La grande bataille vient de se perdre, les joueurs du Standard font la fête sur le terrain de l'ennemi, presque tout un stade vient de prendre un terrible coup d'assommoir, les gars de Bruges rentrent au vestiaire la tête basse. Jacky Mathijssen (44 ans) se présente devant les caméras pour une première interview à chaud. On s'attend à découvrir un homme abattu. Surprise : il croit plus que jamais que son équipe détient les meilleures cartes. Il attaque dès ses premiers mots : " Les joueurs du Standard vont faire la fiesta. Pas de problème. Ils doivent seulement savoir que nous pouvons nous battre jusqu'au bout pour le titre. Les Liégeois vont le comprendre ".
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La grande bataille vient de se perdre, les joueurs du Standard font la fête sur le terrain de l'ennemi, presque tout un stade vient de prendre un terrible coup d'assommoir, les gars de Bruges rentrent au vestiaire la tête basse. Jacky Mathijssen (44 ans) se présente devant les caméras pour une première interview à chaud. On s'attend à découvrir un homme abattu. Surprise : il croit plus que jamais que son équipe détient les meilleures cartes. Il attaque dès ses premiers mots : " Les joueurs du Standard vont faire la fiesta. Pas de problème. Ils doivent seulement savoir que nous pouvons nous battre jusqu'au bout pour le titre. Les Liégeois vont le comprendre ". Jacky Mathijssen : Evidemment. Mais la déception a été facile à évacuer. Si je prends du recul, c'est seulement maintenant qu'on voit le meilleur Bruges depuis le début de la saison, et nous sommes en tête du championnat. Cela veut dire que nous avons su enchaîner les très bons résultats en n'étant pas encore à 100 %. C'est prometteur. Nous venons de perdre une bataille mais je sais que nous pouvons gagner la guerre en mai. Les Standardmen ont eu contre nous la chance qu'ils se plaignent de ne pas avoir depuis l'été dernier... et qu'ils nous reprochent régulièrement d'avoir. Non. Simplement comme un match qui allait avoir son importance. Parce qu'il peut encore se passer plein de choses lors des 12 dernières journées. Il est beaucoup trop tôt pour calculer. Ce n'est qu'à trois ou quatre matches de la fin que je commencerai à analyser le classement et le programme des dernières équipes concernées par le titre. Ce n'est pas sûr. Le Cercle et le Beerschot ne sont pas loin. Anderlecht reste dangereux aussi même s'il va payer pour sa présence sur trois fronts : la Coupe de Belgique et la Coupe d'Europe lui coûteront encore des points. Vous avez beau avoir des moyens financiers énormes et un noyau colossal, c'est inévitable. Mais je ne m'en fais pas pour Anderlecht : il sera à nouveau européen la saison prochaine, que ce soit via la Coupe ou le championnat. Le Sporting joue chaque année en Coupe d'Europe. C'est certain. Que ce soit Bruges, Anderlecht, le Standard ou Genk, on souffre tous de ce problème. Et ça confronte les clubs belges à un gros défi : trouver des solutions à la multiplication des matches. Tout le monde accepte l'évidence que ça coûte des points en championnat : c'est déjà un mauvais raisonnement à la base. C'est de la résignation. Il faut peut-être explorer de nouvelles pistes sur le plan de la préparation physique. Et il y a des progrès à faire au niveau mental : les joueurs doivent comprendre et accepter que les tournantes deviennent indispensables. Je n'y suis pas favorable au départ, mais quand il y a beaucoup de matches, c'est crucial de les aborder avec tous des joueurs frais dans la tête et dans les jambes. Vous prenez des coups quand vous disputez la Coupe d'Europe : au niveau physique mais surtout mental. Vous êtes confronté à des adversaires plus riches et plus forts qui vous collent le nez sur vos propres faiblesses. Pour une équipe en plein développement comme l'était la mienne en début de saison, c'est mauvais pour grandir. Mon noyau n'était pas prêt pour faire la lutte à la fois en championnat et en Coupe de l'UEFA. J'espère que ce sera possible dès la saison prochaine. En attendant, nous faisons un très bon parcours en championnat : ce n'est pas mal, vu le rajeunissement de l'équipe. Logiquement, le Club aurait dû connaître une année de transition : nous faisons beaucoup mieux. Non. Mais tout se passe bien parce que mon groupe me surprend. Surtout par sa solidité mentale. Ces joueurs sortaient de deux saisons décevantes mais ils ont su remettre Bruges très vite en haut de l'affiche. Un aspect nous a bien aidés : le Club a l'habitude de gagner, il connaît le goût des victoires. Je l'ai senti dès que je suis arrivé. Même dans les périodes difficiles, Bruges gagne encore de temps en temps des trophées. Michel D'Hooghe a parlé d'annus horribilis en cours de saison dernière. Mais le Club a quand même fini par remporter quelque chose, et pas n'importe quoi : la Coupe de Belgique. Au niveau du fonds de jeu, nous ne proposons pas ce qui se fait de mieux en Belgique, c'est clair. Au-delà de l'aspect esthétique, il y a le côté physique : mes joueurs doivent se dépenser plus que ceux des autres équipes qui jouent la tête, vu notre manière de jouer. Il y a eu trois références depuis le début du championnat : d'abord le Standard, ensuite le Cercle, aujourd'hui le Beerschot. J'ai vu les Anversois récemment à Genk : c'était vraiment super. Mon ambition à court terme est que notre jeu se rapproche de celui de ces équipes, voire d'Anderlecht quand il est à son meilleur niveau. Il me faut plus de temps que prévu pour y arriver parce que nous avons eu divers obstacles, dont des blessures. Mais je répète que malgré cela, nous avons fait des résultats. Toujours grâce à la mentalité de mes joueurs, à leur prise de conscience. Quand ils traversent un moment difficile en match, ils savent faire le gros dos, rester calmes et patients, puis frapper au bon moment. Ils ont leurs certitudes : nous aurons encore des moments délicats mais le Club finit le plus souvent par gagner. Quand la tête pense de façon aussi positive, le corps suit. Qu'est-ce qu'il a fait de mal contre le Cercle ? Une faute professionnelle pour empêcher l'équipe adverse de marquer. Rien d'autre. Il a commis son geste de la façon la plus polie possible. Il a arrêté Honour Gombani avec le bras : vous voyez une méthode plus propre ? Il n'a mis ni le pied, ni le genou, ni l'épaule, ni le coude. Mais les images étaient spectaculaires parce qu'ils arrivaient tous les deux à pleine vitesse, c'était une vraie collision frontale. Je reste persuadé que ça méritait tout au plus un match de suspension et Stijnen est de mon avis. Malheureusement, les commentateurs se sont déchaînés et il y a eu une commotion énorme dans les journaux. Tout le monde réclamait une punition exemplaire et cela a influencé l'Union Belge. Mais bon, Stijnen a décidé de ne pas aller en appel parce qu'il a le sens du respect. Il représente la Belgique et l'Union Belge, alors il estime qu'il doit respecter les décisions de sa Fédération. Elle est très bonne. Il a traversé une période difficile mais c'était normal. Parce que toute l'équipe courait derrière la forme, mais surtout parce que Stijnen est dans sa saison de confirmation. C'est toujours un cap compliqué, encore plus pour un gardien. Il a fait des choses magnifiques l'année dernière et les médias se braquaient sur ses belles interventions. Cette saison, il y avait des attentes énormes et le traitement médiatique a changé : on s'attarde d'abord sur ce qu'il rate. (Il rigole). Je suis content que vous n'ayez pas oublié mon pronostic. J'étais sûr de ce que j'avançais. Tout le monde se demande pourquoi un attaquant ne peut pas rester plus d'un mois et demi, maximum deux mois, au top. Ma théorie des six à huit semaines s'applique à tous les footballeurs, mais c'est plus frappant chez les gardiens et les attaquants car on voit plus facilement s'ils sont en forme ou en méforme. Etre dans son pic de forme, cela veut dire bien jouer et avoir une influence sur le résultat. On peut être en forme tout en ratant des mouvements. Si vous loupez votre passe ou votre tir mais que le ballon finit quand même par arriver dans le but, c'est un signe de forme. Souvenez-vous du Jovanovic du début de saison : il ratait ses contrôles mais marquait quand même. Non, je cherche. En tout cas, quand je vois qu'un de mes attaquants est dans la forme de sa vie, je fais tout pour l'épargner et je l'incite à la prudence car je sais que les risques d'accident rôdent. Le danger est souvent tout près. Vous êtes euphorique, vous pensez qu'il ne peut rien vous arriver, puis c'est le crash. Regardez ce qui est arrivé à Tom De Sutter. Oui, il peut évidemment y avoir des exceptions. Mais De Sutter était dans la même situation que le Stijnen de l'année passée : quand on vit sa première saison au plus haut niveau, les paramètres sont différents. J'ai senti venir sa période de forme. Tout le monde faisait remarquer qu'il scorait moins que la saison dernière avec le Beerschot. Mais je savais que son pic était imminent, et aujourd'hui, il est en forme au bon moment. Tant pis si ça ne dure pas longtemps, à condition que l'un ou l'autre joueur puisse directement prendre le relais. Ce sera peut-être la chance de Wesley Sonck, par exemple. De toute façon, c'est impossible d'avoir 11 joueurs en forme au même moment : quand vous en avez trois ou quatre, c'est déjà super. Je suis vraiment content pour lui. Le fait qu'il ait réagi comme il le fait depuis son départ de Bruges prouve qu'il a du caractère. Ce dont beaucoup de personnes doutaient. Son aventure chez nous s'est terminée sur un coup de malchance. Le jour où j'ai décidé de le relancer en lui donnant une chance dans un match amical pendant l'été, il s'est blessé après cinq minutes. C'était un match charnière pour lui car j'étais sur le point de l'intégrer dans mon équipe. Mais il s'est retrouvé blessé, et si Bruges voulait le faire partir, ça devait se faire à ce moment-là parce que la période des transferts se terminait. Je m'excuse, mais gagner autant de matches que je l'ai fait avec Saint-Trond et Charleroi, c'était déjà très bien. Même si c'était régulièrement par le plus petit écart. Ce qui compte avant tout là-bas, c'est la victoire. On ne peut pas y faire la fine bouche comme chez les grands. Avec le Club, le scénario idéal d'un match, c'est : marquer en premier, contrôler, scorer une deuxième fois aux environs de la 70e minute quand l'adversaire prend des risques, et éventuellement en planter un troisième tout à la fin. Qu'est-ce qu'on voit ? Nous marquons le premier but, mais le calme dans l'équipe qui devrait suivre ne vient pas. C'est une trace du passé : la saison dernière, Bruges se faisait souvent rejoindre et ça trotte dans les têtes. Mes joueurs sont sur leurs gardes, ils n'arrivent pas à se lâcher. C'est ce qui explique nos succès sur des scores étriqués. Mais ça changera. Le Cercle arrive à appliquer le scénario idéal : un but rapide, un deuxième à l'entame du dernier quart d'heure, un troisième - voire un quatrième - tout à la fin : chapeau, respect ! Mais bon, nous l'avons quand même battu 1-2 au premier tour. Alors qu'il jouait sur son terrain... (Il se marre). Si vous regardez les choses comme ça, vous avez raison. Mais quand je prépare les matches, mes intentions sont très offensives. Je cherche à avoir un grand nombre de joueurs, très souvent, dans la zone de vérité. Malheureusement, nous ne parvenons pas à traduire mes intentions en occasions et en buts. Pour être le plus offensif sur le terrain, il faut certaines qualités que je n'ai pas pour le moment. Mes joueurs ne sont pas encore prêts dans les têtes, toujours à cause de ce qui s'est passé ici les dernières années. Mais cela va changer. Les statistiques seront différentes quand le championnat se terminera. Jusqu'à présent, toutes les louanges sont allées au Standard, au Cercle et au Beerschot. J'espère que les félicitations iront au Club dans deux bons mois. Ce sont les statistiques d'aujourd'hui. Elles seront différentes demain. Et si vous voulez vous intéresser aux chiffres, on peut en prendre d'autres. Regardons le classement des fautes subies : Bruges est premier, avec une quarantaine de fautes subies en plus que le deuxième. Quarante fautes, ça correspond environ à trois matches. Cela prouve nos intentions offensives. En plus, tout le monde sait que nous sommes redoutables sur phases arrêtées. Tous les entraîneurs disent à leurs joueurs d'éviter de commettre des fautes contre nous mais ils n'ont pas d'autre choix. Si on tient compte des blessures, de l'histoire récente du club et de toutes nos actions arrêtées fautivement, on explique déjà plus facilement que le Club ne se crée pas autant d'occasions que certains adversaires. Cela voudrait dire que nous aurions bien bossé. Elles font partie du foot. Elles demandent énormément de travail et de concentration. On y consacre des heures pour quelques secondes par match. Mais ce sont quelques secondes souvent décisives pour nous. Il y a deux raisons. D'abord, mon groupe était suffisant pour réaliser nos objectifs, compte tenu qu'il ne nous reste plus que le championnat. Ensuite, personne ne souhaitait partir. Personne : c'est un fait unique ! Même les grands noms qui jouent rarement ont souhaité rester. Allez voir à Genk et ailleurs si ça se passe de la même manière. Je suis fier de leur réaction. Ils sont conscients de participer - même en jouant peu - à la belle petite histoire que nous sommes occupés à écrire. Ils savent aussi que je peux avoir besoin d'eux à tout moment. Ils continuent à se défoncer aux entraînements Et quand je lance un Birger Maertens au back gauche alors que ce n'est pas sa place, il fait son boulot. Tout en sachant qu'il sautera à nouveau dès le retour de Michael Klukowski. Ce n'est pas évident d'être sur le banc quand on a fait une belle carrière. Je cite Maertens mais il y a aussi Sven Vermant, Gaëtan Englebert, Joos Valgaeren, Sonck. Ils ont mal mais veulent rester. Grande classe ! C'est dommage qu'il n'y ait pas plus d'intérêt médiatique pour des gars pareils. C'est aussi une des explications de notre bon parcours, et si ces stars continuent à avoir une pensée aussi positive, c'est vraiment bien parti pour le titre.par pierre danvoye- photos : reporters/ gouverneur-vander eecken