Sans verser dans la nostalgie qui déforme le passé en pays des merveilles, on doit bien admettre que le Sporting de Charleroi broie du noir cette saison. Joueurs médiocres, style de jeu absent, désaffection du public, ambiance d'église : le stade du Pays de Charleroi vit une année bien maussade. Et pourtant, le Carolo s'accroche à son symbole. Il y croit et il tente de sauver les apparences, toujours avec fierté.
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Sans verser dans la nostalgie qui déforme le passé en pays des merveilles, on doit bien admettre que le Sporting de Charleroi broie du noir cette saison. Joueurs médiocres, style de jeu absent, désaffection du public, ambiance d'église : le stade du Pays de Charleroi vit une année bien maussade. Et pourtant, le Carolo s'accroche à son symbole. Il y croit et il tente de sauver les apparences, toujours avec fierté. La gestion des Bayat est discutée mais, alors que le club tombe en friche, elle trouve de plus en plus d'adhérents. La faute à Mouscron dont la faillite a atténué la teneur des critiques : à défaut de résultats, les Carolos ont toujours un club en D1, eux. Peu de villes wallonnes peuvent encore en dire autant. Pour voir comment les Carolos vivent cette saison difficile, nous avons posé la question à d'anciens joueurs et entraîneurs du club, à des édiles politiques, à des supporters lambda, ceux qui sont toujours présents le samedi au stade. Bref à tous ces amoureux des Zèbres. Il fut une époque où le stade constituait le lieu opportun pour gagner des voix. Tout homme politique désireux de faire carrière à Charleroi ne devait pas manquer un match au Mambourg. Aujourd'hui, on ne s'y bouscule plus trop au portillon. Ou alors, on vient incognito avec ses enfants. Mais il est bien loin le temps où la tribune d'honneur ressemblait à un meeting du 1er mai. Olivier Chastel, chef de file MR, et secrétaire d'Etat à la Préparation de la présidence belge de l'Union européenne, l'avoue d'ailleurs d'emblée : " Le nombre de Carolos qui se disent - On quitte ses pantoufles et on va au stade a diminué. Tout est lié aux résultats. Un quart des supporters sont des supporters de la victoire. Et si je fais partie de ceux qui vont moins souvent au stade, je suis toujours désireux de connaître à 21 h 45 le résultat du Sporting. On est nombreux dans le cas. On a juste besoin d'une petite étincelle pour revenir au stade et ne plus attendre 21 h 45. " Olivier Chastel : Je reste très mesuré dans mes commentaires car j'ai toujours en tête les conditions dans lesquelles Abbas Bayat a repris le club et ce qu'on lui avait laissé dans les placards. Et avant de flinguer les Bayat, il faut se souvenir de ce qu'ils ont fait et de la manière avec laquelle ils ont assaini la situation financière du club. Certes, on a un club sain mais qui ne vit pas sur un grand pied et qui ne demande pas des moyens publics démesurés. Le Sporting survit donc en D1 au gré de résultats mi-figue, mi raisin. Le plus dérangeant, c'est de faire croire qu'on est capable de tenir la dragée haute sinon aux meilleurs, du moins à ceux qui visent l'Europe. Il vaudrait mieux avoir des objectifs raisonnables et les rencontrer que de dire qu'on vise le top 5. Chacun sait qu'il est difficile d'équilibrer la comptabilité et d'avoir en même temps des grandes ambitions. Et je peux tout à fait comprendre que les dirigeants pratiquent l'achat et la revente de joueurs pour équilibrer les comptes d'une société. Malheureusement, en fonction de la politique menée, qui, je le rappelle est liée à des besoins d'équilibre budgétaire, il y a de moins en moins d'attachement du Carolo envers son club. Il y a une certaine désaffection et une perte du sentiment d'appropriation de son club. Jean-Marc Nollet, vice-président du Gouvernement wallon, ministre du Développement durable et de la Fonction publique, de la Recherche et de l'Accueil de l'enfance : J'avais l'impression qu'on avait construit quelque chose avec John Collins. Se pose alors la question de la gestion sportive. On ne sait d'ailleurs toujours pas pourquoi Stéphane Demol est parti. Aujourd'hui, les incidents sont multiples. Il manque un patron qui pourrait calmer le jeu et apporter de la constance au groupe. Autrefois, il y avait cela avec Dante Brogno ou Didier Beugnies voire même avec des entraîneurs comme Jacky Mathijssen. Un club de foot n'est pas seulement une question d'investissement. C'est aussi quelque chose auquel on peut s'attacher. Et à ce niveau-là, se pose la question de la limite de la politique de transfert du stop and go. Actuellement, il n'est pas très tentant d'inviter des amis et d'aller au stade. Le Sporting n'a plus d'âme. Je me suis battu pour que le projet du futur stade fasse partie d'un projet de ville mais pour cela, il faut qu'on ait encore un club qui vit et qui vibre en D1. Thierry Siquet, ex joueur et entraîneur du club s'est montré très prudent dans son commentaire, mais a résumé son sentiment en une phrase : " Je n'en pense pas grand-chose mais si on lit les dernières interviews ( NDLR : il fait référence aux entretiens avec John Collins, Stéphane Demol et Michel De Wolf parus dans Sport/Foot Mag), je pense que cela reflète bien ce qui se passe au club. " Robert Waseige, l'ex coach des Zèbres, n'a plus été aussi remonté contre le Sporting depuis quelques années : " Lorsque j'ai lu l'interview de Michel De Wolf, je n'aurais pas pu mieux dépeindre les conditions dans lesquelles j'évoluais déjà à l'époque. En peu de mots, il a fourni la description la plus vraie. Au Sporting, il n'y a qu'une vérité. C'est le club de la pensée unique. Ceux qui osent pousser un coup de gueule vont en subir les conséquences. Il y en a un des trois chez les Bayat qui fout la m... et qui constitue un blocage. Abbas est, lui, dans son rôle et dans sa logique quand il dit - Pourquoi mon club ne disputerait pas les honneurs ? Il estime qu'avec du travail, le Sporting peut y arriver. Robert Waseige : Peut mieux faire assurément. Demol avait la carrure pour bien gérer son groupe. Hélas, il est tombé sur un saboteur qui ne peut fonctionner que s'il est le plus beau et le plus grand. Voilà déjà deux conditions qu'il ne risque pas de remplir ! Il ne suffit pas d'amener des joueurs... Il faut les faire fonctionner ensemble. J'aimais beaucoup la fantaisie et la créativité de Geoffrey Mujangi Bia. Majid Oulmers a acquis plus de fonds de jeu en prenant de la bouteille. Habib Habibou a des capacités mais pourquoi ne les exprime-t-il que par bribes ? Il doit quand même finir par se plier aux règles minimales d'un collectif. Gagner le soutien du public carolo est un paramètre important car c'est un public formidable. Il est relativement indulgent : il lui suffit de sentir que son équipe en veut et de voir qu'elle se défonce. Cela vaut pour tous les clubs de D1 : si tu vas pêcher dans un étang rempli de carpes du troisième âge, tu n'auras pas du poisson frais. Charleroi a une gestion sage et là, on doit quand même dire chapeau de tenir cette politique et d'assainir les finances. A décharge des joueurs, il faut aussi souligner les conditions moyenâgeuses du centre d'entraînement. Tous ces déménagements (à Tubize et à Monceau) constituent des boulets pour cette équipe. Ce sont des choses qui rendent l'atmosphère plus lourde. On ne peut pas exiger le même enthousiasme de ces joueurs que de ceux qui disposent d'un outil d'entraînement adéquat. Marco Casto et Olivier Suray vont encore régulièrement au stade. Ils sont donc bien placés pour parler de la saison des Zèbres. " Pour l'image de la ville, c'est décevant de voir la place qu'occupe le Sporting ", dit Casto. " Il faudrait être aveugle pour trouver du positif. La situation actuelle et le classement reflètent parfaitement le niveau de l'équipe. "Marco Casto : Le mal est dans le vestiaire. Il n'y a pas de cohésion entre les joueurs, ni d'esprit de groupe. On voit qu'à 20 ans, on a affaire à de fortes personnalités malgré leur manque de vécu. Comment peuvent-ils revendiquer un certain leadership puisqu'ils n'ont rien prouvé sur le terrain ni dans leur carrière ? Ce n'est pas pour rien qu'il y a beaucoup de bagarres dans le vestiaire ou à l'entraînement. Olivier Suray : Ils se prennent pour des stars alors qu'ils n'ont rien connu. Ce n'est pas parce qu'ils gagnent à la Playstation que ce sont des stars. Nous, on nous traitait de guindailleurs mais on a tous fait entre 12 et 15 ans de carrière. A Charleroi, on a l'impression que ce sont des météorites. Les joueurs ne font que passer. Sur le terrain, il manque beaucoup de chose : de la hargne mais aussi du c£ur. On a l'impression que certains sont un peu perdus ou robotisés. Ils sont englués dans des jeux de position. Il n'y a pas de débordements, pas de surprises. Personne ne bouge de sa position. C'est tellement prévisible pour l'adversaire ! Il y a un énorme manque de talent, de physique (surtout dans les duels) et de mentalité. Prenez le premier but de Genk : le Sporting perd cinq duels et les défenseurs n'ont fait que reculer, sans empêcher l'attaquant adverse de se retourner. Or, c'est la base du foot pour un défenseur ! Marco Casto : Elle n'est pas au beau fixe et les rapports entre les Bayat et les supporters n'arrangent pas les choses. Tout le monde remet de l'huile sur le feu. Et cela se ressent dans le vestiaire. Ce qui est positif, c'est que le club est sain. Les Bayat le gèrent comme une entreprise. Mais si cela fonctionne au niveau financier, les supporters, eux, n'arrivent pas à s'identifier. Olivier Suray : Quand tu vois 4.000 personnes au Mambourg, cela chagrine mais on peut comprendre les supporters ! Olivier Suray : Je ne pense pas. Ses commentaires montrent qu'il pense que les joueurs vont réagir comme ils le font en Angleterre. Il est trop gentil. S'il ne donne pas de coups de fouet, rien ne va changer. Charleroi tombe dans la facilité depuis un an ou deux. Certains choix sont bizarres. Il n'y a pas de ligne de conduite. Depuis que Craig est arrivé, je ne vois pas ce qui a changé. Il n'y a pas de flancs, pas de pressing, pas d'entrejeu. Les médians sont soit collés à la défense, soit à l'attaque. Et ils n'ont jamais le ballon ! Si tu n'as pas d'entraîneur capable de taper du poing sur la table et si tes joueurs n'ont pas peur de toi, tu perds 30 % de rendement. Marco Casto : Il n'y a pas eu de grand choc psychologique même s'il semble avoir apporté une autre méthode de travail. L'affluence ne cesse de baisser. En cause ? Les mauvais résultats et la division voulue par le club au sein des clubs de supporters. Marc Monetti, président de l'Amicale des supporters : " On vit une piètre saison. On est tous déçu des résultats mais aussi de la manière. A domicile, on subit les assauts des équipes adverses. Le mercato n'a encore rien résolu. Pourtant, il y a des manquements flagrants, notamment sur le flanc droit. Cette équipe n'est pas bien équilibrée. "Marc Monetti : Dès qu'ils sont sur le terrain, tout s'écroule. On a décrété que les joueurs ne pouvaient pas parler aux journalistes mais on ne peut pas dire qu'ils s'expriment davantage sur le terrain. Il n'y plus d'osmose entre les joueurs et les supporters. De plus en plus d'abonnés ne viennent pas aux matches. On préfère un souper de famille. L'ambiance reflète ce que Mehdi Bayat a semé puisqu'il n'y a plus de dialogue ni de communion entre les clubs de supporters. On est dans un stade terne. Il n'y a plus d'unité dans les tribunes. De plus en plus de personnes trouvent que Charleroi devrait descendre en D2 et retrouver un ancrage régional comme Saint-Trond l'a fait. Non. Il n'y a plus de clubmen. A part Alessandro Cordaro car il va au charbon. Il se bat, lui... par stéphane vande veldeDemol avait la carrure mais il est tombé sur un saboteur. (Robert Waseige)Ce n'est pas parce qu'ils gagnent à la Playstation que ce sont des stars. (Olivier Suray)