La tendance a été lancée en janvier dernier par Mustapha Sama (Charleroi). Elle s'est confirmée au tout début de cette saison avec Daré Nibombe (Mons). Aujourd'hui, c'est au tour d'Oguchi Onyewu, à La Louvière. Le point commun de ces trois joueurs d'origine africaine ? Une taille tournant autour des 195 cm et une belle intransigeance dans l'axe de la défense.
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La tendance a été lancée en janvier dernier par Mustapha Sama (Charleroi). Elle s'est confirmée au tout début de cette saison avec Daré Nibombe (Mons). Aujourd'hui, c'est au tour d'Oguchi Onyewu, à La Louvière. Le point commun de ces trois joueurs d'origine africaine ? Une taille tournant autour des 195 cm et une belle intransigeance dans l'axe de la défense. Comme Sama et Nibombe, Onyewu (21 ans) était totalement inconnu au moment où il posa ses valises chez nous. Mais il n'a pas eu besoin de plus de temps que ses compères pour devenir incontournable dans son équipe. Découverte de cet Américain d'origine nigériane, toujours sous contrat avec le FC Metz qui le prête aux Loups pour cette saison et prend une partie de son salaire en charge. Oguchi Onyewu : J'ai une carte d'identité américaine et je joue depuis plusieurs années dans les sélections des Etats-Unis, mais je me sens avant tout nigérian. C'est normal : mon père et ma mère viennent de ce pays. Tout le sang que j'ai dans les veines est nigérian et je tiens à souligner mes racines. Mon prénom est d'ailleurs typiquement nigérian : Onyewu signifie God fights for me : Dieu se bat pour moi. La religion, c'est quelque chose chez nous. Dans la famille, nous sommes tous catholiques pratiquants. Je considère que Dieu régule tout et je ne manque jamais la messe du week-end, à La Louvière. Ils ont émigré pour s'inscrire dans une université américaine. Je proviens d'une famille d'intellectuels. Mon père est manager d'un grand hôtel. Ma mère est infirmière. J'ai un frère qui fait des études d'ingénieur, et l'autre est à l'université pour devenir docteur en philosophie. Mes s£urs ont aussi visé très haut : l'une est en faculté de médecine, l'autre combine des études en engineering et en maths ! Oui, je suis un peu l'intrus au milieu de tous ces cerveaux, le canard noir, le seul athlète de la bande. Moi, je ne fais que jouer au foot. Mais c'est provisoire. Avant de venir en Europe, j'avais entamé des études de droit. Mon père m'a fait promettre que je retournerais à l'université après ma carrière de footballeur. J'ai longtemps hésité. Quand j'étais gamin, je pratiquais les deux sports. Mais, plus les années passaient, plus je devenais amoureux du soccer. Et, un jour, j'ai bien dû trancher. La popularité de ce sport a explosé après la Coupe du Monde 94, mais depuis quelques années, on observe une stagnation. C'est vrai que, comparé au basket ou au base-ball, ça reste fort confidentiel. Honnêtement, je ne connais pas bien la Major League Soccer. Je ne m'y suis jamais vraiment intéressé parce que je n'ai jamais eu l'intention d'y participer. Avant d'émigrer en France, je jouais dans le championnat universitaire. C'est le tremplin de la plupart des joueurs américains vers la MLS, mais je ne pensais qu'à l'Europe. Je jouais dans l'équipe de la Clemson University, en Caroline du Sud. Cours jusqu'à 15 h 30, puis entraînement, et un ou deux matches par semaine. On y trouve beaucoup de bons joueurs qui ont assez de qualités pour évoluer en Europe. Ils disent qu'ils vont tout faire pour se faire embaucher dans un championnat européen, mais au moment de franchir la dernière étape, ils se rendent compte qu'ils sont incapables de laisser leur famille à l'autre bout du monde et ils préfèrent conserver leur petite vie cool au pays. Je dois mon transfert à Metz à mes matches avec les û20 américains. Je suis en sélection depuis les û16, et les scouts de Metz m'ont repéré lors du Tournoi de Toulon. Ils ont noué les premiers contacts là-bas. Ensuite, ils m'ont encore vu à l'£uvre au Championnat du Monde des û20 en Argentine. Je n'ai pas encore joué un seul match avec les A, mais cela ne devrait plus tarder. Je suis actuellement capitaine de la sélection olympique et j'ai participé à la préparation de la Coupe des Confédérations, en fin de saison dernière. Le coach, Bruce Arena, ne m'a écarté qu'au tout dernier moment. Il m'a conseillé de mettre toute la gomme pour devenir titulaire à Metz, après quoi tout serait plus facile pour moi dans l'optique de l'équipe nationale. Je n'ai pas encore eu vraiment l'occasion de m'y imposer, c'est vrai. Je n'ai joué que trois matches de championnat la saison dernière, en D2, en plus de quelques rencontres en Coupe de France et en Coupe de la Ligue. Le plus dur, dans un premier temps, a été de me faire qualifier pour pouvoir disputer des matches officiels. Quand Metz m'a fait venir en France, pendant l'été 2002, ce club connaissait d'importants problèmes financiers et était interdit de recrutement. Mon transfert a été refusé par la commission de contrôle. La direction a dû aller quatre fois en appel pour que je puisse enfin être qualifié. Entre-temps, six mois avaient passé et le coach, Jean Fernandez, avait trouvé son équipe type. Cet été, il m'a signalé que je risquais à nouveau de ne pas jouer beaucoup de matches. Il estimait que j'avais intérêt à aller me faire les dents ailleurs. J'ai reçu deux propositions de tests : de Hambourg et de La Louvière. J'ai préféré La Louvière parce que je me trouvais encore trop jeune et trop tendre pour le foot allemand. Je voulais absolument jouer, accumuler des matches, et je pensais que ce serait plus facile ici qu'à Hambourg. Je ne me suis pas impatienté en début de championnat. J'ai d'abord joué quatre matches avec la Réserve. Puis, le coach m'a donné une chance et j'ai su la saisir. Je m'étais fixé trois buts successifs : entrer dans l'équipe, commencer un match, puis être titulaire régulier. J'ai atteint les deux premiers le même jour. Reste le troisième. Oui, c'est marrant... J'aime autant vous dire que, ce jour-là, nous étions motivés comme jamais. Nous devions nous mettre en évidence aux yeux de deux coaches : celui de La Louvière, à qui nous devions prouver que nous avions assez de qualités pour être dans l'équipe, et celui de Metz, que nous retrouvions avec un certain esprit de revanche, avec l'envie de lui démontrer qu'il avait eu tort de ne plus croire en nous. Je n'ai pas encore réfléchi à la question. D'ici le mois de mai, beaucoup de choses peuvent se passer. Une chose est sûre : j'ai encore un contrat à Metz. Une autre chose est tout aussi évidente : je rêve de jouer un jour dans un grand club européen. No comment ! C'est leur avis, pas nécessairement le mien. Oh la la (il rit). Allez voir aux Etats-Unis. Là-bas, je suis simplement dans la bonne moyenne. Il y a des footballeurs qui expédient le ballon encore plus loin. Non. Je pense que n'importe quel footballeur peut faire des rentrées en touche très longues à condition de travailler ça à l'entraînement. Aux Etats-Unis, j'ai réussi plusieurs fois des assists sur des rentrées. Cela m'est aussi arrivé au Championnat du Monde des û20. Je suppose que ça ne tardera plus en Belgique. Ariel Jacobs me demande en tout cas de viser la tête de nos joueurs de grande taille, dans le rectangle.