15 kilomètres séparent Malines et Lierre. Nous avons fait appel à des témoins privilégiés des deux clubs afin de savoir pourquoi une entente cordiale de plus d'un siècle a pu virer à l'inimitié. Neel De Ceulaer, ancien joueur, manager et CEO actuel du Lierse dépose un journal sur la table : " C'est écrit noir sur blanc : le Lierse et Malines ont été amis pendant 104 ans et ennemis depuis 8 ans. Avant il n'y avait jamais de problèmes. " Mark Uytterhoeven, personnalité très connue au nord du pays et fan notoire du KaVé : " J'ai commencé à aller voir Malines au milieu des années 60, avec mon père. Le KV avait l'habitude de faire l'ascenseur entre la D1 et la D2. Un jour, la descente semblait inéluctable lors de la dernière journée. J'étais nerveux et mon père me demanda contre qui Malines jouait. " Contre le Lierse ", ai-je répondu. Mon père se mit à rire : " Alors nous allons gagner. " A l'époque, si une des deux équipes avait besoin de points, elle pouvait compter sur le club voisin pour l'aider, histoire de préserver le derby. Et ce, sans aucune question d'argent, précisons-le. "
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15 kilomètres séparent Malines et Lierre. Nous avons fait appel à des témoins privilégiés des deux clubs afin de savoir pourquoi une entente cordiale de plus d'un siècle a pu virer à l'inimitié. Neel De Ceulaer, ancien joueur, manager et CEO actuel du Lierse dépose un journal sur la table : " C'est écrit noir sur blanc : le Lierse et Malines ont été amis pendant 104 ans et ennemis depuis 8 ans. Avant il n'y avait jamais de problèmes. " Mark Uytterhoeven, personnalité très connue au nord du pays et fan notoire du KaVé : " J'ai commencé à aller voir Malines au milieu des années 60, avec mon père. Le KV avait l'habitude de faire l'ascenseur entre la D1 et la D2. Un jour, la descente semblait inéluctable lors de la dernière journée. J'étais nerveux et mon père me demanda contre qui Malines jouait. " Contre le Lierse ", ai-je répondu. Mon père se mit à rire : " Alors nous allons gagner. " A l'époque, si une des deux équipes avait besoin de points, elle pouvait compter sur le club voisin pour l'aider, histoire de préserver le derby. Et ce, sans aucune question d'argent, précisons-le. " La plupart des observateurs estiment que la rivalité actuelle date de 2002-2003. Mais en mai 2001, des violences émaillent déjà un derby alors que les Malinois savent qu'ils descendront en D2 : après un quart d'heure, l'arbitre doit interrompre la rencontre car des supporters malinois envahissent le terrain. Au coup de sifflet final, des centaines de fans rouge et or se ruent sur la pelouse et tentent de s'en prendre aux supporters lierrois. La police intervient juste à temps pour éviter la catastrophe. Lors de la saison 2002-2003, le KaVé est mis en liquidation. Les fans du Lierse en rient et les relations entre les deux entités virent au vinaigre. De plus, à l'été 2002, des tensions naissent également de " l'épisode Emilio Ferrera ". L'entraîneur avait d'abord signé à Malines avant de se raviser et de rejoindre le Lisp juste avant l'entame de la compétition. Résultat : 150 policiers réquisitionnés, 40 stewards et au final une confrontation entre une trentaine de têtes brûlées malinoises et des agents en civil. Le match retour, cette saison-là, est marqué par les difficultés financières à Malines, qui est mis en liquidation judiciaire. " Certains Lierrois auraient jeté des faux billets de banque sur le terrain durant un match de cette période mouvementée ", raconte Uytterhoeven (qui a participé activement au redressement du KaVé, ndlr). Johan Timmermans, le président du FC Malines, précise : " Notre liquidation fut un tournant dans la relation que nous entretenons avec le Lierse. Ce que je me remémore de toute cette période, c'est le peu de soutien des Lierrois. Je ne dis pas que chaque club devait nous aider, mais il me revient que l'Antwerp, autre rival dans la région, fut l'un des premiers cercles à nous apporter son soutien financier. " La petite histoire raconte que le noyau dur malinois se vengea de cette félonie en " volant le rond central du Lierse " comme en atteste un journal du 11 avril 2003 . Ensuite, il faudra patienter quelques années avant que le Lierse et Malines rejouent de concert en D1. Entre-temps, le Lierse a été durement touché par les affaires de corruption autour du Chinois Ze Yung Yé. " Nos fans y ont directement vu l'opportunité de rendre à nos voisins la monnaie de leur pièce ", raconte Timmermans. En 2007, les duels entre le KV et le Lierse reprennent en D1. Malines dispute le tour final de D2 tout comme le Lierse, qui a fini avant-dernier en D1. La tension monte à nouveau dans les jours qui précèdent ce match, attisée par des propos peu amènes de l'ancien coach du Lierse, Kjetil Rekdal : " Je voudrais voir Malines rentrer en pleurant à la maison. " La réalité sera toute différente : le KaVé s'impose 1-2 le 7 juin à Lierre dans un match à nouveau émaillé par des incidents impliquant une centaine de supporters des deux camps. En dehors du stade, des émeutes éclatent et la police montée doit charger alors que les hooligans balancent des pierres et des barrières nadar. Le dernier match de ce tour final de D2 est superflu puisqu'il est acquis que Malines jouera en D1 la saison suivante. Jusqu'alors, la rivalité se sera essentiellement manifestée dans les tribunes. En 2009, elle va s'étendre aux dirigeants des clubs. Fin mai, le Lierse apprend dans la presse le passage de son talentueux milieu de terrain Yoni Buyens au... KaVé. L'année suivante, rebelote avec le médian Seth De Witte. De Ceulaer : " A l'époque, j'étais vraiment de mauvaise humeur. Mais c'est du passé. Moi aussi j'ai été chercher Frank Leen à Malines il y a des années. " Fi Vanhoof renchérit : " Bien sûr qu'ils étaient en colère au Lierse. Mais lorsque le contrat d'un joueur vient à terme, c'est notre droit de prendre contact avec lui sans en informer son club. " Depuis lors, les relations se sont détendues entre les conseils d'administration des deux entités. Lorsque Buyens et De Witte arrivent Derrière les Casernes, Malines joue en D1 et le Lierse en D2. La première confrontation officielle a lieu en août 2010, après la promotion du Lierse. Intelligemment, Buyens et De Witte ne font aucune déclaration à la presse afin de ne pas jeter de l'huile sur le feu. Mais les fans de Malines ne sont pas aussi sages. La rumeur rapporte qu'ils auraient jeté du poisson pourri dans le compartiment des tribunes réservé aux supporters lierrois, l'air devenant quasi irrespirable pour ces derniers. Nouvelle provocation le 14 août 2010 : c'est précisément Buyens qui marque le seul but de la rencontre. Après le match, ses coéquipiers Jaune et Or le portent littéralement sur leurs épaules, une occasion pour les fans de scander : " Yoni est à nous, olé, olé ". Et lors du dernier Malines-Lierse de la saison 2010-2011, la police procède à 61 arrestations suivies d'interdiction de stade alors que paradoxalement la rencontre s'est déroulée sans incidents marquants. " C'est exact ", déclara Jo Van Hecke, chef de la cellule football du ministère de l'Intérieur. " Mais le nombre de provocations et de dégâts causés par des supporters des deux camps lors des dernières saisons nous ont conduit à appliquer une tolérance zéro. Tout commence toujours par de petites infrac-tions avant de s'aggraver. " " L'antipathie mutuelle reste profondément ancrée ", note Uytterhoeven. Pour les forces de l'ordre, une confrontation entre les deux clubs est cataloguée comme un match à risques. Cela implique qu'il n'y a plus de billets en vente juste avant la rencontre, que la police et les stewards sont en alerte et que les seuls les visiteurs venus en cars de supporters ont accès au stade. Timmermans : " Si les deux groupes de supporters ne sont pas séparés, on risque de gros problèmes. "Août 2011 : nouvel épisode dans la bataille anversoise. Il semble que le rond central de Malines ait été endommagé. Durant la rencontre, certains supporters malinois se moquent des fans adverses en agitant des... chameaux en carton, référence au président égyptien du Lierse, Maged Samy. Il convient également de préciser que les Lierrois ont applaudi lorsqu'avant le coup d'envoi, un hommage est rendu à une ancienne gloire du KaVé, Fons Van Hazendonk. Dès lors, en prévision du deuxième derby de la saison dernière, la direction des deux clubs a joué l'apaisement. Timmermans déclare : " Je préfère les actions ludiques. Par exemple, il y a quelques années, les supporters malinois accrochaient des ballons jaunes et rouges le long de la Liersesteenweg, la voie d'accès au stade pour les visiteurs lierrois. Ce genre d'action ne fait de mal à personne. " Malgré des relations qui se sont un peu réchauffées, les deux clubs ont pris leurs précautions. " Au Lisp, une caméra enregistre désormais tout ce qui se passe dans et autour du stade, y compris la nuit ", précise De Ceulaer. Le président Timmermans ajoute : " Derrière les Casernes, dans les jours qui précèdent le derby, nous prévoyons de faire surveiller nos installations par une société de gardiennage et des chiens. Mais au plus fort du match, la rivalité prendra toujours le dessus auprès des spectateurs. " De Ceulaer estime qu'il serait temps d'enterrer la hache de guerre. Timmermans acquiesce. Un signe de pacification ? DOOR KRISTOF DE RYCK" Jadis, quand un des deux clubs avait besoin de points, l'autre l'aidait, histoire de préserver le derby. "