On l'avait découvert un jour de 2006. Et puis, on avait reçu quelques échos de la D2. Quel joueur mais quelle irrégularité ! Voilà ce qu'on savait du meneur de jeu congolais de Mons, Matumona Zola, particulièrement en verve en ce début de saison.
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On l'avait découvert un jour de 2006. Et puis, on avait reçu quelques échos de la D2. Quel joueur mais quelle irrégularité ! Voilà ce qu'on savait du meneur de jeu congolais de Mons, Matumona Zola, particulièrement en verve en ce début de saison. On a rencontré un homme attachant, qui avait pris, ce jour-là, son jeune fils de 18 mois avec lui à l'entraînement, simplement parce qu'il pensait qu'on était venu avec un photographe... Un homme sincère aussi, qui n'a pas hésité à revenir sur son parcours en dents de scie mais également sur les aléas de la vie quotidienne d'un joueur africain. Le tout sous le regard de son fils, Granodi, abréviation de " Grâce à notre Dieu ". " On lui a donné ce nom car cela faisait cinq ans que ma femme voulait ce bébé ", nous dit-il. Matumona Zola : Il me surprend car tout le monde pensait qu'on allait retourner directement en D2. Cependant, la D1 convient mieux à notre style, plus technique. Mais attention, si on commence à faire les malins, on va redescendre au classement. Il faut rester calme, tranquille et humble. Il faut tout donner à chaque match. Alors là, on va faire quelque chose. Le collectif. On a faim. Et puis, en attaque, on peut compter sur Ibou et Jérémy Perbet. Celui-là, c'est un vrai buteur. Il m'a volé un but mais ce n'est pas grave ( Il rit). Le groupe est humble. Regardez Tim Matthijs : il est gentil ; cela fait trois matches qu'il est sur le banc et il ne dit rien. Moi, quand je suis sur le banc, je fais le malin, je parle avec tout le monde. Lui, il reste calme. Oui, un petit peu. Cela faisait trois ans que je jouais en D2 et je pensais avoir perdu beaucoup de choses. Mes qualités ! J'ai aussi perdu beaucoup de temps dans ma carrière. Mais ce n'était pas mon choix ! Mon manager, Alfred Raoul, m'avait convaincu de rester au Brussels qui voulait remonter tout de suite. Mais on n'a finalement pas fait une bonne saison. Mon contrat s'est terminé et je n'ai reçu qu'une offre d'un club de D1 : Lokeren. Ils m'ont demandé de faire un test. J'étais surpris mais j'ai accepté. Finalement, ils ont jugé que je ne convenais pas. J'étais déçu : alors, comme ça, je n'étais pas assez bon pour la D1, pfff. J'ai alors décidé, avec ma femme, qu'il était temps de quitter la Belgique. Parce que je sentais qu'on ne voulait pas de moi. J'ai appris qu'à chaque fois qu'un club s'intéressait à moi, des gens du Brussels leur téléphonaient pour leur dire que je constituais une source de problèmes. Oui, je crois. Il m'avait bien traité de singe mais je n'ai jamais réussi à vraiment lui en vouloir. Sur le coup, je voulais casser mon contrat mais ma femme, ainsi que des proches du président Kabila ou l'ambassadeur à Bruxelles m'ont déconseillé de le faire. On me disait que cela se passait de la sorte dans le monde du foot. Et si j'avais cassé mon contrat, j'aurais mangé quoi ? Certains m'ont poussé à faire un procès pour toucher de l'argent mais je ne suis pas du genre à agir de la sorte. Au bout du compte, cette histoire a cassé mon image en Belgique. Je suis sûr que c'est pour cette raison que finalement Lokeren ne m'a pas pris. Car, il y avait quoi comme joueur à Lokeren ? Ne me dites que je n'avais pas assez de qualités pour ce club ! Parce que le jeu de la D2 ne me convient pas. Il est beaucoup plus physique. Quand j'y repense, je me dis que je ne veux plus retourner en D2. Cela ne m'intéresse plus. La D1 me convient davantage. Il y a du jeu, des espaces. Il y a tout. Il y a la télé, tu peux te montrer. Mon manager m'a dit que Dimitri Mbuyu me voulait. On a eu une bonne discussion. Le soir même le président Leone nous appelait pour fixer un rendez-vous. Mais mon manager a décidé d'y aller seul et de négocier sa commission sur mon dos. Leone a trouvé que la somme demandée était exagérée et a mis fin aux discussions. Quand j'ai appris que mon manager était parti seul, je lui ai dit que je ne voulais plus traiter avec lui et j'ai été voir Monsieur Leone, avec mon frère. On est finalement arrivé à un accord. Le discours de Leone m'a séduit. Il m'a dit - Je t'ai vu jouer et j'aime bien ton jeu. Tout le monde me dit de ne pas te transférer, que tu vas chercher des problèmes mais moi, je vais te prendre. Enfin quelqu'un qui ne s'en tenait pas aux rumeurs ! C'est lui qui m'a dissuadé de partir de la Belgique. J'ai perdu beaucoup de temps. Mais c'est comme cela. Quand on a raté la montée, il y a un an, j'étais déçu. Mais il n'y avait pas de sérieux, ni d'envie de monter. Il y avait trop de joueurs qui avaient déjà assez d'argent et de grosses voitures et qui s'en foutaient. Par contre, j'ai senti cette envie la saison dernière. On n'avait rien et on voulait monter en D1 pour améliorer notre salaire. On avait faim. C'est vrai. Dès que je rentre au pays, je joue un autre football. Au Congo, j'évolue comme numéro dix en homme libre. Je fais ce que je veux sur le terrain. En Europe, il y a sans cesse des consignes à respecter... Cela me dérange un peu mais c'est comme cela. Cependant, je suis toujours les consignes du coach. Je préfère cela que rester sur le banc. Oui. A chaque fois que j'y retournais, tout le monde me demandait pourquoi, avec mes qualités, j'évoluais en D2. Je répondais que c'était la vie. Alors, quand je revenais en sélection, je voulais montrer à tout le monde ce que je valais. A chaque fois que je portais le maillot des Léopards, je me défonçais. Là-bas, j'avais envie. Je jouais avec des grands joueurs et cela me motivait. C'est pour cette raison que les différents sélectionneurs du Congo ne m'ont jamais laissé tomber. Ils savaient que j'avais des qualités et ne regardaient pas si je jouais en D2 ou en D1. Robert Nouzaret ( NDLR : qui vient d'être remplacé par Claude Le Roy) n'a pas hésité à dire à tout le vestiaire : - Je veux que Zola reste et soit le leader. Quand je revenais de sélection, lorsque j'étais encore au Brussels, je me demandais ce que je faisais là ! Lors de son premier match, j'ai été exclu. Après, je suis resté sur le banc durant huit rencontres. Au début, j'étais en bagarre avec lui. Je ne comprenais pas pourquoi il ne m'alignait pas. Aujourd'hui, je suis content qu'il m'ait mis sur le banc. Il m'a dit que je devais améliorer mon niveau et il a titillé mon orgueil. Et lors du tour final, j'ai prouvé que je pouvais faire quelque chose à Mons. Là, tu as raison. C'est ce que j'essaye d'améliorer cette saison. Je veux garder ce niveau toute l'année. Tu sais, nous autres, Africains, c'est comme cela. Il faut aider la famille. Quand tu rentres à la maison, la famille en Afrique appelle, explique qu'il y a des problèmes. Quand ce n'est pas maman, c'est papa. Il faut envoyer de l'argent. Tu n'arrives donc plus à te concentrer sur le football. Finalement, j'adore m'entraîner. Je préfère cela que rentrer à la maison pour régler tous les problèmes. Ma femme ne travaille pas. Il n'y a que moi qui rapporte de l'argent. Il faut que je m'occupe de ma famille mais également de celle de ma femme. Mais je ne peux pas donner l'argent que je gagne à tout le monde ! C'est impossible ! Mais j'ai déjà arrêté de boire et de sortir. Avant, je sortais toujours avec des amis. Dans les boîtes. Surtout lorsque j'étais au Brussels et même lors de ma première saison à Mons. Cela fait cinq ans que je suis en Belgique et jusqu'en 2010, je n'étais pas vraiment stable comme devait l'être un professionnel. Ma femme m'a demandé de me calmer ( Il rit). Elle avait raison : quand tu ne bois pas ou ne sors plus, tu es toujours en forme à l'entraînement. Exactement. Cela fait cinq ans que ma femme est en Belgique et elle n'a toujours pas ses papiers. Dès le début, on s'est trompé en ne demandant pas les papiers du regroupement familial. A la fin de son séjour à Bruxelles, elle devait retourner au pays, comme si elle était simplement en vacances. Mais elle était venue me rejoindre définitivement. Elle ne voulait pas retourner. Depuis lors, elle n'a pas de papiers. Je n'arrête pas de faire des demandes à l'office des étrangers, j'appelle, j'appelle mais rien ne bouge. Sans doute parce qu'il n'y a pas de gouvernement. Peut-être que votre article va faire bouger les choses... Vous comprenez pourquoi parfois je joue mal ? Parce que j'ai trop de problèmes. Mais cette année, je vais me concentrer sur le football. Pas vraiment. Comme j'ai perdu du temps, je suis sûr que je peux encore progresser. Surtout en écoutant le staff. Oui, j'ai dû m'habituer au côté gauche, où je touche beaucoup moins de ballons. Au milieu, je bouge, je demande. Bagarre et puis calme ( il rit). Mais j'ai un respect profond pour lui car c'est un bon entraîneur. Il se fâche beaucoup trop mais cela prouve que c'est un gagneur. J'ai connu des grands entraîneurs comme Claude Le Roy et pour moi, Van Wijk a l'étoffe pour entraîner un grand club. C'est normal non ? Car quand on gagne, on reçoit des primes ( Il rit). Non mais pour le moment, je n'ai rien gagné (sic). Il est temps que je commence à gagner de l'argent. Bien sûr. Même si ce n'est pas d'actualité car j'ai encore trois ans de contrat ici. Mais je n'aurais aucun problème à partir là-bas. Mais ici aussi, j'en ai souffert, non ? Si tu prends ton argent, peu importe les propos racistes. Cela finit toujours par se calmer... Je ne voulais pas qu'il porte le nom Zola car il porte malchance. On ne progresse pas avec. Et puis, mon frère a déjà toute une tribu de Zola. A moi maintenant de créer la mienne de Matumona ! PAR STÉPHANE VANDE VELDE" Ma relation avec Van Wijk ? Bagarre et puis calme (il rit). "