S'il y a bien une chose qu'on ne peut reprocher à Marc Wilmots, c'est bien d'être fidèle à lui-même. Ainsi, quand on le voit débouler à l'Union Belge, on n'est pas étonné qu'il avale les deux étages au lieu de prendre l'ascenseur. Du Wilmots tout craché ! Pour la première fois atteint par les critiques, Wilmots n'a pas l'air d'avoir été ébranlé, plus focalisé que jamais sur les échéances à venir.
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S'il y a bien une chose qu'on ne peut reprocher à Marc Wilmots, c'est bien d'être fidèle à lui-même. Ainsi, quand on le voit débouler à l'Union Belge, on n'est pas étonné qu'il avale les deux étages au lieu de prendre l'ascenseur. Du Wilmots tout craché ! Pour la première fois atteint par les critiques, Wilmots n'a pas l'air d'avoir été ébranlé, plus focalisé que jamais sur les échéances à venir. Marc Wilmots : Tranquille. Quand je suis rentré dans le bâtiment ce matin, je me suis dit - Tiens, les murs tiennent toujours ! Je m'attendais un petit peu à ces critiques. Rien n'est sorti pendant la Coupe du Monde. Donc, il fallait bien qu'on raconte quelque chose après. Quand tu vois les résultats, la fraîcheur, on peut être satisfait. Après, il y a toujours des gens qui peuvent estimer que ce n'est pas ceci, pas cela, que nous devions gagner la Coupe du Monde. J'ai assez de recul pour savoir d'où on vient et où on est. Je connais le travail qu'il reste à accomplir. Je ne sais pas. On sortait d'un parcours de qualification exceptionnel. Et puis, après, on est dans un tournoi de trois semaines. Un schéma complètement différent. L'Espagne a été éliminée après deux matches. Cela signifie-t-il que cette équipe n'est pas bonne ? Faut-il rappeler également que l'Italie et l'Angleterre ont été éliminés ? Il fallait sortir des poules : on l'a fait. On a joué tous nos matches pour les gagner sans calculer. Puis, tu commences une autre compétition : soit tu rentres à la maison, soit tu continues. Cette équipe n'avait pas encore connu l'élimination directe. Et on arrive en quarts : je crois qu'on a rempli nos objectifs. Après, on peut discuter sur la manière contre l'Argentine. Ils ont trois occasions, comme nous, mais ils en ont transformé une, eux. Le gros problème de ce match, c'est qu'on n'a pas su mettre de jeu et de vitesse, tout ce qui nous rend dangereux. Mais tout le mérite en revient aux Argentins, à leurs qualités. Ils font des petites fautes au bon moment, les rentrées en touche durent 30 secondes, etc. Ils ont cassé le jeu mais c'est aussi un art. Et face à cela, j'étais impuissant sur ma ligne. Quand je vois comment Mascherano a joué, je me dis que c'est l'homme de cette Coupe du Monde. Il était le chef qui rameutait ses troupes. Il m'a impressionné. Quel joueur ! Quelle mentalité ! Quelle course ! Quelles récupérations ! J'ai commis une erreur en conférence de presse en disant qu'ils n'ont pas été meilleurs que nous. J'aurais dû admettre qu'ils avaient plus d'expérience et de roublardise. On oublie trop la mentalité de l'Argentine. Ce sont des guerriers ! Il s'agissait de notre première opposition de ce calibre-là et je trouve qu'au bout du compte, on fait un match plus que correct. On a essayé de prendre le jeu. Peu de gens ont vu qu'Axel Witsel était en individuelle sur Lionel Messi en perte de balle. Je trouve qu'on n'a pas vu beaucoup Messi : c'est la preuve qu'on l'a bien pris. On n'a pas pris un 4-0 ! Qui sait combien de temps on va devoir attendre avant de parvenir encore une fois en quart de finale ? On me reproche toujours de me baser sur mon expérience. Mais mon expérience, c'est mon livre. Un livre de vécu. Comme il s'agit d'un jeune groupe, le but est de leur redonner une partie de mon expérience pour éviter certaines erreurs. Par exemple, je me souviens qu'en 1998, on était à Lyon, dans une prison. Je ne voulais pas de cela. Je voulais qu'on continue à vivre normalement. J'ai essayé de trouver le meilleur compromis : distance en bus avec l'aéroport, qualité des terrains et l'hôtel. J'ai visité 15 centres et de tous ceux que j'ai vus, c'était celui de Sao Paulo le meilleur sur ces trois critères-là. Aux Etats-Unis, il y avait 45 minutes de bus pour rallier le terrain d'entraînement. Après dix jours, tu en as marre, hein ! On n'est arrivé au Brésil que cinq jours avant notre premier match, pour éviter cet ennui. Dans la préparation, non. On a remis en ordre ceux qui n'avaient pas beaucoup joué ou sortaient de blessure. Par les changements d'hôtels et de terrain (Anderlecht, Genk, la Suède, la mer), les huit semaines sont passées comme une lettre à la poste. Je n'ai pas eu de conflit dans le groupe. Et tout s'est bien déroulé dans la logistique. Cela n'est pas dû au hasard : j'ai été cinq fois au Brésil en un an ! La seule fois où je me suis énervé, c'est quand la FIFA nous a envoyé dans un hôtel touristique (NDLR : à Salvador de Bahia) qui devait accueillir 300 Américains et qu'on n'allait pas dormir. La seule fois où je n'ai pas vérifié l'hôtel ! Sur les quatre premiers matches, on récolte quatre victoires ! Que voulez-vous de plus ? Il ne faut pas chercher la petite bête. Sur l'Argentine, on peut discuter jusqu'à demain matin. Mais ça ne changera pas le résultat ! Il ne faut pas oublier qu'on était en fin de saison. On a calculé toutes les minutes de jeu de chacun. Je ne voulais, par exemple, pas cramer plus un Eden Hazard. Or, je peux te dire qu'en fin de tournoi, les joueurs avaient encore de l'essence dans le moteur. Oui. Beaucoup de préparateurs physiques font la bêtise d'ajouter une préparation sur un corps fatigué. Nous, on a d'abord regardé si les joueurs étaient cramés ou pas et on a géré les niveaux physiques. Résultat : mes Anglais n'étaient pas cramés. Et on n'a pas trop poussé non plus ceux qui n'avaient pas beaucoup joué. Cela me vient une nouvelle fois de mon expérience. J'ai fait deux Coupes du Monde sur le banc, je connais cette frustration. Lukaku a eu la malchance de se blesser contre la Tunisie. Il a voulu forcer son retour. Se posent deux questions : était-il à 100 % pour débuter le tournoi ? Et avons-nous les moyens de nous passer de lui ? A cela s'ajoute l'aspect mental. Ça a commencé à travailler dans sa tête. Je lui ai dit qu'il pouvait être le héros des huitièmes. Il suffisait qu'il se concentre sur le jeu et qu'il ne se fasse pas une tête comme ça avec son état. Et en huitième, c'est lui qui nous fout en quart. Voilà. Le plus facile pour moi consistait à le tuer. On aime bien ça en Belgique. Ça avance à quoi ? Si tu es fort mentalement, tu passes au-dessus, sinon tu coules. Mais je ne vais quand même pas commencer à m'énerver sur quelqu'un de frustré ! Je lui ai parlé un jour et demi plus tard, une fois la pression retombée et après qu'il eut parlé avec sa famille. Une fois calme, je l'ai pris et on a tout remis à plat. Je ne vais pas dévoiler tous mes secrets. Tout le monde voudrait les connaître mais il y a une grosse concurrence entre les entraîneurs. Pourquoi donnerais-je mes trucs ? L'avantage, c'est que je connais mes joueurs par coeur. J'ai bien vu que notre équipe était très forte et irrésistible en contre-attaque, quand elle avait des espaces. Mais les adversaires ne sont pas cons : ils l'ont vu également. Il faut donc trouver une variante. Maintenant, je m'attache donc à trouver de nouvelles animations. On a vu contre l'Australie que cela avait permuté sans cesse. Nous sommes dans la deuxième phase afin d'obtenir une équipe qui fait le jeu, qui est dominante, ce que j'ai toujours recherché ! Oui car on doit avoir nos repères. Si on permute, on doit avoir des reconversions défensives performantes car au top-niveau, une erreur, et tu le paies cash. Je vais donc donner plus de liberté à l'un ou l'autre. Pourquoi ? Pour être plus dangereux. Les backs vont évoluer plus haut, le six revient, on écarte le terrain pour éviter d'être mis sous pression. Cela devient plus difficile à contrer pour l'adversaire. A cette position, j'ai beaucoup de solutions. Vous me parlez de Witsel ou de De Bruyne mais il ne faut pas oublier Moussa Dembélé ! Lui, c'est de la qualité pure. Je connais son potentiel. Tout le monde avait été étonné de le voir évoluer comme seul numéro six avec Tottenham face à l'Inter Milan mais il peut le faire. En Angleterre, c'est lui qui récupère le plus de ballons. C'est costaud comme stat, non ? Dans un autre style, quand il faut aller au combat, j'ai Marouane Fellaini. Radja Nainggolan aussi quand il faut aller chercher et presser. Dans l'entrejeu, j'ai six-sept joueurs qui se bagarrent pour trois places. Moi je n'ai aucun problème qu'un joueur dise qu'il doit faire partie de la sélection. Je connais son passé et son tempérament. Ce n'est pas pour de tels propos que je vais éliminer un joueur, quand même ! Mais je regarde ses prestations. L'AS Roma fait partie des deux meilleures équipes d'Italie et je serais con de ne pas en tenir compte. Par contre, j'ai été clair avec lui : il y a une très forte concurrence à ce poste et d'autres joueurs avaient fait toute la campagne qualificative. Il ne faut pas l'oublier ! C'est un joueur polyvalent qui peut apporter de la vitesse en contre-attaque. Il a dans le moteur des courses de 60 mètres. Comme Divock Origi d'ailleurs. Comme numéro huit, Chadli a le sens de l'infiltration, du but et en plus, il a le jeu de tête. Contre les Argentins, je l'ai fait rentrer pour cela. Je voulais passer par les ailes, plutôt que par l'axe et donner des centres sur Van Buyten et Lukaku, avec Fellaini et Chadli derrière. On était obligé de faire cela. On ne passait pas au sol ! Et si tu n'y arrives pas par le jeu au sol, tu mets du poids dans le rectangle pour les dix dernières minutes et tu essaies de passer par des centres - Mertens et De Bruyne disposent de cette qualité de centres. Ça a failli marcher puisque Lukaku se procure une occasion. Selon moi, c'était le dernier recours. Ou alors, tu pouvais faire rentrer Adnan Januzaj pour un effort individuel... Tu peux le mettre tout seul en six, pas de problème. C'est clair qu'avant, le médian défensif restait en place. Désormais, il bouge mais, en perte de balle, il faut quelqu'un à cette position. Ça ne doit pas toujours être le même mais il faut quelqu'un ! Ça doit coulisser entre les trois postes de l'entrejeu. Avant j'estimais qu'on n'était pas encore prêt pour interchanger les postes. Maintenant, je trouve qu'on doit l'être ! Et à ce niveau-là, le match contre l'Australie m'a rassuré. Avant, quand un montait, un autre devait rentrer. On restait toujours à quatre derrière. Aujourd'hui, j'attends plus d'apport offensif. Oui car ils ont cette qualité de passe, la course vers l'avant, un bon centre et surtout ils savent faire une diagonale, changer le jeu très facilement. Cela ouvre le jeu et il n'y a rien qui fait plus mal à l'adversaire. Vous avez vu les courses vers l'avant de Vertonghen pendant la Coupe du Monde ? Avant la Coupe du Monde, il disait qu'il ne serait jamais efficace à ce poste-là. Moi je dis qu'il a tout pour être efficace à ce poste-là. Et je félicite ces joueurs de s'être adaptés à leur poste de latéral car sinon on partait au Brésil avec huit défenseurs centraux ! Pour le moment, je n'ai pas beaucoup de raisons de changer mon groupe puisqu'il a donné satisfaction. J'ai fait venir Thorgan Hazard, Yannick Ferreira-Carrasco et Jordan Lukaku. Mais si on prend l'exemple de Ferreira-Carrasco, quand on voit la concurrence à son poste... Il faut parler de profil. Moi je vois plus Laurens De Bock comme un central gauche. Jordan Lukaku a plus de vitesse, sort et se replace plus vite. Donc, dans le profil que je recherche, il correspond davantage que d'autres. Je sais qu'il évolue à Ostende mais il apporte de la fraîcheur et a une marge de progression. Et puis il y a le contexte : on perd Pocognoli sur blessure (dommage car je l'aurais repris vu ses dernières prestations), Van Damme, Tshimanga n'est pas bon pour le moment. Il me restait De Bock et Lukaku. Cela dépend de la qualité et de l'expérience du joueur. Si je prends l'exemple de Toby Alderweireld, même quand il ne jouait pas, je savais qu'il tiendrait sa place sans problème. Mais je préfère quand même qu'il joue chaque week-end, comme aujourd'hui à Southampton. PAR PIERRE BILIC ET STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: BELGAIMAGE" J'ai commis une erreur en disant que les Argentins n'avaient pas été meilleurs que nous. J'aurais dû admettre qu'ils avaient beaucoup plus d'expérience et de roublardise. " " Je sais que mon équipe est forte quand elle a des espaces. Mais les autres ne sont pas cons : ils l'ont vu également. Il faut donc trouver une variante. "