Monaco a toujours cette image irréelle d'un paradis artificiel hors de la réalité. Femmes décolletées et parfumées, machos tirés à quatre épingles, voitures luxueuses, immeubles grillagés et protégés : pas une seule ville en Europe n'affiche un tel contraste entre le style et l'artificiel. Monaco a la fièvre immobilière et bientôt la grandeur passée du Rocher sera entièrement défigurée par le béton.
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Monaco a toujours cette image irréelle d'un paradis artificiel hors de la réalité. Femmes décolletées et parfumées, machos tirés à quatre épingles, voitures luxueuses, immeubles grillagés et protégés : pas une seule ville en Europe n'affiche un tel contraste entre le style et l'artificiel. Monaco a la fièvre immobilière et bientôt la grandeur passée du Rocher sera entièrement défigurée par le béton. Reste que pour l'UEFA, Monaco est le tremplin idéal pour lancer la saison européenne. La fédération, à l'image toujours conservatrice et poussiéreuse, fait depuis quelques années des efforts pour changer les choses. Ses pontes sont accessibles à la presse par le biais de rencontres avec petit-déjeuner, où ils expliquent les nouvelles initiatives et favorisent les échanges d'idées. Cette année, cela n'a pas donné lieu à de grands scoops, sauf peut-être que l'UEFA est inquiète à propos de certains personnages qui s'infiltrent dans le foot et y acquièrent du pouvoir par le biais de financements peu transparents. " Nous pouvons difficilement jouer le rôle de contrôleurs ", réagit le président Lennart Johansson. Une déclaration bizarre dans un Etat où le prince Rainier a lui-même pris les choses en mains pour éviter que l'AS Monaco tombe entre les pattes de personnages pas très nets qui voulaient reprendre le club. Le tirage au sort de la Ligue des Champions constitue une occasion pour les instances dirigeantes du foot européen de redorer le blason et d'accentuer le succès du bal des champions. L'événement doit avoir une portée internationale toujours plus importante. A compter de ce mois, un magazine sera publié en trois langues sur base régulière et le secrétaire général Gerhard Aigner a fait savoir qu'il comptait à l'avenir organiser la Supercoupe en Asie. A l'UEFA, Aigner est le père spirituel de nombreuses initiatives. Certains au sein de la fédération stressent déjà à l'idée de voir cet Allemand prendre sa retraite anticipée à la fin de cette année. Ses compétences sont appréciées partout : il connaît très bien ses dossiers et s'est entouré de collaborateurs de haut niveau. Lorsqu'il était à la FIFA, Aigner eut quelques frictions avec un Sepp Blatter aux allures très politiciennes. Il réussit dans le cadre de l'UEFA a apporter une modernisation à sa manière, très disciplinée. La tâche de son successeur, le Suédois Lars Christan Olsson, ne s'annonce pas facile, même s'il dispose d'une très bonne réputation à Nyon. Le départ du président Lennart Johansson est une épine encore plus grosse dans le pied de l'UEFA. Le Suédois est un bon vivant, qui n'inspire peut-être plus le plus grand dynamisme et prend de plus en plus difficilement la parole. Mais il reste un homme d'honnêteté et de fair-play. Il reçut les honneurs lors du gala où furent élus les meilleurs joueurs de la saison passée. Gianluigi Buffon, le portier de la Juventus fut élu meilleur joueur et meilleur gardien. Les autres distinctions allèrent à Roberto Carlos (meilleur défenseur), Pavel Nedved (meilleur médian), Ruud van Nistelrooy (meilleur attaquant) et Roy Makaay (meilleur buteur). La formule à succès de la Ligue des Champions ne semble pas s'user, même si les droits TV seront moindres cette saison (ils s'élevaient à 500 millions d'euros l'an dernier) et que l'élimination de Dortmund n'a pas réjoui les gens de Team, la société de marketing de l'UEFA. La diminution des droits TV aurait impacté le Club Brugeois en cas de non-qualification. Son directeur, Antoine Vanhove, a calculé que la double confrontation avec Dortmund ne lui rapportera presque rien, malgré que la télé allemande est encore la plus généreuse et que le déplacement est très court. " Pour engranger des bénéfices, il faut déjà aller très loin en Coupe de l'UEFA. Cela illustre une fois de plus le fossé qui sépare les deux compétitions européennes. Le changement de la formule en UEFA, des poules y seront appliquée à partir de 2004, changera-t-il la donne ? Nul ne le sait ". Ces soucis n'étaient pas ceux d'Anderlecht et de Bruges à Monaco. Nos deux représentants peuvent lorgner les 7,5 millions d'euros que devrait leur rapporter la Ligue des Champions. Malgré sa satisfaction, Michel D'Hooghe, le président brugeois, dit qu'il faut relativiser cette somme : " N'oubliez pas tous les frais en matière de déplacements et d'organisation, sans compter les primes aux joueurs qui absorbent la majeure partie du budget ". N'empêche, l'argent contribuera à donner un nouvel élan au Club. D'Hooghe nous a indiqué qu'au 1er octobre, les premiers signes de renouvellement seront visibles : c'est alors que Marc Degryse, confiné dans l'ombre jusqu'à présent, deviendra la voix du club en ce qui concerne l'aspect sportif. En attendant, l'homme fort de Bruges estime que la venue de Degryse est un enrichissement : " Sa vision nous sera fort utile. Il correspond au style de la maison. Il parle énormément avec Trond Sollied, ils ont été ensemble visionner Dortmund. Plus important encore, il connaît ses limites ". Dans les nouveaux bureaux que Bruges intronisera cette semaine, Marc Degryse gardera le contact avec le foot : son bureau offre une vue sur les terrains d'entraînement. Et les frictions avec Vanhove ? " Elles n'ont jamais eu lieu ", a dit Vanhove à Monaco. " Je n'ai jamais compris que certains affirment que je ne veux pas travailler avec Marc. Je n'ai d'ailleurs rien à exiger au sein du club, juste à faire mon travail de la meilleure façon possible ". Personne n'empêchera Michel D'Hooghe de donner le cap à suivre pour Bruges, même si le président aime minimaliser son apport : " Il ne faut pas toujours se tourner vers moi quand on parle de changements ". Anticiper semble devenu son credo. Ainsi, pour éviter les surprises, il a organisé une réunion du comité de direction à propos des finances de la saison prochaine. Et pour exploiter de nouvelles opportunités en matière de marketing et de merchandising, trois personnes ont étudié les méthodes de Dortmund en la matière. Le Club Brugeois a amorcé la modernisation mais ce n'est pas pour autant qu'il perdra sa prudence légendaire. L'objectif est clair : décrocher en fin de saison un nouveau ticket pour la Ligue des Champions. Prudence. Tel sera aussi le mot d'ordre à Anderlecht, même après la qualification. Le président Roger Vanden Stock, très détendu en Principauté, a répété qu'il n'était pas question d'engager un nouvel attaquant. Il se réjouit des rentrées supplémentaires mais plaide pour une compétition belge plus forte, qui aiderait le Sporting a élever son niveau en Europe. La confiance habite à nouveau le bastion du foot bruxellois. L'optimisme régnait lorsque les adversaires du Sporting furent connus : le Bayern, Lyon et le Celtic Glasgow. Roger Vanden Stock et Michel Verschueren, dont on doute qu'il assistait à Monaco à son dernier tirage au sort européen, parlaient déjà de la deuxième place du groupe. Herman Van Holsbeeck évoquait la rotation de Pär Zetterberg dans l'équipe pour démontrer la force d'Anderlecht. Le Celtic et Lyon sont jouables, même si Giovane Elber piaffe d'impatience de démontrer qu'il est le digne successeur de Sonny Anderson chez le champion de France Le Bayern reste une forteresse avec de plus en plus de raffinement, où Roy Makaay est déjà soumis à une pression terrible. Le tabloïde Bild émettait déjà des doutes quant à la pertinence de ce transfert parce que le Néerlandais n'avait pas encore marqué en... deux matches. Les Munichois ont payé 18,75 millions d'euros à La Corogne pour acquérir Makaay et devront lui verser un demi-million supplémentaire par titre de champion durant les trois prochaines années. Sans compter le million d'euros promis au cas où le Bayern serait sacré champion d'Europe endéans quatre saisons. L'AC Milan, qui continue également à jongler avec les millions d'euros, a ajouté un trophée à sa collection vendredi dernier en empochant la Supercoupe. Michel D'Hooghe eut ainsi l'occasion de visionner l'un des prochains adversaires de Bruges. Il fut surtout impressionné par le travail de sape des deux médians défensifs Andrea Pirlo et Gennaro Gattuso. Ils permettent aux défenseurs centraux Paolo Maldini et Alessandro Nesta de jouer dans un fauteuil, avait constaté D'Hooghe sans pour autant se donner des airs de connaisseur. Cela n'a pas tempéré l'optimisme du président brugeois, qui avant la rencontre à Dortmund avait déclaré à ses joueurs dans le vestiaire : " Il y a des jours où on a la chance de repousser ses limites. Aujourd'hui, c'est le cas pour vous ". Le tirage au sort de la Coupe de l'UEFA attire généralement moins l'attention dans les salons monégasques. Mais Roger Lambrecht et Filippo Gaone, respectivement présidents de Lokeren et La Louvière, étaient fiers de se rendre au Grimaldi Forum. En héritant de Manchester City et de Benfica, ils se sont vus proposer des affiches alléchantes, se demandant immédiatement où ils disputeraient ces matches pour attirer le plus de monde possible. La compétition belge est à deux vitesses, à l'instar du foot européen. Dans une ambiance détendue et amicale, les délégations d'Anderlecht et de Bruges ont essayé de renforcer les liens. Ils étaient à la même table pendant le gala. Michel D'Hooghe raconta une anecdote relative à Jean-Luc Dehaene, l'ancien Premier ministre qui avait suivi le match à Dortmund depuis son lieu de villégiature en Sardaigne. Lors de chaque botté de penalty brugeois, il se mit dos au téléviseur et sa femme devait lui dire si c'était but ou pas. Et l'assistance se mit à rire à grand bruit. Dehors, les drapeaux de l'UEFA flottaient, le port était illuminé par les yachts et un grand feu d'artifice éclaira le ciel. La fête du foot européen pouvait commencer.