Sénégalais tous deux, ils se sont rencontrés pour la première fois sur un terrain la saison passée. A l'époque, Ibrahim Sidibé jouait les premiers rôles avec Saint-Trond, tandis que Moussa Koita faisait fureur à l'Excelsior Virton. Un an plus tard, malgré le passage de ce dernier à Genk, c'est toujours son compère qui est le mieux loti à la tête d'une étonnante équipe trudonnaire. " Terminer dans le top-6 doit être notre ambition ", disent-ils de concert.
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Sénégalais tous deux, ils se sont rencontrés pour la première fois sur un terrain la saison passée. A l'époque, Ibrahim Sidibé jouait les premiers rôles avec Saint-Trond, tandis que Moussa Koita faisait fureur à l'Excelsior Virton. Un an plus tard, malgré le passage de ce dernier à Genk, c'est toujours son compère qui est le mieux loti à la tête d'une étonnante équipe trudonnaire. " Terminer dans le top-6 doit être notre ambition ", disent-ils de concert. Ibrahim Sidibé : Exact. Mes grands-parents ont quitté ce pays afin de s'installer au Sénégal où les conditions de vie étaient meilleures. Depuis, leur descendance s'est installée à Dakar où j'ai grandi avant d'opter pour une carrière professionnelle qui m'a mené d'Afrique en Europe. Moussa Koita : Même topo pour moi, à cette nuance près que ma famille avait mis le cap sur la région parisienne, dès avant ma naissance. J'ai donc passé mes jeunes années à Saint-Denis, non loin du stade de France. Sidibé : A la maison, mon paternel avait à c£ur que je fasse des études. Il m'a même inscrit dans une école privée. Mais je ne jurais que par le football et avais d'yeux que pour Jules Bocandé, l'ancien attaquant de Seraing, qui avait rang d'idole, chez nous, dans les années 90. Mes obligations scolaires, ainsi que le veto de mes parents, ne m'ont jamais permis de m'affilier dans un club. Mais je me suis rattrapé dès 18 ans en partant en Tunisie avant d'aboutir tour à tour en Allemagne, en Autriche, en Hongrie et, enfin, en Belgique. Koita : Mes parents voulaient aussi que j'ai une tête bien pleine. Je me suis d'ailleurs lancé dans des études en informatique avant de les abandonner lors de mon passage à l'Excelsior Virton en 2007. A partir de ce moment, j'ai joué à fond la carte du football, ce qui n'avait jamais été le cas auparavant, lorsque j'évoluais encore en CFA en Alsace. Sidibé : Après trois années à Debrecen, j'avais réellement envie de voir autre chose. Dans la mesure où je ne voulais pas rempiler là-bas, les dirigeants se sont acharnés sur moi. D'abord en ne me payant plus, puis en poussant l'entraîneur à m'aligner au poste de back gauche. Je venais de faire mon entrée en sélection, avec des matches contre la Côte d'Ivoire et le Mozambique, et tout portait à croire que j'allais être repris dans la liste des 22 en prévision de la phase finale de la CAN 2008, au Ghana. A cause des Hongrois, cette compétition m'a filé sous le nez. J'étais hors de moi et il était exclu que je reste là-bas. Saint-Trond s'est alors mis sur les rangs... Koita : Le hasard a voulu que je me retrouve à Sedan à l'époque où le club était en proie à de solides difficultés financières. De l'Ardenne à la Gaume, il n'y a qu'un pas et j'ai été convié à un essai à l'Excelsior Virton. Comme il fut concluant, j'ai signé. La D2 belge, c'était quand même mieux que Schiltigheim ( il rit). Sidibé : Saint-Trond connaissait une très mauvaise passe en D1 : il occupait un siège de relégable. Il y avait une pression énorme sur les épaules de tout le monde, et plus particulièrement des attaquants. En 14 matches, je n'étais pas parvenu à faire trembler une seule fois les filets, ce qui ne m'était encore jamais arrivé. A vrai dire, j'étais tétanisé aussi bien par l'enjeu que par l'entraîneur, Dennis Van Wijk. Mettre un attaquant en confiance, ce n'était pas son fort. Quand d'aventure je loupais une occasion, il m'en voulait toujours à mort. Un jour, il m'a demandé si j'étais bel et bien Ibrahim Sidibé et non son frère. Ambiance, quoi ! Heureusement pour moi, Guido Brepoels l'a relayé. Avec lui, j'ai récupéré tout mon punch avec une vingtaine de buts la saison passée, en D2. Je ne fais que poursuivre sur ma lancée à présent. Koita : Un coach, c'est important. Je me souviens qu'à mon arrivée à l'Excel en 2007, Sébastien Grandjean m'avait dit : - Je vais faire de toi mon pivot. Mon premier réflexe fut de penser qu'il s'était trompé de sport... Par après seulement, j'ai compris qu'il était synonyme de point d'appui. Au départ, je me suis cherché dans cette attribution. Mais après quelques mois, j'étais parfaitement à l'aise seul en pointe. La preuve par mes 16 goals la saison passée. Quelques mois plus tôt, j'avais déjà tapé dans l'£il d'Hein Vanhaezebrouck. Il me voulait absolument à Courtrai. L'été dernier, rebelote. Tout semblait indiquer que j'allais le rejoindre. Jusqu'au moment où il donna son accord à Genk et qu'il mit tout en £uvre pour que m'avoir. En dernière instance, les Danois d'Odense sont entrés dans la danse. Mais, je voulais absolument jouer parmi l'élite du football belge. Finalement, c'est Peter Utaka, l'ancien de Westerlo, qui m'a remplacé là-bas. Sidibé : Plus on se rapproche du sommet, plus le football s'affine. Jusqu'à présent, nous sommes toujours tombés sur des équipes qui voulaient jouer leur jeu. En D2, on n'a pas cette liberté de man£uvre. Face à l'Excelsior Virton, justement, on avait affaire à dix joueurs derrière le ballon avec Moussa seul en pointe ( il rit). Koita : Je rejoins Ibrahim : c'est plus ouvert au plus haut niveau. Et sans doute plus propre aussi, même si je n'en suis qu'à mes débuts à cet échelon. En D2, c'était le matraquage continuel. J'ai d'ailleurs été exclu contre le Lierse parce que je m'étais vengé... Jusqu'à présent, je me suis toujours tenu bien calme. L'âge y est peut-être pour quelque chose aussi. J'ai 26 ans, je ne suis plus aussi fougueux. Sidibé : On gagne en sérénité au fil des ans. Personnellement, j'étais un mini-Fadiga lors de mes premières années en Europe ( il rit). Je pétais les plombs au moindre accroc. Et il y en a eu pas mal, croyez-moi. Toujours la même rengaine : plus vous posez de problèmes à un défenseur, plus il recourt à tous les moyens pour tenter de vous déstabiliser. Et ça va jusqu'à l'agression physique ou verbale. Koita : Comme on est en première ligne, on encaisse plus de coups que les autres. Passe encore pour le jeu dur à outrance mais c'est surtout les injures racistes qui me faisaient mal. A présent, elles ne me touchent plus de la même façon. Je me dis que si un adversaire les utilise, c'est que je dois vraiment être bon. Sidibé : Dans le cas de Moussa, il faudrait peut-être ajouter Saint-Trond, non ( il rit). Plus sérieusement, on n'a jamais été balayés du terrain. Tout le monde peut fort bien battre tout le monde. Nous y sommes d'ailleurs parvenus contre Anderlecht. Koita : C'est un peu un remake de ce qu'on a vécu en D2 il y a un an. Saint-Trond a fini par émerger mais il a perdu des points contre nous et contre d'autres équipes moins cotées. Gand et Bruges ne m'ont pas impressionné outre mesure en tout cas. En toute logique, on aurait dû largement s'imposer au Club. Sidibé : D'une saison à l'autre, on a la chance de pouvoir continuer à s'appuyer sur la même équipe de base, à l'exception d'Alex Da Silva. Les automatismes sont donc parfaitement rodés. C'est important en début de saison, car les points sont précieux à ce moment. Koita : Chez nous, c'est différent. Il y a eu plus d'allées et venues, sans compter l'arrivée d'un nouvel entraîneur et l'adoption d'un système qui lui est cher, le 3-4-3. Tout cela nous a coûté des unités précieuses mais j'ai le sentiment que nous arrivons dans le bon à présent. Sidibé : La priorité, pour Saint-Trond, est de se sauver. A l'allure où nous sommes partis, c'est plus que jouable. Mais je pense qu'on peut prétendre à plus. Et pourquoi pas une place dans le top-6 ? Avec l'appui de ce fabuleux 12e homme, les plus beaux espoirs sont permis. J'espère y contribuer en me montrant à la hauteur à la finition. Koita : Le Racing Genk a remporté la Coupe de Belgique la saison passée. Pourquoi ne rééditerait-il pas cet exploit ? Pour le titre, c'est trop tôt. Il y a trop de choses à mettre en place par rapport à des formations comme Anderlecht et le Standard qui continuent à s'appuyer sur un schéma identique par rapport à 2008-09. Mon ambition, c'est de faire figure de premier choix. Ce n'est pas facile, car la concurrence est ardue avec Marvin Ogunjimi et Stein Huysegems. Mais j'ai la foi. "J'étais un mini-Fadiga au début (il rit). Je pétais les plombs au moindre accroc. (Ibrahim Sidibé)"