les dirigeants ne connaissent pas le football mais peuvent être de brillants banquiers. Alors, quand ils évoquent des situations ou problèmes que je connais et eux pas, cela m'irrite. Johan Cruijff. Je l'admirais comme joueur. Il a innové en Hollande et en Espagne. Johan Cruijff en fit de même comme entraîneur. Un père heureux, fier de sa famille. Mes parents sont originaires de Huelva en Andalousie. Ils sont partis, ont émigré pour trouver du travail, nourrir leurs enfants. J'aimerais retourner à Huelva, y vivre, ce serait une façon de prouver que le sacrifice de mes parents n'a pas été inutile. Mais je me partagerais entre la Belgique et l'Espagne, bien sûr. L'honnêteté passe avant tout. La beauté. Je pense au physique, ce qui attire d'abord le regard. Puis, il y a toutes les formes de beauté féminines : intérieures, sensibilité, etc. La patience. Moi, je ne sais pas attendre mais il y a des hommes qui sont capables de consacrer toute leur vie à un combat, à un objectif, à une réalisation qui sort du commun. Moi, je suis un latin. La fidélité. Je reste en contact avec les gens que je connais depuis 15 ans ou même depuis plus longtemps. Mon premier cercle n'a pas changé même si la vie et le destin m'ont emmené vers la D1 et d'autres univers. Il en sera toujours ainsi car l'amitié est une chose précieuse. La bêtise. Elle n'est pas calculée. Si j'avais cette chance, je m'efforcerais de mettre une fondation sur pied afin d'aider les plus démunis autour de nous. Il suffit de regarder autour de soi, d'ouvrir les yeux, afin de constater que cela cloche souvent dans notre société moderne, de consommation ou d'abondance. Il y a ceux qui restent sur les quais du progrès. Un petit coup de pouce peut leur permettre de monter à bord du train. Etre séparé de ma famille. J'ai fait ce que j'ai pu. Pierre Bilic" LE MOT PATIENCE ne figure à aucune page de mon dictionnaire personnel "