Charleroi va affronter La Louvière, ce samedi, en étant privé d'un de ses meilleurs joueurs du premier tour. Exclu à Lokeren, Mahamoudou Kéré (23 ans) était déjà suspendu le week-end dernier à Zulte Waregem, ratera le duel wallon contre les Loups et encore le déplacement au Cercle Bruges. Malgré cette absence, le Burkinabé fait beaucoup parler de lui.
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Charleroi va affronter La Louvière, ce samedi, en étant privé d'un de ses meilleurs joueurs du premier tour. Exclu à Lokeren, Mahamoudou Kéré (23 ans) était déjà suspendu le week-end dernier à Zulte Waregem, ratera le duel wallon contre les Loups et encore le déplacement au Cercle Bruges. Malgré cette absence, le Burkinabé fait beaucoup parler de lui. Le coach Jacky Mathijssen s'était privé de ses services pour le match de Coupe de Belgique à Ostende. Explication officielle : le joueur était perturbé mentalement. Le défenseur central des Zèbres a vaguement avancé des problèmes familiaux. On sent qu'il y a autre chose mais il reste muet comme une carpe : " Même ma femme ne sait pas exactement ce qui me perturbe et elle est d'ailleurs furieuse que je ne veuille pas lui en dire plus ". Mahamoudou Kéré : Je me sens assez frustré. Je maintiens que ma faute sur Hakim Bouchouari ne méritait pas une carte rouge. Mais c'était la première depuis plus d'un an. Je me suis fort calmé. J'ai grandi, pris de l'expérience et du recul. Je me suis reconditionné mentalement pour prendre moins de cartons. Deux rouges en plus d'un an alors que je ne joue plus qu'en défense centrale, ce n'est pas mal du tout. Avant, je n'acceptais pas qu'un adversaire soit plus fort que nous et nous domine. Aujourd'hui, j'intègre cela dans mon raisonnement. Ce sont des choses qui arrivent quand ça chauffe dans un match ! Je n'étais pas bien dans ma tête et l'entraîneur a décidé de m'écarter provisoirement. Il a eu raison. Je n'avais plus le même rendement à l'entraînement. Il fallait que tout se remette en place, que le club m'aide. On essaye de changer les choses mais ce n'est pas facile. Non, tout n'est pas encore rentré dans l'ordre. C'est secret. Il y a des choses que je ne peux pas dire. Par respect pour le club. Disons que c'est lié. C'est parti du club et ça a eu des répercussions familiales. C'est une affaire assez compliquée. Oui. Ou plutôt un malentendu. Je n'ai aucun problème avec lui. Il se reconnaît en moi. Il avait quitté son pays très jeune, et seul, pour aller étudier en Angleterre. Il a dû se débrouiller et a ramé pour combattre le mal du pays. Moi, j'ai abandonné le Burkina Faso à 16 ans pour tenter ma chance tout seul à Charleroi. Je me suis aussi battu, et moi aussi, j'ai réussi. Abbas Bayat adore les jeunes qui donnent tout ce qu'ils ont dans le ventre sans avoir beaucoup d'atouts au départ. Nous parlons beaucoup, il me donne des détails sur sa famille, sa jeunesse, son parcours professionnel. Il n'est pas comme son oncle. Il est plus jeune, plus nerveux, plus explosif. Je dirais que nous ne nous sommes pas toujours compris. Je ne pense pas que ce soit comparable. Ça je ne sais pas, Monsieur... Tant pis. Ils pensent ce qu'ils veulent. Je suis seulement triste quand j'entends certains commentaires. Il y en a qui disent sur un ton ironique que si j'ai envie de partir, je ne dois pas me priver, que personne n'est indispensable. C'est vrai, je suis convaincu que personne ne l'est dans cette équipe, sauf peut-être Bertrand Laquait. Mais je n'ai surtout pas envie de partir en mauvais termes avec les gens de Charleroi. Je ne demande qu'une chose aux supporters de Charleroi : qu'ils comprennent que j'ai des problèmes. C'est faux. Je ne joue pas mais je suis payé, donc j'ai le devoir de rester ici. Je laisse dire. Par respect pour le président, je ne dirai rien de plus. Non, ce n'est pas lié à un transfert. Oui. Je ne m'imagine plus ici la saison prochaine. Je suis à Charleroi depuis sept ans, je trouve que ça suffit. Je veux maintenant viser plus haut, on ne peut pas me le reprocher. Je l'ai expliqué franchement à Jacky Mathijssen. Il pense déjà à la saison prochaine et je lui ai avoué que je souhaitais ne plus être Carolo à ce moment-là. Tout le monde fait des erreurs. Mais chacune de ces erreurs vous enrichit. Sans doute mais j'ai voulu faire plaisir au président. Je ne pense pas. Ou en tout cas, je réfléchirais plus. Il n'y a rien. (Il rigole). Oui. Mais ce n'est pas parce que j'en rêve la nuit que ça va se concrétiser le lendemain matin. Peut-être, mais la Bundesliga m'a toujours fasciné. Le président m'a promis qu'il ne me mettrait pas de bâtons dans les roues. Kargbo était en fin de contrat, pas moi : on ne peut donc pas comparer. Mais il faut savoir prendre des risques quand on vise une belle carrière. Il faut savoir être ambitieux. Ça passe ou ça casse. Je suis superstitieux mais je ne vois pas les choses comme ça. Tous ces cas sont trop différents pour qu'on les compare. 100 %. Là, je ne veux pas m'avancer. C'est l'effet Mathijssen. Il me donne tellement de confiance et de responsabilités que je me sens obligé de lui rendre la monnaie. J'essaye de ne plus trop y penser. Mais il a fallu que je morde sur ma chique pour oublier mes ambitions de milieu de terrain. Je m'y suis fait. Mais il y en a qui voudraient que j'avance à nouveau. Ma femme, par exemple. Elle me dit régulièrement : -En défense, tu n'es jamais bon, tu ne fais que des bêtises.Si Vincent Kompany fait des floches, ne demandez pas à Badou Kéré de ne pas en faire... Vous n'imaginez pas le plaisir que j'ai à me plier aux ordres de mon coach. Je n'avais jamais eu une relation pareille avec un entraîneur. S'il estime que je suis plus utile en défense que dans l'entrejeu, je ne discute même plus. Il me parle peu. Son regard me suffit. Je vois directement ce qu'il pense. Je lui ai dit que si j'avais l'occasion de progresser, je m'en irais. Il doit me comprendre. Charleroi est ma deuxième ville, c'est grâce à ce club que ma vie a complètement changé, mais on ne va quand même pas me reprocher d'être ambitieux ? OK, je suis le plus ancien, mais Frank Defays a plus de matches que moi avec ce club. Et de toute façon, il aurait été anormal de me donner le brassard au moment où il a fallu désigner un nouveau capitaine. Je suis assez calme aujourd'hui mais je ne l'étais pas du tout à l'époque. C'était donc, aussi, le choix de la raison. Je n'ai pris que deux cartes rouges depuis le début de la saison dernière, mais si j'avais joué dans l'axe de la défense il y a cinq ans, j'en aurais eu beaucoup plus. Parce que je veux revenir en Belgique après la fin de ma carrière. Ma petite fille a une vie tout à fait normale, elle ne manque de rien, alors que j'ai connu une jeunesse pauvre. Je ne veux pas lui enlever ce privilège sous prétexte que le Burkina Faso me manque. La gentillesse des gens et l'annonce de l'acceptation de ma naturalisation. Nous avons moins de réussite... C'est le cas, pourtant. Combien de matches avions-nous gagnés en marquant dans les dernières minutes ? Lokeren, c'est peut-être de ma faute. Si je ne fais pas le con là-bas... Mais bon, c'est vrai que nous gérons moins bien que la saison passée. Ne me demandez pas pourquoi : je n'en sais rien. Genk, le Standard et Anderlecht doivent encore venir chez nous au deuxième tour : notre saison n'est pas finie ! Il nous faut 7 points dans les trois derniers matches de l'année pour vivre une trêve tranquille. PIERRE DANVOYE