Pour beaucoup, Selim Amallah est devenu joueur de foot le 1er mars dernier suite à un éclair de génie, à Sclessin. En vrai, le Belgo-Marocain, né Montois, est professionnel depuis juin 2015 mais avançait, depuis, à pas feutrés. C'est peut-être là le point commun entre les scouts du monde entier et le grand public.
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Pour beaucoup, Selim Amallah est devenu joueur de foot le 1er mars dernier suite à un éclair de génie, à Sclessin. En vrai, le Belgo-Marocain, né Montois, est professionnel depuis juin 2015 mais avançait, depuis, à pas feutrés. C'est peut-être là le point commun entre les scouts du monde entier et le grand public. Présents en nombre depuis plusieurs semaines au Canonnier, les deux saluent aujourd'hui les prestations individuelles du nouveau maître à jouer de l'Excel 2.0, sans pour autant les avoir repérées de loin. Rencontre avec un ancien discret qui a enfin décidé de faire du bruit. Selim, comment expliquerais-tu le contraste abyssal entre les deux visages affichés par l'Excel cette saison ? SELIM AMALLAH : Je crois que le coach actuel a amené énormément de sérénité dans le club. Le stage de début janvier a fait aussi beaucoup de bien. On a remis les choses à plat. Ceci dit, c'est dur de trouver une seule raison à la bonne passe actuelle, parce que je crois que c'est un tout. Par exemple, j'ai l'impression que ce n'est pas toujours facile de travailler à Mouscron pour un entraîneur belge. Ici, le coach actuel, Bernd Storck, s'entend très bien avec notre directeur technique ( Jürgen Röber, ndlr) et visiblement c'est très important pour l'équilibre du club. Je ne suis pas certain que Frank Defays ait toujours eu le soutien de la direction. Ça peut jouer aussi. Mais ce n'est pas tout, il fallait encore que la mayonnaise prenne parce que je ne suis même pas sûr qu'il y a réellement plus de qualité cette saison à Mouscron qu'il y en avait l'an dernier. Par contre, l'osmose autour du groupe actuel est réelle et ça, c'est le mérite du coach. C'est un peu cliché, mais avant Mouscron, c'était une somme d'individualités, ici, on a vraiment affaire à un bloc équipe. Ce n'est pas un peu facile de penser que tout ça est le seul fruit du travail de Bernd Storck ? AMALLAH : Si, sans doute... ( Il réfléchit) Personnellement, moi qui m'entendais, par exemple, très bien avec Frank Defays, je serais incapable de dire s'il aurait été possible de faire la même saison avec lui qu'avec le coach actuel. Après, il est évident qu'on a affaire à deux manières très différentes de travailler. Frank Defays nous laissait beaucoup de liberté et avait de ce fait là moins d'autorité sur le groupe. Bernd Storck, c'est la " Deutsche Qualität " ( rires). C'est beaucoup plus strict. Il est omniprésent, il ne laisse rien au hasard. Il cherche à nous mettre en permanence dans les meilleures dispositions, mais il attend aussi un retour. Soit tu suis sa ligne de conduite, soit tu sors du groupe et je crois que dans le chef de certains joueurs, ça a pu leur faire du bien d'avoir cette donne-là. Tu en parles, comme si tu ne te considérais pas dans le groupe de joueurs qui avaient besoin de cette rigueur. Alors que tes prestations aujourd'hui n'ont plus grand-chose à voir avec celle du début de saison. Preuve qu'il y a, là aussi, eu un vrai changement...AMALLAH : Attention, bien sûr que le coach m'a fait évoluer, mais je sais aussi que, quelle que soit la liberté qu'on m'octroie, je vais toujours rester droit dans mes bottes. C'est dans mon éducation, j'ai été élevé comme ça. Il y a des joueurs qui ont un plus gros caractère que d'autres, et qui ont besoin d'être cadrés par un coach. Mais moi, honnêtement, je ne pense pas que ça soit mon cas. J'ai toujours été un bon petit soldat habitué à marcher droit ( rires). Ce qui peut contrecarrer cette impression de droiture laissée par Storck, c'est cette philosophie de jeu assez joueuse. Ses détracteurs disent que Mouscron est une équipe pleine de candeur à qui tout réussit, mais dont les manquements défensifs sont parfois réels. À titre personnel, tu as déjà bénéficié d'autant de liberté ? AMALLAH : Probablement, pas. Ça fait du bien et c'est encore une autre preuve de la confiance que le coach nous donne. Dans mon cas, il sait que je vais faire le boulot en perte de balle, donc il me laisse prendre l'initiative. Me balader un peu sur le terrain. Mais vous savez, tout le monde parle de ce match avec la Hongrie contre la Belgique à l'EURO 2016 ( Storck était alors le coach de la Hongrie, ndlr), mais ce qui peut très bien marcher avec une équipe ne marche pas forcément avec une autre. Je pense qu'ici, on a assez de joueurs doués techniquement dans l'équipe pour avoir envie de prendre le jeu à notre compte. C'est naturel. Ce serait un peu absurde de se mettre dans une position d'attente quand on a les moyens de dicter notre jeu. Après, oui, le coach nous laisse beaucoup de liberté en phase offensive mais, en phase défensive, on travaille pour deux. Moi, mon rôle, c'est de mettre le pressing sur l'extérieur gauche quand il a le ballon. Et d'un autre côté, de presser le milieu de terrain qui est resté libre. Le coach sait que je peux avoir un gros volume de jeu, donc il m'en demande beaucoup. C'est un contrat de confiance entre lui et moi. On joue simple dans notre partie de terrain et on peut se faire plaisir dans la partie de terrain adverse. Dans les moments plus difficiles que le club a connus, il paraît que tu as parfois eu le rôle de confident dans le groupe. À seulement 22 ans, c'est pas mal. Tu te sens déjà les épaules pour porter un vestiaire ? AMALLAH : C'est marrant parce que je suis un grand timide en dehors du vestiaire, mais dans le milieu du foot, je suis un autre homme. Je deviens une grande gueule quand j'arrive autour d'un stade. Que ce soit avec mes coéquipiers ou les arbitres, j'ai besoin de m'exprimer. Je ne crois pas que ça fasse de moi un leader, mais en tout cas quelqu'un qui se sent concerné. Par exemple, je prends rarement la parole devant tout le monde dans le vestiaire. Je laisse ça aux plus anciens comme Noë ( Dussenne, ndlr), Bruno ( Godeau,ndlr) ou Mbaye ( Leye, ndlr) évidemment. Moi, je préfère prendre la personne en aparté si je remarque que quelqu'un a un petit coup de moins bien dans le groupe ou sur le terrain. Ce sont les épreuves que tu as connues dans le passé, que ce soit d'un point de vue personnel avec le décès de ta maman ou professionnel après avoir été écarté d'Anderlecht au bout de 4 ans, qui t'aident aujourd'hui à avoir cette maturité-là ? AMALLAH : C'est évident que ça a eu un impact. C'est un tout. Le décès de ma maman à 15 ans, ça fait partie de mon histoire. Et quand tu vis cela, tu apprends à grandir avec, forcément. J'ai dû apprendre seul certaines choses et je crois que je peux dire que ça m'a aidé à me construire. À Anderlecht, tu étais de la même génération que Charly Musonda Junior ou Andy Kawaya. Deux joueurs qui ont explosé très jeune avant de stagner. Toi, tu as avancé sans faire de bruit, l'école de l'humilité finalement ? AMALLAH : Je ne dirais pas ça. Je suis de confession musulmane et je crois vraiment que tout est déjà écrit, que notre destinée est toute tracée. Si je n'ai pas émergé à Anderlecht, je crois donc qu'il y avait des raisons, à l'époque. Certaines en lien direct avec mon histoire personnelle. Mais ce n'est pas moi qui vais vivre dans le regret. On a tous nos propres trajectoires. Je souhaite d'ailleurs aux joueurs que tu as cités de faire la carrière qu'ils méritent, mais j'ai tendance à croire qu'on a tous notre moment dans une carrière. Moi, j'ai avancé à mon rythme, tranquillement. Sans pression aussi. Si ce n'est celle de mon père ( rires). Sans rire, je lui dois tout. C'est lui qui a fait en sorte que je devienne l'adulte que je suis aujourd'hui. Il m'a appris à me battre pour réussir. Volontairement, il a parfois été dur avec moi. Que ce soit en m'infligeant des séances supplémentaires dans le jardin ou en me bousculant verbalement pour que je me remette en question. C'est aussi pour lui que j'avais envie de réussir et que j'ai envie de pouvoir aller encore plus haut. Tout le monde a parlé de ton assist contre le Standard il y a trois semaines, un assist qui t'a fait entrer d'un coup dans une autre dimension. Certains ont dit qu'il y avait du Kevin De Bruyne dans cette ouverture. D'autres ont vu une roulette à la Zidane. Tout va très vite dans le foot...AMALLAH : Ça fait toujours plaisir quand on entend parler de soi en bien. Surtout quand on te compare à des joueurs comme ça. Mais je vous rassure, je ne suis pas fou et je ne vais pas prendre le melon parce que j'ai fait une belle passe, hein. Ce qui est vrai, par contre, c'est que j'ose aujourd'hui des choses que je n'aurais pas eu le cran de tenter hier. Je crois que c'est aussi le mérite de Frank Defays qui m'a fait prendre conscience l'an dernier en PO2 de certaines choses. Je suis quelqu'un qui a besoin de jouer librement pour prester et le point commun entre Defays et Storck, c'est de m'avoir offert cette liberté tout en m'apportant énormément de confiance. Tu n'es pas le seul dans ce cas-là dans le groupe. C'est encore plus frappant avec des joueurs comme Taiwo Awoniyi ou Jean Butez...AMALLAH : ( Il coupe) Et que penser alors de Mërgim Vojvoda ou Bruno Godeau ? Je cite spontanément ces deux-là parce qu'ils sont devenus des piliers de l'équipe alors que ce sont deux joueurs qui étaient encore en difficulté il n'y a pas si longtemps. Là, clairement, la confiance du coach a joué. Vojvoda, pour moi, aujourd'hui, ce n'est pas loin d'être le meilleur arrière droit du championnat. Mais bien sûr, Taiwo fait une super saison et Jean est incroyable. Vous allez croire que j'en fais trop, mais Jean, c'est peut-être là encore le meilleur gardien du championnat. Quand je l'ai vu s'entraîner pour la première fois cet été au milieu de Logan Bailly et Olivier Werner, j'ai tout de suite compris que c'était un gardien fait pour le top niveau. Je le charrie tout le temps avec ça, mais pour moi, c'est le nouveau Marc-André ter Stegen. Jeu au pied, jeu à la main, il a tout. Et je ne dis pas que ça parce que je suis un grand supporter du Barça. Cet été aura lieu l'EURO Espoirs pour lequel la Belgique s'est qualifiée. Dans le même temps, il y aura la Coupe d'Afrique des Nations avec le Maroc. Deux équipes qui pourraient faire encore appel à tes services d'ici le mois de juin...AMALLAH : Mais qui, dans les deux cas, ne m'ont jamais sélectionné. Ni même présélectionné ! J'ai juste eu droit à quelques sessions d'entraînement avec les U12, U13 puis U14 belges à l'époque, mais ça n'a jamais été plus loin. Depuis, je n'ai plus jamais eu de nouvelles de personne. À croire que le Maroc pense que j'ai opté pour la Belgique et inversement. Alors que non, moi, j'attends sagement qu'on fasse appel à moi ( rires). Mais je ne me prends pas la tête avec ça. Je me dis que mon tour viendra peut-être un jour... À ce stade-ci, j'ai envie de dire que c'est premier arrivé, premier servi.