Momo Sarr : " Lors de ma première saison au Nawetan, le championnat inter-quartiers de Dakar, je me suis distingué et par hasard, j'ai rencontré le Néerlandais Iwan Postel, qui venait visionner les joueurs avec une société de Monaco. J'avais 17 ans et voilà que je pouvais effectuer un test en France. J'ai finalement obtenu un contrat à Trévise, le club le plus raciste d'Italie... Je me souviens qu'un ami nigérian effectuait ses débuts avec l'équipe fanion. Pour protester contre l'alignement d'un joueur noir, les supporters ont commencé à quitter le stade. En réaction à cette acti...

Momo Sarr : " Lors de ma première saison au Nawetan, le championnat inter-quartiers de Dakar, je me suis distingué et par hasard, j'ai rencontré le Néerlandais Iwan Postel, qui venait visionner les joueurs avec une société de Monaco. J'avais 17 ans et voilà que je pouvais effectuer un test en France. J'ai finalement obtenu un contrat à Trévise, le club le plus raciste d'Italie... Je me souviens qu'un ami nigérian effectuait ses débuts avec l'équipe fanion. Pour protester contre l'alignement d'un joueur noir, les supporters ont commencé à quitter le stade. En réaction à cette action raciste, la semaine suivante, le staff et toute l'équipe se sont coloré le visage en noir. Je suis très reconnaissant à Trévise, malgré tout, car il m'a lancé en Europe. Un an et demi plus tard, j'étais vendu à Milan. Je me suis entraîné avec le noyau A. Il y avait entre autres PaoloMaldini, AndreaPirlo, GennaroGattuso, KakhaKaladze et FilippoInzaghi. J'ai joué en Réserve avant que Fatih Terim me reprenne en équipe fanion. J'ai joué deux matches de Coupe UEFA mais ensuite, Carlo Ancelotti l'a remplacé et c'en était fini de moi. Je sortais d'un bidonville de Dakar et je me retrouvais dans l'équipe la plus forte du monde. Cela allait trop vite. Arriver aussi jeune ne manque pas d'avantages mais recèle aussi des risques. Quand on débarque dans cet univers, qu'on gagne 10.000 fois plus d'un coup, on peut se monter la tête. Je n'étais pas encadré par mes parents, comme Axel Witsel au Standard... Je n'avais personne pour me conseiller, me garder les pieds sur terre et me remettre à ma place. J'ai donc connu des hauts et des bas. Maintenant, je suis plus stable et plus régulier dans mes prestations. Terim m'a enrôlé à Galatasaray. J'ai très bien entamé le championnat puis j'ai eu des problèmes avec l'entraîneur, qui était pourtant un second père pour moi. Je revenais à peine de blessure et il a voulu que je joue contre Fenerbahçe. J'ai dit que j'avais encore mal mais il a cru que je n'avais pas envie de jouer. C'est là que les problèmes ont commencé. Je ne comprends toujours pas. Pourtant, je le remercie du fond du c£ur car il a beaucoup contribué à ma réussite en Europe. Je suis finalement arrivé au Standard via Ancône, l'Atalanta Bergame et Vittoria. Je dois mon expérience à ce parcours. Grandir dans de telles conditions est un grand avantage : vous apprenez à connaître les racines de la vie. Quand vous sortez d'ici, vous ne connaissez plus le mot peur. Vous n'êtes pas vite impressionné par des gens ni des situations. Dans les moments difficiles de ma carrière, je me ressource et je me rappelle l'époque où je vivais ici. Mon passé m'aide à vivre le présent et m'endurcit en prévision de l'avenir. Je sais que quand vous désirez quelque chose, vous pouvez le réaliser si vous le voulez suffisamment. Il ne faut pas se concentrer sur un objectif à 100 % mais à 1.000. Il faut croire que c'est possible, croire en vos qualités et tout mettre en £uvre. Seul le travail porte ses fruits. J'ai toujours fonctionné de la sorte. "