Le décor du stage de Mons : un hôtel de luxe dans la Flandre profonde. Lichtaart : c'est ici que les Diables ont vécu pendant l'EURO 2000. Sans Enzo Scifo (46 ans). " Evidemment que j'y pense. Jouer un Championnat d'Europe à domicile, qui n'en rêve pas ? Après mon arrêt international en 98 et les péripéties avec Georges Leekens, j'ai eu des contacts avec Robert Waseige, il envisageait de me relancer. Puis, je me suis blessé et l'EURO m'est passé sous le nez. J'en ai bavé : je n'ai pas regardé un seul match des Belges ! Impossible. "
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Le décor du stage de Mons : un hôtel de luxe dans la Flandre profonde. Lichtaart : c'est ici que les Diables ont vécu pendant l'EURO 2000. Sans Enzo Scifo (46 ans). " Evidemment que j'y pense. Jouer un Championnat d'Europe à domicile, qui n'en rêve pas ? Après mon arrêt international en 98 et les péripéties avec Georges Leekens, j'ai eu des contacts avec Robert Waseige, il envisageait de me relancer. Puis, je me suis blessé et l'EURO m'est passé sous le nez. J'en ai bavé : je n'ai pas regardé un seul match des Belges ! Impossible. "En ce début juillet, l'homme pète la forme après avoir réussi des résultats brillants dès son retour dans le monde des coaches. Scifo se lâche sur les missions de sa saison. Enzo Scifo : Absolument pas ! Je connais l'endroit, j'y suis venu avec Charleroi et Tubize. Geert Broeckaert est déjà venu aussi avec Mouscron. Et Francky Vandendriessche avec les Diables. Tout est parfait ici alors que j'ai vu d'autres choses quand j'étais joueur. Avec Bordeaux notamment, nous avions fait un stage sur une côte, je ne sais plus où. C'était le bout du monde, il n'y avait rien à part énormément de vent... Quand tu dois t'entraîner dans des endroits où tu n'as même pas envie d'aller, ton stage est directement moins efficace. (Il rigole). J'ai choisi de travailler avec Broeckaert et Vandendriessche. Nous reformons un trio qui fonctionnait bien à Mouscron. Et ça me permet d'améliorer mon néerlandais ! Mais c'était normal d'échouer pour un rien ! A un moment, j'ai compris que l'équipe tournait au-dessus de ses moyens. Les victoires continuaient à s'enchaîner mais c'était surtout grâce à l'état d'esprit. Tout le monde était en surrégime. Il faut se souvenir de tout. Les gars avaient fait un premier tour exceptionnel. Ils ont ensuite eu un contrecoup. Puis ils se sont repris quand j'ai débarqué. Avoir deux périodes pareilles sur la saison, ça veut dire qu'il y a beaucoup de qualité. En plus, il y avait plein d'humilité et d'envie d'écouter. Par contre, il manquait de la personnalité et de la maturité. Et physiquement, ils étaient cuits. Ça explique que l'équipe ne soit pas allée au bout. Quand je suis arrivé, je n'y pensais pas. Après deux ou trois matches, je me suis dit que tout était possible. J'ai pris un risque en visant haut, publiquement. Beaucoup de coaches se seraient cachés. Cela m'a aussi permis de faire passer un message positif dans le groupe. Mais il y a un tournant que nous avons mal négocié : le match aller contre le Cercle, qui avait gagné l'autre poule des play-offs 2. Il fallait faire quelque chose ce soir-là pour espérer jouer contre Gand dans les barrages pour l'Europa League. Le Cercle a une occasion et marque. Nous en avons six ou sept mais ça n'entre pas alors qu'avant ça, il nous était arrivé d'en transformer trois sur trois ou quatre sur quatre. Et surtout, je sentais que mes joueurs étaient cuits. Depuis quelques semaines, il y avait moins de répondant. Je n'osais pas leur en parler, j'avais peur que ça joue dans les têtes. Mais c'était clair. Je leur demandais toujours de presser, ils voulaient mais ne pouvaient plus. Dans beaucoup de matches, c'est le pressing haut qui nous avait permis de faire mal et de prendre peu de buts. Mais ça use. Et à mon arrivée, ils avaient refait une préparation parce qu'ils m'avaient dit qu'ils n'étaient pas en forme. C'était trop pour aller au bout. Non, ils ne l'ont pas été longtemps parce qu'ils ont la conscience tranquille, ils savent qu'ils ont fait le max. Moi, c'est pareil. Un coach est déçu quand il demande des choses et qu'il ne les voit pas. Là, je ne peux rien leur reprocher. Après le retour contre le Cercle, ils ont vu ma déception et sont venus me trouver : -Coach, on a tout donné. Il aurait peut-être suffi qu'ils corrigent un truc ou l'autre quand les jambes ne suivaient plus, qu'ils réfléchissent un peu plus, qu'ils aient un positionnement plus malin. Il est là, le manque de maturité. Certain ! Mons ne sera plus une équipe qui peut être battue à tout moment, l'étiquette a changé. La pression est plus forte qu'il y a un an. Je veux former des athlètes. Tu ne peux rien imposer à un footballeur s'il n'est pas parfaitement bien dans son corps. Mais je veille à ne tuer personne. J'ai fait beaucoup de stages, il y en a pas mal qui se terminaient avec quatre ou cinq blessés. Ici, on n'a encore eu aucun problème musculaire. Ça veut dire que la gestion est bonne, que c'est bien varié et qu'il y a suffisamment de récupération. Personne n'a rien inventé. Mais il y en a qui mettent tous les accents aux bons endroits. A Auxerre, Guy Roux faisait ça très bien. Il reprenait le même programme depuis une vingtaine d'années, c'était très simple et ça fonctionnait très bien. Nous étions performants très vite et nous le restions pendant toute la saison. A côté de ça, j'ai bossé avec des entraîneurs qui nous cassaient de partout, qui nous faisaient faire n'importe quoi, qui n'avaient pas de fil rouge. Faire courir les joueurs pendant trois jours, tout le monde est capable de le faire. Leur imposer de la musculation après une séance d'intervalle, c'est facile aussi. Mais tu les massacres. C'est moi qui fais le programme, je ne leur demande pas leur avis. Et s'il y en a subitement trois ou quatre qui se plaignent, je sais que je dois me calmer. Oui. Si je devais dire ce que je pense, je serais très sévère. Finalement, il est revenu. Mais je n'ai pas apprécié ce qu'il a fait. Le responsable du malaise, c'est lui. Se faire bien entourer, pour un footballeur, c'est hyper important. Depuis des semaines, je disais au président et à Dimitri Mbuyu que Perbet allait revenir. Logique : quand un transfert traîne autant, c'est qu'il y a un problème. S'il avait été vendu, nous aurions tous été derrière lui. Mais à partir du moment où aucun club ne l'a transféré, sa place est sur le terrain avec nous. Il n'a aucune excuse. Il n'a pas été pro. Il en est conscient, il comprend qu'il s'est fait entuber, je l'ai obligé à s'excuser devant le groupe. Il n'a pas respecté ses coéquipiers. Evidemment. Et il y a pire que ça. Comme il était certain de partir, nous avons préparé l'après-Perbet. Nous avions un joueur en vue mais il fallait d'abord vendre. Ça n'a donc pas pu se faire. Et si Perbet part quand même demain, je ne suis pas certain que le transfert de ce remplaçant soit toujours faisable. C'est aussi pour ça que je lui en veux et que j'étais prêt à lui rentrer dedans quand il s'est subitement pointé à l'entraînement. Tu dois aussi savoir que j'ai essayé de l'appeler plusieurs fois et qu'il n'a jamais répondu : c'est inacceptable. Exactement. Je le regrette. Je voulais le garder, il avait envie de rester, mais il appartenait à Courtrai qui demandait une somme folle. Finalement, il a atterri à OHL. Dommage parce qu'il était bien dans le groupe, fiable et très pro. Il l'est ! Je l'ai entraîné à Mouscron, je sais de quoi il est capable, c'est un fameux plus pour mon noyau. Il était dégoûté par Bruges et m'a dit oui tout de suite quand je l'ai appelé. Il a la rage. Il va apporter de la personnalité en défense, il y avait un manque à ce niveau-là. En espérant que tout le reste suive. (Il rigole). On a tous fait des conneries. Mais venant de lui, cette sortie de route m'a vraiment étonné parce que je le considère comme un pro exemplaire. Oui, mais il a abrégé la conversation parce que ce truc l'irrite beaucoup. La page est tournée. Il n'y a pas de discussion possible. J'ai deux bons gardiens, Werner a assez d'arguments pour être le numéro 1 et Berthelin peut dépanner à tout moment. Je leur ai expliqué la situation, ils l'ont comprise. Le plus difficile a été de convaincre Berthelin de rester footballeur parce qu'il voulait arrêter. C'est un mec irréprochable, il peut avoir une grande influence dans le vestiaire mais je lui ai dit qu'il n'était pas là que pour ça. Si Werner se blesse ou est mauvais sur deux ou trois matches d'affilée, il rejoue directement. Depuis que je suis arrivé, j'ai suffisamment montré que je faisais beaucoup tourner. Tout le monde a eu du temps de jeu. Je ne supporterai pas que des joueurs s'endorment, ils doivent tous être conscients que le foot est un métier avant d'être un amusement. Si tu t'entraînes comme dans une cour de récréation, à un moment, en D1, ça coince. Bien sûr. Depuis que je lui ai donné le brassard, il est irréprochable. Il ne rate pas un entraînement, il se donnait aussi à fond quand il passait ses soirées à la télé pendant l'EURO. Il sait qu'il en a besoin : s'il est moins bien physiquement, il est mort. Il sait aussi à quoi s'attendre avec moi, je n'y suis pas allé par quatre chemins : -Le jour où tu ne feras plus ce que je te demande, c'est fini. Il a tout saisi. Respect pour ce qu'il montre depuis quelques mois. Quand je crois à un joueur, j'y crois à fond, je lui donne énormément de confiance. C'est le cas avec Nong, il le sait. Je le voulais déjà à Mouscron, je l'ai adoré, ce joueur ! Je ne l'ai pas encore retrouvé ici mais je suis sûr qu'il va exploser. Maintenant, encore une fois, ma confiance ne sera pas éternelle. Je ne veux pas lui mettre une pression ingérable mais c'est à lui de me montrer ce qu'il sait encore faire. Hé, Perbet a plus de 15 jours de retard, hein ! Il aura besoin de six semaines avant de pouvoir revendiquer quoi que ce soit. Donc, Nong aura l'occasion de s'illustrer en pointe lors des premiers matches de championnat. Si Perbet redevient vite très bon, il pourrait jouer, mais j'en doute. C'est normal que je donne du temps de jeu à des gars qui sont plus avancés dans leur préparation. Je n'ai pas attendu que Perbet revienne pour bien bosser avec les autres ! A part Adrie Koster, je ne les connais pas, ces Hollandais ! Ils sont peut-être bons. Mais ça me dérange aussi qu'on ne donne pas une chance à des Belges qui la méritent. Je le disais déjà quand je n'avais pas de club, on me reprochait de prêcher pour ma chapelle. Aujourd'hui, je confirme alors que j'ai un boulot, je peux me permettre de donner mon avis. Pourquoi Broos n'a pas d'équipe ? Pourquoi Glen De Boeck est sur la touche ? Et d'autres encore ? C'est une mode, on préfère aller pêcher ailleurs. Dis-moi : sur tous les étrangers qu'on a pris depuis dix ans, il y a eu combien de vraies réussites ? Pas beaucoup. Ou pas du tout. Pourquoi il n'est plus en Belgique aujourd'hui ? Pour moi, un entraîneur qui réussit est un entraîneur qui dure. Qu'on mette un peu les Belges en valeur. Dès qu'on commence un boulot, on sent une grosse pression parce qu'on est d'ici. On est conscient qu'on ne fait pas l'unanimité. Les exceptions sont rares. J'ai la totale confiance de Mons, le Cercle croit à fond en Bob Peeters, idem à Courtrai avec Hein Vanhaezebrouck, mais il n'y a pas beaucoup d'autres exemples. Tu n'imagines pas à quel point ça rassure d'être mis sur un piédestal par tes dirigeants. Bien sûr. Je me suis dit plus d'une fois qu'à sa place, j'aurais fait la même chose. Qu'on l'aime ou pas, le mec mérite le respect. Il est champion mais ce n'est pas encore assez. Tu penses que c'est si facile de gagner le titre, même avec Anderlecht ? Il a eu plein d'obstacles, plein de situations difficiles à gérer. Quand un coach fait des mauvais résultats, on le fracasse. Quand il gagne, on trouve encore quelque chose à lui reprocher. Jacobs a pensé à tout ça quand il a dit : -Au revoir, je me casse. S'il est champion au Danemark, son titre sera 100 fois plus valorisé que chez nous. Il y a un domaine dans lequel il a été moins bon : la communication. Etre disponible, répondre aux attaques, ça fait aussi partie du job. Tu n'es pas obligé de dire ce que les gens ont envie d'entendre mais tu dois te justifier. Je peux te dire qu'il y a beaucoup de journalistes que je n'aime pas mais j'assume toujours. Je n'ai jamais fui. On dit parfois que je suis trop gentil : tant pis, personne ne me dénaturera. Au fil des années, Jacobs s'est fabriqué une image, il a fort changé, je ne reconnaissais plus l'homme sympa et disponible. Mais il n'est pas le seul à être tombé dans le piège. René Vandereycken et Mathijssen sont tombés dans le même piège. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE/VOETBALIMAGES" Vandereycken, Mathijssen et Jacobs sont tombés dans le piège d'une mauvaise communication. "" Aloys Nong va exploser. "" Si je devais dire tout ce que je pense de l'affaire Perbet, je serais très sévère. "