Enzo is terug. On le coince juste après son tout premier rendez-vous avec son prof de néerlandais. Ils viennent de calibrer la suite du programme, ce seront des cours particuliers à raison de deux ou trois séances par semaine. Il espère qu'après ça, on lui foutra la paix ! Au fait, il aurait pu éviter la polémique en suivant des cours plus tôt, sachant que le nombre de clubs francophones de D1 est extrêmement limité et qu'il a quand même eu des périodes de temps libre. Pas vrai ?
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Enzo is terug. On le coince juste après son tout premier rendez-vous avec son prof de néerlandais. Ils viennent de calibrer la suite du programme, ce seront des cours particuliers à raison de deux ou trois séances par semaine. Il espère qu'après ça, on lui foutra la paix ! Au fait, il aurait pu éviter la polémique en suivant des cours plus tôt, sachant que le nombre de clubs francophones de D1 est extrêmement limité et qu'il a quand même eu des périodes de temps libre. Pas vrai ? ENZOSCIFO : Tout à fait. J'avais commencé des cours pour retrouver les bases, j'ai fait ça pendant deux ans, puis j'ai arrêté. Parce que j'étais dans une situation de confort à Mons. Un peu de fainéantise, probablement. Aujourd'hui, je suis déterminé. SCIFO : Si je te dis que je n'ai pas accusé le coup, je te mens ! J'ai été vexé. Mais ce qui m'a fait le plus mal, ce n'est même pas le C4 en lui-même. Ce sont les circonstances qui me restent toujours en travers de la gorge. Si mon équipe est dernière à dix matches de la fin, là OK, je trouve normal qu'on me remplace. Mais pas après moins d'un tiers du championnat, et après ce qu'on avait réalisé la saison précédente. Mons n'avait jamais réussi des résultats pareils. Ce qui m'a fait mal aussi, c'est que je n'ai même pas été licencié par mes employeurs ! La direction n'avait plus le contrôle de son club, des personnes extérieures avaient pris les choses en mains. SCIFO : Les images... Il y a des coaches qui vont au clash avec leurs joueurs et qui le font publiquement, quand il y a des journalistes au bord du terrain. A chacun sa méthode. Moi, j'ai toujours réglé les problèmes à l'intérieur du vestiaire. Et je ne pense pas que ce soit obligatoire d'être très dur, d'entrer dans des rapports de force et de faire trembler les murs pour être un bon entraîneur. J'espère, en tout cas. Simplement, quand j'ai dû recadrer un de mes joueurs, je l'ai toujours fait. Et celui qui ne comprend pas, il dégage. SCIFO : Evidemment. Je serais trop gentil, trop mou, trop ci, trop ça. Je vais avoir 50 ans et j'en ai marre d'entendre et de lire sans arrêt les mêmes choses. On dirait que certaines personnes aiment bien entretenir cette réputation de coach pas assez dur. On aime bien dire aussi que mon parcours d'entraîneur n'est pas un succès. Je dis stop. Stop ! Partout où je suis allé, j'ai fait mieux que mes prédécesseurs et mes successeurs. Partout, j'ai assuré le sauvetage de mon équipe bien avant la fin du championnat. Et j'ai travaillé où ? A Charleroi, à Tubize, à Mouscron, à Mons. Si ça, ce n'est pas une réussite, je ne comprends plus rien. Si ce n'est pas convaincant, qu'est-ce qu'il faut pour être convaincant ? Je suis fatigué de tous ces commentaires. Et je m'attendais à ce que la question revienne dès le début de l'interview parce que c'est toujours comme ça. Je ne me retrouve pas dans la description qu'on fait de moi. SCIFO : Si on me dit que je leur ressemble, je prends, c'est un compliment. Depuis Guy Thys, personne n'a fait mieux avec les Diables. On avait beaucoup de respect pour lui. Parfois, on rigolait de lui, mais toujours avec respect. Qui a raison au bout du compte ? Un mec comme lui ou un entraîneur qui se donne un genre et qui ne fait pas de résultats ? SCIFO : Pas grave. Le travail sera différent, j'y suis préparé. Je n'entre pas sur un terrain miné, je sais ce qu'on me demande. Les Espoirs, c'est un défi magnifique. Mais tu sais que j'ai même entendu que j'acceptais cette équipe parce qu'on ne m'avait rien proposé d'autre ?... SCIFO : J'ai reçu son appel au début de mes vacances dans le sud de la France, et dès ce moment-là, mes vacances étaient déjà réussies. J'ai passé un séjour extraordinaire alors que je ne savais pas du tout ce que Marc Wilmots allait me proposer. Mon départ de Mons remontait à près d'un an et, entre-temps, pas une seule personne ne m'avait appelé pour savoir comment j'allais ou pour me proposer quelque chose. Pas une ! J'ai douté un peu. Alors, quand ça vient du coach des Diables ! C'était après le retour du Brésil, donc c'est clair que Wilmots n'avait pas besoin de moi à ce moment-là. Ce n'était pas un coup de pub de sa part, hein ! Il m'a dit qu'il avait un truc en tête pour moi mais il préférait qu'on se voie pour en discuter en détail. Je me suis dit : -Les Espoirs, sûrement pas, Johan Walem est bien installé. J'avais juste un peu peur qu'il me propose un rôle honorifique à la Paul Van Himst... (Il rigole). Mais j'étais déjà convaincu que j'avais trouvé quelque chose. Quand on s'est vus à mon retour, il m'a expliqué qu'il appréciait beaucoup le travail de Walem et qu'il pensait à moi pour mettre en place une passerelle vers les Espoirs, avec les -17, -18 et -19. SCIFO : Marc Wilmots m'avait prévenu dès le début, il m'avait dit que ça risquait de ne pas être simple. Il a toujours été clair, il m'a informé en permanence de l'évolution de la situation, il me rassurait. Comme il l'avait prévu, ça n'a donc pas été facile et je ne vais pas te dire que j'ai sauté en l'air quand on a commencé à raconter, au dernier moment, que j'avais le handicap de ne pas parler néerlandais. SCIFO : Oui, on s'était croisés dans une loge à Auxerre et il m'avait conseillé de devenir entraîneur dès la fin de ma carrière de joueur. Mais il n'y a pas que Jacquet qui m'a dit ça. Arsène Wenger et Guy Roux, notamment, m'avaient tenu le même discours. Pour me faire plaisir ? Je ne crois pas, ce n'est pas leur genre. Ils m'avaient expliqué que j'avais des aptitudes pour gérer un vestiaire. SCIFO : C'est vrai. Ce n'était pas mon ambition. J'ai commencé contre mon gré, j'avais dit à Bayat de trouver très vite quelqu'un d'autre. Mais après quatre ou cinq matches, j'avais décidé : ce métier était fait pour moi. SCIFO : Mais pourquoi revenir encore là-dessus ? A croire que ça amuse les gens. Oui, j'avais arrêté mais il y avait les circonstances. Je venais de perdre mon frère, ce n'était pas simple. On en reparle maintenant alors que ça remonte à 2005. C'est toujours comme ça : avec Enzo Scifo, on en fait tout un plat. La polémique n'est jamais loin quand je suis là. D'accord, alors on va un peu reparler du passé... Souviens-toi de mes débuts à Mouscron : ça se passait bien sur le terrain et on a alors relevé le fait que je n'avais pas le diplôme. D'autres entraîneurs étaient dans le même cas mais on fermait les yeux. Aujourd'hui, c'est la polémique sur mon niveau de néerlandais. C'est lourd. Je dis stop ! S'il y a une règle, qu'on l'applique à tout le monde. A Dick Advocaat, aux autres, à tout le monde... J'ai passé mes diplômes, j'apprends le néerlandais, maintenant on ne regarde plus que devant ! J'ai horreur d'être victime du passé et de ce qu'on a envie de raconter sur mon dos. SCIFO : Je vois que ça amuse. Tu sais pourquoi ? Parce que j'ai les épaules pour ! Il y a des gens qu'on ne va jamais emmerder parce qu'on estime qu'ils ne seront pas capables de supporter. Avec moi, il n'y a pas de pitié parce que je sais encaisser. SCIFO : Je ne dis pas que je suis un roc, je ne dis pas que je suis le plus costaud du monde mais on peut quand même y aller ! C'était déjà comme ça quand j'étais joueur. SCIFO : Il avait raison, c'était un super laboratoire pour commencer. Mario Notaro m'a dit à la même époque : -Si tu réussis ici, tu peux aller partout. Rien n'était simple, j'abandonnais du jour au lendemain le métier de joueur pour devenir l'entraîneur de mes coéquipiers, j'avais la casquette de dirigeant qui n'était pas facile à combiner. La pression était énorme. SCIFO : Pour parler comme ça, il avait sûrement besoin de moi pour un truc ou l'autre à ce moment-là... (Il rigole). Il exagérait quand même un peu... Un jugement aussi élogieux alors que j'avais encore tout à prouver, ça me paraît gros. Mais Haan avait remarqué que j'avais des aptitudes pour diriger un vestiaire, déjà quand j'étais joueur. Quand on était ensemble à Anderlecht, je portais le groupe. SCIFO : Je n'ai jamais décollé du sol depuis que je suis entraîneur, je le jure ! J'ai tout de suite compris les difficultés du métier, je ne suis jamais tombé dans l'excès de confiance. Quand tout va bien... je me méfie. C'est terrible ! Les seuls moments dans ma vie où je n'ai pas gardé les pieds sur terre, c'était à la fin de mon premier séjour à Anderlecht, en début de carrière, juste avant de partir à l'étranger. Tout roulait pour moi, j'avais reçu le Soulier d'Or, je me suis sans doute cru trop beau, trop grand. Ça allait tellement bien que je ne pouvais pas imaginer que le foot de haut niveau, ça se passait aussi en dehors du terrain. Je l'ai vite payé. SCIFO : Dans ceux qui ne deviennent pas entraîneurs, j'en vois surtout qui ont perdu la passion du foot au fil de leurs années de joueur. Ça se remarque directement chez un footballeur en fin de carrière. S'il n'est plus passionné, c'est fini, il faut qu'il cherche un autre domaine pour sa reconversion. Il faut aussi avoir gardé le sens du sacrifice. Quand tu as fait des mises au vert pendant 20 ans, tu dois t'accrocher pour repartir sur le même rythme en tant que coach. SCIFO : Il avait raison, mais en partie seulement. Les cours sont un outil complémentaire, rien de plus. Si tu commences à pratiquer ce métier en te basant uniquement sur ce qu'on t'a appris à l'école, c'est impossible de réussir. Parce que tu n'as pas, à l'esprit, les choses les plus importantes. De mon bagage d'entraîneur, il y a 50 % qui vient de ma carrière. Et seulement 10 ou 15 % du Heysel. Le reste, tu l'apprends sur le terrain, sur le tas, avec l'expérience du travail en semaine et des matches du week-end. SCIFO : J'avais peut-être les qualités pour le faire, mais sans m'en rendre compte puisque ce n'était pas mon ambition. Si tu ne crois pas en ce que tu fais, il y a peu de chances que tu sois capable de le faire, et moi, quand je jouais, je ne croyais pas en ce que certains avaient envie de me faire faire ! On me disait que je devais faire ce boulot mais ce n'était même pas une motivation supplémentaire. Dans ma tête, je n'allais pas envisager ma reconversion avant d'avoir joué mon tout dernier match. SCIFO : On a le droit de dire que j'ai eu plus de crédit qu'un autre entraîneur débutant mais je ne suis pas du tout d'accord. C'est tout le contraire. J'estime que je ne suis même pas parti sur le même pied que les autres : j'ai démarré avec un a priori négatif. Beaucoup de gens pensaient que si je pouvais commencer aussi vite en D1, c'était parce que je m'appelais Enzo Scifo. On me le faisait sentir. SCIFO : Pour moi, il n'y a pas de règle. Je pourrais citer des entraîneurs qui ont commencé en Provinciales et qui ont fait une belle carrière, il y en a qui ont débuté en D1 et n'ont pas réussi. Le niveau auquel on entraîne dépend aussi des ambitions de chacun. J'ai accepté Tubize, Jan Ceulemans est descendu plus bas parce que ça lui correspondait bien. Il était content. Et quand il était à Westerlo, il disait qu'il n'avait pas envie d'aller plus haut. SCIFO : Il avait bien vu, ce n'est pas nécessairement évident de faire la transition. Guy Roux m'avait dit la même chose : -Quand on entraîne un club qui ne joue pas le top, il faut s'habituer à perdre. Et donc, j'ai dû m'habituer. Quand tu entraînes Charleroi, Mouscron, Mons ou Tubize, tu ne peux pas gagner tous tes matches ! Mais s'habituer, ça ne veut pas dire accepter. Et sur ce point-là, je suis intransigeant avec mes joueurs. Ceux qui acceptent une défaite sans broncher, je les repère directement, ça se sent, et ils ont peu de chances d'être encore dans l'équipe huit jours plus tard. Si j'apprends qu'il y en a un qui est parti faire la fête juste après une défaite, ça va mal se passer. SCIFO : Il ne peut pas dire ça puisqu'il n'a pas eu de carrière de joueur. (Il rigole). SCIFO : Il avait raison de parler comme ça puisque je ne m'étais jamais profilé comme futur entraîneur lors des rendez-vous en équipe nationale. SCIFO : C'est n'importe quoi. Peut-être que Leekens a dit ça parce que, lui-même, il a senti qu'il n'avait plus la même force quand il a commencé à gagner plus d'argent. On aurait aussi pu tenir le même raisonnement quand je suis revenu à Anderlecht, alors ? J'avais très bien gagné ma vie, à Monaco notamment, mais je n'ai peut-être jamais été aussi impliqué qu'au moment de ce retour en Belgique. Il y a plein d'exemples de sportifs qui gardent la même flamme alors qu'ils ont mis beaucoup d'argent de côté. Prends Didier Deschamps. Il a tout gagné mais je n'ai pas l'impression qu'il soit démotivé comme entraîneur ! Je m'implique toujours à fond parce que c'est une question d'envie, pas une question d'argent. Si je n'avais pensé qu'au salaire, je ne serais pas à la Fédération mais dans un pays du Golfe ou en Algérie où on m'avait proposé un très beau contrat. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE" De mon bagage d'entraîneur, il y a 50 % qui vient de ma carrière et seulement 10 à 15 % du Heysel. " ENZO SCIFO " J'avais juste peur que Marc Wilmots me propose un rôle honorifique à la Paul Van Himst... " ENZO SCIFO " Je ne pense pas que ce soit obligatoire d'être dur pour être un bon entraîneur. " ENZO SCIFO