C'était il y a un an. Un siècle, une éternité pour Yari Verschaeren. Sur la terrasse de l'hôtel des Espoirs, déjà éliminés de l'EURO en Émilie-Romagne et qui doivent encore disputer leur troisième match de poule contre les Italiens - le petit en profitera pour marquer un des plus beaux buts du tournoi, il est au taquet. Ça roule pour lui, son année 2019 est celle de tous les grands moments. Il nous accorde donc, fin juin, la première longue interview de sa carrière, il s'en sort bien, il n'a peur de rien.
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C'était il y a un an. Un siècle, une éternité pour Yari Verschaeren. Sur la terrasse de l'hôtel des Espoirs, déjà éliminés de l'EURO en Émilie-Romagne et qui doivent encore disputer leur troisième match de poule contre les Italiens - le petit en profitera pour marquer un des plus beaux buts du tournoi, il est au taquet. Ça roule pour lui, son année 2019 est celle de tous les grands moments. Il nous accorde donc, fin juin, la première longue interview de sa carrière, il s'en sort bien, il n'a peur de rien. Un siècle, une éternité, car une bonne année plus tard, il est plutôt dans le dur. La meilleure preuve : dans les matches de préparation d'Anderlecht, il n'a jamais figuré dans la bonne équipe de départ. Autre preuve qui tue : son temps de jeu en 2020, en matches officiels, se résume à vingt minutes : soixante secondes et des poussières contre Waasland-Beveren, fin février, 17 minutes contre Zulte Waregem, une semaine plus tard, et deux minutes lors de la première journée de ce week-end, face à Malines. C'est tout. Le Covid-19 et l'interruption du championnat sont passés par là. Mais pas que. Pour lui, l'année en cours n'est que misères. Entre novembre 2018, moment de sa première apparition en équipe A - facilitée par une succession d'indisponibilités - et décembre 2019, il n'a pas raté grand-chose. Il a d'abord confirmé ses bons débuts, a presque tout joué en play-offs 1, a enchaîné en restant titulaire pour sa deuxième saison. Tout ça en intercalant des trophées individuels, une sélection surprise pour l'EURO Espoirs, un appel chez les Diables rouges. Une machine. Stoppée net à la mi-décembre de l'année passée, suite à un contact anodin lors du Clasico à Sclessin, qui lui vaut une déchirure des ligaments de la cheville. Personne ne le sait ce jour-là, mais Yari Verschaeren est parti pour des mois de galère. Et puis, s'il joue souvent avec l'Anderlecht à la sauce Vincent Kompany, il n'est quand même plus aussi tranchant, plus aussi spontané que lors de sa première saison. Il le reconnaît à ce moment-là. Il avoue qu'il est frustré, surtout parce qu'il n'arrive pas à être décisif. Il dit que ça joue dans sa tête, qu'il dort mal quand il ne marque pas, quand il ne donne pas d'assists. Il sait qu'on attend plus de lui, vu le rythme rapide auquel il a explosé. Les stats, on y arrive ! Les siennes n'ont jamais été extraordinaires depuis qu'il joue en D1A. Seulement quatre buts et cinq assists en 42 matches. Beaucoup trop peu pour un joueur dont on compare le parcours à celui de légendes de la maison comme Enzo Scifo, Pär Zetterberg ou Marc Degryse. Son positionnement y est pour quelque chose. On l'a d'abord vu sur un flanc, mais Kompany l'imagine mieux dans l'axe. Il est un peu nostalgique de son passé sur une aile (" Je pouvais donner plus de centres ", dit-il). Mais il n'y a pas que ça. D'autres raisons expliquent son début de saison hésitant. Il n'a plus la liberté de ses débuts parce qu'on a appris à le connaître. Il explique que dans le match contre l'Antwerp, Steven Defour ne l'a pas lâché une seconde. " Je ne savais même pas me retourner, il était toujours là, sur moi. Je dois m'habituer à ça. Je suis le genre de joueur qui a besoin de toucher beaucoup le ballon, et avec un garde comme ça sur le dos, c'est compliqué. " Il ajoute un élément dans l'analyse de sa confirmation hésitante. Le système Kompany est difficile à comprendre et à apprivoiser. Et il termine son laïus par une menace : la pression monte de semaine en semaine et elle pourrait finir par paralyser les joueurs d'Anderlecht. Kompany et son système, on y revient. C'est bouché dans l'axe pour le moment. Albert Sambi Lokonga, Peter Zulj et Michel Vlap sont installés. Pour entrer dans l'équipe, Yari Verschaeren devra prouver qu'il est meilleur. Antonio Milic, Ognjen Vranjes, Ilias Takidine, Anthony Vanden Borre dont on ignore tout sur le futur, Adrien Trebel qu'on attend de vendre, tous étaient des coéquipiers de Veschaeren dans un match de l'été, matinal, contre le RWDM. Une vraie équipe B. L'après-midi même, Anderlecht affrontait Lille. Une vraie répétition générale avant l'ouverture du championnat. Avec une équipe type ou presque. Verschaeren a quand même joué dans ce match. Un peu plus de cinq minutes. Un résumé de sa situation du moment. La nouvelle pépite de notre football (" Le futur ambassadeur du football belge ", copyright Roberto Martinez) est aujourd'hui réserviste d'une équipe en construction. À Neerpede, plusieurs explications circulent pour expliquer le coup de mou de Yari Verschaeren. Il y a donc les versions de son repositionnement dans l'axe, de sa blessure fin 2019. On parle aussi de difficultés mentales pour digérer, a posteriori, tous les moments très forts qu'il a vécus en quelques mois. On lui a mis de la pression, il s'en est mis lui-même, et ça le bloquerait. Il est aussi question d'une certaine frustration par rapport à sa situation contractuelle. Anderlecht prolonge actuellement ses pépites à tour de bras. Albert Sambi Lokonga, Jérémy Doku, Killian Sardella, Marco Kana, Antoine Colassin. Verschaeren, lui, attend toujours. Il est sous contrat jusqu'en 2022 et aimerait être revalorisé. Mais la nouvelle équipe dirigeante semble penser que le salaire offert par l'ancienne est déjà bien suffisant. Est-ce que ça joue dans sa tête ? Son bureau de manager, avec le frère de Leander Dendoncker pour le représenter dans les négociations, dédramatise : " Pas de problème pour nous. Yari répondra avec ses pieds. "