Les Diables Rouges entre triomphe et tragédie. Ces dernières années, que n'a-t-on écrit sur cette génération en or, avant d'être, chaque fois, très déçu ? Le football de cette talentueuse levée était bien peu pétillant alors qu'elle joue sur fond d'attentes parfois irréalistes. Que ce soit sous les ordres de Dick Advocaat, de Georges Leekens ou de Marc Wilmots, le jeu n'a jamais été stable. C'était souvent dû à un manque de caractère, à la surestimation de soi-même, à un mode de pensée trop égocentrique, trop peu collectif.
...

Les Diables Rouges entre triomphe et tragédie. Ces dernières années, que n'a-t-on écrit sur cette génération en or, avant d'être, chaque fois, très déçu ? Le football de cette talentueuse levée était bien peu pétillant alors qu'elle joue sur fond d'attentes parfois irréalistes. Que ce soit sous les ordres de Dick Advocaat, de Georges Leekens ou de Marc Wilmots, le jeu n'a jamais été stable. C'était souvent dû à un manque de caractère, à la surestimation de soi-même, à un mode de pensée trop égocentrique, trop peu collectif. Roberto Martinez veut développer une véritable rage de vaincre. Après son embauche, il a déclaré que la Belgique pouvait être championne du monde mais après sa décevante prestation contre les Pays-Bas, il a lourdement vanté le jeu de l'Estonie. Pour affûter son noyau ? Dimanche, les Diables Rouges ont plongé le pays dans le délire. Ça nous a rappelé la période précédant le Mondial, quand l'équipe se profilait en produit national. Naturellement, l'Estonie était un adversaire peu vigoureux et tout coule de source quand on peut marquer après huit minutes dans ce genre de matches mais par moments, l'équipe a développé un football chatoyant, avec beaucoup de mouvement et de profondeur, de vitesse et de sang-froid devant le but. Pourquoi l'équipe n'affiche-t-elle pas la même concentration, la même faim à chaque match ? C'était déjà comme ça au Mondial brésilien puis à l'EURO français et la semaine passée à Amsterdam, les Diables ont semblé prendre le même chemin, en affichant une arrogance déplacée, qui a profondément agacé Martinez. Il est bizarre qu'après le match aux Pays-Bas, le sélectionneur ait dû faire appel à plus de rage de vaincre, même dans les matches amicaux. Comme si des footballeurs royalement payés ne devaient pas fournir cet effort par eux-mêmes. Ça fait partie de leur travail. Timmy Simons personnifie à merveille ces dispositions. Indépendamment de la cascade de blessures, ne faut-il pas placer sous cet éclairage la convocation inattendue du capitaine du Club Bruges, qui a près de 40 ans ? La route de Roberto Martinez est encore longue. Après son expérience étrange aux Pays-Bas, avec Dries Mertens en pointe, il semble que les pièces du puzzle se mettent en place. Martinez convainc ses joueurs par des entraînements variés, qui forment un contraste saisissant avec la monotonie des exercices dispensés par son prédécesseur. Il trace des lignes claires, ne se soucie pas des noms et rappelle par sa discipline Dick Advocaat, qui avait mis fin à l'anarchie et posé de nouvelles bases. Seule sa communication est défectueuse. On en veut pour preuve la polémique suscitée par la non-sélection de Radja Nainggolan : il ne reprend pas un joueur parce qu'il ne serait pas en forme alors qu'il s'agit d'une mesure disciplinaire. C'est en contradiction avec la clarté que requiert Martinez dans d'autres domaines. Ça montre aussi que le département communication de la fédération, qui a perdu deux personnes de plus la semaine dernière, a du pain sur la planche. Même si le match de dimanche a été agréable, ce n'est qu'un instantané qui souligne les possibilités de ce groupe quand chacun est concentré. On ne mesurera les limites réelles de cette équipe que plus tard, face à des adversaires d'un niveau supérieur. Ce ne sera sans doute pas avant le Mondial russe. En attendant, l'équipe peut travailler ses automatismes, chercher une occupation fixe et placer chacun à la position qui lui convient le mieux. Aligner Kevin De Bruyne dans l'axe aux côtés d'Axel Witsel était une bonne chose. Même si De Bruyne montre à Manchester City qu'il est meilleur quand il évolue plus haut, il a bien dirigé le jeu depuis son poste. Est-ce possible de rééditer ces performances contre de grandes nations ? Durant cette longue trêve hivernale, Roberto Martinez doit s'interroger à ce propos, sur ses joueurs comme sur lui-même. La victoire 8-1 contre l'Estonie ne permet pas de planer et d'ignorer les chantiers qui restent. PAR JACQUES SYSRoberto Martinez a le temps de s'interroger sur beaucoup de choses. Y compris sur lui-même.