Le décor est rapidement planté : " Vous êtes venu seul ? Non parce qu'à Bangkok, on ne reste jamais seul bien longtemps. Suffit juste d'aller aux bons endroits. " Robert Procureur connaît bien la Thaïlande. Cela fait bientôt dix ans que notre compatriote est une figure emblématique du football local. Après avoir créé avec son ami Jean-Marc Guillou une académie sur le modèle de ce qui a fait la renommée de ce dernier en Côte d'Ivoire, il a repris il y a quatre ans un club au bord du précipice, " pour faire jouer nos joueurs issus de l'Académie " : le Muangthong United, dans la banlieue nord de Bangkok. Il en est désormais le directeur sportif.
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Le décor est rapidement planté : " Vous êtes venu seul ? Non parce qu'à Bangkok, on ne reste jamais seul bien longtemps. Suffit juste d'aller aux bons endroits. " Robert Procureur connaît bien la Thaïlande. Cela fait bientôt dix ans que notre compatriote est une figure emblématique du football local. Après avoir créé avec son ami Jean-Marc Guillou une académie sur le modèle de ce qui a fait la renommée de ce dernier en Côte d'Ivoire, il a repris il y a quatre ans un club au bord du précipice, " pour faire jouer nos joueurs issus de l'Académie " : le Muangthong United, dans la banlieue nord de Bangkok. Il en est désormais le directeur sportif. En troisième division à l'époque, son club a depuis gravi les échelons plus vite que prévu, au point de passer de 500 à 15 000 spectateurs de moyenne et de devenir le premier club de l'histoire du football à remporter successivement le titre dans trois divisions différentes. Mention Since 1989 cousue sur l'écusson, Home of trophies installé au siège du club et nom trop gros pour ne pas sentir l'hommage : s'il regarde vers le modèle Guillou, le Muangthong United a surtout les yeux braqués sur l'Angleterre. Tout sauf un hasard lorsqu'on sait qu'il évolue dans un championnat nommé Thaï Premier League. " Les Thaïlandais s'intéressent limite plus au football anglais qu'à leur propre championnat. Ici, les mecs peuvent te citer l'effectif entier de Southampton. Par contre, ils sont incapables de te donner le nom ne serait-ce que d'un joueur du Bayern. Le foot français ? C'est Platini, Zidane et voilà. Pas la peine de leur parler de Gourcuff ", détaille Procureur. C'est donc en terrain conquis que Robbie Fowler a débarqué sur place le 7 juillet dernier. Après deux saisons en Australie, l'ancienne gloire de Liverpool y a découvert un autre football : des coéquipiers qui roulent en Mazda, des séances de sauna au Jasmine, un salon-spa qui a tout l'air de proposer également des massages avec happy-end, et des entraînements sur le terrain d'honneur auxquels participe également l'entraîneur des gardiens, pour " faire le nombre ". Sur la pelouse, dans un jeu réduit à neuf contre neuf, Robbie affiche bien ses 36 ans. Souvent dépassé par la vivacité de ses coéquipiers thaïlandais, l'attaquant anglais ne touche pas un calot pendant un quart d'heure. Puis se charge de rappeler à tout le monde d'où il vient en scorant sur son premier ballon. Un coup franc. Cinq minutes plus tard, il claque à nouveau. Ouf, Robbie a le niveau pour s'imposer en Thaï Premier League. Même si ce n'est pas finalement le plus important. " C'est avant tout un recrutement marketing. Il ne faut pas se le cacher, on a surtout fait signer un nom. Fowler est là pour promouvoir le club et aider au développement du championnat. Car c'est le public qui amène les sponsors ", lâche, franc jeu, Robert Procureur. Que Robbie ait un peu disparu de la circulation n'est donc pas gênant. Qu'il ne soit plus l'idole d'Anfield non plus. Ici, il reste une vedette, qui vit à l'hôtel, signe des autographes pour des jeunes Thaïs court-vêtues et peut enfiler des bermudas en jean à sa guise. Comme le vrai lad qu'il ne cessera jamais d'être. Entretien. Robbie Fowler : Aller en Australie, c'était surtout l'occasion de découvrir autre chose. Le niveau se rapproche de la D2 anglaise, il n'y a que huit ou neuf mille spectateurs, la saison n'est pas très longue, elle doit durer six ou sept mois. Et puis au moindre déplacement, tu fais 3 h 30 d'avion. C'est un peu comme si Liverpool allait jouer ses matchs à l'extérieur à Galatasaray. Quant à la Thaïlande, ce n'est pas la première fois que je mets les pieds ici. Je suis déjà venu plusieurs fois pour les vacances. Ce sont les gens les plus gentils du monde. Ils viennent vers moi, me prennent dans leur bras, me disent à quel point ils sont impatients de me voir jouer ici. Et je suis dans un super hôtel. Certains pensent peut-être que je n'ai plus été le même joueur après ma blessure au genou qui m'a privé de Coupe du Monde 98, mais je ne suis pas d'accord. J'ai toujours marqué des buts. Même lors de mon retour à Liverpool, j'avais 32 ans, et j'ai pas mal marqué. Peut-être pas autant que dans mes premières années, mais si tu regardes la moyenne de buts par match, j'ai toujours été dans les meilleurs. Même si j'aurais aimé gagner davantage de titres, je n'échangerais ma carrière pour rien au monde. J'en ai aimé chaque minute. Bon, j'aurais souhaité rester à Liverpool un peu plus longtemps. N'importe quel joueur qui a joué là-bas te dira combien ce club est fantastique. Exact. Mais c'est Liverpool qui m'a formé... Même si j'allais voir Everton quand j'étais gamin, j'ai toujours admiré les Reds. La manière dont ils jouaient, l'éthique du club, sa gestion, tout. A partir du jour où je suis entré à l'Academy de Liverpool, je ne suis jamais retourné à Goodison Park. Ce surnom, " God ", ce n'est pas moi qui l'ai choisi... C'était une époque où tous les joueurs avaient des surnoms. Moi, j'étais le mec du coin, je jouais pour le club du coin. Les fans se sont identifiés. J'avais la vie dont ils rêvaient et ils vivaient un peu la leur à travers moi. Mais quand je signe un autographe, je signe Robbie, hein, pas God. On était une équipe de jeunes lads, on était bons, l'ambiance était géniale et on sortait parfois ensemble. Rien d'extraordinaire, sauf qu'il est rare qu'autant de joueurs d'une même équipe passent leurs soirées ensemble. Mais bon, il y a eu un petit emballement médiatique. Ce surnom de " Spice boys ", personnellement je n'en étais pas fan, parce qu'on s'entraînait aussi durement que les autres. Quand on jouait, on jouait en équipe, et quand on sortait, on sortait en équipe aussi. Point. Alors oui, il y a eu des fêtes de Noël, on buvait quelques coups, mais n'importe quelle entreprise organise des soirées de Noël. De toute façon, il suffit que les gens vous voient dehors une fois pour que vous soyez définitivement catalogué. On ne se voyait pas autrement que comme des footballeurs à qui il arrivait de sortir. Notre premier rôle, c'était quand même de jouer au foot. Et puis de toute façon, Liverpool est déjà une ville cool. T'as qu'à t'y promener pour t'en apercevoir. Mais c'est vrai qu'on s'amusait bien. Un jour, on s'est mis à huit ou neuf pour acheter un cheval - à Liverpool, c'est une deuxième passion. On s'est réunis autour d'une table pour lui trouver un nom. Comme on ne trouvait pas, on a décidé de l'appeler " le cheval ". Puis quand on en a eu un deuxième, on l'a appelé " l'autre cheval ". Avec Steve McManaman, on eu au moins cinq chevaux. Steve, c'est et ça restera à jamais mon meilleur ami. Nos familles sont devenues proches. A cause du T-shirt à l'attention des dockers (en 1997, Fowler avait fêté un but en relevant son maillot pour montrer un message de soutien aux dockers de Liverpool, à l'époque en grève, ndlr) ? C'est ridicule. Qu'un joueur puisse prendre un carton parce qu'il va sauter dans la foule et qu'il peut engendrer des bousculades, ok, mais pour enlever son maillot, franchement... Seuls les gens qui marquent des buts peuvent te dire ce que ça signifie. T'as envie de faire n'importe quoi, de courir partout... Mais ça, les bureaucrates des instances du foot ne le comprennent pas. A cette époque, les dockers de Liverpool perdaient leurs boulots, il y avait des grèves. On avait envie de leur envoyer un message de sympathie parce qu'ils n'avaient pas la couverture médiatique qu'ils méritaient. A la base, il était prévu de garder le maillot tout le long du match pour montrer le T-shirt à la fin, mais j'ai marqué alors je l'ai enlevé. J'ai été sanctionné par la fédé, mais je n'ai aucun regret. Ça n'a peut-être pas aidé les dockers sur le long terme, mais ça a mis un gros coup de projecteur sur leurs problèmes. Le retentissement a été extraordinaire, ça a fait du bruit au niveau mondial alors que jusqu'ici, ils avaient du mal à se faire entendre ne serait-ce qu'à Liverpool. A mon avis, quand on a, comme un footballeur, la chance d'être exposé médiatiquement, c'est un peu notre rôle de donner ce genre de coup de pouce. Pour être honnête, je pense que cette histoire a été un peu exagérée... Ça arrive tout le temps que les footballeurs se fâchent avec leur coach, que ce soit justifié ou pas. Le joueur pense qu'il a raison, le coach pense qu'il a raison. Avec Houllier, la presse a dit qu'on s'engueulait tout le temps, mais on aussi passé des bons moments ensemble. Trouve moi un seul joueur qui ne s'est jamais pris la tête avec son coach. Quitter Liverpool, ce fut un cauchemar. Je voulais rester là-bas toute ma vie. Aujourd'hui tu as des joueurs que ça ne dérange pas de rester assis sur le banc et de récolter leur argent, mais pour moi, c'était hors de question. Il fallait que je joue. Alors comme le coach me mettait sur le banc, j'ai choisi de partir, même si je n'ai jamais très bien compris pourquoi j'étais remplaçant. Mais je ne garde pas la moindre ranc£ur envers Gérard. Oui, il avait dit que j'imitais une vache broutant de l'herbe. C'était un peu ridicule, mais c'était gentil. Pendant des années, on a dit que j'étais cocaïnomane. Cette rumeur est partie des fans d'Everton, ils n'arrêtaient pas de m'attaquer là-dessus. Donc, c'était préparé. J'ai marqué ce but et je me suis lancé. Sur le moment, j'ai pensé que ce serait bien accepté. Après tout, quand les gens passent leur temps à dire des trucs sur toi, au moment où tu réponds, pourquoi ce serait de ta faute ? Ils s'en prennent à moi pendant des années, je réplique, et je prends six matchs et une amende. Tu le crois, ça ? Faut croire que j'ai pas le même humour que la fédération anglaise. Tu fais référence à la fois où j'ai coupé ses chaussures ? Il avait des problèmes avec le coach, il l'a mal pris, il m'a mis son poing dans la gueule. J'étais jeune et vraisemblablement un peu stupide parce qu'il était beaucoup plus costaud que moi. Mais maintenant, c'est un bon pote. Un peu. En Australie, avec mon club, on a participé à une opération de charité en début d'année, peu après son départ. Il fallait se ramener avec un maillot que l'on n'aimait pas sur nos épaules, pour ensuite le mettre aux enchères. Un mec m'a proposé de porter le maillot de Manchester United, mais comme je ne ferai jamais ça, j'y suis allé avec le maillot de Torres. J'avais un peu les boules qu'il aille à Chelsea. On était jeunes, on s'entendait bien, on était à Hong Kong et on avait une soirée de libre. Alors on est sortis et vous connaissez la suite (pour l'anniversaire de Paul Gascoigne, les joueurs anglais avaient pris une belle cuite. Gazza avait fini dans une chaise de dentiste, en train de se faire arroser d'alcool par ses coéquipiers. La photo avait ensuite circulé dans la presse, ndlr). Au final, c'était une bonne chose parce que d'une certaine façon, ça a vraiment soudé l'équipe. Ce tournoi, on aurait dû le gagner, on était quasiment la meilleure équipe. Disons qu'à mon époque et à mon poste, en sélection, il y avait des joueurs comme Shearer, Sheringham, ou Andy Cole. J'ai dû attendre de marquer pas loin de 100 buts avec Liverpool pour être enfin appelé pour la première fois en équipe nationale. Aujourd'hui, il suffit à un joueur de jouer dix matchs de Premier League pour être sélectionné. Il y a un problème... Je me suis fait chambrer là-dessus quand je jouais à Manchester City. Les fans avaient inventé une chanson : We all live in a Robbie Fowler's House, sur l'air de Yellow Submarine. En gros, ça raconte que toutes les maisons du pays m'appartiennent. Ça m'a vraiment fait marrer. Si seulement c'était vrai... Ce qui est vrai, c'est que j'ai des propriétés et des portefeuilles boursiers, mais pas à ce point-là. Très tôt, j'ai engagé des gens pour s'occuper de mon argent. Moi, je ne faisais que les écouter. J'ai compris assez rapidement qu'être footballeur ne durerait pas éternellement, et qu'il fallait être intelligent et faire les bons choix. Et les faire tant que je pouvais encore les faire. Ouais. Ce qui est pratique avec Twitter, c'est que ça te permet de répondre instantanément s'il y a un truc de faux dans la presse. Tu peux rétablir la vérité en deux minutes. Et puis ça donne l'occasion aux supporters de communiquer avec toi, ou d'en avoir l'impression. Et moi, je suis un mec qui réponds, qui remets les choses à leur place. L'autre jour, il y en a un qui m'a chambré sur mon compte, avec une vanne sur la coke. Si tu ne réponds pas à ces mecs-là, ils ont l'impression d'avoir gagné. Moi je sais me défendre. Alors je lui ai répondu que je venais me faire des rails de coke chez sa mère. Oui. Ce qui s'est passé là-bas est une tragédie absolue. Quand des mecs font des crasses pareilles, il faut vraiment qu'ils le payent. îil pour £il. On devrait laisser les familles des victimes s'occuper de son cas. Le mec a quand même tué 70 personnes, et là, le maximum qu'il peut prendre c'est 21 ans. Fais le calcul, ça fait trois mois de prison pour chaque meurtre. C'est une blague. Ridicule. Tu sais, on n'est pas allés là-bas pour des raisons politiques. L'objectif était de promouvoir l'équipe de Grozny parce qu'ils veulent à terme jouer la Champions League. On y est allés pour leur équipe, pas pour le pouvoir en place. Pourquoi n'aurait-on pas dû y aller ? Dans deux ou trois ans, quand ils seront en Champions League, t'imagines Chelsea dire qu'ils boycottent le match ? Bien sûr que non. Evidemment, il y avait de l'argent au bout. Mais moi, au fond, j'ai simplement accepté parce qu'on m'offrait l'opportunité de jouer dans la même équipe que Maradona, mon héros. Quand t'as la chance de réaliser ce rêve-là, tu ne la laisses pas passer. Je pourrai dire à mes enfants que j'ai joué avec le plus grand joueur de l'histoire. (Il rit, et acquiesce) Disons que la première mi-temps, on aurait pu gagner facilement. Mais en deuxième, ils ont fait rentrer des joueurs de l'équipe première, beaucoup plus jeunes et beaucoup plus frais que nous. On n'a pas vraiment cherché à lutter. Le président a continué à jouer, et il a même marqué. Tout le monde était content. Moi le premier, même si on ne m'a pas offert de montre. PAR MARC HERVEZ, À BANGKOK - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Lors d'une opération de charité, il fallait se ramener avec un maillot que l'on n'aimait pas, pour le mettre aux enchères. J'y suis allé avec le maillot de Torres. "" J'ai dû marquer 100 buts avec Liverpool pour être appelé en équipe nationale. Aujourd'hui, il suffit de jouer dix matchs de Premier League. Il y a un problème..."