Derrière les intouchables américains et russes, la troisième nation au tableau des podiums des derniers championnats du monde d'Helsinki ne manquait pas de surprendre. Avec neuf médailles, l'Ethiopie coiffait la France, Cuba ou la Grande Bretagne. Grâce certainement aux deux médailles d'or de Tirunesh Dibaba mais également à celle du nouvel empereur du fond, Kenenisa Bekele. Mais, lui, n'a pris part qu'au 10.000 mètres.
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Derrière les intouchables américains et russes, la troisième nation au tableau des podiums des derniers championnats du monde d'Helsinki ne manquait pas de surprendre. Avec neuf médailles, l'Ethiopie coiffait la France, Cuba ou la Grande Bretagne. Grâce certainement aux deux médailles d'or de Tirunesh Dibaba mais également à celle du nouvel empereur du fond, Kenenisa Bekele. Mais, lui, n'a pris part qu'au 10.000 mètres. A 23 ans (même s'il n'est pas trop sûr de son âge à cause des complexités du calendrier éthiopien), Bekele règne en maître sur la discipline. " Il a tout pour lui : le rythme, une grande endurance et une pointe de vitesse phénoménale ", analysait Hicham El-Guerrouj. " Il peut donc s'adapter à n'importe quel train, très rapide ou très lent. Dans le premier cas, il attaque plus tard, peut-être dans le dernier tour. Dans le deuxième, il part plus tôt. Mais s'il veut laisser une trace dans l'histoire, il faut qu'il dure au moins jusqu'à Pékin ". Cette réflexion aurait pu faire sourire au vu de l'étonnante facilité de l'athlète (il n'a pas de rivaux à sa hauteur) et de sa jeunesse. Mais depuis cet hiver, elle fait réfléchir. Car le destin de ce collectionneur d'or et de titres mondiaux aurait pu basculer lorsqu'au début du mois de janvier, il perdit sa compagne de 17 ans, Alem Techale, victime d'une crise cardiaque alors qu'elle s'entraînait avec lui. Ils devaient se marier au mois de mai. " Lorsque Alem est décédée, j'ai pensé arrêter ma carrière. Je sentais que mon c£ur était coupé en deux. Mais, par la suite, je me suis rendu compte que la mort faisait partie intégrante de la vie : ce que Dieu veut, tu dois l'accepter. J'ai pu compter sur l'aide de nombreuses personnes ". Alors que certains observateurs prédisaient qu'il ne retrouverait pas son niveau, Bekele était pourtant présent au rendez-vous mondial dès le mois de mars, à Saint-Galmier, en remportant son 11e titre en cross-country, son quatrième doublé d'affilée (cross long, cross court). Pour l'histoire, en 2002, il devenait le premier athlète à doubler ces deux courses disputées à 24 heures d'intervalle. Il s'était rendu à ces championnats du monde pour voir s'il était capable de réaliser une perf' dans les mauvais moments, comme dans les bons. Bekele, à court d'entraînement, avait déjà donné une fameuse réponse mais il allait une nouvelle fois être présent à Helsinki, délaissant simplement le 5.000 mètres car il estimait qu'il ne s'était pas assez préparé pour doubler 5.000 et 10.000. Et, une nouvelle fois, il a convaincu, inscrivant son nom à un palmarès inauguré à Paris, en 2003, lorsqu'il chipa le titre de champion du monde à son maître, à l'idole de toute un peuple, Haile Gebrselassie. " Il est beaucoup plus puissant que des athlètes comme Gebrselassie. Sa foulée est moins élégante. Bekele court en force, avec agressivité alors que Gebre était plus souple, plus serein ", ajoute El-Guerrouj. A l'époque, personne ne pensait quelqu'un capable de relever le défi. Effacer des tablettes celui qui avait collectionné 18 records du monde, deux médailles d'or olympiques et quatre titres de champion du monde. Une première passation de pouvoir eut lieu à Paris, une deuxième l'année passée lorsqu'en moins de quinze jours, le petit prodige s'accaparait les records du monde du 5.000 (à Hengelo) et du 10.000 mètres (à Ostrava), six ans après que Gebrselassie les ait battus. Mais en 1998, le roi éthiopien avait 25 ans, alors que son successeur n'en avait que 22 lorsqu'il réalisa ce double record. Ce petit bout d'homme (1,60 m), aux cuisses impressionnantes, à la foulée arrondie et au souffle inépuisable (il ne semble jamais fatigué à l'issue des courses) fait désormais partie de la nouvelle histoire de l'athlétisme après avoir décroché l'or olympique à Athènes. Mais celui dont le prénom signifie " riche " veut encore étoffer son palmarès. La prochaine étape passera par Bruxelles et le Mémorial Van Damme où il tentera d'améliorer son propre temps de 26 : 20.31 sur 10.000 mètres. Et s'il réussit, il portera une nouvelle fois très haut le drapeau de son Ethiopie chérie qu'il ne quitterait pour rien au monde. " Je ne laisserai jamais tomber mon pays et certainement pas pour l'argent ", confesse-t-il. Stéphane Vande Velde" J'ai pensé arrêter lorsque MA COPINE EST DéCéDéE "