La statistique de l'année passée était intéressante : quinze des vingt premiers du Tour de France s'étaient préparés au Dauphiné. Seulement deux coureurs s'étaient attaqués aux montagnes suisses : Geraint Thomas et Jarlinson Pantano, respectivement 15e et 19e du Tour. Deux coureurs du top dix de la Grande Boucle n'avaient couru ni le Dauphiné ni le Tour de Suisse : Alejandro Valverde, le seul à oser la combinaison Giro-Tour, et Nairo Quintana, qui avait participé à la Route du Sud.
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La statistique de l'année passée était intéressante : quinze des vingt premiers du Tour de France s'étaient préparés au Dauphiné. Seulement deux coureurs s'étaient attaqués aux montagnes suisses : Geraint Thomas et Jarlinson Pantano, respectivement 15e et 19e du Tour. Deux coureurs du top dix de la Grande Boucle n'avaient couru ni le Dauphiné ni le Tour de Suisse : Alejandro Valverde, le seul à oser la combinaison Giro-Tour, et Nairo Quintana, qui avait participé à la Route du Sud. L'attrait qu'exerce le Dauphiné sur les coureurs ne date pas d'hier. Sur les 156 - pas 170 suite à la disqualification des dopés - qui ont fini parmi les dix premiers des 17 dernières éditions du Tour, 81 ont pris le départ du Dauphiné, soit 51,9 %. 23,8 % ont pris le chemin de la Suisse et 24,3 % ont boudé les deux épreuves. Depuis 2010, le Dauphiné représente même 65 % du peloton. Si on observe uniquement la préparation des lauréats du Tour, les Alpes françaises sont encore plus prisées : depuis 2011, le maillot jaune a terminé parmi les dix premiers du Dauphiné. Mieux encore : depuis 2002, si on compte Lance Armstrong, rayé depuis, un seul vainqueur du Tour n'était pas en France mais en Suisse en juin : Andy Schleck en 2010. Mais il n'a gagné le Tour que grâce à la disqualification d'Alberto Contador. Qui avait bel et bien pris le départ du Dauphiné. Cette année encore, tous les favoris du Tour, à l'exception de Nairo Quintana, vont affûter leur condition au Dauphiné : Chris Froome, Richie Porte, Alberto Contador, Romain Bardet, Alejandro Valverde... Il y a plusieurs explications. (1) La course française s'achève une semaine plus tôt que le Tour de Suisse et ce repos supplémentaire est bienvenu avant le Tour. (2) Froome (en 2016, 2015 et 2013) et Bradley Wiggins (en 2012) ont réalisé le doublé Dauphiné-Tour, brisant le mythe selon lequel on ne peut pas gagner le mini-Tour de France si on veut conquérir le maillot jaune en juillet. (3) Le Dauphiné comporte souvent une étape qui est une copie partielle d'une du Tour. Vendredi, par exemple, Froome et Cie doivent escalader le très pénible Mont du Chat, un col qui est au menu de la neuvième étape du Tour. C'est une bonne manière de procéder à une reconnaissance de parcours. Le contre-la-montre plat du Dauphiné est aussi très similaire à celui du Tour, par son profil comme par sa longueur, une vingtaine de kilomètres. (4) Ça permet d'être bien vu par l'ASO, le tout-puissant organisateur du Tour et du Dauphiné. C'est important, même si le Tour de Suisse peut se targuer de collaborer avec Velon, une coentreprise indépendante de onze équipes WorldTour, parmi lesquelles Lotto-Soudal et Quick-Step. (5) Les coureurs sont d'un naturel traditionnel et ils ne changeront pas leur fusil d'épaule s'ils voient les chiffres ci-dessus. Jonas Creteur