Jeudi passé, un feu d'artifices a mis un terme à une saison mémorable. 18 ans après sa création, un petit club de 3e Provinciale a atteint la D1. Son président, le bourgmestre de Tubize Raymond Langendries, et son fils Vincent, journaliste à la RTBF, nous en parlent.
...

Jeudi passé, un feu d'artifices a mis un terme à une saison mémorable. 18 ans après sa création, un petit club de 3e Provinciale a atteint la D1. Son président, le bourgmestre de Tubize Raymond Langendries, et son fils Vincent, journaliste à la RTBF, nous en parlent. RaymondLangendries : C'est l'aboutissement d'un challenge. J'insiste sur le mot. C'est différent d'un rêve ou d'un projet. C'était un défi que j'avais lancé au club, mais aussi à la Ville et à la Région. A l'époque, on se trouvait confronté aux retombées terribles de la fermeture des Forges de Clabecq, survenue à la fin 1996, et qui entraîna celle de Tubize Plastics et de certains sous-traitants. On a donc perdu énormément d'emplois. Les habitants avaient le moral dans les talons. J'étais conscient que, pour s'en sortir, il fallait fournir un effort conséquent à tous les niveaux : social, culturel, économique, immobilier et... sportif. L'un des vecteurs susceptibles de redonner à la population un moral de vainqueur était, selon moi, la constitution d'un club de bon niveau. J'ai lancé : - L'AFCseraenD1endéanslesdixans ! On était en 1999. VincentLangendries : C'est la seule chose que je reproche à mon père : il s'est... trompé d'un an, la montée n'aurait dû être effective qu'en 2009 ( ilrit). Blague à part, cette accession à la D1 représente pour moi l'aboutissement, non pas d'un challenge, mais d'une passion. J'ai joué 15 ans dans ce club et je peux considérer, aujourd'hui, que j'ai fait partie de cette fabuleuse épopée. J'ai contribué un tout petit peu à l'ascension, en étant à un niveau très modeste l'un des artisans des montées de P3 en P2, puis de P2 en P1. L'équipe dirigeante d'aujourd'hui était, à quelques exceptions près, déjà en place à l'époque. Elle s'est simplement étoffée. Aujourd'hui, je reviens avec plaisir au stade Leburton. Mais comme simple supporter. Je n'accepterai jamais d'assurer les commentaires d'un match de l'AFC, même si je pourrais me montrer objectif. Raymond : Et pas seulement au niveau footballistique. La région connaît un renouveau économique fabuleux, le zoning industriel est complet et de très grands projets sur la Ville sont en voie de réalisation, s'ils n'ont pas encore été réalisés. Le boom économique est considérable. Vincent : Si je peux me permettre de lancer une fleur à mon père : je dirais que le football à Tubize a fait plus, en dix ans, pour l'image de la Ville qu'un siècle de socialisme. Raymond : Nous serons prêts. Et dans les délais, même si ceux-ci sont draconiens. Jadis, le club qui montait disposait d'une année entière pour se mettre en règle. Aujourd'hui, on doit avoir un stade de 8.000 places, dont 5.000 assises, pour le 15 octobre. A croire qu'on fait tout pour dissuader de nouveaux clubs de vouloir accéder à l'élite. Ce défi est complètement fou, car nos infrastructures actuelles sont conçues pour la D2, mais nous le gagnerons. Raymond : Tout à fait. Philippe Saint-Jean nous a reproché d'avoir laissé partir des joueurs importants alors qu'on avait des projets de montée, mais connaissez-vous beaucoup de clubs qui peuvent retenir des joueurs de qualité, sollicités ailleurs ? Nous n'avons jamais voulu entraver la carrière d'éléments ayant les capacités pour évoluer à un niveau plus élevé. L'an passé, déjà, on nous avait reproché d'avoir laissé partir des joueurs considérés comme irremplaçables : Grégoire Neels, Fabrice Mvemba et j'en passe. Cela ne nous a pas empêchés de réaliser la saison que vous savez. Aujourd'hui, je peux déjà vous assurer qu'on remplacera David Vandenbroeck, Christophe Lepoint, Kevin Stuckens et Thierry Berghmans. Mais on ne recrutera pas au hasard. Je veux aussi conserver une certaine ambiance. Sur notre pelouse, vous verrez toujours courir une majorité de joueurs belges. Et, si possible, de la région. Je sais que beaucoup de gens émettent des doutes sur les capacités de l'AFC à s'intégrer à la D1. On va nous traiter de Petit Poucet, mais cela ne me dérange pas, au contraire. Vincent : Tubize peut devenir le petit village gaulois qui fait de la résistance au milieu de l'Empire Romain ! Tout s'est toujours clôturé par un grand banquet festif ici. C'est cette image-là aussi qu'on veut donner. Il nous faut juste encore prévoir du sanglier au menu des repas dans les business ( ilrit). Je pense que, sur le plan sportif, il n'y a rien à dire à la montée de Tubize : cette équipe a terminé deuxième, derrière Courtrai, et a réalisé un 18 sur 18 lors du tour final. Les chiffres ne mentent pas. Raymond : On doit encore se construire un public, c'est un fait. La comparaison avec des clubs comme l'Antwerp, le Lierse, Malines, Saint-Trond et d'autres, qui ont tous une longue histoire en D1, est malvenue. Notre public supportait encore une équipe de 3e Provinciale, il y a 18 ans. On doit l'étoffer. Mais il prend forme. Lors des deux derniers matches à domicile, le stade affichait complet. Contre Louvain, jeudi passé, 4.500 spectateurs sont passés par les guichets : un record. On a aussi servi 580 repas au business : un autre record. Je suis conscient qu'on n'aura jamais 15.000 personnes en D1. On tablera sur une assistance moyenne de 4 à 5.000. Mais une équipe comme Dender, ou même Westerlo que je considère comme l'exemple à suivre en matière de gestion, peut-elle tabler sur une moyenne beaucoup plus élevée ? Raymond : La concurrence est forte : Anderlecht est à 25 kilomètres, Charleroi et Mons à 35 kilomètres. Mais on doit se positionner comme un club à vocation régionale. Et même... interrégionale, car on table également sur le Brabant flamand : Hal, Lembeek, Leeuw Saint-Pierre. On accueille régulièrement des supporters néerlandophones dans les gradins. Vincent : Et même des sponsors néerlandophones : le président du Club 90, notre club d'affaires, est originaire du nord du pays. Raymond : Les clubs wallons sont effectivement aidés, mais parce que le Parlement wallon a mis en place une structure de développement sportif par des subventions : tout est organisé par décret. Mais comment peut-on parler de concurrence déloyale quand on sait que les clubs flamands disposent d'autres moyens que les nôtres ? Ils ne perçoivent, certes, pas de subventions émanant de la Communauté flamande, mais sont fortement aidés par les Villes. Je ne citerai comme exemple que la Ville de Courtrai, qui investira 1,9 million dans la rénovation du stade des Eperons d'Or, suite à la montée du club en D1. A Tubize, la Ville n'aide pas l'AFC. Raymond : C'est de bonne guerre. Mais, contrairement à ce que nos adversaires politiques laissent sous-entendre, le stade Leburton n'est pas qu'un stade de football. Il comprend, certes, une partie football avec le terrain, la buvette, les vestiaires, etc. Mais également deux grandes salles de sport superposées. Nous accueillons 18 clubs sportifs dans ces bâtiments : en fait, tout ce qui n'est pas sport de ballon. Les installations sont occupées sept jours sur sept. L'espace est multifonctionnel : on organise des conférences, des repas d'affaires, des séminaires. La toute première activité organisée fut d'ailleurs une conférence sur la problématique des polyhandicapés. Vincent : C'est le problème de Belgacom TV. Ce que je constate, au gré de mes déplacements professionnels aux quatre coins du pays, c'est que Tubize véhicule une image de club sympa. Sympa ne signifie pas gentil : on n'a pas l'intention de se laisser marcher sur les pieds. Mais lorsqu'on dégage de la sympathie et qu'on fait parler de soi de manière positive dans les médias, c'est un signe plutôt encourageant. Il y aura peut-être une différence de perception, à ce sujet, entre le nord et le sud du pays. En Flandres, on entend déjà des remarques du style : - Qu'est- cequ'unclubpareilvaallerfaireenD1 ? Mais on relèvera le défi. Raymond : On utilise même le terme de boerenploeg (équipe de paysans), mais surtout sur les blogs des supporters, beaucoup moins au niveau officiel. Ce n'est pas notre faute si certains clubs beaucoup plus populaires et au budget beaucoup plus conséquent ont été moins bien gérés. Raymond : L'état d'esprit qui régnait dans ce groupe sans vedettes, animé d'un mental et d'une solidarité extraordinaires, et dirigé par un maître-tacticien comme Philippe Saint-Jean, lui-même entouré par un staff très compétent. Vincent : Mon père a aussi su très bien s'entourer. Il a su déléguer lorsqu'il le fallait. Tubize n'est pas dirigé par un président-despote. Le meilleur transfert réalisé ces dernières années n'est ni un joueur, ni un entraîneur, mais le manager Louis Derwa (ancien joueur et président du CS Brainois) qui abat un travail considérable et possède une vision du football très adéquate. Raymond : Lorsqu'on a réalisé une série d'une dizaine de matches sans défaite. On a occupé la position de leader virtuel jusqu'au match à Courtrai, trois journées avant la fin. Vincent : Pourtant, le calendrier n'a jamais été favorable à Tubize : depuis janvier, l'équipe a toujours rencontré un adversaire qui était bye le week-end précédent. C'était le cas de Courtrai également, qui a eu dix jours pour préparer le sommet alors que l'AFC avait dû jouer trois jours plus tôt. Je ne parle même pas du cas d'Ernest Nfor, l'attaquant camerounais de Courtrai qui aurait dû être suspendu pour quatre ou cinq semaines mais a continué à jouer et à... marquer, y compris contre Tubize. Un oubli de la fédération... Mais, au bout du compte, il y a eu une justice. Par Daniel Devos - Photos: Reporters/Gouverneur