"Tout ce qui se passe à la RAAL ne me préoccupe pas du tout. D'ailleurs, j'habite près de Charleroi et je ne suis pas vraiment au courant de la rivalité avec notre club, de ce que les gens d'ici disent de nous et de l'autre équipe de la ville. " Paroles de Tibor Balog, coach de La Louvière, aussi dénommée UR La Louvière et UR La Louvière Centre.
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"Tout ce qui se passe à la RAAL ne me préoccupe pas du tout. D'ailleurs, j'habite près de Charleroi et je ne suis pas vraiment au courant de la rivalité avec notre club, de ce que les gens d'ici disent de nous et de l'autre équipe de la ville. " Paroles de Tibor Balog, coach de La Louvière, aussi dénommée UR La Louvière et UR La Louvière Centre. Dans son équipe, le Hongrois (quatre ans et demi comme joueur à Charleroi puis des piges là-bas comme entraîneur de la Réserve, adjoint du groupe pro puis carrément T1, " T1 ad interim, comme disait Abbas Bayat en insistant ", se souvient-il...) a un gardien triple champion de Belgique. Sans beaucoup jouer mais champion quand même avec Anderlecht puis Bruges : Michaël Cordier. Débuts pros à La Louvière à l'époque Filippo Gaone, puis des passages aussi au Brussels et à Westerlo, où il a également fêté le titre en D2. Lui non plus n'a pas trop envie de s'intéresser à l'actuelle RAAL, récemment ressuscitée. " Ce n'est pas mon problème. " Que ce soit Balog ou Cordier, aucun ne veut évoquer une " grosse rivalité ". Mais dans les discours, on sent vite qu'entre ces deux clubs qui évoluent dans le même Tivoli, ce n'est pas franchement l'entente cordiale. En février dernier, l'ancien pro Salvatore Curaba (qui a joué pour La Louvière et Charleroi), patron d'EASI, une société en pleine bourre qui propose des solutions informatiques, a repris Couillet - Fleurus, alors en D2 amateur (et relégué en fin de saison). Les tentatives pour former un seul club, avec l'UR La Louvière, n'ont pas abouti, et Curaba a choisi de faire cavalier seul. Sous l'appellation RAAL, histoire de raviver plein de souvenirs. " Curaba est un businessman et la RAAL est un club d'abord orienté business ", lâche Michaël Cordier. " Ils reçoivent plus d'attention médiatique que nous, notamment parce que leur patron est dans les affaires, mais on s'en fout, on fait notre petit bonhomme de chemin. On ne veut pas de polémiques. La Ville a accepté qu'il y ait deux clubs à La Louvière, elle a accepté que les deux équipes jouent dans le même stade, c'est comme ça. Chacun fait son taf. Et ce n'est peut-être pas plus mal qu'on parle moins de nous. " On parle donc moins du club qui évolue une division plus haut... Quoique... Ces derniers jours, c'est surtout La Louvière qui est en haut de l'affiche. Grâce à son parcours en Coupe de Belgique qui la mène ce jeudi soir à Charleroi. Oui, à Charleroi alors que le tirage avait prévu le match au Tivoli. Frustration palpable. L'inversion est due à la retransmission en direct. L'éclairage du stade louviérois était insuffisant, la direction a tenté de se battre puis a jeté l'éponge. " Dommage ", lâche Balog. " Jouer chez nous, c'était une occasion de remercier les supporters qui nous sont restés fidèles malgré l'arrivée d'un gros concurrent dans la ville. " Cordier est bien plus dur : " Il n'y a qu'en Belgique qu'on assiste à des décisions pareilles. À quoi ça sert de faire un tirage au sort retransmis en direct si c'est pour inverser des matches ? Les gens devaient avoir l'occasion de revoir une équipe de D1 au Tivoli, ça nous aurait peut-être permis de créer une surprise, mais la télé a tout décidé. C'est ça, notre récompense pour avoir déjà passé quatre tours, pour avoir éliminé le RWDM sur son terrain ? " La cerise sur le gâteau du début de saison devra donc être dégustée en déplacement, puis le championnat reprendra vite ses droits. Prioritairement. Parce que, dans une série où on trouve trois épouvantails (RWDM, Olympic et Liège), La Louvière cherchera à emmerder le monde jusqu'au bout. Avec des moyens humains qui valent le détour. Balog sur le banc, un entraîneur des gardiens (Etienne Hubert) qui a un fils connu (Guillaume), et dans l'équipe de l'expérience en D1 belge et même étrangère : Cordier, Baptiste Ulens (Courtrai, White Star, Tubize), Grégory Lazitch (Charleroi, White Star), et puis un Mohamed Dahmane qu'on ne présente pas. Balog insiste sur l'opération séduction. " Quand la RAAL a été ressuscitée cet été, presque tous nos supporters ont tourné casaque et sont partis de ce côté-là. Tous des nostalgiques des belles années de La Louvière. On doit donc retrouver un public, montrer qu'on sait jouer au foot et gagner des matches. On essaie de séduire des gens qui n'ont pas encore choisi leur camp. Point de vue popularité, on n'a aucune chance de rivaliser avec un club qui a un gros vécu mais je ne veux pas perdre mon énergie à penser à la RAAL. Ils ont un nom et des moyens financiers qu'on n'a pas, tant mieux pour eux, ils ont bien raison d'en profiter. " Cap sur Nivelles pour un autre éclairage. Salvatore Curaba nous reçoit dans les bureaux d'EASI. Pour expliquer son projet sportif. " J'ai quitté le monde du foot entre 30 et 50 ans et je l'ai retrouvé plutôt malade. Je veux que le modèle de la RAAL soit un modèle innovant et qui influence les autres clubs ", prophétise-t-il, assis dans une salle de réunion transformée en conférence de presse aux allures de brainstorming. Pendant de longues minutes, il dresse le portrait de son bébé, sous les couleurs orange d'ING, son sponsor principal qui ne veut pas s'afficher directement sur les maillots du club, parce que déjà soutien des arbitres, mais qui le fait quand même via l'une de ses start-up. " Je me suis dit que le modèle d'EASI pouvait être recopié dans d'autres secteurs d'activité puisqu'il marche très bien dans le sien. Alors, pourquoi pas l'essayer dans le milieu du football ? C'est avant tout un modèle basé sur l'humain ", poursuit Curaba, à mesure que son PowerPoint défile. L'homme part sur des bases solides. EASI est élu meilleur employeur de Belgique depuis trois ans par la Vlerick Business School. Depuis début 2016 et son retour dans le monde du football, il s'attelle à constituer une équipe dirigeante et sportive à la mesure de ses ambitions. Il le dit, la refondation de la RAAL est " une mission et un devoir ". L'UR La Louvière Centre n'a pas réussi à fédérer le Centre derrière elle et Curaba rêve de pouvoir revivre des soirées au parfum de Coupe d'Europe au Tivoli. Lors d'une insomnie, il rédige la charte du nouveau club louviérois, entre organisation, transparence et éthique. Les résultats financiers seront publiés, même ceux de l'ASBL des jeunes, qui fait partie intégrante du projet. La manoeuvre permet d'ôter tout soupçon, là où l'argent au noir a pignon sur rue. Les 20 nouveaux joueurs de l'effectif disposent ainsi d'un contrat, avec un salaire fixe et des primes indexées sur plusieurs paramètres. Un malus en cas de défaite à domicile contre les deux derniers ; pas de prime en cas de partage à domicile contre les six derniers ; une augmentation de 50 % de celle-ci s'il y a victoire par trois buts d'écart, en déplacement contre le premier et le deuxième ou mieux, si plus de 1.500 supporters payants s'assoient dans les travées du Tivoli. S'ils sont plus de 4.000, la prime est doublée et s'ils sont moins de 1.000, elle est diminuée de 50 %. Même les contrats des entraîneurs de jeunes s'alignent sur ces conditions 2.0. Chaque joueur du noyau A se classe dans une catégorie équivalant à son niveau et donc à sa rémunération, pour éviter toute frustration. " C'est excitant, ça nous met la carotte ", assure MichaëlJonckheere, le capitaine des Loups, qui a signé pour deux ans comme l'ensemble de ses nouveaux partenaires. " Ça nous pousse à donner le maximum et on sait que ce sont toujours les résultats qui attirent les supporters. C'est quelque chose de nouveau pour moi, mais aussi pour tous les joueurs. Je ne vais pas forcément appeler tout le monde pour les matches, mais je vais au moins prévenir mes amis et ma famille. Après, pour être 4.000, il faut avoir une grande famille... " Pour parfaire son recrutement, le directoire de la RAAL dit avoir visionné 83 joueurs, à raison de deux ou trois entretiens chacun. " J'ai rencontré deux fois le staff avant de parler financier. Ce n'est pas la priorité ", abonde Jonckheere. " On a tous à peu près le même profil, c'est aussi ce qui m'a emballé. Aujourd'hui, il n'y a pas une star qui ressort du noyau, pas un joueur sur lequel le club a fait des folies. Le recrutement a été bien pensé. " Frédéric Taquin, le T1 qui gère une vingtaine de personnes chez Carglass, se réjouit aussi de sa nouvelle vitrine et choisit la métaphore : " Quand vous invitez des gens à la maison, c'est pour passer une bonne soirée tous ensemble. Ici, c'est la même chose. " Curaba acquiesce et assure vouloir faire un long chemin avec son coach, connu notamment pour avoir dispensé des séances vidéo en... P2. " On a voulu mettre dehors le coach d'Anderlecht après deux matches ratés... ", soupire Taquin, décidément très éloquent. " À partir du moment où les joueurs le savent, ils ne se battent plus. C'est l'inverse quand on sait qu'on va s'investir sur le long terme. On parle souvent des supporters de la victoire, mais il y aussi des supporters de la dépense d'énergie. Ce n'est pas rien si les stades sont pleins en Angleterre ou en Allemagne. On n'y joue peut-être pas le meilleur football du monde, mais on y mouille le maillot. " La RAAL ne cache pas son ambition et veut devenir " un des meilleurs clubs de Belgique ", selon les mots de Salvatore Curaba, qui met la priorité sur la Wolves Academy mais rêve également d'une équipe e-sport, de matches gratuits et d'un nouveau stade. Rien que ça. " C'est un rêve mais aussi un vrai projet ", confesse-t-il, sourire en coin et yeux qui brillent. " Pourquoi on ne pourrait pas avoir le plus beau stade de Wallonie ? Le plus moderne ? Ça serait un beau cadeau pour la région du Centre. Mais on parle sur le long terme, évidemment. " PAR PIERRE DANVOYE ET NICOLAS TAIANA - PHOTOS BELGAIMAGE" Pourquoi on ne pourrait pas avoir le plus beau stade de Wallonie ? " - Salvatore Curaba, propriétaire de la RAAL " On essaie de séduire des gens qui n'ont pas encore choisi leur camp. " - Tibor Balog, entraîneur de La Louvière